Introduction

Comme au mois de juillet, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'août, je me suis encore contenté d'un seul livre, cette fois pour cause de vacances concentrées sur autre chose que la lecture. Néanmoins, le challenge reste relevé avec la lecture de "Secret of productive people" de Mark Foster, un auteur que j'apprécie de plus en plus.

Ce livre est une méthode

Comme pour les autres livres de Mark Foster que j'ai pu lire, le sujet est la gestion du temps. "Secret of productive people" ne tend pas vraiment à livrer une méthode complète, contrairement à "Do It Tomorrow". Au lieu de ça, il donne de nombreux et précieux conseils pour améliorer sa productivité, dans tous les sujets disponibles.

Le style du livre est très technique et dispose d'une organisation très rationnelle. Il permet ce que l'auteur appelle skimming en anglais (le saut de lecture en bon français) et cela se ressent dans le livre. Ainsi, vous pouvez l'ouvrir à n'importe quel début de chapitre pour avoir des conseils sur un thème précis.

Il y a de nombreux chapîtres (près d'une quarantaine quand même) de quelques pages chacun (moins d'une dizaine) où Mark Foster donne une brève introduction, suivie de grands principes explicités à chaque fois avant de réaliser une conclusion sous forme d'ateliers ou d'exercices à faire. L'ensemble se lit forcément facilement et n'a, finalement, pas vraiment d'intérêt littéraire.

J'ai pris 10 pages de notes sur le livre pour en faire un résumé très technique car je souhaitais avoir une page web qui concentre les conseils pour pouvoir les relire plus tard. Cet article sera donc constitué par ce résumé.

Introduction

En introduction, Mark Foster tente de définir ce qu'est la productivité.

  • La créativité est issue du questionnement d'un problème.
  • L'efficacité provient d'un processus appliqué en continu.
  • La productivité est une interaction continue entre créativité et efficacité.

Comment être non productif ?

Avant d'aller plus loin, l'auteur tente de montrer quelles sont les meilleurs techniques pour être non productif.

  • Ne pas avoir de système de gestion.
  • Se surcharger d'activité.
  • Ne pas être assidu.

Comment élaborer un bon système ?

Quelques pistes pour créer un bon système de gestion:

  • Se demander pourquoi ça ne fonctionne pas.
  • Comment puis-je améliorer la situation ?
  • Répéter le cycle dans le temps pour lui donner un fond d'expérience vécue.

Trouver de nouvelles idées

Mark Foster nous donne sa technique pour être créatif: * Quelles sont les 5 meilleurs idées sur le sujet (et en trouver 5 nouvelles par jour). * Répondre aux questions rencontrées lors du processus. * Utiliser des listes à puce jetables.

Pour l'auteur, la créativité n'est pas un don mais bien un apprentissage issu d'un questionnement profond et fréquent. Le genre de truc qu'on ne peut faire que quand on a du temps disponible pour ça.

Lutter contre la résistance et la procrastination

La procrastination, le mal du 21ème siècle ! Avec tant de sollicitations autour de nous, bien souvent amenées par les technologies modernes de communication, il est facile de se disperser.

Voici quelques techniques pour s'en sortir: * Faire "Little and often", peu et souvent. * Découper les tâches complexes en unités simples. * Technique du "Je ne vais pas faire ceci mais je vais juste (démarrer)". * Effet de maturation: se laisser le temps pour que le sujet prenne consistance dans son cerveau. * Commencer le plus rapidement en amont. * Définir un nombre et une fréquence de session de travail.

Améliorer la réflexion

  • Les routines de bas-niveau doivent être correctement implémentées.
  • L'interrogation sur la pratique doit devenir une seconde nature.
  • Le système de gestion doit être pratiqué jusqu'à ce qu'il devienne lui aussi une seconde nature.

L'échec est un ami

Parfois, on n'ose pas se lancer, de peur de se louper. C'est bien normal mais ça ne doit pas devenir paralysant non plus ou entraver l'action. Mais dans notre société qui met la réussite sur un pied d'estale, ce n'est pas évident d'accepter de se tromper.

  • Ne pas avoir peur de l'échec car c'est une marge de progrès.
  • Faire face à la possibilité d'échec en prenant des précautions (ne pas être sur-optimiste).
  • Apprendre de ses erreurs (REX) en cherchant les raisons: * Qu'est-ce-qui aurait pu être mieux ? * La prochaine fois, je ferais...

Travail VS activité

Pour Mark Foster, le travail est une action utile alors que l'activité est un truc qui nous fait agir, mais pour pas grand chose, plus pour occuper le temps ou donner l'impression de faire quelquechose. L'activité est surtout remplie par la procrastination ou par l'action facile mais inutile.

  • Faire le travail en premier, le plus dur en premier. En effet, si vous commencez par le plus dur, le reste suivra facilement. Si vous commencez par le plus facile, vous aurez besoin de faire une pause au bout de deux ou trois tâches, vous l'aurez bien mérité. Mais, à votre retour, le fait d'avoir à faire le plus dur vous semblera une montagne insurmontable.
  • Inscrire le projet le plus important et le plus complexe en premier.
  • Réduire le volume des engagements. Une constante chez Mark Foster et le seul moyen rationnel de s'en sortir quand on est overbooké: une journée ne peut durer que 24h et l'efficacité a forcément des limites. Il faut donc sabrer dans ses engagements et se focaliser uniquement sur ceux qui en valent la peine.

Savoir ce qu'on veut

Plutôt que de tergiverser, quelques idées: * Un objectif doit être dynamique: un cheminement vers du spécifique. * Pourquoi avoir cet objectif ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux". * Qu'est-ce-qui m'empêche de le faire ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux".

Surpasser le négatif

  • Transformer le sentiment négatif en positif: * peur: le meilleur remède contre la peur est l'action. * Envie: Utiliser l'inspiration.
  • Rechercher la critique constructive plutôt que l'admiration: favoriser le feedback.
  • Qu'elle quantité d'attention réelle et constante j'ai employée sur ce sujet ?

Aller à l'essentiel

  • Découvrir ce qui est essentiel: diviser la quantité de temps disponible de travail par deux et garder le plus important.
  • Aménager des pauses marquées: * travail = travail; pause = tout sauf travail. * Les pauses concentrent le travail.
  • Assurer le système de base pour ne pas être surbooké par les tâches de base.

Conserver ce qui fonctionne

  • Identifier ce qui marche déjà dans la vie.
  • Construire à partir de ce qui marche déjà (ex: séminaires sur place).

Supprimer ce qui ne fonctionne pas

  • Ne pas conserver ce qui n'est pas en état de marche: réparer ou jeter.
  • Si on ne parvient pas à faire une activité/tâche, la transmettre à une autre entité/personne dédiée.
  • Concentrer ses efforts sur les tâches sur lesquelles on est bon/ a un intérêt.

Endurance

  • Utiliser des routines.
  • Se remémmorer pourquoi on le fait (ex: double ligne de mire).
  • S'impliquer.

Être constant

  • Attention constante, régulière et focalisée.
  • S'engager sur une liste fermée et réduite d'engagements. Bien souvent, la tentation sera grande d'aller explorer d'autres voies, de se consacrer à de nouvelles tâches non prévues. Mais c'est justement là que réside la faiblesse. Les engagements sont donc sur une liste fermée qui ne s'ouvre que lorqu'elle est complétée intégralement.
  • Limiter la charge quotidienne avec la méthode DIT.

Gérer les interruptions

  • Traiter les interruptions comme des tâches dans le système de gestion du temps.
  • Analyser: source des interruptions, quel mode de gestion, s'interroger dessus => nouvelle règle dans le système.
  • Refuser toute interruption non liée à un engagement.

Gérer l'encombrement

  • L'encombrement est le signe de plus d'entrées de que de sorties.
  • Augmenter le temps disponible: réduire les réunions, interruptions et distractions.
  • Augmenter l'efficacité: analyser/système de gestion/constance.
  • Réduire les engagement (virer ceux de fin de liste priorisée).

Ressentir le flux

  • Se poser des défis sans aller jusqu'au débordement.
  • Donner une attention avec des objectifs à une action.
  • Le flux se déclenche sur une activité régulière et constante.

Répartition du travail

  • Repérer et se focaliser sur le travail que je suis seul à pouvoir faire.
  • S'assurer d'y porter suffisamment d'attention.
  • Ne pas perdre du temps sur du travail de base que n'importe qui d'autre peut faire.

Aller de l'avant

  • Savoir où on veut aller: définir des objectifs précis.
  • Avancer dans la bonne direction: faire un plan non détaillé et maintenir un certain rythme.
  • Ajuster le plan au fur et à mesure.

Dominer le travail

  • Ne pas faire les trucs à moitié: le faire à fond.
  • Donner le meilleur de soi pour les tâches du système de base.
  • Ne pas se fixer de limite: avoir des objectifs fixes mais pas trop nombreux.

Contenir les engagements

  • Utiliser DIT.
  • S'assurer de travailler sur les bons sujets.
  • Supprimer les projets négligés.

Les 3 règles de la priorisation

  • Prioriser uniquement les engagements listés.
  • Sinon, ne pas prioriser.
  • La vraie question: est-ce-que je doit faire ça ou non ?

Déléguer

  • Quand on délègue, il faut conserver la responsabilité.
  • Programmer des deadlines intermédaires * Ce qui doit être fait dans l'intervalle. Mode de remontée de l'information (réunion/mail/rapport). Faire un rappel quelques jours avant. Agir immédiatement en cas de dépassement. * En cas de retard, reprogrammer une deadline et s'y tenir.
  • Rappeler que le projet en amont est important.

Feedback

  • Quelle est la situation actuelle (point de départ).
  • Suivre les indicateurs sur le déroulement du projet et non sur le projet en lui-même.
  • Agir selon les indicateurs.

Semer des graines

  • Parler souvent du projet aux autres.
  • Faire des recherches.
  • Se poser des questions avec une liste dynamique (à effacer tous les jours).

Le temps de la récolte

  • Être patient et toujours progresser.
  • Être persistant, ne pas abandonner.
  • Une fois parvenu à la maîtrise d'un sujet, pratiquer la redondance: complexifier les situations à titre d'entraînement.

A propos de la technologie

  • Utiliser la technologie pour accélerer les processus.
  • Utiliser la technologie pour la recherche et la créativité.
  • Utiliser la technologie pour communiquer.

Time-Box

  • Décider du temps à allouer/des tâches concernées/temps de repos entre les tâches.
  • Ou bien s'imposer une limite de temps de pause entre tâches.

Progresser

  • Ne pas chercher à dépasser tout le temps ses records personnels.
  • Au contraire, chercher à dépasser sa moyenne.
  • Une fois l'objectif atteint, maintenir le rythme stable.

Introduire de l'aléa dans la vie

  • Il n'y a jamais une seule bonne décision à prendre.
  • Utiliser une pièce (pile ou face) quand la décision n'est pas claire, ou trop complexe à prendre.
  • Prendre des trucs au hasard au restaurant.

Expérimentation

  • Les questions doivent conduire à des expérimentations.
  • Le but d'une expérience est de trouver ce qui marche.
  • L'expérience permet d'améliorer le système.

Concentrer des données sur un sujet

  • Sans données, on n'a que des sentiments.
  • Ne rien accepter tout cuit d'une relation de confiance, toujours vérifier.
  • Récupérer des preuves/accorder ses sentiments/décider.

Conclusions

Bon, cette prise de note est sans doute un peu sèche. Mais moi, elle me parle. Au pire, je peux toujours reprendre le livre pour avoir des précisions ou des exemples. D'ailleurs, je vous invite à acheter le livre (il n'est pas piraté sur Internet: c'est une niche trop en dehors des ouvrages de divertissement (pensez-vous, un livre qui parle de travail, pas très vendeur)) pour vous faire une meilleure idée, par vous même. Au pire, vous pouvez le feuilleter pour vous faire une bonne idée de ce qu'il contient.

Les grandes idées restent que pour avancer et être productif, il faut porter une attention focalisée, régulière et constante sur un sujet. Le meilleur moyen technique d'y parvenir est d'avoir un système qui permet de gérer les tâches de base de la vie pour se dégager du temps pour réfléchir. Avec ce temps, il faut se poser des questions, tenter d'y répondre, se demander si ça vaut la peine, accepter de se tromper et s'y coller dans l'action.

Dans tous les cas, la lecture d'un livre sur des techniques de gestion du temps a toujours un effet rassurant. On y trouve de précieux conseils qui sont toujours étayés d'explications logiques ainsi que de nombreux exemples issus de la vie courante. Pour ma part, j'espère être plus productif après avoir lu ce livre.

Mais, dans la pratique, je sais que je suis plus productif qu'en début d'année, grâce à la méthode DIT qui est un complément indispensable à "Secret of productive people".

Ok, pour ce huitième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je pense vraiment retourner vers un peu plus de littérature française ! Après la technique, un peu de poésie bordel !

Posted ven. 21 juil. 2017 21:10:39 Tags:

Introduction

Comme au mois de juin, je continue mon périple littéraire et pour le mois de juillet, je me suis encore contenté d'un seul livre, cette fois pour cause d'overbooking personnel. Néanmoins, le challenge reste relevé avec la lecture de "Paycheck", un recueil de nouvelles de Philippe K.Dick.

A propos de Philippe K.Dick

Il s'agit d'un auteur profilique et très connu. Un temple de la SF à lui tout seul, même s'il a connu une fin tragique. Des films tels que "Blade Runner", "Minority Report", "Total Recall" ont tous été inspirés par ses écrits directs ou dérivés.

J'avais déjà lu "L'homme du haut-chateau" dans les mois précédents et j'avais bien aimé le concept. Donc, je me suis dit qu'il fallait continuer dans ce registre.

Cette fois, j'ai sélectionné, au hasard, le livre "Paycheck". Ce dernier est en fait le nom d'une nouvelle de l'auteur, écrite en 1953. Mais le livre que j'ai lu est en fait un ensemble de nouvelles écrites dans une série chronologique mais sans vrais liens entre elles.

A la différence d'une histoire plus longue comme "The man in the High-Castle" et, sans doute parce qu'il s'agit des débuts de Philippe K.Dick, le style est différent, plus court, avec un thème sépcifique à chaque nouvelle. L'ensemble baigne vraiment dans de la S.F. pur jus et se lis avec une facilité déconcertante en quelques heures. On passe vraiment un très bon moment.

De quelles nouvelles s'agit-il ?

Voici un petit résumé, dans l'ordre de lecture:

  • "Paycheck" qui aborde les notions de voyage dans le temps.
  • "Nanny" qui tente de démontrer que même les robots peuvent devenir l'objet d'un "concours de bite".
  • "Jon's World" qui aborde également les notions de voyage dans le temps avec le thème toujours inérent à ce genre, de la modification du futur dans le passé. Sauf que la nouvelle est écrite en 1954 et annonce un classique du genre, bien en amont de sa popularisation avec Terminator par exemple.
  • "Brhakfast at twilight", encore centrée sur le voyage dans le temps mais plus sous l'angle de voyage inopiné.
  • "Small Town" qui reste digne d'un épisode de la 4ème dimension (qu'elle précède de près de 10 ans) et dans laquelle on retrouve le thème de la transmutation de la réalité à une autre, élaborée à partir d'une maquette.
  • "The Father Thing" qui aborde l'histoire d'une attaque extra-terrestre qui passe par le remplacement des êtres humains par des formes similaires physiquement mais modifiée par les attaquants.
  • "The Chromium Face" qui pénètre dans le monde du totalitarisme qui, lorsqu'il devient un modèle dominant, transforme la majorité des opposants en individus serviles, près à compromettrent leurs idées de contestation pour survivre.
  • "Autofac" qui nous décrit un monde régit par des machines incontrolables et autonomes qui répondent à toutes les tentives des êtres humaons pour reprendre le contrôle, dans une forme totale et absolue.
  • "The days of Perky Pat" qui montre à quel points, les adultes désespérés peuvent utiliser n'importe quel subterfuge pour échapper à la dure réalité négative d'un monde en décomposition (le syndrome de la tête d'autruche dans le sable).
  • "Le suppléant" ou l'histoire de la démocratie en mode aléatoire. En ces temps de renouveaux (enfin, pas tellement en fait) politiques et de l'idée que n'importe qui peut faire de la politique et influencer sur la vie commune, l'histoire de Philip K.Dick tente de démontrer que n'importe qui, retenu à un poste important, finit par rentrer dans la lutte pour le pouvoir et vient ternir le mythe du technocrate incorruptible ou de l'innocent candidat désigné aléatoirement par un groupe.
  • "Little Something for us temptonauts" qui nous relance dans l'idée du voyage dans le temps et des problèmes de faille temporelles sous forme de boucles infinies.
  • "The Pre-Persons" qui me semble être un pamphlet assez clivé sur l'anti-avortement (pour l'anti-avortement). Une histoire qui m'a assez dérangée et qui vient sans doute bousculer un peu ma vision très spécifique du sujet du contrôle des populations.

Quels thèmes abordés ?

A la lecture de résumés, le voyage dans le temps est effectivement un thème central de cet ensemble de nouvelles. Elles s'expriment sur différents problèmes "techniques" qu'on peut retrouver sur ce genre d'histoire, notamment, lorsque des évènements imprévus viennent entâcher le voyage, comme lors d'un voyage en voiture qui a un problème de pompe à eau.

Philip K.Dick est avant tout un auteur "noir": ses écrits sont majoritairement sombres et les histoires finissent généralement mal. L'humanité ou les héros sont souvent fichus et dure reste le moment où les protagonistes s'en aperçoivent.

Parfois les conséquences sont plus légères mais généralement, la mort survient toujours.

L'histoire la plus terne à mon sens reste celle sur l'avortement. "The Pre-Persons" décrit un monde où la sur-population est devenu un réel problème par rapport aux ressources disponibles et où les systèmes politiques tentent de réduire le problème par la loi. Dans ce monde, il est légitime d'euthanasier des enfants jusqu'à un âge assez avancé (12 ans). Le système est semblable à celui de la fourrière pour animaux errants. Il fait très clairement le jeu des anti-avortements en poussant l'organisation d'une mort étatique dans ses retranchements externes. L'auteur semble indiquer que tuer un foetus est aussi grave que de tuer un être déjà né, ce sur quoi, je suis farouchement opposé et point sur lequel, il y a clairement une différence. Mais il occulte les problèmes du non contrôle. Il ne fait pas mention de l'état potentiel d'un monde où les ressources sont rares et où la lutte pour la survie et ses conséquences dramatiques sur les êtres encore en vie comme la mort par la famine, la destruction potentielle d'un système de justice, de l'intérêt commun. Rien non plus sur la vie difficile engendrée par la naissance d'un ou de plusieurs enfants, surtout s'ils sont non désirés et qui portera préjudice à la fois aux adultes concernés mais également sur les enfants qui naissent. Bien entendu, et soyons clair, euthanasier un être vivant qui souhaite vivre reste un meutre et est moralement insoutenable. Mais le livre n'aborde pas d'autres solutions moins radicale et finalement beaucoup moins moralement condamnables comme la contraception ou la description neutre de la réalité de la formation d'une famille. Les individus mentionnés dans le livre sont clairement morbides, voire sadiques, lorsqu'ils évoquent le fait de concevoir un enfant à l'avance dans le seul but de prendre du plaisir à l'euthanasier quelques années plus tard, pour faire bien socialement et pour céder à la tentation d'une mode de mort. Cette situation extrème me semble montrer que l'avortement pré-natal reste une solution scientifique et moralement acceptable du droit à l'erreur et au fait de réparer ce problème, dans des limites acceptables pour une société juste qui tente de trouver des solutions autres que l'acceptation frustrante d'une situation source de frustration qui ne peut souffrir aucune critique.

Enfin, comme ces écrits sont majoritairement de la période de la chasse aux sorcières soviétiques, on retrouve souvent du conflit entre russes et américains, toujours abordés du point de vue des U.S.A.

Conclusions

Pour résumer, "Paycheck" reste facile à lire et très abordable. Philip K.Dick est un bon auteur de SF, un peu sombre mais très clairement précurseur dans son domaine.

Pour ce septième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je pense retourner vers un peu plus de littérature française !

Posted mar. 11 juil. 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Comme au mois de mai, je continue mon périple littéraire et pour le mois de juin, je me suis contenté d'un seul livre mais celui-ci étant assez complexe, j'en suis bien satisfait...

Il s'agit de "Tristes Tropiques" de Claude Lévi-Strauss.

A propos de mes hypothèses sur le livre

Cela faisait un certain temps que je désirais lire ce livre majeur peut-être, assez connu sans doute de Claude Lévi-Strauss. Moi qui ai lu des histoires de voyage, qui possède un dictionnaire en Lakhota, qui ai lu Jean Malaurie et Paul-Émile Victor, je ne pouvais qu'être attiré par l'ethnologie.

Tristes tropiques me semblait être un livre retraçant à quel point la civilisation occidentale était mauvaise pour les autres civilisations, que l'homme blanc avait finalement triomphé et qu'il ne restait plus que des erzats commerciaux des coutumes et de la culture des peuples de "l'ancien monde", concquis par les blancs.

Je pensais que Lévi-Strauss y dirait à quel point, en tant qu'ethnologue, il était triste de constater que le monde se mondialisait et que autres cultures finissaient par se diluer dans le modèle occidental dominant.

Pourtant, à la lecture du livre, je dois dire que, même si ces termes sont employés, ce n'est pas du tout l'objet du livre et voici pourquoi.

Du bon et du moins bon

Parlons d'abord de la structure du livre, de son style, de son contenu. Après avoir passé quelques heures à le décortiquer, je pense qu'il contient trois ensembles distincts:

  • de l'ethnologie pour 50% à 66% du volume.
  • de la littérature dans le récit de voyages.
  • des réfléxions philosophiques d'une qualité assez moyenne, n'ayons pas peur de le souligner.

L'introduction commence par un peu de littérature mélangée à des idées, des théories. L'ensemble est, il faut bien l'avouer, un poil barbant. J'y vois toutefois un intérêt lorsque Lévi-Strauss raconte "sa déportation" pendant l'année 1940. Cette dernière, heureusement pour lui, a plutôt lieu en Amérique du Sud (avec un passage aux antilles) plutôt que dans les camps de la mort, ce qui est fort heureux ! Cette entrée en matière est plutôt bienvenue car, en règle générale, j'aime bien en savoir plus sur l'homme avant de commencer.

Mais après cette première approche, Lévi-Strauss passe plus dans des analyses mélant réflexions sur l'ethnologie et philosophie. Ce n'est pas inintéressant car ses prises de positions sont souvent dignes d'intérêt et parce que le livre, écrit en 1954-1955 relate un récit des années 1930 et que l'auteur a un peu de recul (et de métier aussi). Mais son style reste soporifique pour 2017. J'avoue avoir tranché dans certaines pages, surtout celles avec lesquelles j'étais d'accord !

J'ai juste repéré un élément qui me semble essentiel dans les 4 premières parties. Il pourrait apparaître comme un détail mais le monde de 2017 amène un vision bien surprenante sur le livre. Car il y est fait mention de la mondialisation qui avait déjà cours dans les années 1930 (c'est d'ailleurs bizarre pour moi, enfant du 20ème siècle, de devoir préciser le siècle dans 1930 car, dans moins de 15 ans, les années 30 seront les années 2030 !). Lévi-Strauss mentionne qu'effectivement, en 1930, le Bengladesh (ou plutôt la partie orientale de l'Inde qui allait devenir le Bengladesh en 1947 (via le Pakistan)) faisait déjà l'objet d'un industrie textile à moindre coût, exploitée depuis quelques années déjà par des intérêts occidentaux. J'y vois l'oeuvre capitaliste extrème dans ses prémices mais qui, plus de 70 ans plus tard, se retrouve encore plus dans l'actualité (une partie de mes vêtements les moins chers vient bien du Bengladesh). La mondialisation ne serait donc pas un phénomène du 21ème siècle mais bien du siècle précédent. C'est peut-être les trentes glorieuses qui ont su le contenir en partie avant de se révéler impuissantes face à des intérêts sans limite, avec un appétit toujours plus féroce pour le mal de la civilisation occidentale: le fric !

Après bien des détours, Lévi-Strauss se reconnecte enfin sur la partie ethnologique de son étude des populations indiennes, à partir de la cinquième partie du livre.

De l'ethnologie enfin

Arrivé à près de 1/3 du livre, on commence enfin à en apprendre davantage sur les "sauvages", les peuples indiens du Mato Grosso. Lévi-Strauss qui dénonce dans ses premiers chapitres les récits d'aventure vient tout de suite se contredire en racontant, sous forme d'une quasi-épopée, dans tous les cas, comme tous les récits d'aventure que j'ai pu lire depuis ces dix dernières années, son expédition dans le Mato Grosso, à la recherche des différents peuples originels qui peuplent un territoire immense.

Et, dans les années 30, on doit quand même dire que ces derniers sont déjà rares, contaminés par les maladies occidentales, y compris par la culture et la langue portugaise. Néanmoins, dans ce qu'il évoque, je vois bien qu'il reste encore des traces pas si infimes que ça d'une vraie culture originelle, différente, qu'on peut étudier pendant plusieurs années. Signe qu'à l'époque, la perdition n'a pas encore tout détruit chez ces peuples premiers.

J'ai franchement adoré cette partie qui est d'une richesse inégalée, tant dans le récit, que dans les analyses en passant par les nombreux croquis réalisés par Lévi-Strauss lui-même, de très belles illustrations d'ailleurs (finalement bien rendues dans un document au format ePub !).

J'ai appris pas mal de choses sur les systèmes complexes, tant sur le plan spirituel que technique ou politique encore de trois tribus différentes (les bororos, les nambikwara et les Tupi-Kawahib). Même si elles vivent à proximité, elles présentent toutes des particularités et des différences marquées. Quelle richesse d'organisations, y compris dans la partie urbanisme, enfin, plutôt l'organisation des constructions du village qui répond à une sorte de PLU mélant des règles religieuses, des ségrégations sociales (surtout entre hommes et femmes). Lévi-Strauss ajoute même des plans de l'époque. C'est très intéressant.

Une chose qui ne me lasse jamais est le contrôle des populations, des naissances. Toutes les sociétés indiennes disposent de règles assez simples qui permettent au groupe de réguler sa population en fonction des ressources disponibles et qui tend à freiner les excès d'une pénurie qui entraînerait alors la mort atroce des plus faibles. Comme les esquimaux, les indiens du Mato Grosso utilisent des tabous sociaux pour empêcher tout le monde de copuler à outrance sans se préoccuper de l'avenir des enfants. Leur mode de vie qui alterne nomadisme et sédentarité permet également une adaptation plutôt technique à la quantité de nourriture disponible. Pour moi qui vit dans une société occidentale où le fait d'empêcher des gens d'avoir des enfants relève de l'interdit moral, cela relève tout simplement du génie !

Autre point que je retiens: même si tu es un homme complètement adapté à la vie dans un milieu sauvage, avec des millénaires de pratique de chasse et de cueillette et une expérience hors du commun occidental, il est possible que tu vives dans un milieu naturel avec des faibles ressources qui ne puisse pas te permettre de subsister correctement (du moins en termes de calories). Même si la cuisine indienne est extrèmement diversifiée, les indiens recourrent à l'utilisation des insectes quand il le peuvent alors que cette nourriture reste encore tabou chez nous.

Et même chez ces tribus qui ont un régime carné marqué, je relève un grand intérêt et un respect profond pour l'être animal. Car ces tribus ont des animaux domestiques d'agrément, non utilisés à d'autres fins que la compagnie ou l'emprunt d'attributs de décoration (les plumes de certains oiseaux élevés dans les familles, sans que ces dernières ne vienne à les dévorer). Les chiens, les singes et même les poules figurent au même rang que les enfants et sont entourés d'affection. Un comble: les oeufs des poules ne sont même pas ramassés. Ces dernières pondent dans la jungle et ne sont jamais inquiétées par le couteau des hommes. Moi, ça me plaît assez bien comme concepts. Car on est loin des dérives de l'élevage moderne qui a une portée d'abord économique et qui fait souvent (mais pas toujours) de l'être vivant qui se trouve au centre de ce système d'exploitation.

Conclusions

Pour résumer, "Tristes tropiques" possède un titre trompeur, il ne parle pas vraiment de la déchéance des civilisations des tropiques par rapport à l'occident.

La partie sur l'ethnologie est vraiment digne d'intérêt et le livre aurait pu en être constitué uniquement, sans toutes les réflexions trop élitistes du début et de la fin. J'ai particulièrement détesté l'analyse de Lévi-Strauss sur l'Islam (qu'il qualifie explicitement de religion intolérante et de danger pour l'avenir) dans la fin du livre. Sans doute faut-il y voir les résurgences des problèmes entre la France et l'Algérie des années 50 ou encore la paritition indienne de 1947 entre Pakistan et Inde qui semble opposer l'Islam au Boudhisme.

Ce que je retiens reste les 3 parties sur les indiens, c'est ce que j'aime le plus dans le livre et je vous conseille de les lire directement en faisant fi du reste: vous passerez d'étonnement en étonnement !

Pour ce sixième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, un peu de science-fiction me ferait du bien...

Posted mer. 05 juil. 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour mai et juin ce sera Bruce Springsteen. Car, en effet, je n'ai pas réussi à condenser l'écoute de l'intégralité de son oeuvre en moins de deux mois.

Je ne vais certainement pas présenter l'homme, Wikipédia fait ça mieux que moi.

Comment j'ai découvert Bruce Springsteen ? Mes premiers souvenirs remontent aux années 80, avec sans doute la sortie de "Born in the USA", album sorti en 1984 avec la chanson mythique éponyme. Comme ce titre est resté à la radio pendant quelques années, j'ai nécessairement eu l'occasion de l'écouter en étant enfant. J'en ai toujours été fan, jusque dans les années 90.

Pendant mon adolescence, je n'avais pas accès facilement à la musique. La seule possibilité était d'écouter la radio mais, pendant cette période, à part pour le hit "Streets of Philadelphia", Bruce Springsteen n'était pas vraiment diffusé sur les ondes françaises (rappelez-vous pour ceux qui le peuvent, c'était le règne de la musique "techno" et les débuts en force du "rap"). Autant dire que très peu de chansons accrochaient mon oreille. Pourtant, je n'ai jamais oublié cet artiste si particulier dans le paysage musical. Il représentait une certaine image de l'amérique, affirmée, un peu glorifiée, mais bien réelle.

Quand j'ai enfin touché la première paye de mon premier job d'été, j'ai acheté un album de Bruce Springsteen; c'est peut-être la première chose que j'ai faite avec d'ailleurs. C'était le best-of de 1995 qui faisait la synthèse de l'époque. J'ai tout de suite accroché et j'ai ajouté quelques albums à ma collection musicale par la suite. Mais je n'avais jamais fait l'intégralité de l'artiste. Cet article tente d'y remédier...

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu des productions de Bruce Springsteen et de son groupe, The E-Street Band. Autant le faire, comme d'habitude, en ordre chronologique non ?

Les albums du début

Quoiqu'en disais la critique de l'époque, les débuts de Bruce Springsteen produisent des albums de qualité, frolant souvent l'excellence.

En 1973 sort "Greetings from Asbury Park" qui vient chambouler le monde du rock'n roll. Comme le style est assez disruptif pour l'époque et qu'il est encore en train de murir, sa sonorité est particulière et on ne peut pas forcément apprécier depuis la première écoute. Il faut lui laisser un peu de temps dans les oreilles pour finir par l'apprécier à sa juste valeur.

Mais dès la première piste "Blinded By the Light", on est dans le rythme, dans le thème, dans le son Springsteen. Ce style va connaître quelques évolutions dans l'avenir mais il forme la structure des productions de Springsteen jusqu'à ses derniers albums.

"Greetings from Asbury Park" alterne les ballades rythmées telles que celle sus-citée mais également "Spirit in the night" et les mélodies plus nostalgiques comme les chansons "Growin' Up" ou "Mary Queen of Arkansas" ou encore "The Angel", sans doute la plus triste de l'album, dans une certaine forme de complémentarité. L'ensemble forme un substrat complet pour les voyages sur les highways, au volant d'une Ford Galaxy des années 60.

Dans tous les cas, "Greetings from Asbury Park" est réellement un bon album de début. Pour ma part, je m'y réferre régulièrement comme étant la source initiale, une référence de démarrage. Pour mois, ça n'a pas pris une ride et dieu, que j'aurais aimé écouter cet album à sa sortie, avec le contexte de l'époque (sans doute ne l'aurais-je peut-être pas remarqué).

Mais l'année 1973 voit également sortir le deuxième album studio de Bruce Springsteen, intitulé "The Wild, The Innocent and the E-Street Shuffle", sans doute un de ses meilleurs albums de tous les temps (enfin, moi je trouve).

On y retrouve une série de chansons mythiques qui représentent l'archétype de l'oeuvre dans sa globalité, alors qu'il s'agit simplement du deuxième album:

  • "4th of July, Asbury Park" est une référence née.
  • "Kitty's Back" a une introduction de solo de guitare électrique tout simplement géniale.
  • "Incident on 57th Street", également excellement bien introduite et rythmée est un incontournable, une ode, une histoire et le tout dure près de 7 minutes. Sans doute une des meilleurs chansons de Springsteen (elle est dans mon top ten).
  • "Rosalita" pour son rythme endiablé.
  • et pour finir, la cultissimme et mélancolique "New York Serenade", encore une fois également une des meilleures chansons de Bruce Springsteen. Calquée comme "Incident on 57th Street", sur une histoire, une durée de 9 minutes sans aucun moment à rejetter. On approche de la perfection...

Nous n'en sommes qu'au deuxième album mais déjà, Bruce Springsteen a révolutionné le Rock'n Roll américain comme jamais.

2 ans plus tard, sort le très connu "Born to Run", encore une fois un titre majeur de l'artiste. Il est sans doute plus mûr au niveau du style, introduit des sonorités plus douces, un peu moins brutes mais il reste l'essentiel: la voix grave et cassée, la classe prolétaire américaine, la fierté d'une nation, la réalité triste et grise des usines et en même temps, un espoir infini, une énergie à toute épreuve, le soleil de la Californie qui brille tous les jours...

Tout démarre avec "Thunder Road", une piste qui invite à l'accélération du glouglou d'un V8 de Detroit (un small block 350ci chevy, of course!). Très dynamique, elle est rejointe dans ce sens par la piste suivante: "Tenth Avenue Freeze-Out".

"Born to run" est aussi le titre éponyme de l'album, la seconde meilleure piste selon moi. La chanson qui trouve toute sa place dans l'autoradio d'une Corvette du milieu des années 70. Pleine de détermination, elle impose un rythme soutenu mais si mélodieux. Sans conteste une référence.

"Meeting Across the River" est une ballade mélancolique, calme, comme un mélange de shoots de jazz avec les empreintes de saxophone mais aussi, le piano qui vient rythmer l'ensemble. Un titre à écouter le soir sur la plage, en attendant que le soleil se couche.

L'apothéose de l'album "Born to run" vient sans doute avec la dernière piste, la plus longue (près de 10 minutes). Intitulée "Jungleland", elle forme une sérénade dans la même veine que "New York Serenade" en apportant un excellent solo de guitare électrique en plein milieu, dans un style d'épopée.

"Born to Run" est encore une référence majeure de Sprinsteen et ce n'est que le 3ème album de l'artiste.

En continuant dans sa lancée et toujours avec le même style, Sprinsteen revient en 1978 avec l'album "Darkness on the edge of town". Il ne trahit pas tout ce qui fait maintenant l'identité affirmée de l'artiste mais offre une approche un peu plus brute, plus sombre. "Badlands" permet d'effectuer une excellente introduction. La troisième piste est, à mon humble avis, la meilleure de l'album. Intitulée "Something in the night", c'est sans doute la plus sombre de l'album, la plus morbide mais aussi la plus mélodieuse, par les cris déchirants de Springsteen qui viennent conclure le morceau.

Qui n'a pas écouté "Something in the night" au volant sur une route déserte la nuit, n'a probablement jamais vraiment roulé la nuit... En forme de traversée crescendo, "Racing in the street" et ses sifflets sur-aigus sont dans la même veine.

Pour les amateurs d'harmonica, "The Promised Land" forme une bonne approche mélodieuse mais rythmée. Alors que les amateurs de solos déchirants de gratte électrique trouveront leur bonheur sur "Streets of Fire".

Enfin, le titre éponyme de l'album: "Darkness on the edge of town" tente de faire la synthèse de l'album. On y retrouve le côté sombre, le côté rythmé, la mélodie, les solos, les cris déchirants.

Dernier album de la décénnie 70, "Darkness on the edge of town" se veut l'accomplissement du style de Bruce Springsteen, de ses débuts vraiment intéressants à cet album plus consolidé et plus affirmé que jamais.

Alors, que dire sur ces quatre albums, sur ces 7 années de production ? A mon sens, c'est une période de référence pour Springsteen. Ce type (et son groupe) avait clairement quelquechose qui tenait du génie. J'ai écouté ces chansons comme si elles faisaient partie intégrale de l'hymne Springsteen et, sans savoir sur quel album elles proviennent, je peux facilement les classer dans le best-of. Pour résumer, ces 4 premiers albums forment clairement l'esprit et la marque Springsteen et, chose surprenante, comme ils sont clairement en dehors des canons musicaux de l'époque, ils sont indémodables...

Avec un résumé comme ça, on peut se demander comment vont être abordées les années 80 par cet artiste un peu à part ?

Les années 80

En effet, le premier album de cette nouvelle décennie, intitulé "The River", qui est un double album marque un changement certes loin d'une ruptude mais plus une adaptation du style de l'artiste aux nouvelles sonorités de l'époque.

Néanmoins, "The River" reste assez proche des dernières productions. On y retrouve notamment des sons plus légers et rythmés beaucoup plus rapidement comme avec "The Ties that Bind" ou encore "Two Hearts"; la plus emblèmatique et celle que je préferre étant "Hungry heart" (quand j'étais encore étudiant, j'ai rêvé emmener mon amour de l'époque dans une Corvette jaune de 1969 vers Lacanau)..

Mais des choses restent et ne changent pas car on retrouve aussi cet album la marque du E-Street band, notamment avec le saxophone qui restera présent assez longtemps dans le répertoire instrumental de Bruce Springsteen (on le retrouve dans "Independance Day" notamment). La dernière piste du premier album, éponyme du titre de l'album est une des références absolues de l'artiste. "The River" reste un emblème du style Springsteen: de la mélancolie, de la difficulté matérielle, du prolétaire, une histoire de famille, quelques solos d'harmonica. Un classique...

Le deuxième disque commence avec une perle nommée "Point Blank", dans la même veine que "The River", un truc vraiment bon, qu'on écoute sans fin. On y trouve d'autres pistes plus légères mais aussi davantage de trucs graves comme "Fade Away", "Stolen car", "The Price you pay" (qui est très bien) et enfin "Drive All Night" dont le titre vous indique quand l'écouter dans les meilleures conditions.

En 1982 sort l'album "Nebraska", sans doute l'emblème d'une amérique qui glisse dans la crise de confiance. Cet album est bien plus sombre au final que "The River". La première piste "Nebraska" donne tout de suite le ton: morne, calme, un peu triste, basique, quasi-nue avec peu d'instruments. Elle est suivie par une excellente piste intitulée "Atlantic City" qui reste du même accabit avec plus d'instruments accoustiques comme l'harmonica et la guitare sèche. Springsteen y déclame un peu de plus de nostalgie.

Mais c'est également le cas pour "Johnny 99", autre chanson mythique de la classe prolétaire des USA de l'époque.

D'une manière générale, Nebraska est une parenthèse plus sombre, plus primaire mais reste l'essentiel: la voix grave et le discours dénonçant des situations médiocres et difficiles à vivre.

Tout change avec la sortie en 1984 de "Born in the USA" dont la chanson éponyme qui est d'ailleurs la première piste deviendra une espèce d'hymne national repris, y compris par les détracteurs de Bruce Springsteen qui est politiquement engagé aux côtés des Démocrates depuis quelques années. Mais, pour l'amérique patriote, n'importe quelle chanson à succès qui a USA dans son nom est forcément un hymne ! Car Born in the USA dénonce la situation des vétérans du Vietnam, rien à voir avec le soutien inconditionnel à la patrie. Musicalement, on retrouve plus de sonorités, plus d'instruments, plus d'électricité avec un soupçon de quelquechose qui a changé dans la voix de l'interprète et qui, de fait, devient la nouvelle marque de Springsteen, moins grave, moins rauque et sans doute plus agréable.

Le rythme revient à quelquechose de plus marqué, plus scandé que sur les productions antérieures de l'artiste. On s'en rend compte avec "Cover Me" qui fait la part belle à une avancée en fluidité avec des sonorités un peu plus électriques qu'avant.

Une autre bonne piste reste "Downbound Train" qui reprend le style de "Born in the USA". Une des meilleures pistes de l'album qui en comprend un paquet. Elle raconte la tombée dans l'abime d'un jeune homme qui perd son travail et pour qui, les malheurs s'enchaînent.

Elle est suivie par une autre chanson extraordinaire qu'on adore écouter la nuit sur la route au volant de n'importe quelle voiture; "I'm on Fire"... J'ai vu le clip de cette piste et c'était vraiment très bon. On y voit Springsteen en rôle de mécano (toujours chez les prolos) qui répare la Corvette 1956 d'une femme de riche et qui reconduit la dite voiture directement chez la propriétaire. Trois mythes de l'amérique dans un seul titre !

Bon, il semble que "Born to Run" soit mon album fétiche car il regorge de hits et de pistes que je qualifie d'excellentes. On peut citer à la suite "Bobby Jean", "I'am Going down", "Glory Days" et "My Hometown". Tout sonne bien dans ces musiques...

Pour conclure l'album, on retrouve l'indémodable "Dancing in the Dark" dont le clip nous montre une Courtney Cox débutante mais si touchante (même si le clip est un poil niais, avouons-le). J'ai tellement usé cette piste que je la connais par coeur depuis les années 2000.

On peut se dire qu'après un tel carton, l'album suivant serait sans doute moins bon ou, complètement différent. Et c'est la deuxième hypothèse qui se trouve vérifiée. En 1987 sort "Tunnel of Love", également un de mes albums préférés.

Le style s'avère un peu moins ronflant et patriotique que "Born in the USA", plus en mélodies travaillées et avec un style plus relâché et sans doute plus doux. La tonalité est souvent plus grave que sur l'album précédent et la nostalgie est également de la partie.

Cela se retrouve dès la deuxième piste ("Tougher than the rest") mais également avec "All That Heaven Will Allow" (une des meilleures pistes), suivie de "Cautious Man", "Walk like a Man", "Tunnel of Love", le majestueux "One Step Up" et le tristounet "Valentine's Day" qui conclut l'album.

Le reste des autres pistes est plus léger et rompt avec les précédentes. Sans doute pour atténuer l'effet "sans espoir" et "depressif" du sujet.

Mais pour une fois, Springsteen aborde des thèmes un peu plus universels tels que le passage à l'âge adulte, les relations père-fils, l'amour, etc.

Même si ça reste de la musique commerciale, "Tunnel of Love" reste pour moi une référence des années 80. Près de 30 ans plus tard, je ne lui trouve aucune ride, aucun reproche, pratiquement aucun défaut. En le réécoutant dans son intégralité, je suis effectivement tombé sur des pistes nouvelles, jamais encore entendues mais qui m'ont pourtant touché en profondeur. Toujours les années 80, il faut croire que je ne saurais jamais m'en échapper.

Néanmoins, ça va se gater car on aborde les années 90 qui, avec le recul, ont été une époque de grosse bouse musicale (oui, j'assume totalement, c'était déjà ce que je pensais à l'époque).

Les années 90

Bon, en 1987, Springsteen est encore au top. Il produit près d'un album tous les 3 ans depuis 1973 quand s'amorce, sur ce même rythme, les années 90. Tout commence avec "Human Touch" en 1992.

Pour résumer, c'est un des seuls albums à peu près écoutable de ces années maudites. Car Springsteen n'a pas encore tout à fait plongé dans les rythmes et les sons basiques de la musique techno. Il poursuit avec son style classique même si, quoiqu'il puisse arriver, il ne peut trahir une certaine adaptation par rapport aux sonorités de l'époque.

On voit bien cet antagonisme avec le titre éponyme de l'album "Human Touch" qui est très soft et qui aurait pu figurer sur "Tunnel of Love" sans problème. Mais dès la deuxième piste, on assiste à quelquechose de différent de d'habitude: "Soul Driver" reste écoutable mais apporte de nouveaux rythmes plus électroniques et plus mécaniques. Moi, j'aime moins...

"Gloria Eyes" est du même type, on dirait qu'il y a un mélange de ZZTop commercial et de heavy metal du type gonzesse roses (The Guns'n Roses, guimauve de l'époque). C'est dommage car, la majorité des titres sont du même accabit et malgré de nombreuses écoutes, je ne parviens pas à accrocher. Pourtant, la voix est la même qu'avant, le contexte quasi-identique; c'est juste la musique.

Le pire de tout étant sans doute "Real Man" qui a franchement vieilli comme pas possible. Ce titre aurait pu trouver sa place sur n'importe quel blockbuster hollywoodien ringard des années 90 sans problème. Ah, j'ai du mal...

Conclusion, sur "Human Touch", seule la piste "Human Touch" est écoutable.

Le même jour que "Human Touch" (donc toujours en 1992 pour ceux qui suivent), sort "Lucky Town". En effet, Springsteen avait tellement de titres pour "Human Touch" qui aurait dû sortir plus tôt, qu'il a lancé un deuxième album (plutôt que de faire un double). Forcément, c'est très proche de "Human Touch". La première piste commence bien avec "Better Days", qui swingue fort, qui crie profondément, qui rythme bien, comme le Springsteen d'avant.

La deuxième piste est franchement moins bonne même si elle reste écoutable. Il s'agit de "Lucky Town". L'intro est très années 90 mais le corps et la structure sont clairement issues de "Born in the USA".

Mais, après, on peut clairement tout jeter. Les chansons semblent hyper-niaises avec ces choeurs insupportables qui respirent une fausse joie de vivre. "Leap of Faith" est sans doute la plus représentative de toutes. Bordel de Nineties !

Mais, alors que je croyais que tout était fini, une perle ressort de cette morbidité artistique. En 1995 sort "The Ghost of Tom Joad" qui rompt complètement avec les deux albums précédents (et c'est tant mieux). On y retrouve plus de solennité, plus de mystère, moins de glorification, de gospel, de trucs mielleux, plus de profondeur d'ailleurs.

La première piste avec son introduction d'harmonica ramène enfin un peu de calme dans le foutoir des années 90. Le reste reste dans la même douceur. La piste n°4, intitulée "Youngstone" est l'une des meilleurs de l'album. L'autre est "Across the Border".

D'une manière générale, l'album est une bonne moyenne, les chansons suivent à peu près le même rythme calme et doux et restent toutes dans la même enveloppe qui, finalement, n'est pas si mal.

En 1996, sort un ensemble de quelques pistes intitulé "Blood Brothers" qui reprend quelques pistes d'intérêt dont le très connu "Secret Garden" qui a illustré un film comme il se doit. Une sortie de la décennie maudite plutôt tout en rock.

L'après 11 septembre 2001

Springsteen surfe sur la vague patriote depuis "Born in the USA". Forcément après l'évènement de 2001, ce credo reprend du nerf. Et sur ces éléments sort "The Rising" en 2002. Le premier titre un peu tonitruand reste pas trop mal foutu, avec une dose des premiers styles des années 2000 (vous vous souvenez de Moby par exemple ?).

Je trouve que cet album reste équilibré. On y retrouve tout ce qui compose du Springsteen traditionnel: des ballades comme "Nothing Man", un subtil mélange de Born to Run avec Secret Garden; du rythme avec "Contin' on a miracle" ou le titre éponyme de l'album; du rock avec "Empty Sky" et son introduction en fondu de piano qui est "so y2k" ou encore "Further Up on the Road" qui rappelle "Pink Cadillac".

Malheureusement, on a quelques niaiseries comme "Worlds Apart", "The Fuse" avec trop de synthé pas terrible ou "Let's Be Friend" qui fait trop dans le "tout le monde est gentil". J'y range dedans, mais avec un poil d'intérêt quand même, la chanson patriote type: "My city of ruins" qui appelle à l'unité et à la reconstruction (come on, rise up).

Au final, l'album est plutôt un bon début pour les années 2000 car il reste fidèle au style Springsteen tout en tentant un pas dans les sons de ce début de millénaire (qui n'étaient pas forcément les meilleurs).

Dans le reste de la décennie, Springsteen reste particulièrement productif avec pas moins de 4 autres albums. Le premier de cette série sort en 2005 et s'intitule "Devil and Dust" qui s'annonce plus sombre que "The Rising". Le titre éponyme constitue plutôt une bonne introduction. Mais même si le style se veut plus grave, on retrouve du bon gros son de rock dès la deuxième piste avec de faux airs de country par moment (il s'agit de "All the way home").

Une autre bonne chanson est formée par "Long Time Comin'" qui, toujours avec un zeste de music country s'accorde vraiment bien avec le style de Bruce Springsteen. Je la trouve proche de "This Hard Land". Dans tous les cas, elle tranche avec la piste qui suit (Black Cowboys), plus calme, plus mélancolique et nostalgique.

En revanche je trouve la mélodie de "Maria's Bed" franchement niaise (on ne peut pas être parfait). C'est bien dommage car la piste qui suit "Silver Palomino" est très intéressante, dans la même veine que "Jesus was an only son" qui vient juste après. Les deux peuvent s'écouter assez bien dans une Pontiac Firebird des années 80 en longeant la route côtière, la nuit tombée...

Dans l'ensemble, on reste loin des premiers albums de l'artiste mais, après quelques écoutes, "Devil and Dust" s'insère assez bien dans votre tête. Il manque de gros hits dessus mais il n'y a rien de mauvais dedans. Je dirais même que la moyenne est plutôt haute.

Décidément, cette décénnie 2000 est bien prolifique pour Springsteen qui sort un album bien spécial en cette année 2006. Il s'intitule "We shall overcome" et il est composé de 13 pistes de folk/country. Comme j'ai franchement du mal avec ce style (sans le détester), je n'en parlerai donc pas du tout. A vous de vous faire votre opinion.

De toute manière il reste encore de la matière, car en 2007 sort "Magic". Même s'il reprend (à mon grand damne) des sonorités électroniques des années 2000, il reste un assez bon album dans les dernières productions de Springsteen. La première piste après une introduction bien rock, se contente de mimer le style des Rembrandts (ceux de la musique de la série Friends) donc, on zappe vite.

Pour la deuxième piste, malheureusement, on retrouve les mêmes ingrédients mais le refrain rattrappe pas mal les choses. Au contraire, "Livin' in the Future" semble complètement sortie de Born to Run tant elle ressemble à Tenth Avenue Freeze-Out. Elle est donc plutôt pas mal du tout !

"Your Own Worst Enemy" est assez novatrice même si elle est une ballade. Le refrain et la mélodie centrale en font une bonne chanson, sans doute la meilleure du disque. C'est un peu la même recette avec "I'll Work for your Love" qui pourrait être sortie de Born in the USA (sans rivaliser avec les hits de l'époque).

En revanche, la piste éponyme, "Magic" reste peu convaincante. Même si Last to Die qui suit tente de la rattraper mais sans y parvenir vraiment. Heureusement que "Long Walk Home" s'inscrit dans la tradition des ballades épiques Springsteeniennes qu'on écoute sur la route. La deuxième meilleure piste de l'album, à mon avis.

"Magic" se glisse finalement pas trop mal dans votre esprit mais il lui faudra du temps pour le remarquer. Donnez-lui sa chance !

Pour le dernier album que j'ai écouté, il s'agissait de "Working on a Dream", sorti en 2009, pour clore la décénnie. Que dire dessus ? Pour résumer, comme avec tous les albums de cette décennie, ce n'est pas mauvais mais pas sensationnel du tout.

La piste éponyme est plutôt bonne, suivie de "Queen of the supermarket" qui s'assemble bien et respecte la tradition sans avoir la pêche des premiers albums.

C'est un peu la même chose avec "This Life". C'est pas mal mais moyen. J'aime mieux Life itself, y compris avec ses accents de guitares saturées des années 2000. Ca fait le job...

"Kingdom of Days" est un cran au dessus avec du piano rythmé, de la gratte en solo et une mélodie assez correcte.

Encore une fois, il faut du temps pour apprécier l'album mais je ne l'ai pas trouvé parce que j'ai été franchement bien secoué par celui qui a suivi !

Ça reste du Bruce Springsteen

En 2010 sort the Promise, un album remasterisé de rushs issus de la période "Darkness on the edge of town". Et c'est vraiment très bon.

On y retrouve le meilleur de Springsteen. C'est un de mes albums préferrés. Il fait une bonne synthèse. On y retrouve des pistes connues mais avec une interprétation différente. Par exemple la première piste "Racing in the Streets" est vraiment excellente. Cette version inclus davantage d'harmonica et moi j'aime vraiment beaucoup.

La piste suivante "Gotta Get That Feelin" est également d'un grand intérêt avec ses airs de saxophone qui évoque Jungle Fever. "Outside Lookin In" rappelle forcément le premier album de Springsteen.

La piste suivante "Someday" frole le parfait: une ballade assez longue avec de la mélancolie et des choeurs qui s'assemblent parfaitement. Une de mes préférées. J'aime beaucoup également la reprise de la chanson "Because the Night" de Patti Smith et bien sûr "Rendez vous", déjà interprétée en live sur "18 tracks", ainsi que "Candy's Boy", à ne pas confondre avec "Candy's room" !

Le deuxième disque démarre fort avec "Save my Love", une ballade bien rythmée qui fait la part belle à tout ce qui fait le E-Street Band: une gradation, des guitares, du piano, etc.

J'y ai retrouvé une version d'intérêt de "Factory" avec "Come On", sans doute moins noire mais tout aussi passionnante.

La conclusion "The Promise" tient également ses promesses même si d'autres pistes sont bien meilleures. D'une manière générale, le double album est un bon ensemble. Il n'y a quasiment rien à jeter.

Ce que je retiens de Bruce Sprinsteen

Il m'a bien fallu deux mois pour faire le plein de Bruce Springsteen. C'est un artiste marquant et finalement très généreux. Il y a du très bon, du moins bon (90's) et du mieux. Dans tous les cas, c'est un artiste qui m'a tout de suite plu même si je ne l'ai pas sérieusement écouté avant les années 2000.

Mon analyse, forcément simpliste, c'est que les débuts de Bruce Springsteen sont intemporels. Ils représentent une génération, un état d'esprit, une époque bien ciblée d'une culture américaine qui se développe une histoire, un sens commun, une vision... rien de moins.

Quand tu veux voyager en voiture sur une route, il te faut nécessairement un album de Bruce Springsteen, sinon, tu ne sais pas vraiment ce qu'est de voyager en voiture. Tu peux prendre n'importe lequel jusqu'à Human Touch, tu ne seras pas déçu. Une dose de "The Promise" si la route est vraiment longue permettra un voyage dans une autre dimension, sur une route 66 de l'imagination...

Posted mar. 30 mai 2017 19:40:23 Tags:

Introduction

Comme au mois d'avril, je continue mon périple littéraire et pour le mois de mai, j'ai finalement pris le temps de lire 3 livres complets dont voici mes impressions...

"Chroniques martiennes" de Ray Bradbury

Ah, les fameuses "chroniques". Je les ai déjà lues il y a plus de vingt ans et j'en suis toujours fan même si, avec le temps, certaines certitudes s'envolent et laissent place à la fiction pure.

Pour résumer de manière trop sommaire, les chroniques martiennes racontent une histoire de la conquête de la planète Mars par les terriens du début de leurs simples tentatives à la fin probable de l'humanité. Mais, cette période se révèle finalement relativement courte, à peine une centaine d'années.

Le récit a été écrit dans les années 50 et, malheureusement pour tout ce qui a trait à la science-fiction, parfois, on part plus dans la fiction que dans la science. C'est le cas des chroniques qui présentent la planète Mars comme une planète habitée d'êtres de métal ou de fluides d'énergie (alors que ça fait quelques années qu'on sait que ce n'est pas le cas). Mais, on pardonne volontiers à Bradbury cet écart car cela donne une vision plus romantique aux récits, plus en accord avec la conquête du territoire des natifs américains par les colons anglais, hollandais et français.

Car, en effet, au bout de quelques années, les martiens disparaissent, leur milieu transformé et détruit par les êtres humains qui y établissent un ensemble de colonies qui devient par la suite une deuxième terre, pas encore formée complètement à l'image de leur planète d'origine.

Les premières tentatives se concluent par des échecs car les martiens font tout pour que les premiers terriens ratent leur arrivée. Certains dégomment les fusées à coup de canons, d'autres essayent les manipulations mentales, à plusieurs reprises. Mais finalement, les humains ont le dessus et finissent par s'installer pour de bon.

Bradbury mentionne ensuite les flots des migrations d'origine terrienne vers Mars, en mode pionnier: les terriens partent à l'aventure et quittent une planète Terre condamnée aux vices, aux problèmes, à l'absence de rêves.

On voit bien que le récit a été rédigé dans les années 50, un peu avant la médiatisation du racisme envers les afros-américains. En effet, l'auteur narre une grande vague d'émigration des états du Sud des USA de la part des populations noires qui, en cette seconde moitié du 21 siècle (dans l'histoire) vit encore dans les mêmes conditions pré-droits civiques. A moins que ce ne soit un effet de style ?

La fin des chroniques est quand même intéressant: après des vagues continues de départ, une guerre importante car elle est visible depuis la planète Mars finit par éclater sur Terre. Après cet épisode, Mars connaît alors un reflux de ses habitants humains vers la Terre car des messages de cette dernière leur intimait l'ordre de revenir.

S'en suit l'histoire d'un type perdu, le dernier habitant de Mars qui cherche tant bien que mal l'âme soeur, qui croit la trouver en la présence de la dernière femme mais qui, au final, comme tout homme de la Terre, finit par se barrer en courant... Mais, finalement, la Terre finit par mourir et quelques pionniers en réchappent et reviennent s'installer sur Mars.

Dans tous les cas, l'ensemble des histoires forment un recueil assez solide, assez cohérent. La structure chronologique se tient bien et renforce l'impression de sérieux du récit, même si la fiction dépasse ici fortement la science. Mais Ray Bradbury n'a jamais prétendu le contraire: pour lui, les chroniques martiennes sont de la fantasy et non de la science-fiction.

A l'heure des robots qui vivent réellement sur Mars depuis quelques années; au moment ou des peuples de la Terre souhaitent s'installer sur Mars, je vous conseille de relire les "Chroniques martiennes": ça vous donnera quelques idées pour la suite et, dans tous les cas, cela vous fera passer un moment agréable.

"Un dimanche tant bien que mal" de Ray Bradubury

Dans mon élan sur les chroniques martiennes, je me suis posé sur un petit recueil de nouvelles de Ray Bradbury, intitulé "Un dimanche tant bien que mal".

Dans l'ensemble, ce n'est pas vraiment de la science-fiction mais plus du "surnaturel". De nombreuses questions et sujets sont abordés dans cet ensemble finalement assez bien posé.

On y trouve l'abord de thèmes variés qui vont de la mort à l'homosexualité en passant par le retour à l'enfance...

Ici encore, il s'agit plus de fantasy que de science-fiction. Dans l'ensemble, on passe un bon moment à lire ces nouvelles: ça ne mange pas de pain; ça occupe quelques voyages en train ou quelques soirées plutôt que s'abrutir devant la télé, Youtube ou 9Gag.

"Get Everything Done and Still have time to Play" de Mark Foster

J'ai déjà lu "Do it Tomorrow" de Mark Foster, comme je l'avais déjà indiqué pour le mois de mars et j'applique cette méthode depuis maintenant 5 mois avec succès, je dois le dire.

Pour rappel, Mark Foster est un coach professionnel et travaille sur les méthodes de gestion du temps et du travail. Après avoir été impressionné (et toujours d'ailleurs) par Do It Tomorrow, je me suis dit qu'il fallait sans doute voir ce que l'auteur avait déjà proposé auparavant. De fait, Get Everything Done a été écrit en 2000. Néanmoins, cela peut toujours être intéressant de voir ce qu'écrivait Mark Foster à l'époque.

Aussi, je me suis plus concentré sur son propos que sur la méthode. En effet, "Do it tomorrow" est une méthode plus récente et plus aboutie, à l'aune de l'expérience professionnelle de l'auteur (c'est d'ailleurs indiqué dans la préface du livre).

Que retenir de "Get everything done" ?

D'abord, je ne sais pas pourquoi, mais lire un livre sur les méthodes de gestion du temps est quelquechose qui rassure profondément. Sans doute le fait de voir que tout problème a une solution, de pouvoir compter sur une aide, un ensemble de techniques ?

Pour commencer, Mark Foster rappelle à quel point sa vie était un enfer, avant qu'il décide d'y mettre de l'ordre et de travailler sur les techniques de gestion du temps. Déjà, un bon point: il nous parle de son expérience vécue et pas d'un hypothétique bullshit cas de derrière les fagots.

Il fait ensuite le point sur les méthodes de gestion du temps et relève, avec pertinence, leurs défauts et comment y remédier. Il nous l'explique sous la forme d'une fable, ce qui permet de relativiser un peu les éléments techniques.

Par la suite, il dessine un ensemble de techniques qui permettent de répondre aux problèmes courant de la gestion du temps, notamment le besoin de fixer son attention de manière régulière et suffisante, de lutter contre la résistance à l'action et la procrastination, de disposer d'un système de gestion simple et robuste mais qui permet de gérer les interruptions et les urgences.

Dans l'ensemble, on retrouve les mêmes thèmes que dans Do It Tomorrow, preuve que les problèmes sont bien identifiés. Mais le système présenté par Get Everything Done est un peu moins bien élaboré que la méthode Do It Tomorrow, dans le sens où la méthode n'est pas vraiment systémisée.

Dans l'ensemble, Get Everything Done est assez direct: le style est simple et sobre, particulièrement explicite et luttant contre l'ambiguité. Par ailleurs, il est toujours abondamment illustré d'exemples rencontrés dans la vie courante et bien expliqués. On y trouve également de nombreux exercices à pratiquer.

Dans la dernière partie du livre, Mark Foster présente une théorie simple mais sans doute juste: nous résistons le plus à ce qui est le plus important pour nous (parce que, forcément, l'enjeu est important) et, justement, en plus d'être un signe de ce que nous devrions traiter en premier, c'est principalement ce sur quoi il faut se concentrer si on souhaite vraiment gérer son temps correctement. C'est plutôt un bon principe même si, dans la pratique, il faut savoir gérer cette résistance. C'est là l'enjeu de toute méthode de gestion du temps qui se veut efficace et robuste.

Attention, comme d'habitude, Get Eveything Done n'est pas une méthode qui va vous permettre de venir à bout de n'importe quelle charge de travail. Car, si vous avez chroniquement trop de travail, aucune méthode ne permettra de le gérer. Vous devrez, quoiqu'il arrive, faire des coupes et vous focaliser sur ce qui compte vraiment pour vous. Le plus simple sera d'utiliser les précieux conseils de ce livre.

Pour ma part, je souhaite conserver la méthode Do It Tomorrow car elle est rodée chez moi. Mais Get Everything Done donne de bons conseils qui viennent étoffer la méthode précédente, notamment, sur la résistance à l'action. Dans tous les cas, je vous recommande vivement de vous imprégner de ces éléments, ces exemples, cet ensemble, il ne peut que en sortir du bon. Libre à vous de l'adapter à vos besoins.

Conclusions

Pour ce cinquième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais continuer avec Mark Foster et tenter quelquechose de plus scientifique.

Posted lun. 29 mai 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Comme au mois de mars, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'avril, j'ai finalement pris le temps de lire 2 livres complets dont voici mes impressions...

"Passer par le Nord" d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Pour résumer ce livre publié en 2014 (donc assez récent), je dirai qu'il s'agit d'une approche synthétique et généraliste de l'évaluation de ce que représente les différentes routes maritimes de l'Arctique aujourd'hui, ainsi que leur probable avenir.

Isabelle Autissier et Erik Orsenna essayent d'abord de nous faire vivre une partie de leur voyage dans l'arctique, à travers les différents lieux qu'ils ont visité en bateau, en commençant de la Norvège pour se terminer dans le détroit de Béring.

Cette introduction nous permet de nous remettre en perspective la géographie des lieux qui reste souvent méconnue, même dans ses grandes lignes. Connaissez-vous les îles situées au nord de la Sibérie, à l'Est du Svalbard ? Pour ma part, je n'avais qu'une vague notion d'où était située la Terre François-Joseph ou encore qu'il y avait des îles de Nouvelle-Sibérie. Et pourtant, j'ai lu Jean Malaurie ! Le livre nous trace également leur histoire, de leur découverte à nos jours et c'est très instructif.

Après cette présentation, vient le sujet du livre, dans ses détails sur la mise en place d'une route maritime dans le Nord. On y apprend qu'elle existe déjà en fait, et ce, depuis les années 60, organisée par l'URSS et ses brise-glaces nucléaires (dont l'un d'entre eux a vraisemblablement perdu un réacteur défaillant en pleine mer dans les années 60). J'ai également compris qu'en ce moment, à cause du réchauffement climatique, l'accès à l'Arctique devient plus facile et cela a un impact économique majeur pour les régions isolées comme la Sibérie. En effet, la volonté nationale russe est de ré-équipper et ré-ensemencer en hommes ces territoires tombés dans l'oubli de la chute du communisme dans le début des années 1990. Des voies sont ouvertes, des flottes sont recréées, des villes repoussent, des mines s'agrandissent, une vraie Telegraph Road.

L'autre route qui intéresse aussi le camp d'en face est celle du passage du Nord-Ouest, point d'intérêt de l'ancien gouvernement canadien et de son ex-premier ministre si buté et si centré sur la connerie économique avec son plan Grand Nord. Le foisonnement y est moins intense que du côté russe à cause principalement des effets moindres du réchauffement climatique sur cette partie du globe, où la route n'est pas encore ouverte mais les appétits économiques sont complètement ouverts, eux.

Par la suite, les auteurs s'intéressent à la vie animale si particulière de ces milieux à la fois pauvres car les conditions y sont difficiles mais également foisonnants grâce à certaines singularités dans les alternances de courants chauds comme le Gulf Stream et par le rôle finalement protecteur de la glace. Mais dieu, qu'il doit être difficile pour un être animal qui a des milliers d'années d'adaptation au froid, de se retrouver dans un monde qui se réchauffe si vite qu'une seule génération d'êtres humains est capable de le ressentir à l'aune de leur courte existence...

La conclusion semble assez sombre quoique malheureusement réaliste. L'histoire se répète: certains hommes se révèlent suffisamment cupides et assoiffés de ressources naturelles qu'ils pourront transformer à loisirs en monnaie sonnante et trébuchante pour mieux satisfaire leurs besoins non vitaux. Peu importe les risques sur les autres humains qu'ils soient les esclaves travailleurs des systèmes d'exploitation ou les autochtones des lieux, sachant exploiter l'harmonie si rare de nos jours entre le milieu géographique et la culture humaine; peu importe la pression sur le reste de la Nature, la résiliente flore et la robuste faune qui paraissent si fragiles en face de cette forme de prédation implacable; seul le fric compte !

D'une manière générale, le livre est assez facile à lire, parfois même attirant. Mais la réalité qu'il dépeint fait froid dans le dos. On finit par se rendre compte qu'il n'existera bientôt plus de lieux vraiment préservés de l'action néfaste de l'être humain sur cette planète et c'est vraiment dommage que cette conquête soit aussi exhaustive.

"La billebaude" de Henri Vincenot

Mon histoire avec ce livre commence il y a près de 30 ans. Il était tout simplement dans la bibliothèque de mes grands-parents et il avait une couverture assez intéressante pour un enfant: il y avait une représentation d'animaux sauvages dessinés avec des couleurs vives. J'avais à l'époque demandé à ma grand-mère si je pouvais le lire mais elle m'avait répondu que ce n'était pas un livre de mon âge. Le titre imprononçable pour un enfant mais si intriguant ne pouvait que rester ancré dans un recoin de ma mémoire.

Et il y est resté pendant plus de trente années, jusqu'à ce que je retombe dessus, un peu par hasard. Mais cette fois, j'ai considéré que ce devait être un livre plus de mon âge et je me suis lancé dans l'aventure. Et j'ai été extraordinairement surpris.

J'ai eu un grand moment de doute lors de la lecture du premier chapitre. En effet, je lisais bien que le sujet était orienté autour de la chasse, sujet qui ne m'intéresse guère (je n'ai jamais eu la fibre ni l'éthique à ça, comme nombre de mes contemporains). Mais après m'être accroché un peu, j'ai vraiment apprécié les écrits d'Henri Vincenot.

Pour faire le résumé, Vincenot est un auteur "franco-français" dont le sujet principal d'écriture est la ruralité dans son aspect transversal et comme modèle de société. La Billebaude est un terme qui qualifie le mode de chasse dans le patois bourguignon. Dans ce livre, Henri Vincenot nous compte une partie de sa vie d'enfant à jeune adulte dans la France rurale de l'époque (de 1927 aux environs de 1936). Il y dépeint sa réalité de l'époque, dans toute son intimité d'enfant, dans le modèle familial de ce moment. Publié en 1978, "La Billebaude" était un best-seller des années 80 et voilà sans doute pourquoi, avec le sujet, l'époque qui correspondait en tout point à celle que mes propres grands-parents ont connue, ce livre s'est retrouvé sur leur bibliothèque.

L'histoire raconte l'évolution de la vie d'Henri Vincenot, enfant dans un village assez reculé, situé en Bourgogne dans les années 30. Il y vit avec son grand père (le père Tremblot), sa grand-mère, sa mère (son père étant, un grand classique, décédé pendant la guerre de 1914) et nombre de ses aieux. Son grand-père est compagnon bourrelier (la personne qui s'occupait de gérer tout ce qui était en cuir à l'époque, notamment, les colliers de travaux des chevaux) mais c'est aussi et surtout un fin chasseur et, bien entendu, il fait partager cette passion à son petit-fils qui apprécie vraiment cette activité et qu'il nous décrit avec force de détails. Vincenot raconte, en plus des épisodes de chasse, l'organisation de la société rurale de l'époque et nous livre, au passage, de courtes analyses de comparaison entre la période de publication du livre (la fin des années 1970) et celle de l'époque de son enfance.

A lire ce livre en 2017, avec pratiquement un siècle de recul, on peut aborder l'oeuvre sous une forme de documentaire du passé, un reportage de l'intérieur, un témoignage d'intérêt. Malgré moi, c'est comme ça que je l'ai abordé et cette étude s'est finalement révélée d'un grand intérêt. Sans en prendre conscience, ce livre m'a permis de faire l'analyse du fonctionnement de notre société actuelle avec le regard des anciens et j'avoue que cet exercice est vraiment passionnant.

Car même si l'époque est assez ancienne (près de 90 années nous sépare), on retrouve un très grand nombre de similitudes par rapport aux problèmes actuels qui tend à nous montrer que, finalement, l'Histoire ne semble qu'être une répétition infinie d'étapes toutes identiques mais dont le souvenir s'efface génération après génération. Car c'est bien de cela qu'il s'agit...

Commençons par parler du cercle familial. Ce dernier est extrèmement large à l'époque. Dans la famille de Vincenot, les personnes âgées ont toutes un grand âge. Il vit avec la majorité de ses arrières-grands-parents qui approchent tous les 90 ans. Ce qui tend à montrer, sans généraliser, que l'espérance de vie dans les villages de l'époque était sans doute d'un très bon niveau et que ce n'est pas une "invention" si moderne que ça. Bien entendu, ces "vieux" étaient tous capables d'avoir une activité physique minimale, ce qui leur permettait de compter au sein de la famille, d'avoir une vraie place, de faire partie du système et d'avoir un rôle véritable et pour lequel on peut avoir de la reconnaissance. Car les aieux n'étaient tout simplement pas mis en maison de retraite comme aujourd'hui, à dépérir et à s'ennuyer. Ils s'occupaient des enfants et des menus travaux mais sans eux la vie aurait été bien plus complexe. Dans ce monde, pas de nounous, pas de baby-sitter, pas besoin de payer des gens pour garder des enfants et pas besoin de payer des retraites et des maisons de retraite. L'avis de Vincenot semble se prononcer plutôt en faveur de cet ancien système qui lui semblait plus avantageux et avec lequel je suis sans doute d'accord. Moins de solitude, moins de remise au rebut de la société, moins de gérontophobie dans la société, c'est sans doute mieux que maintenant même si tout le monde n'a pas la chance d'avoir une santé de bourguignon de l'époque. Car cette santé est bien relative puisque Vincenot nous parle d'une jeune femme de l'époque qui se meurt à petit feu (la petite Kiaire) de la tuberculose ou d'une pneumonie.

Sur le sujet de la santé, il y a un élément qui m'a frappé, c'est la connaissance par les personnes de l'époque d'un très grand nombre de plantes destinées à soigner. C'était à la fois un élément culturel important et une discipline à part qui semble s'être perdue, au moins pour le commun des mortels (par rapport au docteur en pharmacie). En effet, il semble que les femmes de l'époque se transmettaient des ensembles de recettes à base de nombreuses plantes dont la culture et la récolte faisait partie du processus de vie courante, au même titre que les cultures de céréales, la gestion des fumures, les opérations liées à l'élevage. C'est quelque-chose qui a disparu aujourd'hui: à part l'acide salicylique du saule, plus personne à part les spécialistes n'a de connaissance sur les propriétés des plantes. Le fait d'avoir arrêté de les cultiver ou de les ramasser est également un indicateur de cette disparition. Il y avait à mon avis, une véritable discipline qui s'est effacée avec le temps et c'est bien dommage.

Toujours sur le sujet de la santé, quand on lit la description des menus des repas de l'époque, on a l'impression que tout le monde devait être obèse. Franchement, plusieurs plats principaux qui se terminent avec une omelette en supplément, le tout accompagné d'une bonne dose de crème (maison et utilisée même pour les repas maigres), sans compter les desserts, on doit facilement taper dans les plus de 3000kCal par repas ! En plus les produits de l'époque étaient sans doute d'une meilleure qualité nutrionnelle qu'ajourd'hui et le gras était vu dans ce qu'il y avait de meilleur (c'est bon le gras !). Néanmoins, je veux bien croire que l'obésité n'était sans doute pas un fléau à l'époque. Qu'est-ce-qui peut expliquer la différence ? Sans doute l'activité physique je dirais. A l'époque, il y a avait peu de métiers de bureau qui imposaient de poser ses fesses sur une chaise pendant plus de huit heures par jour. Il fallait se bouger physiquement et pas qu'un peu. C'est mon facteur d'explications.

Un des autres passages qui m'a marqué est l'histoire du monument aux morts. De nos jours, quelle commune n'a pas son monument aux morts ? Ces élévations sont tellement courantes pour nous que nous avons cessé de nous interroger sur leur origine. Vincenot raconte qu'en 1927, il n'y avait pas de monument aux morts dans son village et que les gens n'en voulaient simplement pas. Près de 10 ans après la fin de la guerre, ça peut faire beaucoup. Les habitants finissent enfin par se décider à implanter le monument, non pas en raison de leur patriotisme mais simplement parce que tous les autres villages sont déjà équipés et qu'on ne sait pas si on aura droit à la subvention lors de la prochaine loi de finance ! Qui aurait cru qu'un village profond de la Bourgogne n'ait cure de cet ensemble symbolique d'une époque ?

Mais même si Henri Vincenot, dans une sorte d'esprit vieille France ne fait pas vraiment de politique, je retiens néanmoins certains éléments qui sont véritablement emprunts de sens et d'une vision qui mérite analyse, dans ces premières décénnies du 21ème siècle. Cette analyse concerne l'emploi en France, sujet essentiel de l'entre-deux tours de cette élection présidentielle de 2017 (et aussi de celles des 30 dernières années).

Car dans les années 30, en Bourgogne du moins, et dans le village de Vincenot particulièrement, c'est le plein emploi ! Tout le monde a une activité rémunérée, personne n'est au chômage ! Ça peut paraître invraisemblable de considérer que dans un milieu rural assez fermé, il n'y ait pas au moins un seul problème de manque d'activité mais c'est bien le cas. Vincenot cite le seul cas de pauvreté qu'il connaît et qui est celui d'une famille trop nombreuse (une dizaine d'enfant dans un couple, ça laisse des traces). Selon Vincenot, la cause de cette pauvreté est bien directement liée au nombre d'enfants. Néanmoins, ce plein emploi est bien particulier: tout le monde est, à quelques exceptions près, agriculteur. Et c'est là une différence de société importante. Par ce moyen, chacun dispose d'un moyen de subsistance digne de ce nom, personne n'est obligé de faire la manche, de vivre de l'assistance publique ou de la charité. Personne ne crève la faim, tout le monde a un toît pour s'abriter, tout le monde a une activité qui empêche de s'ennuyer et tout le monde a un rôle reconnu dans la société.

Mais effectivement, comparer avec l'année 2017 serait un trop gros décalage temporel. Car le niveau de vie était sans doute beaucoup plus faible que l'actuel: pas de high-tech, beaucoup d'activité manuelle, beaucoup de travail physique, très peu de dépenses, une économie plutôt informelle, pas souterraine mais en tout cas, pas du tout axée sur le grand capital. Et tout le monde semble s'accomoder de ce modèle assez simple, robuste, résilient qui offre une place à chacun. C'est vrai que pour ma part, mon jugement biaisé d'ingénieur agricole a tôt fait de trouver dans ce modèle rural quelque-chose de rassurant: avec la terre, tout va bien. L'agriculture permet de s'affranchir de l'asservissement de l'homme par l'homme et contribue a forger la liberté. C'est un point de vue qui peut paraître subjectif et dépassé en 2017 mais force est de constater qu'il y a moins d'un siècle, c'était la norme et ce, depuis au moins la dernière réforme agraire de partage des terres agricoles. Et dire qu'aujourd'hui, le secteur agricole est continuellement en crise depuis les années 80 ! Je ne dis pas que la solution est le retour à la terre mais, dans tous les cas, il constitue un modèle éprouvé, sans doute adapté à certains membres de notre société; aussi ne faut-il pas le rejeter d'un trait en le qualifiant de vision passéiste.

Un autre point d'intérêt politique est la vision du monde sur le progrès. En 2017, cela reste toujours une question: de plus en plus de métiers disparaissent et de moins en moins d'humains ont un emploi. On a l'impression que c'est quelquechose d'assez récent, compte tenu des dernières années qui ont connues un sacré effort de robotisation et d'automatisation de l'activité, particulièrement dans l'industrie et dans les services. Mais, dans les années 1930, ça l'était déjà. En effet, comme je l'ai décrit plus haut, la France des années 30 est fortement rurale mais c'est également au cours de ces années que le monde agricole commence à se moderniser fortement, notamment avec l'arrivée des premières faucheuses et des moisonneuses (lieuses aussi), à cheval ou à cheval vapeur. Cela a une conséquence assez importante sur l'emploi agricole: là où il faut 10 faucheurs pour faucher un hectare de prairie, un seul conducteur de faucheuse fait le même travail en moins de temps grâce à une faucheuse automatique. De fait, et assez rapidement, les ouvriers agricoles qui étaient légion à l'époque, se retrouvent sans travail et sont obligés de fuir dans les villes où, à cette époque là, certes il y avait plus de travail que maintenant grâce à une industrie plus en forme respectivement que celle de 2017, mais où les conditions de subsistances étaient bien plus rudes, surtout à la suite de la crise de 1929.

J'ai aussi été touché par la vision de ces disparitions et cette prise de conscience des travailleurs de l'époque: ils voyaient bien que leur métier disparaissait, que leur art allait s'arrêter pour être remplacé par un travail automatique, standardisé et cela les frappaient, les rendaient tristes, nostalgiques, moins confiants dans l'avenir qu'auparavant et surtout, sans espoir de transmettre leur vision du monde par leur activité artisanale. Dès les années 30, ils avaient déjà conscience que tout cela allait s'arrêter un jour et qu'apparaîtrait alors des problèmes insoupsonnables à l'époque. Et encore, pouvaient-ils se reposer sur leur modèle robuste d'économie agricole de subsistance... ce qui n'est plus le cas de nos jours. Je finis par croire que finalement, toutes les générations depuis la révolution industrielle ont connu, de leur vivant, la fin de leur époque de travail, de leur modèle, sans cesse remplacé par un autre mais qui a toujours besoin de moins en moins d'êtres humains pour fonctionner. Difficile de continuer l'adage moyen de subsistance=emploi dans ces conditions...

Enfin, ce qui m'a beaucoup frappé, reste la promesse de Vincenot de revenir au pays. En effet, au cours de ses promenades dans les territoires aux alentours de son village d'enfance, il tombe sur un lieu isolé: un ancien hameau, abandonné depuis quelques années , qui le frappe par la beauté de son isolation. Il fait la promesse d'y revenir un jour...

Car Henri Vincenot doit partir, quitter le village qu'il a décrit comme une espèce de jardin d'Eden pour rentrer dans ce siècle de modernité, juste entrecoupé par une deuxième guerre mondiale, en étant poussé à devenir ingénieur, le type planqué dans un bureau qui "modernise" à tout va mais ne sait rien faire de ses dix doigts. Il finira par intégrer l'école HEC à Paris et à s'éloigner des lieux de son enfance.

Mais la beauté de l'histoire se termine par son retour, dans le dit hameau, toujours abandonné, qu'il rachète grâce à ses économies, bien plus tard, pour y vivre.

Qui n'est jamais tombé sur un endroit enchanteur en se disant qu'il y vivrait bien un jour ? Ça m'est déjà personnellement arrivé plusieurs fois mais pour l'instant, je n'ai jamais concrétisé. Pour combien de personnes, cela reste un rêve, qui finit par se faner à force de torpeur d'un quotidien fade qui consumme toute lumière d'espoir ? Pour combien d'âmes cela devient une fuite, une douceur imaginée, où le pas à franchir n'arrive pas à dépasser le stade de la conclusion d'une analyse de risques qui dit que ça ne vaut pas le coup, que c'est trop complexe ? Un jour forcément, je n'aurai plus le choix, il faudra bien que je respecte cette promesse. Sinon, j'aurai vraiment gaché une partie de mon temps...

Voilà, je pourrais passer encore plus de temps à parler de "La Billebaude" et, en guise de conclusion, je dirais que j'ai été vraiment transporté par cette oeuvre. Le sujet principal de la chasse n'a pas vraiment d'intérêt pour moi, même si après la lecture, je conçois que son exercice était fondammentalement différent de celui de maintenant. Reste toute l'ambiance de l'époque, le sentiment d'une enfance assez paradisiaque dans un monde plus simple, plus résilient, plus accueillant, plus maîtrisé. A moins que ce ne soit l'âge qui veuille ça et que ma grand-mère avait finalement raison...

Conclusions

Pour ce quatrième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais revenir à davantage de SF: il n'y a que ça de vrai dans un monde dominé par l'être humain ! J'ai aussi encore quelques ouvrages sur les méthodes de productivité à ingérer.

Posted lun. 01 mai 2017 19:18:27 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour avril ce sera Pink Floyd.

Un groupe ultra-connu... mais en fait pas tant que ça ! Mon approche de Pink Floyd est assez sommaire: mon père avait un album du groupe, un de leur plus fameux: "Wish you were here" de 1975. Quand j'étais gamin, personne ne l'écoutais. Ce n'est que bien plus tard, dans la fin de mon adolescence, que j'ai pris le courage de mettre le 33 tours dans la chaîne hifi pour écouter, alors que tout le monde était parti. Et quelle révélation: j'ai complètement adoré.

L'autre moment où j'ai reconnu le groupe a été lors de la publication de son dernier album (de l'époque, c'est à dire en 1994): The Division Bell. La chanson phare passait en boucle sur les stations de radio: High Hopes. Je l'ai écouté en boucle, tout en lisant quelques romans de Stephen King (Cimetière dans mes souvenirs).

Avec le temps, j'ai laissé pourrir le contenu et je n'ai pas poussé plus loin l'aventure. Avec "la révolution" du MP3, j'ai juste récupéré ce que je connaissais du groupe, c'est-à-dire l'album Wish you were here mais c'est tout.

Pour le mois d'avril, j'ai donc décidé d'aller à l'étude complète du groupe et voici mes conclusions.

Origine et membres du groupe

Bon, je ne vais pas vous refaire la page wikipedia du groupe, ça n'a pas d'intérêt. Juste pour faire un résumé simple, il faut d'abord retenir qu'il s'agit d'un groupe britannique (et oui, s'il y a bien un truc que les british font bien, c'est la musique et surtout le rock), fondé en 1965 et qui lance sa carrière studio en 1967.

Les membres originels sont, pour les citer rapidement:

  • Syd Barrett: fondateur qui arrête au bout de deux albums à cause de trop de drogues (pour faire archi-simple). Il arrête rapidement la musique.
  • David Gilmour: le gratteux du groupe qui finit par chanter et composer.
  • Nick Mason: le batteur
  • Roger Waters: le bassiste et grateux et surtout chanteur/compositeur
  • Richard Wright: le piano-man, chanteur/compositeur.

Par ailleurs, Pink Floyd ne veut pas dire Flamand Rose (qui serait Pink Flamingo), contrairement à ce que bien des personnes m'ont raconté.

A l'origine, Pink Floyd fait du rock psychédélique. C'est l'époque qui veut ça (les Doors sont sur les rails aussi). Mais leur style musical a complètement été modifié au cours des différentes années qui ont suivi leur prolifique carrière qui commence en 1967 pour se terminer en 2014 avec pas moins de 16 albums studios.

Mon analyse de l'oeuvre du groupe

Bon allez, disons-le, j'avais de grandes attentes sur Pink Floyd. Je me disais qu'avec les deux albums que j'avais entrevus, il y aurait forcément des pépites que j'avais ratées, que j'allais, comme le mois dernier avec Sigur Ros, tomber sur des monuments...

...Mais avec un tel parti pris, difficile de retomber sur la réalité finalement assez triste. Dans tous les cas, j'ai été sacrément déçu et voici pourquoi et dans l'ordre chronologique, comme à mon habitude.

Le premier album du groupe, "The Piper At the Gates of Dawn" de 1967 se présentait pourtant assez bien avec sa première piste, certes très psychédélique mais aussi tournée vers l'espace, un peu à la David Bowie. Mais le reste de l'album est clairement à jeter: c'est un mélange de Beatles, de Beach Boys mais qui auraient pris de la mauvaise drogue. C'est lent, assez mou, trop cru, trop répétitif, trop d'instruments, trop de sons discordant, trop de LSD vraisemblablement. Certaines pistes sont clairement à vomir comme "Take Up Thy Stethoscope And Walk" ou encore "Interstellar Overdrive" qui est ennuyeuse au possible (seule l'intro de guitare a un intérêt, 30 secondes sur 9 minutes d'exploitable). Bref, j'ai eu du mal; clairement l'album a vraiment mal vieilli et je n'arrive pas à retrouver l'effet "mythique son d'avant".

Pas grave, voyons ce qu'il y a sur la suite: en 1968 sort "A Saucerful of Secrets". Même topo que l'album précédent: la première piste est potable mais le reste est aussi à jeter. Le titre éponyme de l'album est à proscrire: ce n'est pas de la musique mais du son discordant sans réelle mélodie, un peu au hasard. Sans doute plein d'effets pour l'époque mais simplement passé de mode et sans harmonie aucune. Bref, aucun intérêt pour le deuxième album. Les intros sont assez soignées mais le corps de la chanson est vraiment à la ramasse.

Bon, il paraît que Syd Barret n'a fait que deux albums, peut-être qu'une fois qu'il se sera barré, ce sera mieux ! En fait, pas vraiment. En 1969, l'album "More" se fait sans Syd Barret mais finalement pas pour le meilleur. Il est pourtant plus varié dans ses sonorités car on y retrouve de la ballade/folk (avec Crying Song), du métal (avec The Nile Song). Mais ça se gate dès Up The Khyber qui est encore inécoutable sans prendre un grosse dose de LSD. Il paraît que l'album est une BO d'un film. Bof, moi ça ne passe toujours pas.

Prenant mon courage à deux mains, je saute vers l'album qui suit et qui sort en 1969 aussi et qui est nommé "Ummagumma". Mais mon analyse est la même que pour les autres albums: la première piste est potable "Sysyphus part one"; les intros des morceaux sont correctes mais ça ne passe toujours pas bordel ! C'est trop psychédélique, trop expérimental, trop sans cohérence, sans forme, trop liquide. Toujours en train de vomir.

Pourtant les choses s'améliorent très légèrement pour l'album qui suit. Sorti en 1970 (on est à plus de un album par an mais franchement, pourquoi faire ?), "Atom Heart Mother" semble commencer à forger un peu plus le caractère propre du groupe. La première piste éveille un peu plus la curiosité. On y retrouve le style de guitare, de basse, de clavier qui fait la signature du groupe. Mais encore une fois, trop de psyché/psycho et d'expérimental: le morceau dure 24 minutes ce qui est trop. A la fin (enfin, au bout de 15 minutes), on en a marre, ça devient insupportable et c'est vraiment dommage car tout commençait bien. Néanmoins, dans les pistes d'après, le renouveau du groupe apparaît enfin. Par exemple, j'ai assez apprécié la piste 3 intitulée Summer'68. Ça reste bien psychédélique mais, au moins, il y a une cohérence musicale et bien que déroutant, ça s'écoute assez bien. En dehors de cette piste, fuyez !

Allez, je me dis qu'on va enfin s'améliorer avec l'album qui suit (on en est déjà au 6ème en moins de 5 ans) en 1971: Meddle. Bon, on reprend les mêmes et on recommence. Comme d'habitude, la première piste est pas mal: One of these days commence à ressembler à du Pink Floyd. Une bonne intro et ça tient bien sur la durée du morceau. De la gratte élec, du piano, du bon rythme avec juste une pointe d'effets de synthés, ça passe vraiment bien. Mais le reste de l'album est beaucoup trop calme, trop folk. La dernière piste intitulée "Echoes" est d'intérêt mais, comme pour Atom Heart Mother, elle est bien trop longue (près de 24 minutes) et elle finit par s'essoufler. Comme quoi, le progressif c'est bien mais on peut aussi se brûler les ailes. C'est pas trop mauvais comme album mais ce n'est vraiment pas ce à quoi je m'attendais. Passons au suivant... on ne sait jamais.

Avec "Obscured by clouds" de 1972, on se dit qu'à force de travail, ça va finir par payer. C'est un peu le cas mais en fait, pas vraiment. On retrouve encore une fois un peu plus la signature du groupe mais l'ensemble forme un moment assez peu concret. Ce n'est pas encore ça... Sauf avec une seule piste qui vaut vraiment le détour selon moi. Il s'agit de Mudmen, la piste n°6. Très bonne intro, très bon son, très bon solo de gratte au milieu sans trop de guimauve; complètement progressif mais aussi complètement dans le progrès. C'est à peu près le seul élément de qualité du disque. Le reste est pas mal mais, je ne sais pas, ça n'arrive pas à marquer mon cerveau.

Enfin, en 1973, après 7 albums de mauvais à moyen (enfin, selon mon analyse car à l'époque, les disques se vendent assez bien, Pink Floyd étant même n°1 en France avec son dernier album), sort "The Dark Side of The Moon". Et là, on est vraiment dans du vrai Pink Floyd. Dès la première piste, que je ne connaissais pas, je retrouve mes petits. C'est mélodieux, c'est progressif mais abordable, c'est très musical mais la voix de Gilmour plus grave vient bien nous égayer. Du très bon. Trois morceaux crèvent l'album: la première piste (Speak to Me/Breathe), la quatrième (The great gig in the sky) et l'ultra-connue "Money". Enfin, je découvre un album de Pink Floyd pour lequel je ne suis pas déçu !

En 1975 sort "Wish you were here" qui est une vraie tuerie comparé au reste des productions du groupe. Déjà, la jacquette du 33 tours vaut son pesant de cacahuètes avec deux gars en train de se serrer la main alors que l'un d'entre eux prend feux. Pour le contenu musical, il n'y a, selon moi, que des hits:

  • Shine on you crazy diamond est d'une beauté stupédiante. C'est un univers étrange mais j'arrive à l'écouter d'une traite avec un plaisir infini malgré ses presques 14 minutes.
  • Welcome to the machine est un titre qui me parle beaucoup, moi qui ne suit qu'un geek qui utilise des machines tous les jours. C'est progressif, avec des sons bizarres mais qui s'organisent bien et surtout la mélodie qui fait peur, qui inquiète me laisse toujours penser que l'homme doit rester maître et possesseur de la machine, et non l'inverse.
  • Have a cigar, s'écoute avec un réel plaisir. Moi ça me fait penser à un voyage dans le temps. Et j'adore ça.
  • Wish you were here: la piste ultime de Pink Floyd. Tout est bon, de l'intro de radio avec le solo de gratte qui sifflote au rythme. Les paroles sont tout bonnement géniales et vous pouvez les chanter en karaoké sans aucun problème. Pas mal pour chanter dans la rue, de bon matin pendant que tout le monde va travailler dans le matin gris..
  • La fin de Shine on you crazy diamond avec son intro de gratte électrique interminable mais vraiment bien pensée est vraiment une conclusion qui s'impose.

Bon, je ne pourrais jamais avoir d'avis objectif sur cet album. Il reste, sans consteste, le meilleur du groupe; un monument à lui seul. Un truc qui ne pourra jamais vieillir (contrairement aux productions antérieures du groupe).

Forcément, après ça, l'album suivant est retombé trop bas. Je ne parlerai donc pas de "Animals", sorti en 1977 qui n'a rien de charmant. Passons directement à The Wall, sorti en 1979 qui s'étale sur deux albums. Un peu moins bon que Wish you were here mais bien meilleur que Animals. Quelques morceaux qui en font la synthèse:

  • "In the Flesh?", l'intro des intros.
  • "Another Brick in the Wall, part 1".
  • The happiest day of our lives suivi de son naturel
  • "Another Brick in the Wall, part 2", le truc le plus connu de l'album.
  • "Hey You" sur le deuxième album, vraiment très bon.

Pour la suite, le groupe fait une petite pause: il ne produit rien avant 1983. En cause, la fin des bonnes relations dans le groupe avec la fin du lead de Roger Waters. Dénommé "The Final Cut", il aurait pu être le dernier album du groupe, tellement il change du reste. On entre dans la décénnie 80 et ça se ressent dans le son. L'album est plus calme, moins progressif. Il n'y a majoritairement que la voix de Roger Waters (que j'aime moins). Du saxo, du synthé, du piano brut, on est plus dans la pop que dans le son habituel de Pink Floyd. L'ensemble s'écoute assez bien mais il n'y a rien de perçant, qui sorte de l'ordinaire. Il n'y a guère que "Not now John" qui sorte du lot monotone de l'album.

En 1987, le groupe n'est plus le même. Roger Waters l'a dissout en 1985. Mais David Gilmour le relance en 1986 et il gagne le droit de ressortir un album avec le nom du groupe. C'est ce qu'il fait avec "A Momentary Lapse of Reason" qui sort en 1987. Roger Waters ne participe pas à l'album et c'est sans doute pas plus mal. Il sonne mieux Pink Floyd que jamais et il a su clairement s'adapter aux codes des années 1980 sans trahir tout le reste, toutes ces années de forge musicale qui ont fait le groupe. Le meilleur morceau de l'album reste sans doute "Learning to Fly", un classique ultra-connu et vraiment très bon. Ce qui me laisse retenir que la meilleure voix de Pink Floyd est sans doute celle de Gilmour.

Enfin, en 1994 sort "The Division Bell", toujours sans Roger Waters et qui laisse les voix toujours à Gilmour. J'aime beaucoup cet album qui est sorti quand j'étais encore ado et que j'ai pu entendre à la radio et qui était vraiment très bon. Je ne peux forcément pas être objectif mais je dirais qu'il constitue pour moi le deuxième meilleur album du groupe après "Wish you were here". La première piste, est, comme toujours pour le groupe et ce depuis 1967, une excellente introduction (on ne peut pas leur retirer ça). Quasiment toutes les pistes de l'album sont bonnes. Si je devais en extraire le top, voici ce que je prendrais:

  • "A Great Day For Freedom": piano, gilmour, complainte, mélancolie: excellent.
  • "Coming back to life": pour vivre dans l'espace.
  • "Keep Talking": avec son robot monocorde, progressif, fidèle.
  • "High Hopes": la meilleure de toutes après Wish you were here.

Pour terminer, en 2014, sort "The Endless River" qui sera le dernier album du groupe car deux des membres originels du groupe sont morts (Syd Barret et Richard Wright) et Roger Waters ne fait plus parti du groupe. Cet album est basé sur des enregistrements de "The Division Bell" et de productions antérieures. Bon, il s'écoute pas trop mal, à la suite de "The Division Bell" notamment. C'est un album assez moyen qui sent un peu trop les années 90. Moi, j'aurai arrêté en 1994. Franchement, sans The Endless River, ça l'aurait aussi bien fait ! Néanmoins, ce n'est pas un mauvais album et ça s'écoute assez bien quand même...

Ce que je retiens de Pink Floyd

Mon analyse, forcément simpliste, c'est que le rock psychédélique de Pink Floyd a vraiment mal vécu. Les efforts des années 60 et 70 sont vraiment dépassés. Seuls restent les morceaux impérissables du milieu des années 70. Après le groupe part en sucette et finit par revivre sur un pari de David Gilmour, mais pour un album et demi (celui de "The Division Bell" et un demi "A Momentary Lapse of Reason".

Vu le nombre d'albums, il ne faut pas se voiler la face, il reste quand même de nombreux morceaux dignes d'intérêt, de quoi occuper quelques heures d'écoute. Mais ce n'était pas vraiment ce à quoi je pouvais m'attendre. Parfois, quand on commence avec l'album de l'apogée d'un groupe, on ne peut qu'être déçu quand on regarde l'intégralité de la production. C'est sans doute ce qui m'est arrivé.

Conclusions

Pour ce mois, ce fut un peu la déception. Même en laissant sa chance au produit, pendant un vrai mois complet, je n'ai pas du tout accroché aux premiers albums du groupe. Seuls quelques morceaux remontaient de temps en temps mais, c'est moins d'un par album et d'ailleurs, sans aller jamais très loin dans la notation (1 à 2 étoiles sur 5). J'ai même été jusqu'à vouloir mettre des notes négatives tellement certains morceaux me posaient un problème lors de l'écoute.

Ce que j'ai gardé se résume finalement à ce que je connaissais assez bien. S'il faut retenir un seul album, ce sera "Wish you were here". On peut y ajouter "The Dark side of the Moon" et sans doute "The Division Bell" ainsi que quelques pistes de "The Wall". En dehors de ça, on peut pratiquement tout jeter... C'est dur, brut mais c'est mon expérience.

Espérons que pour le mois prochain, ce sera mieux !

Posted lun. 01 mai 2017 16:40:23 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour mars ce sera Sigur Rós !

Ce groupe "post-rock" islandais est véritablement atypique dans le paysage musical actuel. C'est un des rares groupes encore en activité que je peux écouter sur la durée sans me lasser aucunement.

Ma première rencontre avec le groupe date de 2008 au Main Square Festival d'Arras où ils faisaient la première partie d'un autre groupe de rock bien connu nommé "Radiohead". Lors de leur arrivée sur scène, j'avais été assez surpris par la ferveur des "fidèles". Ils avaient l'air assez engagés autour de nous et c'était assez surprenant pour le néophyte que j'étais. Certains spectateurs étaient clairement venus pour Sigur Ros et non pour Radiohead, autrement plus connu à l'époque (et encore aujourd'hui d'ailleurs).

Ensuite, lorsque le groupe a commencé à jouer, j'ai clairement compris pourquoi cet enthousiasme: tout était atypique ! D'abord, les types étaient sapés comme des papes. On aurait dit des elfes, élégants, avec un uniforme d'apparat militaire, en longueur, avec des plumes d'indiens et des broches lumineuses. Déroutant mais très élégant, très stylé, à part, comme un cran au dessus de la mélée.

Dès les premières notes, Jonsi, le chanteur, a sorti son archet et a commencé à faire vibrer les cordes de sa gratte avec. Je n'avais jamais vu ça avant et j'ai trouvé le son produit vraiment innovant. Dès lors mon intérêt était franchement motivé et le reste de la qualité musicale de leur production a suffit à m'emporter définitivement: j'étais pris dans les mailles du filet du groupe, pour sans doute, ne jamais en sortir; dans tous les cas, en étant transformé pour longtemps.

Voilà mon premier contact avec Sigur Ros, une véritable expérience de vie... Néanmoins, pendant de nombreuses, années, je me suis contenté d'un seul de leur album (Ágætis byrjun). En ce mois de mars, j'ai réparé cette erreur en prenant le temps d'écouter l'intégralité de leur oeuvre. Voici mes sentiments sur le sujet avec une revue complète de leur production, par ordre chronologique...

Von (1997)

Clairement, le premier album de Sigur Ros aurait sans doute pu faire que je n'accroche jamais au groupe. Concrètement, rien ne m'attire dedans, c'est trop brut, trop mécanique, trop lourd. Ça fait très musique d'ascenceur, électronique pure, par effets de bruits plutôt que par mélodie.

J'ai eu beau forcer son écoute pendant quelques jours, je n'ai jamais pu m'en satisfaire. Heureusement, j'ai découvert le groupe sur leur second album.

"Ágætis byrjun" (1999)

Voilà le premier album de Sigur Ros que vous pouvez écouter sans trop de danger ! La vraie naissance du groupe se situe sur cet album. On y trouve tout ce qui fait la marque du groupe depuis près de 20 ans maintenant:

  • Une mélodie marquée, qui approche les canons de la musique classique.
  • Une sonorité avec un soupçon, juste ce qu'il faut de musique électronique.
  • De la guitare électrique à l'archet qui transcende complètement les autres instruments.
  • La voix de fausset de Jonsi, dans les tonalités sur-aigues, à la manière d'un elfe chantant.
  • Du Volonska: dans la majorité des albums, Jonsi chante dans une langue imaginaire, dont les sonorités et le rythme sont relativement proches de l'islandais.
  • Des morceaux qui occupent facilement 5 à 10 minutes.
  • Et sans doute ce qui donne tout l'intérêt à la musique: une mélancolie profonde, latente, qui force la douceur.

Une bonne musique d'autiste en somme ! Elle peut très bien s'adapter aux passages "grandioses" d'un documentaire sur un paysage extraordinaire. On a l'impression que la force de la Nature, si présente en Islande irrigue l'oeuvre de Sigur Ros.

Bon, j'ai tellement écouté l'album qu'il est usé à la corde. Il n'y a pratiquement que des hits dessus. Si je devais sortir les trois pistes principales, je retiendrais les suivantes:

  • Svefn-g-englar.
  • Viðrar Vel Til Loftárása.
  • Olsen Olsen.

"Untitled" aka "()" (2002)

Toujours dans le non-conformisme, un album sans titre sort en 2002. S'il est toujours dans la mouvance de l'album précédent, dans les grandes lignes, il apporte néanmoins une touche de nouveautés.

Concrètement, avec "()" Sigur Ros marque un peu plus son style tout en le confirmant. C'est un album quasi-excellent et si "Ágætis byrjun" est un bon début, "()" est un poil devant: une continuité mais supérieure.

La piste d'introduction (la n°1 vu qu'elle n'a pas de titre non plus) est vraiment excellente. C'est, selon moi, la meilleure de l'album. Mélangeant une mélodie rythmée par un piano brut, elle s'adresse en douceur aux auditeurs en distillant des notes d'espoir, de mélancolie, comme souvent avec Sigur Ros. Elle se termine par une explosion mesurée d'un chant qui monte dans les aigus, comme pour rejoindre les cieux. Très bon !

La piste n°2 (c'est son titre) repose sur plus de douceur et plus de tristesse encore. Elle vient tout simplement à une place d'intérêt. D'une manère générale, il est bon d'écouter un album de Sigur Ros dans l'ordre des pistes. Je trouve que l'ensemble forme un mélange assez équilibré et qui a un sens véritable.

La piste n°3 s'adresse plus à un parcours physique dans la nature. On y retrouve le piano brut ininterrompu. Toute la piste n'est qu'un crescendo où le volume semble suivre une progression à un seul facteur. Une bonne expérimentation.

La piste n°4 reprend moins les codes de la mélancolie pour se tourner vers davantage de rythme, plus profond, plus grave; des airs plus "pop" même si la petite voix sur-aigue électronique vient jouer par fois les troubles fêtes.

On passe ensuite à la piste n°6 qui reste une des meilleures pistes de l'album. Elle reprend les codes de la piste n°4 mais dans un mode encore plus désepéré. L'ensemble est vraiment accrocheur.

Les autres pistes de l'album ne sont pas mauvaises du tout même si je les qualifie d'un cran en dessous des autres.

Dans l'ensemble, "()" est un très bon album de Sigur Ros; bien équilibré, avec pratiquement uniquement des hits.

"Takk..." (2005)

On pourrait se dire qu'avec l'album précédent, Sigur Ros allait avoir du mal à faire mieux et bien, en fait, ce n'est pas le cas. "Takk..." est sans doute le meilleur album du groupe, du moins, si j'en crois les notes que j'ai attribuées aux pistes. Seule la piste n°1 qui est une pure introduction, courte et uniquement destinée à mettre en piste l'album est trop neutre pour accrocher. Pour le reste, rien à redire, on est proche de la perfection.

Dans cet album, Sigur Ros améliore encore son art et ses mélodies continuent vers une progression incontestable.

La piste n°2, intitulée "Glósóli" ouvre magistralement l'album. Elle semble chantée par des elfes (qui accompagnent Jonsi bien sûr). La sonorité est riche avec de nombreux instruments assez variés dont la fameuse guitare à archet. Elle suit une progression crescendo, sans trop rentrer dans la mélancolie.

La piste n°3 est la meilleure de la production actuelle de Sigur Ros, à mon sens. "Hoppípolla" est tout simpelement parfaite. On a du rythme, une mélodie de piano brut, du son composite, de la joie, de l'action, de la douceur. Tout est admirablement bien orchestré, chaleureux, reposant, agréable et dépaysant. Cette musique exprime tout simplement ce qu'est la joie de vivre.

La piste n°4, intitulée "Með blóðnasir" est simplement la suite de la précédente, un peu en négatif de "Hoppípolla"; il est donc, selon mon avis, plus difficile de l'écouter directement. Elle reste néanmoins très bonne.

"Sæglópur", la piste n°6 est la deuxième meilleure piste de l'album. Elle est plus dans les sonorités graves, comme inquiétantes et elle est plus rythmée par les percussions que les autres pistes.

La piste suivante, "Mílanó", reprend plus les codes de la mélancolie et de la joie de vivre, avec plus de douceur et d'onctuosité que "Sæglópur". C'est la troisième meilleure piste de l'album et je vous la recommande chaudement. Le final y est vraiment la description de ce qu'on peut appeler une apothéose.

Voilà ce que je retiendrai de cet album: de l'excellence.

"Með suð í eyrum við spilum endalaust" (2008)

J'ai eu un peu plus de mal avec cet album. Ici, Sigur Ros fait moins dans le tragique, moins dans la mélancolie et met davantage l'accent sur la convivialité, la joie simple, l'action; avec un rythme plus marqué qu'auparavant. Du coup, le style s'en trouve modifié.

"Með suð í eyrum við spilum endalaust" s'en trouve donc un peu moins accessible: il faut l'écouter plusieurs fois pour que la mélodie finisse par accrocher convenablement l'esprit.

Le premier morceau (Gobbledigook) est typiquement une introduction vive et rythmée du reste de l'album... C'était la piste d'introduction du Main Square Festival d'ailleurs ! ...Qui se poursuit avec "Inní mér syngur vitleysingur", une des meilleurs pistes de l'album, bien rythmée mais assez mélodique et entraînante.

Pour le reste, je relève "Við spilum endalaust", qui reprend plus les "cannons" de Sigur Ros: mélodie variée mais calme, qui respire la joie de vivre; le tout ponctué d'un rythme plus marqué que sur les précédents albums.

La piste suivante, intitulée "Festival" est probablement la meilleure de l'album. Elle aurait pu être située sur "Takk..." et elle constitue sans doute la piste la plus Sigur Rossienne de cette composition. On y retrouve les ingrédients spécifiques du style du groupe. D'abord, la piste est la plus longue de l'album, près de 10 minutes. Elle est introduite par un morceau si solennel qu'il aurait pu être composé pour une cérémonie d'enterrement (mais elle reste d'une beauté époustouflante). Pendant près de 4 minutes, Jonsi clame tout en aigus une forme de mélancolie empreinte de douceur et d'un respect profond. Mais à la fin de cette douce introduction retentissent la batterie et la basse dans un rythme appuyé: on reste dans le style de l'album quand bien même. Mais cette fois, le rythme reste au service du solennel car la musique du début se poursuit tout en récupérant une sonorité qui va crescendo, comme la majorité des productions de Sigur Ros. Comme une ouverture vers l'au-delà, la fin du morceau se transforme en une explosion de sonorité quasi-divine. Une excellente interprétation du passage vers la mort.

Évidemment, après un tel morceau, difficile de faire mieux. Les autres pistes restent néanmoins intéressantes car elles sont moins marquées par le nouveau concept de l'album. J'en garde trois:

  • "Með suð í eyrum".
  • "Fljótavík".
  • "All Right", dans un ton très mélancolique.

Au final l'album reste quand même très bon. Il cherche à innover sans dénaturer le style du groupe et je trouve qu'il s'en sort vraiment très bien. C'est juste qu'il faut s'accorder plus de temps pour en profiter vraiment.

Valtari (2012)

Quand j'écoute Valtari, j'ai l'impression de me retrouver dans les Shetlands, comme en 2011. La musique est à la hauteur du paysage: gris avec le ciel de pluie, vert avec l'herbe à proximité de la côte, brun avec la bruyère des tourbières, bleu-blanc avec la mer et ses vagues.

Et comme sur la pochette de l'album, au milieu de la houle, le bateau de Valtari apparaît au loin à l'horizon, au dessus de l'horizon, en lévitation à 5 mètres du sol...

C'est donc un très bon album malgré le fait qu'il soit le dernier composé avec Sven Keirnson, un membre du groupe qui a décidé de quitter ce dernier à l'issue de la sortie du disque. Selon moi, il est pratiquement au niveau de "Takk..." et reste très accessible aux habitués des premiers albums.

Je trouve qu'il est plus solennel, quasi religieux sur certains morceaux. On replonge dans les fondements de Sigur Ros. Ici, les morceaux sont tous très longs, très marqués.

L'introduction est vraiment très bonne: "Ég Anda". Le meilleur moyen de l'écouter est sans doute d'aller dans les Shetlands, de se lever de (très) bonne heure en été, de croiser les doigts pour avoir du beau temps et se mettre face au lever du soleil. Quand j'écoute cette piste, j'ai l'impression d'y être pour de bon.

D'une manière générale, l'album reste plus doux que "Með suð í eyrum við spilum endalaust" et c'est repérable directement dans la seconde piste (un très bon morceau lui aussi). "Ekki Múkk" est une invitation à la tendresse, une bonne musique de chats avec des relents autistes.

La piste qui suit est proche de l'excellence. Elle est aussi religieuse que "Festival" de l'album précédente et elle lui ressemble fortement. "Varúð" commence tout en douceur, tout en cantique pour se terminer sur un rythme marqué, saturé par l'archet de la guitare de Jonsi avec les voix enfantines des coeurs qui montent vers le ciel. Un excellent morceau pour aller courir dans la montagne, à la faveur de la découverte d'une paroi abrupte qui fait face au randonneur.

Pour rester dans le même registre, la piste n°5 "Dauðalogn" est de la même nature. Des moines irlandais pourraient l'entonner lors d'une messe coincée entre plage de sable blanc et falaises de granit, face à l'océan atlantique. Quelle cérémonie, quelle transcendance, quel génie ! Et encore, je ne vous parle pas de la fin du morceau qui part comme un cantique de choeurs à voix nues. C'est la meilleure piste de l'album, sans discussion possible...

La dernière piste que j'ai relevé sur l'album s'intitule "Varðeldur" et c'est une des musiques les plus tristes et les plus mélancoliques de Sigur Ros. Elle s'inscrit bien dans le registre de l'album. Elle colle bien avec un début de journée pluvieuse, dans l'aube grisée.

Les deux autres pistes sont très bien aussi, quoiqu'un poil plus "autiste" avec des sons plus tranchés et plus en répétition. J'aime moins mais je l'écoute quand même avec intérêt.

L'album est franchement une réussite. Il reste sans doute plus doux, plus triste, plus transcendant. On peut facilement l'écouter dans n'importe quelle situation et découvrir alors des scènes d'anthologie, dignes des meilleurs films. Couplé à un paysage marin, c'est sans doute le meilleur moyen de découvrir et d'apprécier "Valtari".

D'ailleurs, Valtari a servi à une expérience cinématographique. Sigur Ros a demandé à un bataillon de cinéastes de réaliser des courts-métrages avec comme musique de fond les pistes de Valtari. Vous pouvez retrouver certaines de ces compositions sur Internet et je vous invite à les découvrir car elles permettent de donner une illustration possible du monde offert par Sigur Ros, au delà de la musique.

Kveikur (2013)

Kveikur est à peu près dans la même lignée que "Með suð í eyrum við spilum endalaust"; rythmé, plus rentre-dedans, mais avec un zeste de douceur supplémentaire. Je le trouve bien plus accessible que l'album de 2008 d'ailleurs.

Dès la piste n°1, le ton est donné: avec "Brennisteinn", on a l'impression de se retrouver au coeur d'une tempête en pleine mer, en plein coeur de la tourmente. La mélodie est donc bien rythmée, un poil solennelle et pleine d'action.

La piste n°2 poursuit ce nouveau rythme, ces nouvelles sonorités avec plus de triangles et de percussions. Jonsi a également une voix plus posée, plus grave.

La piste qui suit, "Isjaki" donne tellement la pêche qu'elle fait partie des morceaux de musique que j'écoute pour m'échauffer lors de mes entraînements de course à pied. Il y a suffisamment de rythme et d'effet d'émulation qui en ressort.

"Stormur" est la meilleure piste de l'album. Elle démarre assez lentement, sans un niveau sonore trop intense. Puis elle enchaîne par un rythme appuyé avec une mélodie bien appuyée par quelques coeurs lors des refrains. Bon rythme, bonne musique, bon tempo. Une bonne recette.

Le titre éponyme de l'album "Kveikur" est également très bon, quoiqu'un poil plus en dessous des autres pistes sus-mentionnées.

Le dernier morceau que je relève est la piste n°8 intitulée "Bláprádur". Elle s'approche de "Stormur" tout en possédant sa propre mélodie. Mais les recettes sont proches.

Dans l'ensemble, l'album Kveikur tient ses promesses: du rythme mais en composition avec tout ce qui fait la personnalité du groupe Sigur Ros. Une évolution toujours en douceur qui passe bien.

Les 10 meilleures pistes de Sigur Ros

En guise de fin, voici ce que j'estime être les dix meilleures pistes des productions du groupe Sigur Ros:

  1. "Hoppípolla", piste 3 de l'album "Takk...".
  2. "Untitled (Vaka)", piste 1 de l'album "()".
  3. "Svefn-g-englar", piste 2 de l'album "Ágætis byrjun".
  4. "Viðrar Vel Til Loftárása", piste 7 de l'album "Ágætis byrjun".
  5. "Stormur", piste 5 de l'album "Kveikur".
  6. "Glósóli", piste 2 de l'album "Takk...".
  7. "Sæglópur", piste 6 de l'album "Takk...".
  8. "Dauðalogn", piste 5 de l'album "Valtari".
  9. "Olsen Olsen", piste 8 de l'album "Ágætis byrjun".
  10. "Festival", piste 5 de l'album "Með suð í eyrum við spilum endalaust".

Conclusions

J'aime Sigur Ros, ils n'ont pas vraiment changé avec le temps. Leur production est toujours d'une grande qualité et leur style ne prend pas une seule ride. Comme je l'ai dit en introduction, c'est un des rares groupes actuels que je peux écouter régulièrement.

J'ai passé un mois vraiment agréable à les écouter. Le nombre d'albums n'est pas si important et soutient tout à fait la prise de temps nécessaire à la découverte. Je leur souhaite une longue vie...

Posted lun. 03 avril 2017 20:40:23 Tags:

Introduction

Comme au mois de février, je continue mon périple littéraire et pour le mois de mars, j'ai finalement pris le temps de lire 2 livres complets dont voici mes impressions...

"Do It Tomorrow" de Mark Foster

Mark Foster est un auteur dont le centre de production est consacré aux méthodes de gestion des tâches et du temps. J'en avais entendu parler via quelques articles du Planet Debian. Pour le mois de mars 2017, j'ai donc acheté son livre (en anglais) et je m'y suis attelé.

L'ensemble est très concret et très didactique. Mark Foster dévoile d'abord les problèmes génériques de la gestion des tâches et du surplus d'activité. Il propose dans une suite de chapitres progressifs de nombreuses actions permettant de venir à bout de la majorité des problèmes évoqués en amont du livre.

Cet ensemble d'actions forme une méthode plutôt cohérente et assez facile à mettre en oeuvre. Après avoir lu le livre plusieurs fois en prenant le temps d'écrire un résumé, j'ai trouvé que la méthode "Do It Tomorrow" est vraiment bien pensée. J'ai choisi de l'expérimenter pendant un mois et j'ai vraiment eu des résultats surprenants.

Avant de démarrer, j'étais vraiment au fond du trou en termes d'activité professionnelle. J'avais l'impression d'être vraiment en retard sur tout et d'être complètement submergé par la charge de travail, sans perspective d'amélioration, et ce, depuis plusieurs mois.

En appliquant simplement et directement la méthode de Mark Foster, j'ai réussi, en un mois à peine, à renverser complètement la tendance. Je pars (pratiquement) tous les soirs en ayant l'impression d'avoir complètement terminé ma journée. Je n'ai vraiment plus aucune distraction ou élément de procrastination dans ma journée de travail (j'ai choisi de ne plus faire de veille technologique jusqu'à ce que j'ai clairement du temps à y consacrer). Je suis beaucoup plus organisé, j'arrive à planifier mon activité à l'avance, sans y passer un temps infini. Je me suis même surpris à traiter des sujets que j'avais décalés depuis plusieurs années, le tout en une semaine, en m'y mettant progressivement un peu tous les jours (technique dite de "l'initiative courante").

Autre point d'intérêt, j'arrive à déléguer plus facilement et la méthode "Do it Tomorrow" me permet, en plus, d'avoir un élément de gestion efficace de cette délégation.

Pour résumer, l'amélioration est vraiment nette. Tout n'est pas parfait mais je ne m'attendais pas à de tels résultats aussi rapidement.

Mais qui dit méthode, dit aussi outil de gestion de la méthode. Mark Foster présente une approche très universelle. Les outils qu'il emploient sont assez accessibles comme un simple carnet. Il cite également Microsoft Outlook comme outil abordable. Pour ma part, j'ai effectivement commencé à travailler avec du papier mais je me suis vite tourné vers Outlook dont je suis équipé au bureau.

Malgré le fait qu'il s'agisse d'un produit non libre, je dois avouer que ça fait le job et ce, de manière vraiment simple: le système de tâches d'Outlook permet d'appliquer directement la méthode Do it tomorrow sans aucun problème et en moins d'une heure d'expérimentation.

Néanmoins, ça reste du logiciel propriétaire et, en dehors du bureau, je ne peux pas l'utiliser. Je me suis donc tourné, comme à mon habitude, du côté du logiciel libre et je suis tombé sur Taskwarrior qui, après quelques semaines d'expérimentation, répond au moins aussi bien qu'Outlook en termes d'usage.

Dans le passé, j'avais expérimenté plusieurs méthodes sans grand succès en essayant la méthode Pomodoro, puis celle de GTD, tout en pratiquant le zéro Inbox, etc. Au bout de quelques mois, j'étais face à une liste de tâches impossible à restreindre avec l'impression d'avoir une situation sans fin si stressante qu'il était alors plus efficace de simplement enterrer la liste de tâches et de ne pas faire ce qui était dessus.

Avec DIT, c'est moins le cas car la méthode est simple et plutôt bien pensée. Au final, je vous conseille de lire ce livre. Il ne coûte pas très cher et la méthode proposée est peut-être adaptée à vos problèmes. Qui sait ?

"Dragon Ball" d'Akyra Toryama.

Bon, ok, ce n'est pas un vrai livre au sens oeuvre écrite uniquement avec des lettres mais j'avais néanmoins une grande envie de lire ce récit qui a bercé une partie de mon enfance.

A mon époque, il était difficile d'obtenir des mangas en France (qui plus est traduits en français). J'ai donc, comme une bonne partie de ma génération, suivi les aventures de Son-Goku à la télé (les riches heures du Club Dorothée). J'en ai gardé plutôt un bon souvenir mais, restrictions parentales de l'époque, je n'ai pu suivre la série qu'en pointillés, en manquant certains épisodes clés ou en loupant complètement une série de plusieurs semaines.

Et puis il faut dire aussi que la série animée était souvent une plaie à regarder. Déjà il y avait forcément une coupure pub au milieu (sur un épisode de 20 minutes c'est trop). De surcroît, les cinq premières minutes étaient systématiquement occupées par un rappel de l'épisode précédent, ce qui bouffe un temps non négligeable (surtout quand il n'y avait pas possibilité de zapper plus loin). Pour résumer, j'ai décroché vers le début de Dragon Ball-Z.

Près de 30 ans plus tard, j'ai enfin pris le temps de lire les près de 520 chapitres du manga, traduits en anglais, le tout en moins d'un mois. J'en suis très content.

D'abord le manga est très fidèle à la série animée (en fait c'est l'inverse mais j'ai commencé par la série animée). J'ai retrouvé tous les détails que j'avais retenus en regardant Dragon Ball à la télé. C'est fou comme le cerveau a une capacité de souvenirs infinis, surtout pour des trucs sans intérêt fondamental. Du coup, j'ai eu enfin le loisir de retrouver les aventures de Son-Goku en non censuré avec toute l'histoire, de ses débuts assez basiques jusqu'au dernier épisode de Dragon-Ball Z Kai contre Bû. Je n'ai donc pas besoin de me taper les vidéos (il doit y en avoir beaucoup trop) pour connaître l'histoire dans son exhaustivité. C'est également source d'une grande satisfaction. Dans l'ensemble, l'histoire est plutôt intéressante et elle garde les éléments d'humour que j'avais déjà relevés étant jeune.

A titre de point technique, lire un manga de format de poche sur une liseuse se fait finalement assez bien. Il faut juste retailler un peu les images en fonction de la résolution de l'écran de la liseuse car il ne sert absolument à rien d'afficher une image de 1024 pixels de large sur un écran dont la largeur maximale est de 800 pixels. Cela génère souvent un recalcul à la volée de l'image qui consomme du CPU et qui implique plus de temps pour afficher l'image sur l'écran (surtout que les écrans des liseuses sont lents par définition). J'ai également limité la palette de couleurs à 16 niveaux de gris. Cela permet de diminuer le poids des images de manière assez sensibles. Le tout est encapsulé dans un fichier CBZ qui n'est qu'une simple archive zip contenant les fichiers à afficher (au format jpeg).

Enfin, je peux dire que j'ai lu Dragon Ball dans son intégralité, mettant fin à près de 30 ans de frustration (et c'est très bon).

Conclusions

Pour ce troisième mois, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Ok, il y avait des choses faciles à lire mais le défi est toujours relevé. Non ?

Posted ven. 31 mars 2017 19:45:27 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour février ce sera Peter Gabriel ! Pour les jeunes qui ne connaissent pas Peter Gabriel, direction Wikipédia. Ne vous fiez pas trop à la photo qui représente un homme de plusde 60 ans. Peter Gabriel, c'était ça plus jeune !

Je me suis limité à sa période post-Génésis car il y avait déjà suffisamment de matière pour faire une intégrale pour le cours mois de février.

Car (1977)

Les 3 premiers albums de Peter Gabriel n'ont simplement pas de nom. Ils s'appellent à l'origine du nom de l'auteur, sans dénomination particulière. Ils ont été rebaptisés à postériori et c'est cette dénomination que j'utilise. Pour Car, je suppose que c'est parce que la pochette de l'album est une voiture.

Premier album de l'ère post-Genesis de Peter Gabriel, on sent néamoins de forte trace du passé. La première piste, intitulée "Moribund the Burgermeister" aurait pu être facilement être sur l'album "A trick of the Tail" de Genesis, sorti en 1976, sans qu'on ait pu en faire la remarque. La sonorité, le ton de voix, les instruments, tout concorde à rappeler le passé de l'ancien groupe de Gabriel.

Pourtant, dès la seconde piste "Solsburry Hills", la nouveauté vient poindre avec une sonorité plus pop et moins dans le son de Genesis. On pourrait même la croire très 80's avec ses accords simples mais percutants.

Avec "Modern Love", vient un air entraînant qui se démarque un peu plus de Genesis avec un style plus pop et la voix plus aigue de Gabriel. En revanche, "Excuse Me" est vraiment nulle !

Pour la piste suivante "Humdrum", on revient directement à Genesis. Avec une écoute rapide, on pourrait même presque croire que c'est Phil Collins qui chante. Toute la sonorité de cette chanson relève d'un travail complet et très varié, tout ce qu'on peut retrouver chez l'ancienne bande de Gabriel.

La dernière piste d'intérêt de l'album reste "Down The Dolce Vita". Après une introduction respirant le classique, Gabriel nous invite dans une sonorité digne de la BO de Rocky. Le rythme est très bon, les grattes présentes et le final est vraiment excellent.

Au final, un album de transition plutôt bien fait dans l'ensemble. Un hit (Solsburry Hills), quelques relents très sympathiques de Genesis (enfin pour ceux qui aiment comme moi) et quelques morceaux novateurs bien arrangés.

Scratch (1978)

La pochette de l'album montre un Peter Gabriel en train d'écorcher l'espace avec ses mains, en laissant des traînées blanches dans l'atmosphère. D'où le nom de l'album.

Que noter sur cette oeuvre ? Sorti en 1978, il reste encore une forte imprégnation du style Genesis sur les pistes suivantes:

  • "On the Air".
  • "DIY" où on croirait entendre Phil Collins.
  • "Mother of Violence", une ballade.
  • "White Shadow" où on retrouve le même son de synthé que chez Genesis, sans doute une des meilleures pistes de l'album.

Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé la réalisation assez moyenne. Certes, Gabriel tente de sortir un peu de son style passé mais ce qu'il fait de neuf n'est pas si génial que ça.

Melt (1980)

La pochette de l'album affiche un Peter Gabriel en train de fondre partiellement. Cet album prend une tournure plus 80's que les deux autres. On y retrouve certains éléments qui feront le succès de Gabriel dans les années 80.

Dans la liste de titres de l'album, j'en retiendrai cinq. Le premier est "Family Snapshot" qui est utilisée partiellement dans l'album "Birdy" qui viendra en 1985. La sonorité reste très solennelle et les paroles sont tristes mais le rythme est bon et la chanson passe très bien.

En second, je retiens "Games Without Frontiers" qui sonne comme si on était sur l'album "So". C'est le nouveau style de Peter Gabriel, plus rythmé, avec une voix plus prononcée. C'est une des chansons marquantes de l'album; elle dénonce la guerre en général.

En troisième, il y a "Not One of Us" qui reste moyenne sauf pour le final assez rythmé, proche de ce qu'on peut entendre sur Birdy.

Par la suite, il y a "Lead a normal Life", très différente des autres. Plus apaisée, plus mélodieuse, elle est toute en musique; il n'y a qu'un seul refrain.

Enfin, l'album se termine avec "Biko", une chanson en hommage à Steve Biko, un militant anti-apartheid en afrique du sud.

Avec Melt, Gabriel est en train de clairement s'extraire du style de Genesis et commence à se construire une carrière décidément différente.

Security (1982)

Deux ans après "Melt", apparaît "Security", enfin un album avec un vrai titre !

Néanmoins, sur les 8 pistes, je n'en retiens que deux:

  • "The Rythm of the Heat" pour son rythme justement.
  • "Wallflower" et j'en parle juste après...

Birdy (1985)

Il y a tellement à dire sur Birdy, le film d'Alan Parker dont l'album éponyme de Peter Gabriel est la bande originale. Si vous ne l'avez pas vu, alors procurez-le vous.

Quand j'étais gamin, j'ai souvenir d'avoir dû faire un commentaire complet sur l'affiche de Birdy (ce devait être en 1990, soit cinq ans après la sortie du film). J'y avais trouvé tellement de matière à explications, intérprétations à rédiger que j'en étais vraiment subjugué, et ce, sans même avoir vu le film. Malheureusement, du temps de ma jeunesse, si on voulait voir un film, il fallait attendre qu'il passe à la télé, que les parents veuillent bien vous autoriser à le voir au jour J ou veuillent bien programmer le magnétoscope pour l'enregistrer. Ou encore, il fallait aller au vidéo-club, demander aux parents de l'argent pour ça, à condition que le film soit disponible à la location. Bref, c'était assez dur et j'ai finalement oublié de visionner Birdy. J'ai réparé ce problème il y a à peine un an et, pour cette fois du moins, mes fantasmes de gamins n'ont pas été trahis: j'ai trouve le film vraiment fantastique et d'un excellent niveau, tant dans la réalisation, le travail et la composition des scènes, le scénario, le jeu des deux acteurs et aussi... sur la captivante bande originale.

Birdy reste quand même un des rares films où Nicolas Cage est vraiment bon ! Matthieu Modine incarne parfaitement le personnage de Birdy, dans toute son expression physique. Difficile d'imaginer qu'il prendra le rôle de l'engagé Guignol dans "Full Metal Jacket" quelques années plus tard.

La BO m'avait vraiment pris par les tripes, en plus de l'histoire. Je m'attendais donc à un travail de qualité et je n'ai pas vraiment été déçu. Cela reste une BO sans aucune parole, un peu authistique dans son expression. Gabriel y a ajouté quelques morceaux repris dans ses albums précédents, notamment, Wallflower de l'album Security qui se retrouve dans "Under Lock and Key" de Birdy et "Family Snapshot" de Melt qui s'incarne dans "Close Up".

Sans doute un des meilleurs albums de BO de Gabriel...

So (1986)

Sans doute le meilleur album de la carrière de Peter Gabriel. On y retrouve une floppée de hits qui sonnent dans toute la splendeur de la musique des années 80. Ce sont sans doute également les pistes les plus connues de l'auteur.

J'en relève trois qui sortent du lot:

  • "Red Rain": une intro vraiment excellente, un rythme bien soutenu. Ça sonne fort les 80's et c'est vraiment bon.
  • "Sledgehammer": LA chanson de Peter Gabriel avec un clip éblouissant. Sans doute le summum de l'auteur.
  • "Don't Give Up": Un duo avec Kate Bush, si mélancolique mais si beau.

Remettre à l'écoute "So" vous replongera dans les sons de votre enfance (si vous êtes né dans les années 70-80 of course!).

Passion (1989)

Bon, je n'ai pas aimé le film et la BO encore moins. C'est long, lent, et maintenant, ça a mal vieilli. Je n'ai pas plus de commentaires...

Us (1992)

Pour moi, cet album semble être la suite logique de "So" !

Tout sonne comme l'album de 1986, dès la première piste avec "Come Talk to Me" qui serait une espèce de "Red Rain" mélangée avec "Don't Give Up".

"Steam" reste dans la même mouvance que le reste et on peut aussi écouter "Washing of the Water" qui correspond davantage à "Don't Give Up".

Enfin, "Digging in the Dirt", serait le "Sledgehammer" de 1992.

Up (2002)

Le dernier album studio de Peter Gabriel du moment, c'est "Up". Entre temps, Peter Gabriel a composé des albums de BO que je n'ai pas relevé (même si je les ai écoutés).

L'album est plus électronique que jamais (enfin, par rapport au style de Peter Gabriel habituel). La première piste d'intérêt est "Darkness" qui mèle bruitage effrayant et la douceur d'une ballade. L'ensemble forme quelque chose qu'on peut qualifier d'élégant.

"Skye Blue" est reposante et plus en douceur avec son coeur de voix.

Mais d'une manière générale, l'album manque de tenue, essaye de faire du moderne de l'époque avec trop d'électro ou d'effets spéciaux qui trahissent le style originel et original de Peter Gabriel. On va dire que c'est un album moyen.

Scratch My Back (2010)

Il s'agit d'un album de reprises et moi, les reprises, je n'aime pas ça... C'est toujours moi bien que l'original à quelques exceptions près et puis, c'est devenu un business. Donc, out !

Conclusions

Lorsqu'on a été dans le groupe Genesis, qu'on l'a formé, on a forcément tendance à ne pas oublier facilement. C'est le cas pour la suite post-Genesis de Peter Gabriel. Certains morceaux ont même été chantés avec Phil Collins à la batterie, c'est dire la proximité.

Néanmoins, Peter Gabriel a su faire sa révolution, sans doute grace aux bandes originales, et ce assez tôt avec Birdy notamment. L'apothéose reste quand même les années 80, notamment avec So et Us un peu plus tard.

Dans tous les cas, ça fait toujours du bien de mettre un peu de Peter Gabriel en fond sonore avec ses meilleurs albums. Ça aide à voir dans l'au-delà...

Posted ven. 03 mars 2017 20:40:23 Tags: