Introduction

Comme au mois d'août, je continue mon périple littéraire et pour le mois de septembre, je me suis rabattu sur trois livres que j'ai parcouru pendant ma randonnée.

"L'ours qui a vu l'homme" de Charlie Buffet.

Pour résumer, l'auteur étudie plusieurs histoires de relations entre l'ours et l'homme. Les histoires sont intéressantes, en passant par la découverte de la grotte de l'ours, en allant jusqu'à la chasse à l'ours de Knud Rasmussen. Le propos de l'auteur qui est plutôt un journaliste qui rapporte est de dire que l'ours est menacé, surtout par le manque d'espace vital et de territoire qui lui sont dédiés.

Car, c'est également ma théorie, l'être humain tend à occuper 100% de la surface de la planète, comme pour mieux maîtriser cette dernière. Mais chaque fois qu'on construit une barraque, un lotissement, un bâtiment, une route ou un putain de centre commercial à la con pour revendre des produits de merde venus du bout du monde fabriqués par des humains exploités, tout en supprimant les sources de revenus locales, on arrache aussi un pan d'un territoire pour certaines catégories d'animaux sauvages. Ces derniers essaient forcément de s'adapter (on ne leur laisse pas vraiment le choix) et profitant au maximum du nouveau milieu qu'il essaient tant bien que mal de tourner à leur avantage. Ce faisant, ils sont forcément plus au contact des humains, ce qui induit une certaine accoutumance et une réduction de la peur chez les ours pour l'homme (à force de nous voir, ils finissent par s'habituer). En conséquence, les hommes les butent car ils sont "trop proches" des hommes !

En dehors de ces propos qui reviennent souvent dans le livre, j'ai apprécié l'histoire de Grizzly Man que je ne connaissais pas. Apparemment un type nommé Timothy Treadwell s'est mis à vivre parmi les Grizzlys et les Kodiacs en essayant de s'intégrer à leur groupe. Il y est parvenu pendant de nombreuses années jusqu'à l'accident fatal où il se fait dévorer par un mâle nouvellement arrivé sur le territoire. J'avais déjà entendu parler de types qui vivaient avec une meute de loups mais avec des individus aussi dangereux que des Grizzlis, jamais. J'aime particulièrement la relation inter-espèce qui aura toujours un côté magique pour moi (deux êtres d'une espèce différente qui communiquement ou arrivent à vivre ensemble, c'est aussi beau et complexe que la rencontre du 3ème type). Il faudrait que je visionne quelques reportages sur Grizzly Man, cela doit être important.

En matière de style, le livre est très léger et se lit presque d'une traîte. Sans être un truc extraordinaire, "L'Ours qui a vu l'homme" vous permettra de passer un bon moment.

"Contes du Gévaudan" de Félix Remize (alias Lou Grelhet, le grillon)

Comme j'avais terminé les livres que j'avais emmené assez rapidement pendant ma randonnée, j'ai déniché dans la maison de la presse de La Bastide-Puy-Laurent une édition neuve du premier tome des "Contes du Gévaudan", aux éditions Lacour.

Pour information, cet éditeur indépendant qui date de la fin du 18ème siècle imprime des textes plutôt anciens en occitan. L'occitan étant la langue originelle des territoires de la Lozère (et bien plus), il n'était pas anormal que je le retrouve physiquement dans le Gévaudan !

Le livre dispose d'une introduction assez imposante, qui occupe près de 20% du contenu. Pourtant, je n'ai pas esquivé cette partie. En effet, elle présentait en détails l'auteur, Felix Remize, Lou Grelhet en occitan. Ce dernier, ecclésiastique, vivait à Mende au début du 20ème siècle et était le rédacteur de l'almanach de la Lozère. S'en suit une biographie courte de l'auteur par son neveu, une série de témoignages ainsi que des informations techniques sur l'occitan.

Même si je n'aime pas vraiment les langues, surtout celles du sud (trop chantantes à mon goût) j'ai tout lu. La vie de l'auteur est déjà un témoignage d'une grande importance: il permet de rappeler la vie de l'époque et c'était ce qui m'intéressait profondément: essayer d'imaginer la vie en Lozère entre 1850 et 1914. Car depuis, le pays n'a guère évolué que pour se vider encore un peu plus de ses habitants. Il devait donc rester des traces ancrées un peu partout dans le paysage.

La deuxième partie du livre contient les contes et ceux-ci valent leur pesant de cacahuètes. La première partie évoque la vie d'avant. Cette partie est une mine sur la vie rurale de l'époque. Elle constitue un vrai souvenir qui est maintenant devenu une archive. Elle évoque les bonheurs simples d'une vie rude dans un territoire plutôt inhospitalier (il faisait plus froid en Lozère à l'époque). Les enfants jouaient (en fait non, ils travaillaient) à faire les pâtres, une activité assez sympa qui consiste à surveiller les bovins/ovins/caprins dans les prés pour leur faire manger le meilleur de la prairie. Les fêtes racontées en détails semblaient être l'apogée d'un réseau social sans doute plus développé que ce qu'il est possible de faire aujourd'hui avec Facebook !

La seconde partie raconte la vie d'un garnement qui fait les 400 coups. Bon, si on comparait à ce que les jeunes de son âge font actuellement, ça ferait facilement rigoler. Mais à l'époque, ces farces, certes drôles, étaient punies physiquement, de manière assez sèche. Néanmoins les histoires sont sympathiques.

La dernière partie de ce premier tome est un recueil de fables populaires de l'époque (sans doute des adaptations de certaines traditions orales). Le ton est léger mais les histoires dignes d'intérêt car si anciennes qu'elles nous sont étrangères.

En plus, comme le livre dispose d'une page en occitan et de la traduction en français sur l'autre, c'est assez facile à lire allongé sur un côté, en randonnée.

Dans tous les cas, j'ai été assez surpris par ce livre. J'ai vraiment eu du plaisir à lire ces quelques pages, le soir avant de me coucher ou à la pause du midi, le temps que mon âne finisse son déjeuner.

L'auteur est mort il y a longtemps (plus de 70 ans), je me demande si les contes du Gévaudan sont dans le domaine public ou non... sans doute mais pas la traduction en français. Dans tous les cas, il me tarde de commander le tome 2.

"Voyages en Autistan", saison 1 de Josef Schovanec

Voici un livre que j'ai lu deux fois pendant ma randonnée tellement j'étais accroché et tellement ça me parlait.

Je ne présenterai pas Josef Schovanec. C'est sans doute l'autiste le plus connu de France. Il a déjà réalisé nombre d'interviews sur différents plateaux télés, malgré sa réticence naturelle (et qui fait partie de lui) à s'exprimer en public, à rencontrer des personnes inconnues.

Je suis sûr que vous avez déjà entendu cette voix fluette un peu monocorde mais si attachante qui exprime une pensée cohérente avec un ton pince-sans-rire plein d'humour fin.

J'ai abordé ce court ouvrage lors de ma randonnée sur le GR70 (en solitaire mais accompagné d'un âne). Le livre est bien écrit, très simple à lire, il offre de bons conseils et il aide à mieux comprendre qui sont les autistes et leur univers. Il souligne fortement les paradoxes de notre civilisation et de la société occidentale. Josef Schovanec étant assez à l'aise sur le registre de l'humour, on passe de bons moments. Très vite, on sait extraire la sagesse de ses propos.

Mais ce n'est pas vraiment ces constats ou conseils que je retiendrai du livre mais bien quelque-chose de plus personnel. Car, pour ma part, ce livre a fini de me convaincre que j'ai effectivement quelques "traits" autistiques (j'emploie traits et non troubles car pour moi, ce n'est pas un trouble, quelquechose de négatif mais bien une force). Voici quelques-uns de mes constats...

Dès la préface, on présente Josef comme étant une personne qui préfère marcher deux heures pour aller à l'aéroport plutôt que de prendre un taxi à qui il faudrait parler. Pour un non-autiste, ça paraît absurde et, à force de vivre dans une société non adaptée aux autistes, nous avons pris l'habitude de croire qu'il faut forcément entrer en contact avec autrui, que c'est le fonctionnement normal de l'individu normal, donc de tout le monde, qu'il en relève forcément une attitude de politesse, que c'est le principe de base. Pourtant, si j'analyse froidement les faits, voici ce que je constate: pour ma part, j'ai dû prendre deux fois le taxi dans ma vie (une sortie d'hopital à 2h30 du matin et une arrivée dans les cyclades à 2h du matin avec 15km de route à faire avant de rejoindre le gite). Je refuse toujours ce mode de transport et avec le temps, j'ai tellement pris l'habitude de faire sans que ce ne sera jamais un réflexe pour moi que d'appeler un taxi.

Moi aussi, j'hésite toujours à demander à quelqu'un. Je ferai toujours tout pour ne pas avoir à interagir avec un être humain. Je l'ai toujours fait et ça ne changera jamais. J'ai essayé de me forcer mais après 20 ans de pratique assidue, je n'aime toujours pas ça. Néanmoins, il faut bien avouer qu'avec de l'entraînement, ça passe mieux, surtout pour le camp d'en face (les non-autistes). Disons-le, pour une personne avec des traits autistiques, le truc de base, l'élement central, la coutume, le principe fondateur, c'est justement la discrétion, que le contact inter-être se fasse tout en douceur, dans le respect le plus profond d'autrui. D'où la non compréhension des personnes n'ayant jamais vécu en autistan où les zones de limites sociales sont plus étendues qu'ailleurs qui pensent que nous cherchons à les fuir ou que nous sommes des personnes impolies.

L'auteur évoque son intérêt pour les cimetières et je me surprends à faire la même chose depuis des lustres. Chaque fois que j'en ai l'occasion, souvent parce que je suis convié sur un lieu où il y a beaucoup de monde, je file toujours vers le cimetière le plus proche. Naturellement, je suis toujours attiré par cet endroit forcément calme, souvent à l'intérieur des villes. Un exemple flagrant: je travaille à Nantes mais habite à Angers depuis 3 ans et 6 mois. Je n'ai jamais pris ne serait-ce que 1h pour flaner dans la ville pendant tout ce temps, je préferre la cafétéria du bureau, plus calme, plus connue, plus maîtrisée. En revanche, j'ai déjà visité au moins 2 fois le cimetière de miséricorde (j'aime beaucoup le nom) situé non loin de la tour Bretagne à Nantes. Quand je le peux, j'essaye toujours de visiter les tombes des soldats. Dans le Nord/Pas de Calais (non, les hauts de france, je ne sais pas ce que c'est), il y a souvent des tombes de soldats britanniques (ou du commonwealth): leurs tombes sont immaculées, toujours bien entretenues, toujours impeccables avec leur style à part de toutes les autres tombes. Cela permet d'entrevoir un bout d'histoire bien concrète, dans un lieu de calme où personne ne parle trop fort. Dernièrement, sur le GR70, j'ai fait un détour au petit cimetière protestant de Cassagnas et j'y ai découvert la tombe d'un maquisard allemand anti-nazi mort en 1944, assassiné par les waffen SS. J'ai ainsi pu découvrir un pan d'histoire que je ne connaissais pas: oui, des allemands ont aussi été des résistants engagés, la preuve par la tombe !

Josef Schovanec parle souvent des endroits où il peut enfin être au calme, comme les bibliothèques (mais uniquement quand il n'y a plus personne, c'est-à-dire le soir tard ou le même jour que des évènements sociaux), l'intérieur des maisons calfeutrées les jours de fête de la musique. C'est là un des traits principaux des traits autistiques, du moins ce que j'ai pu en saisir: les autistes sont majoritairement introvertis. Ils ont énormément de mal à filtrer les bruits anthropiques, surtout les conversations entre individus. Je crois d'ailleurs que ce phénomène empire avec l'âge. Comme si notre cerveau ne pouvait filtrer les racontars qu'au pris d'un effort important ou que, naturellement, le cerveau ne puisse plus vraiment filtrer de manière inconsciente les paroles externes. A ce titre, les transports en communs sont généralement une plaie du quotidien car il faut toujours affronter les conversations multiples des "autres" qui ne nous intéressent pas mais qu'on ne parvient pas à éteindre dans notre perception. Au final, c'est très usant et très "aggressant" pour nous. Voilà pourquoi, dès que j'en ai l'occasion, je prends mon vélo ou ma voiture et évite comme la peste tout ce qui est bus/train/tramway/métro/randonnée en groupe. A décharge, ça fait trois ans et demi que je me tape 1h30 de train par jour et j'en souffre énormément. Mais je parviens à surmonter cet obstacle au pris d'un grand effort. Qui a dit que les autistes étaient forcément fragiles ? Une solution simple serait de prévoir des compartiments silence où la règle serait de ne pas parler et de véritablement éteindre son téléphone portable. Je suis sûr que ça doit exister dans d'autres pays plus respectueux des quelques 10% de personnes autistes en moyenne dans la population d'un pays. En France, je pense que ce n'est pas gagné mais cela faciliterait le quotidien de nombre de personnes, sans forcément coûter plus d'argent que d'apposer un panneau de règlement sur un compartiment de train, de tramway ou de métro.

Ce que j'aime aussi dans les propos de Josef, c'est d'ailleurs son respect pour le règlement. C'est également un point qui me pose souvent problème: je suis incapable de déroger à la moindre règle écrite (juridique, organisationnelle, sociétale). Cela me met toujours mal à l'aise. Par exemple, je paye toujours mes impôts le plus rapidement possible, dès que j'ai une minute de libre pour le faire. Je conduis comme un papy parce que je respecte tout simplement la règlementation à la lettre. Si c'est marqué 90, c'est la vitesse maximum donc, je roule un peu en dessous, pour être sûr. Effectivement, ça marche assez bien, dans toute ma vie de conducteur, je n'ai eu qu'un seul PV, quand j'étaid jeune conducteur. J'ai tous mes points de permis. Quand je suis en randonnée, je suis obligé de me faire violence pour faire du bivouac car je sais que camper sur un terrain privé ou dans une forêt domaniale est interdit. Du coup, je ne le fais que quand je n'ai vraiment pas le choix.

Enfin, autre point commun avec Josef: le voyage. Cela fait maintenant plus de 10 ans que j'essaie de voyager, pas forcément trop loin, le plus souvent seul et ça me fait un bien fou. Ma randonnée sur le GR70 en est le dernier exemple en date. Bien entendu, il n'y a pas de comparaison avec ce que fait Josef Schovanec qui explore des territoires franchement dangereux comme les régions tribales entre l'Iran et l'Afghanistan, où il y a la guerre et où les occidentaux ne sont pas forcément les bienvenus (enfin, c'est plutôt l'inverse qu'on constate dans les propos de l'auteur). Mais, comme le disait déjà Stevenson en 1878, on retrouve cette forme de solitude bienfaîtrice dans la randonnée qui permet d'épuiser son corps et de faire la paix avec son esprit, de renforcer son mental tout en abandonnant les problèmes du quotidien. C'est toujours ce que je cherche quand je marche seul et, je finis toujours par le trouver au bout de quelques jours. J'en reviens toujours plein de forces, ça me fait du bien.

Pendant la randonnée, à la lecture de ces messages venus de l'autistan, j'ai enfin achevé de comprendre que ces traits autistiques sont dans ma nature profonde: malgré tout l'entraînement du monde, malgré tous les efforts possibles et assidus, je ne serais jamais un extraverti qui se complaît au contact des autres. C'est comme demander à un loup sauvage de devenir un chat domestique ! C'est sans doute possible avec beaucoup d'effort mais ce n'est vraiment pas le truc le plus naturel du monde, sans compte que le loup sera toujours forcément malheureux.

Ce qui m'a bien rassuré dans la lecture de ce livre, c'est de moins me sentir seul et de moins me jeter la pierre. J'ai une différence qui me défini et je compte bien en faire un atout. Car en effet, la majorité des autistes sont souvent bien plus "productifs" ou meilleurs dans certaines activités que les gens "normaux":

  • nous sommes les seuls à pouvoir focaliser notre esprit pendant des heures sur un seul et même problème jusqu'à trouver la solution. Pas besoin de trop de pauses, de la pure efficacité cérébrale qu'aucun extraverti ne pourra jamais atteindre.
  • nous sommes capables de nous concentrer de manière passionnée sur un sujet donné et d'y consacrer le maximum de temps possible. Si vous devez embaucher un vrai expert sur un sujet, quelqu'un qui a le thème "dans le sang", embauchez un autiste, vous ne pourrez être que satisfait.
  • nous sommes les seuls à pouvoir vivre seuls pendant de longues périodes sans en souffrir réellement. A nous les postes isolés qui ont du mal à recruter.
  • nous respectons les règles écrites quasiment à la lettre, sans essayer d'en tirer avantage. Nous sommes plutôt des travailleurs dociles, il faut bien le reconnaître.

Ah, qu'est-ce-que ça m'a fait du bien de lire quelqu'un qui est comme moi ! Ça ne m'arrive pas vraiment souvent et c'est une source de sérénité et d'espoir incommensurable. En bon autiste, je crois que ce qui s'impose à moi maintenant est de lire l'intégrale de Josef Schovanec; ça ne peut que me faire du bien...

Conclusions

Ok, pour ce neuvième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. J'ai eu pas mal de nouveautés et d'imprévus dans ma liste de lecture mais c'est sans doute pour le mieux...

Posted dim. 15 oct. 2017 14:10:39 Tags:

Introduction

Tout bon administrateur système qui s'auto-héberge est souvent confronté à un problème d'intervention distante. En effet, il arrive parfois que votre machine hébergée tombe en panne ou qu'une configuration soit mal balancée et que vous vous en rendiez compte alors que vous n'avez pas accès physiquement à la machine.

Il est donc indispensable de disposer d'une solution technique qui permette cette intervention à distance. Le moyen le plus simple que j'ai pu trouver est de mettre en place un accès à un shell via un navigateur web. L'intérêt est de ne pas avoir à utiliser de machine ou de logiciel spécifique pour accéder à ce terminal spécifique. Ce n'est sans doute pas la méthode la plus sécurisée mais c'est le meilleur compromis que j'ai pu trouver entre facilité et rapidité d'accès et sécurité.

Jusqu'à présent, j'utilisais une solution hyper-légère nommée shellinabox. Elle faisait bien son job mais elle a un problème majeur: elle ne semble plus vraiment maintenue (disons, à ultra-minima). Et comme il s'agit ici de donner un accès au coeur d'un système à partir d'un simple accès Internet... autant ne pas rigoler sur la sécurité.

Je me suis donc tourné vers d'autres solutions d'administration à distance par navigateur web et je suis tombé sur un projet assez prometteur: Cockpit.

J'ai décidé de le tester pour voir s'il pouvait se substituer astucieusement à ShellInABox et voici mes conclusions...

A propos de Cockpit

Cockpit est un projet assez récent d'administration distante. Il est fortement lié au projet Fedora et donc en utilise les technologies les plus emblèmatiques, notamment en ce qui concerne systemd. Néanmoins, il est présent dans Debian, depuis la version stable Stretch, dans les dépôts backports.

La philosophie de Cockpit est de viser à un outil d'administration distante le plus léger possible, accessible par le web et qui repose le plus possible sur les outils déjà existants. C'est une philosophie qui me va très bien.

Par ailleurs, Cockpit étant assez jeune, il ne dispose pas encore de trop de modules et il ne nécessite pas encore trop de dépendances de paquets.

En conséquence, à la lecture de ce manifeste, il m'a semblé possible de le déployer sur mon SheevaPlug qui est un matériel assez limité.

Un cahier des charges réduit

Sur le papier, Cockpit épouse parfaitement ce que je cherche depuis des années comme outil d'administration:

  • Il est léger et modulaire.
  • Il est maintenu dans la distribution que j'utilise.
  • Il dispose d'un nombre limité de dépendances.
  • Il s'appuie sur les programmes existants.
  • Il épouse complètement le système sur lequel il repose.
  • Il offre une solution complète avec un shell web interne qui est indispensable.
  • Il semble correctement maintenu (par rapport au nombre de contributions mensuelles) et sans doute plus sécurisé que ShellInABox.
  • Il semble possible de l'héberger derrière un serveur mandataire inverse (reverse proxy).
  • Le système d'authentification semble robuste (car basé sur PAM).

Installation et configuration aux petits oignons

Bon, disons-le rapidement, j'ai un peu galéré pour faire ce déploiement à ma sauce. C'est surtout la partie serveur mandataire inverse qui m'a posé problème. Néanmoins, j'y suis parvenu et je vous livre ma méthode.

Installation

Vous devez activer les dépôts backports de Debian Stretch pour installer Cockpit.

Ensuite, vous devez savoir ce que vous voulez installer comme modules. Je vous laisse le soin d'étudier la liste dans les paquets Debian (tout ce qui commence par cockpit-).

Pour ma part, je n'utilise jamais NetworkManager et cette machine n'est pas un serveur de virtualisation. Ainsi, je n'ai vraiment besoin que du module "storaged" qui gère les espaces disques. Voici ce que j'ai utilisé pour l'installation à proprement parler:

apt-get install --no-install-recommends cockpit cockpit-storaged

L'ensemble, dépendances incluses, pèse moins de 15Mo, ce qui est très léger mais certes, plus gros que ShellInABox).

A partir de ce moment, Cockpit est disponible sur le port 9090 de votre machine. Mais, comme vous avez de bonnes règles de pare-feux, vous ne devriez pas pouvoir vous y connecter comme ça...

Principes de configuration de Cockpit

Sans rentrer dans les détails, voici comment est structuré la configuration de Cockpit:

  • D'abord, il existe un fichier de type INI nommé /etc/cockpit/cockpit.conf. Il possède peu de directives mais reste très important pour modifier le comportement web par défaut.
  • Si vous utilisez l'accès par HTTPS, le service utilise des certificats stockés dans /etc/cockpit/ws-certs.d/.
  • Cockpit est activé par systemd via une socket. On trouve donc la définition du service dans /usr/lib/systemd/system/cockpit.service et la définition de la socket dans /usr/lib/systemd/system/cockpit.socket. C'est la définition de la socket qui permet de définir les ports et adresses réseaux sur lesquels le service Cockpit est disponible.
  • Enfin, il y a la configuration Apache.

Accès depuis l'extérieur

Je souhaite pouvoir accéder à l'instance Cockpit depuis l'extérieur. Pour cela, je vais juste utiliser un reverse-proxy (ce sera Apache, comme à mon habitude). C'est une installation assez complexe à mettre en oeuvre et pas forcément bien documentée (car sans doute atypique). Néanmoins, je fais plus confiance à Apache qu'à Cockpit pour la sécurité de l'exposition à Internet.

J'ai pas mal galéré pour obtenir quelquechose de correct, aussi voici un résumé des opérations à mettre en oeuvre:

  • On va d'abord modifier l'adresse d'écoute par défaut de cockpit pour la faire pointer vers 127.0.0.1:9090 et non vers toutes les interfaces réseau. Cela permet de réduire l'exposition extérieure et de limiter l'accès par le serveur mandataire inverse.
  • Ensuite, nous allons indiquer à Cockpit d'utiliser un niveau d'arborescence web supplémentaire. En effet, je ne souhaite pas utiliser de VirtualHost dédié car c'est finalement assez lourd (oui, il faut rajouter une entrée DNS et surtout mettre à jour le certificat du site web). Ainsi le service cockpir sera disponible à l'emplacement /webadmin/ du domaine.
  • Cockpit est un service disponible en HTTP. En 2017 qui dit HTTP dit forcément HTTPS et donc certificats. Malheureusement de ce côté-ci, Cockpit impose d'utiliser un fichier regroupant clef privée/clef publique. Ceci n'est pas compatible avec un système basé sur l'AC LetsEncrypt qui met à jour très fréquemment et de manière automatique les certificats. Nous allons donc utiliser le flux non chiffré, ce qui ne pose pas de problème car l'accès ne sera pas direct.
  • Enfin, nous allons configurer une directive de reverse-proxy pour servir cockpit depuis l'URL /webadmin/, comme évoqué plus haut. En matière d'authentification, nous allons utiliser celle de Cockpit et non celle d'Apache car les deux ne sont pas compatibles.
  • Attention, Cockpit utilise fortement des connexions en mode WebSocket, il faudra le prendre en compte dans la configuration d'Apache.

Gestion des adresses et des ports

Cockpit utilise massivement les mécanismes systemd (ce qui est bien en 2017). Par défaut, il écoute sur toutes les IPv6 sur le port 9090. Dans notre cas, nous ne souhaitons uniquement le faire tourner sur l'IPv4 locale: 127.0.0.1. Ainsi, il ne sera, de fait, pas disponibles directement depuis l'extérieur de cette machine.

Pour ce faire vous devez créer un fichier /etc/systemd/system/cockpit.socket.d/listen.conf qui contiendra les lignes suivantes:

[Socket]
ListenStream=
ListenStream=127.0.0.1:9090

Un petit coup de systemctl daemon-reload suivi d'un systemctl restart cockpit.socket devrait mettre à jour cette configuration.

Arborescence et non chiffrement

Comme évoqué plus haut, nous devons indiquer à Cockpit qu'il doit utiliser un niveau d'arborescence supplémentaire et qu'il doit accepter des connexions non chiffrées. Pour cela, il faudra créer un fichier /etc/cockpit/cockpit.conf avec le contenu suivant:

[WebService]
Origins = https://example.com http://127.0.0.1:9090
ProtocolHeader = X-Forwarded-Proto
AllowUnencrypted = true
LoginTitle = "Remote Administration Service"
UrlRoot = /webadmin/


[LOG]
Fatal = criticals warnings

La directive Origins permet d'indiquer les domaines de requête accepté. Mettez-y le nom de votre domaine (et n'oubliez pas les URL en HTTP et en HTTPS). J'ai également ajouté l'URL localhost, au cas où.

La directive AllowUnencrypted permet d'autoriser le traffic en HTTP. Cela ne posera pas de problème car ce traffic sera uniquement entre le service Apache interne et Cockpit.

Enfin, la directive UrlRoot permet d'indiquer à Cockpit qu'il est disponible au niveau de l'emplacement https://example.com/webadmin/. Cette directive lui permet d'adapter les URL internes de Cockpit à cet emplacement.

Gestion des WebSockets

Cockpit utilise des websocket, notamment pour tout ce qui est "temps réel", vous devez donc autoriser votre serveur Apache à mettre en tunnel ces requêtes. Cela se fait de manière assez simple en activant le module proxy_wstunnel:

# a2enmod proxy_wstunnel

Serveur mandataire inverse

Voici le coeur du sujet ! Pour mémoire, l'application Cockpit ne sera disponible que sur un flux chiffré (via HTTPS) à l'emplacement /webadmin/.

  # Configuration pour Cockpit
  ## Reverse proxy pour Cockpit
  <Location "/webadmin">
    ProxyPass http://127.0.0.1:9090/sysadmin
    ProxyPassReverse http://127.0.0.1:9090/sysadmin
    RequestHeader set Front-End-Https "On"
    ProxyPreserveHost On
  </Location>
  ## Reverse proxy Websocket pour Cockpit
  <Location "/webadmin/cockpit/socket">
    ProxyPass "ws://127.0.0.1:9090/sysadmin/cockpit/socket"
  </Location>

Vous pouvez noter que je n'utilise pas, contrairement à mon habitude, le module d'authentification d'Apache. C'est une condition nécessaire car l'authentification de Cockpit réutilise celle d'Apache qui pose problème dans mon cas.

Par ailleurs, nous avons besoin de deux directives Location:

  • une pour l'emplacement de base de Cockpit.
  • l'autre pour la partie WebSocket.

Après cette étape et une relance de votre service Apache, Cockpit devrait être disponible correctement à l'URL indiquée.

Une revue rapide de Cockpit

Comme je n'ai pas installé beaucoup de modules, on ne voit pas grand chose et il faut dire que, pour l'instant, Cockpit ne dispose pas de beaucoup de choses.

L'écran d'authentification est assez basique mais vous pouvez noter qu'il permet également de rebondir via SSH sur d'autres machines disponibles par la première machine. Je peux donc accéder à mon parc de bécanes à distance ce qui est un vrai plus.

L'écran d'accueil affiche quelques stats en flux continu:

Il est possible de changer la langue de l'interface (tout n'est pas traduit).

Voici le module des journaux qui est assez bien fait tout en restant simple:

Le module des services est vraiment calqué sur Systemd et c'est tant mieux: on peut voir les services et également les timers, c'est plutôt bien foutu tout en restant léger.

Enfin, le module dédié au stockage permet d'avoir des informations sur les disques des machines. Si vous avez un compte administratif, vous pouvez même créer des partitions à distance.

Et pour terminer: l'arme absolue: le Terminal:

Ce dernier est pleinement fonctionnel. Il gère la couleur et semble plus rapide que celui de ShellInABox. Par ailleurs, je note moins de problème avec les touches spéciales que dans ShellInABox. Le copier-coller passe directement sous le contrôle du navigateur web ce qui permet de faire des copier-coller plus simple, que ce soit sur le terminal web ou du terminal web vers le poste local.

Conclusions

En dehors de la galère de serveur mandataire inverse (reverse proxy), Cockpit fonctionne plutôt bien et reste relativement simple à configurer.

Comparé à ShellInABox, c'est franchement plus graphique. Les différents modules que j'ai installé répondent plutôt au besoin même si, éducation oblige, je me tournerai forcément plutôt vers le terminal. Ce dernier est d'ailleurs très intéressant et plus complet, notamment au niveau des touches, comparativement à ShellInABox. On peut à peu près utiliser Emacs dessus sans trop de problème, sauf pour la sélection.

Dans tous les cas, j'ai rapidement adopté Cockpit et je l'ai déployé sur toutes mes machines internes: ça ne coûte pas grand chose, ça ne mange pas trop de performances et puis, on ne sait jamais !

Posted lun. 09 oct. 2017 21:34:05 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois de septembre, ce sera une légende de plus: Marvin Gaye.

De quand date ma rencontre avec Marvin Gaye ? Ça remonte forcément à longtemps car cet artiste majeur est mort en 1984 alors que je n'avais que 6 ans. Mais j'ai toujours le souvenir d'avoir entendu "Sexual Healings" à la radio, même si la fréquence de diffusion a fortement baissée ces dernières années.

Avec le temps, j'ai fini par acheter l'album du best-of qui date de 1994. Je l'ai écouté plutôt vers 1998-1999 et j'ai vraiment adoré.

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu de la production de Marvin Gaye et, comme à mon habitude, je vais le faire dans l'ordre chronologique. Néanmoins, j'ai aussi inclus les quelques albums en duo sur lesquels Marvin Gaye a posé sa voix.

Un début sous les couleurs d'un chanteur playboy noir

The Soulful moods of Marvin Gaye (1961)

Pour ce premier album, Marvin Gaye impose un style de chanteur "à femmes". Les mélodies sont plutôt douces avec un soupçon de rythmique, la voix se fait de velours.

Dès la première piste "The Masquerade is Over", qui est très bonne, on voit quelle va être la destinée de ce chanteur à la voix plutôt perchée. Nous sommes bien loin des productions de la même époque comme les Beach Boys. N'oublions pas non plus que le Rock'n Roll commence à percer près de 6 ans plus tôt. Arrive donc Marvin Gaye et son style, sans doute en accord avec ce que pouvais faire un Nat "King" Cole ou les années crooners de Frank Sinatra.

Comme le titre de l'album l'indique, on aura un répertoire crooner avec un zeste de musique Soul. Ce qui rend vraiment bien.

Si l'on observe les titres des pistes, on retrouvera un grand nombre des classiques interprétés depuis quelques années par d'autres interprètes. C'est le cas de "My Funny Valentine" et de "Witchcraft", par exemple. Mais ce ne sont pas les interprétations les plus réussies, il faut quand même le dire: on est loin de ce que pouvais faire Frank Sinatra quand même (bon, il n'avait pas les mêmes moyens limités que Marvin Gaye, le débutant de l'époque).

Cet esprit de douceur se retrouve sur la piste "Easy Living" plus travaillée à mon sens. C'est aussi avec surprise qu'on se rend compte que la piste 5 "How Deep is the Ocean" a le même rythme que la première (et quasi la même mélodie).

Mais en dehors de "The Masquerade is Over" et "Let Your Conscience Be your guide" qui sont les deux pistes qui percent vraiment dans cet album, le reste est assez moyen, calqué un peu sur les productions guimauves de l'époque.

Reste quand même, à la lumière de ces deux pistes, un potentiel qui ne demande qu'à se découvrir dans de prochains albums.

That Stubborn Kinda Fellow (1962)

Avec ce nouvel album, Marvin Gaye impose un style plus dynamique, plus soul, plus funk, plus rythmé à son public, pas encore trop formaté.

Dès la première piste, intitulé "Stubborn Kind of fellow", le dynamisme prend la tête et nous en met plein les oreilles. Bien distante du précédent album, on y retrouve une source quasi infinie d'énergie et ce, dès l'introduction. Les choeurs finissent par nous faire chanter avec eux. Cette piste symbolise à elle seule, l'intégralité de l'oeuvre de Marvin Gaye: du dynamisme, des choeurs féminins, une vois plutôt perchée, des onomatopées, des cris, du velours feutré, de la sensualité.

Cette forme continue dans la deuxième piste "Pride & Joy", avec un succès moindre mais avec cette même forme de dynamisme. On retrouve la même recette sur "Hitch Hike".

Le summum de cette fraîcheur explose avec "Wherever I lay my hat". Mais après cette piste, la douceur mielleuse revient et les pistes sont quand même moins bonnes.

Loin d'atteindre la perfection, "That Stubborn Kinda Fellow" est très nettement un cran au dessus du premier album de Marvin Gaye. Certaines de ses pistes sont d'un très bon niveau. Elles préfigurent ce qui suivra dans la carrière de cet interprète.

Hello Broadway (1964)

Avec un titre pareil, on peut se dire qu'on s'éloigne de l'album précédent et qu'on se rapproche du premier. Et effectivement, c'est ce qu'on retrouve: du crooner, de la musique grave, avec, il faut bien l'avouer, un zeste de Soul music pour l'agrément.

L'ensemble se révèle effectivement un peu mou mais quelques pistes finissent par percer:

  • "People", grave, résonnante et fugitive.
  • "What Kind of Fool Am I".
  • "Walk on the wild side", la plus dynamique de tout l'album.

Pour résumer, "Hello Broadway" fait un peu mieux que "Soulfull moods". On peut l'écouter un soir, tranquille, ça ne rend pas si mal. On se rend compte que Marvin Gaye a quand même une voix agréable. Les arrangements sont de la grande époque crooner et de qualités, en tout cas, mieux que sur "Soulfull moods". Pour le reste, l'album a quand même quelques relents sirupeux...

When I'm alone, I Cry (1964)

Le titre de l'album préfigure quelquechose de triste, de calme et de mélancolique. Et il s'agit bien du contenu que vous trouverez sur cet album.

Marvin Gaye persiste et signe dans son registre crooner noir. Quand on sait ce qu'il a fait plus tard dans sa carrière, ça fait toujours un peu bizarre de se dire qu'on va mettre un disque de Marvin Gaye comme on mettrait un disque de Sammy Davis Junior !

Mais reste cette voix si particulière qui tance les meilleurs de l'époque. Ainsi quelques pistes finissent par émerger de ce tas de miel: * "I Wonder" qui est poil plus dynamique. * "I'll be around" certes nostalgique mais plutôt tonique.

Mais le reste est trop en décalage avec un album comme "That Stubborn Kinda Fellow" par exemple. Donc finalement, j'aime assez peu cet album. Peut-être un soir d'automne, pourquoi pas ?

Together (en duo avec Mary Wells) (1964)

En règle générale, je n'aime pas les duos. Mais, les duos de Soul Music sont généralement très bons et très emblèmatiques d'une époque, surtout celle de la fin des années 60. Mais là, on est plus dans la première partie des années 60. Voyons ce que ça donne...

Eh bien, on peut dire qu'au moins "Together" est plus du même genre que "That Stubborn Kinda Fellow". L'album est plus tonique et plus dynamique. Dès les premières pistes, on s'en rend compte et ça rend plutôt pas mal. Ainsi "Once Upon a Time" sonne plutôt bien et donne le ton dès le départ. C'est aussi ce qui se passe pour les quelques pistes qui suivent. Le duo est assez complémentaire.

Mais j'ai pourtant du mal à accrocher. C'est trop plat, trop mou rétrospectivement. C'est trop moyen. Même la chanson phare de l'album, "Together" ressemble à une ballade trop légère et trop niaise.

En dehors de la première et de la dernière piste, le disque reste assez décevant même s'il annonce sans doute une amélioration du style de Marvin Gaye pour les prochains albums.

A tribute to the great Nat "King" Cole (1965)

Bon, il s'agit d'un disque de reprises et, vous savez ce que je pense des reprises (pour résumer, c'est MAL).

Et bien là aussi, je pense que rien ne vaut l'original. Marvin Gaye essaye de se transformer en Nat "King" Cole tout en faisant l'effort de poser sa voix, de faire quelques modifications sur le rythme mais l'ensemble reste vraiment trop proche de l'original pour réellement succiter l'intérêt.

Autant mettre le best-of de Nat "King" Cole, ce sera aussi bien...

Un début d'affirmation avec les années soul

How Sweet it is to be loved by you (1965)

Après de nombreux albums sur le thème crooner, Marvin Gaye semble amorcer une nouvelle période avec cet album, sorti en 1965. On y retrouve beaucoup de la formule de "That Stubborn Kinda Fellow" ce qui en fait forcément quelquechose d'intéressant.

La première piste "You're a wonderful one" sonne déjà très bien. Mais c'est le titre éponyme de l'album qui marquera plus les esprits. C'est la meilleure piste de l'album.

Pour le reste, l'album est calqué sur les recettes de "That Stubborn Kinda Fellow": une voix haute perchée, quelques choeurs, un rythme dynamique, des cuivres marqués. Mais cette recette n'est pas garantie de succès. Je note quelques pistes qui sortent de "l'ordinaire":

  • "Try it baby".
  • "Baby don't you do It".
  • "Need Somebody".

Le reste est un cran en dessous. Mais, dans l'esprit, il y a du mieux sur cet album.

Moods of Marvin Gaye (1966)

Attention, tout change avec "Moods of Marvin Gaye" qui est l'écho non crooner de "The Soulfull Moods of Marvin Gaye" et qu'il ne faut pas confondre avec, tant il n'a rien à voir.

Dès la première piste, tout est neuf: "I'll be Doggone" s'affirme comme un nouveau genre pour Marvin Gaye: du rythme, une mélodie simple, quelques percussions, des choeurs dynamiques, des cuivres qui viennent ponctuer les paroles pour mieux les mettre en valeur... et toujours cette voix, moins chaleureuse, plus directe, presque éraillée.

"Little Darlin, I Need You" est une bonne ballade avec des choeurs puissants et un air entraînant qui s'écoute facilement; un hit, à coup sûr. Dans le même genre "Hey Diddle Diddle" sonne dans les mêmes tonalités avec une mélodie encore plus binaire et réduite. Mais c'est pas mal non plus.

"Ain't That Peculiar" est sans doute la meilleure piste de l'album, dans tous les cas, la plus emblèmatique: elle vient supprimer l'esprit crooner de Marvin Gaye, en lui permettant de trouver une nouvelle manière de faire de la musique et de la chanson sans renier les thèmes comme l'amour, la joie, la transcendance. Si les sujets restent les mêmes, les chansons ont bien changées depuis "The Soulfull moods of Marvin Gaye".

"You've been a long time coming" reste sur la ligne séduction, avec une chanson plus douce mais, comme sur les autres pistes, c'est un autre style, plus contemporain, plus intemporel, plus Soul. La piste qui suit "Your Unchanging Love" adopte les mêmes codes, en plus dynamique et c'est vraiment très bon à écouter.

"One for my baby (and one more for the road)" qui termine l'album vient vraiment affirmer le nouveau Marvin Gaye. Le thème de l'amour est y présent, le rythme est plus lent mais, plus de crooner, plus de miel, plus de colle, tout ça, c'est terminé, place à la Soul, la vraie...

Un an près "How Sweet It is to be loved by you", "Moods of Marvin Gaye" est un album d'accomplissement. C'est enfin le premier album produit par Marvin Gaye qui s'écoute dans son intégralité. Il n'y a rien à jeter dessus. Mais est-ce-que cette qualité va perdurer ? Réponse dans un an pour l'album suivant !

I heard it through the grapevine (1967)

On sent qu'on est désormais dans un univers à part. Marvin Gaye a trouvé son rythme dans le dernier album, va-t-il poursuivre ce miracle ?

La réponse est oui ! "I Heard It Through The Grapevine" démarre d'ailleurs très fort avec le titre "You" qui interpelle tout le monde dans un rythme endiablé.

"Tear It Down" démarre comme une ballade innocente mais trouve une mélodie bien plus complexe que de prime abord, une surprise qui ne s'apprécie pas forcément à la première écoute.

"Chained" s'affirme comme la piste Soul de l'album, on y retrouve tous les codes, du rythme, de la mélodie ponctuée par les cuivres, des voix en ruptures et des choeurs puissants.

Vien ensuite LA piste de référence, celle que tout le monde connaît, un des hits les plus puissants de Marvin Gaye: "I Heard It Through The Grapevine", l'indémodable et unique morceau qui pourrait qualifier Marvin Gaye à lui seul.

Mais ce n'est pas la seule bonne piste de l'album qui en est littéralement truffé. "At Last (I Found a Love)" très dynamique et très Soul voire Funky est d'un très bon niveau.

C'est la même chose pour le morceau qui suit: "Some Kind of Wonderful" qui est dans un registre plus calme, plus complexe, avec une gradation jusqu'au refrain.

Vient ensuite "Loving You is Sweeter Than Never", une piste à succès de l'album, sans doute la meilleure après "Grapevine", un peu bâtie comme une chanson de duo (dans les albums qui suivront).

Les pistes qui suivent sont toutes de bonne facture, assez sérieuses, assez Soul, finalement savoureuses même si elles ne constituent pas de hits. Dans tous les cas des choses comme "It's Love I Need" sonnent vraiment bien.

Au final, comme pour l'album précédent, il n'y a rien à jeter sur ce nouvel album. Bienheureuse, l'année 1967 (on y faisait de bonnes Ford Mustang d'ailleurs) !

En guise de conclusion, "I Heard It Through The Grapevine" est un évènement dans la carrière de Marvin Gaye. C'est l'un de ses albums principaux de la fin des années 60, majeur. Si tu ne l'as pas écouté, tu ne sais pas vraiment ce que chante Marvin Gaye.

United (1967)

United est le premier album de collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Pour l'histoire, ils ont fait trois albums mais en 1967, Tammi Terrel s'effondre sur scène. A l'issue du concert, on lui découvre une tumeur au cerveau. La jeune interprètre meurt en 1971 et Marvin Gaye en est profondément affecté, il y a de quoi le comprendre.

Bon, nous avions vu que le duo avec Mary Wells était assez moyen. Donc, que vaut cet album ? Eh bien, c'est tout le contraire ! Les chansons figurent parmi les meilleures chantées par Marvin Gaye et on peut dire que sa voix se marrie à la perfection avec celle de Tammi Terrel. On a donc un album rempli de tubes: pas mal pour un premier album de collaboration.

La première piste "Ain't No Mountain High Enough" est un monument de la musique Soul, rien que ça. Elle a d'ailleurs été reprise par Diana Ross quelques années plus tard. Je le cite car la version de Diana Ross vaut vraiment le détour, ce qui est assez rare pour une reprise et donc ça vaut le coup de le faire remarquer, à croire que la chanson est naturellement destinée à être excellente...

Une autre piste d'intérêt est "If I could Build My World Around You" qui sonne un peu comme la première piste de l'album. Sa structure est moins dynamique, plus déclarative et posée mais les voix sont très concordantes, très harmonieuses. La mélodie compte aussi beaucoup.

"Two can have a party" est une réussite: la mélodie est dynamique et entraînante et la voix de Marvin Gaye sonne fort bien dans ce rythme soutenu. J'avoue que c'est une piste un peu moins connue mais qui est vraiment majeure dans cette collaboration.

"If this world were mine" est une déclaration d'amour tout en douceur au début mais qui monte crescendo. Une piste excellente également.

Au menu des ballades un peu enjouées, je vous recommande d'écouter "Give a little love" qui viendra égayer votre promenade.

Un seul bémol pour cet album: la reprise de "Somethin' Stupid" (seule celle de Frank Sinatra vaut vraiment le détour), comme toutes les reprises est franchement un cran en dessous. Marvin Gaye a baissé d'un octave sur cette piste et ce n'est pas une réussite (il est inaudible comparé à Tammi).

"United" est un accomplissement: on découvre deux artistes complets dessus. Marvin Gaye a une voix excellente sur cet album. Elle est sublimée par celle de Tammi Terrel et réciproquement. Un duo excellent s'est composé, c'est pourquoi ils persisteront et signeront deux autres albums avant la mort de Tammi.

You're all I need (1968)

Attention, cet album est du lourd ! D'abord par le nombre de morceaux. On en compte pas moins de 22 sur certaines éditions même si j'en dénombre 12 originales. Ensuite, par la qualité de la production. Sur ces 12 pistes, je dirais qu'il y en a au moins 9 qui sont excellentes.

Dans le top de ces pistes, il y a le haut du panier, celles qui sont des références à jamais, immédiates:

  • "Ain't Nothing Like The Real Thing".
  • "Keep On Lovin' Me Honey".
  • "You're All I Need to Get By".
  • "You Ain't Livin' Till You're Lovin'"
  • "I'll Never Stop Loving You Baby"

Puis les pistes moins connues mais qui valent le détour:

  • "Baby Don't Cha Worry".
  • "Give In, You Just Can't Win", la dynamique.
  • "Memory Chest".
  • "That's How It Is".

Je vous laisse écouter tout ça à l'occasion, vous allez vous régaler si vous apprécier Marvin Gaye ou Tammi Terrel (ou les deux). Je comprend pourquoi cet album est une référence.

Encore une fois, le duo est magnifique, la qualité est encore un cran au dessus de United. J'aime vraiment cette collaboration qui est décidément très fructueuse. Marvin Gaye sans Tammi Terrel, n'est plus vraiment Marvin Gaye.

M.P.G. (1969)

Pour 1969, il y a un peu de changement chez Marvin Gaye. Il a repris les recettes apprises dans les 2 albums produits avec Tammi Terrel, sauf que cette fois, il chante seul (enfin avec des coeurs). Ce faisant, il poursuit également ce qui a déjà été entrepris quelques années plus tôt avec les albums "Moods" et "Grapevine".

Pour information, "M.P.G." signifie: "Marvin Pentz Gay", le nom complet et véritable de Marvin Gaye (avec un e à la fin).

"Too Busy Thinking About My Baby" ressemble effectivement à une chanson de duos mais Marvin chante seul. Néanmoins, la chanson est vraiment excellente car elle s'approche plus de l'ADN de Marvin Gaye avec un rythme plus enjoué et une voix moins crooner, qui reste chaleureuse et plus sensuelle.

"This Magic Moment", plus innocente, plus simple, reprend les codes du monde crooner de Marvin Gaye mais, cette fois, son interprétation change tout et finit par faire oublier le côté un peu niais initial. Mais c'est la rare piste à faire ça sur l'album.

La troisième piste, "That's the way love is", change du tout au tout, on a l'impression d'avoir un mélange de "Grapevine", de "Stubborn Kinda Fellow" et de "United" mélangé dans une chanson un peu grave, avec une mélodie sérieuse. L'ensemble est excellent et bien en rupture avec les anciennes productions de Marvin Gaye. Elle sonne comme une volonté de s'émanciper, de casser les codes... Sans doute pour donner ce qu'on verra plus tard dans l'album qui suivra.

Assez bizarrement, "The End of Our Road" reste un peu dans le même registre: des paroles un peu sombre, une mélodie sérieuse mais plus mal servie par des riffs de guitare un peu trop léger à mon goût. Heureusement, les cordes viennent sauver un peu le tout, sans oublier la voix de Marvin Gaye.

"Seek And You Should Find" représente un bon mix entre un Marvin Gaye crooner et un Marvin Gaye eveillé aux duos. Ce morceau est un tube, ne l'oublions pas: rapide, enjouée, elle est vraiment très bonne.

De ce côté, "It's a better pill to swallow" vient réveiller les esprits, un peu comme sur les albums "Moods" et "Grapevine". Très bonne coupure ! Dans le même genre, et juste à la suite, on trouve "More than a heart can stand" qui est aussi dynamique et rythmée et avec une mélodie bien sympathique.

Par ailleurs, le reste des pistes sonnent maintenant comme dans l'album "Grapevine". Elles sont d'ailleurs très bonnes: "Try My True Love", "I Got to Get to California" et "It Don't Take Much To Keep Me" sonnent bien, rythment bien et chantent bien. L'album est donc terminé en apothéose.

"M.P.G" reste un album dans la digne lignée de "Grapevine". De nombreuses pistes qui sont des hits, ou d'un très bon niveau, peu de pistes sans intérêt. On y trouve un peu de mode crooner dans quelques morceaux, mais ce n'est pas l'essentiel. Au contraire "M.P.G." vient plutôt clore une lignée d'album de la deuxième moitié des années 60 dont on peut dire qu'elle a permis à Marvin Gaye de trouver son style propre: plus engagé, plus sérieux, moins crooner, un peu moins mélancolique avec un style musical propre mais non figé. En quelques années, Marvin Gaye a su montrer qu'il était capable d'évoluer profondément. Et c'est bien aussi ce qui nous attends avec les albums de la décénnie 70.

Easy (1969)

En 1969, et après M.P.G. paraît le dernier album de la collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Disons-le tout de suite, il est également excellent.

Dès la première piste le ton est donné: "Good Lovin' Ain't Easy To Come By" est un morceau mémorable, rythmé, dynamique, vraiment très bon. Il est immédiatement suivi de "California Soul", lui aussi un tube.

"The Onion Song" propose également un air entraînant sur un tube.

En dehors de ces trois morceaux majeurs, les autres pistes sont également très intéressantes et s'accordent assez bien mais je ne vais pas toutes les citer, je vous laisse les découvrir.

Pour résumer, "Easy" reste dans la continuité de la collaboration entre Tammi et Marvin: du très bon. Pour la petite histoire, c'est assez surprenant d'avoir autant de qualité alors que Tammi Terrel est littéralement mourante. Je pense que les sessions d'enregistrement ont été compliquées pour elle et c'est tout à son honneur d'avoir physiquement pu mener l'album jusqu'à ce niveau, même si de nombreuses pistes ne comportent vraisemblablement pas la voix de Tammi.

Quel dommage de devoir tout arrêter d'un coup, à 24 ans... J'aurais bien aimé voir ce que cette voix prodigieuse aurait pu produire dans ces années prolifique. Mais cela ne se fera jamais et cela fait plus de 50 ans maintenant. Les curieux de la Soul music se font maintenant vieux comme moi...

La rupture consécrationnelle d'un artiste engagé

What's Going On (1971)

Après quelques années d'affirmation de son style, Marvin Gaye finalise un élément majeur de sa production, sans doute le plus important de toute sa carrière.

En 1971, après une série de troubles sociaux envers les communautés afro-américaines, Marvin Gaye prend clairement la résolution de l'engagement ce qui rompt totalement avec son image de chanteur playboy du début des années 60. En moins de 10 ans, la transformation est totale. Ceci se voit directement sur l'aspect physique de Marvin Gaye, présent sur la pochette de l'album: il porte maintenant la barbe et pose sous la pluie.

Mais c'est surtout au plan musical que cet album est une extraordinaire percée. Il ne contient presque que des tubes (enfin, c'est mon avis). J'ai aussi remarqué que malgré le thème et les mélodies différentes des musiques, il reste une espèce de trame propre et commune à l'ensemble de l'album, une trace musicale perceptible sans forcément être descriptible en détails. Ce sera sans doute, les rythmes de basses assez proches, les mélodies proches entre "What's Happening Brother" et "Mercy Mercy Me", je ne saurais le dire en détails.

La noirceur s'explique aussi par la mort de Tammi Terrel, moins d'un an avant. Marvin Gaye en est profondément affecté et trouve dans ce malheur, la source d'inspiration sombre qui fait l'essence même de l'album.

On retrouve une floppée de titres majeurs dans cet album de référence, sans doute le meilleur de toute la carrière de Marvin Gaye. Le titre éponyme, "What's Going On" est un tube complet: du rythme, de la Soul music à plein nez, des textes réellements engagés, la description d'un problème sociétal et des pistes de solutions par l'amour, le tout sur une mélodie finement ciselée et très musicalement parlante. Un must !

La deuxième piste intitulée "What's Happening Brother" reste sur le même ton que la première piste, sans doute sur la même mélodique que les pistes majeures de l'album. Une grande part de l'espace musical est laissé à un ensemble de cordes qui façonnent la mélodie de manière sublime. Les textes sont également très engagés. Elle est extrèmement proche de "Mercy Mercy Me" à tel point que j'ai cru qu'il s'agissait d'une pré-version de "Mercy Mercy Me". Mais non, les paroles de cette dernière sont bien différentes et sont plus axées sur l'écologie, la survie de la Nature dans un monde pollué par l'activité humaine. Pour 1971, voici un thème bien précoce, dans les prémisses de l'activisme écologique.

La piste "Flyin High" s'accorde bien avec "What's Happening brother", même si elle est très différente dans sa mélodie. On reste sur un peu de sombre, un peu de mélancolie et toujours cette voix perchée si typique.

Mais la palme de la piste la plus sombre est sans doute à accorder à "Save The Children". On y trouve un duo de voix de Marvin Gaye: la première, grave, énonce un ensemble de paroles désespérées, d'un ton monocorde, et la seconde, reprend ces paroles avec un octave au dessus avec un brin de mélodie. Quand on les écoute avec attention, les paroles sont assez pessimistes (c'est pour ça quelles sont indispensables): Marvin Gaye pose la simple de question de savoir si ce monde dans lequel nous vivons a encore une raison pour laquelle il faudrait le sauver. La conclusion "Save the children" n'est pas si affirmée que ça: le dernier refrain repose encore et toujours la question de savoir si quelqu'un souhaite vraiment sauver un monde destiné à mourir !

Dans le registre de la douceur et de la réconciliation, intervient la piste "Wholy Holy". Une bénédiction complète de la part de Marvin Gaye qui vient nous sauver de la grâce de sa voix si chaleureuse et si transportante. Il est aidé toujours par ces cordes un peu lancinantes mais si mélancoliques. L'ensemble forme un très bon morceau qu'on prend plaisir à écouter plusieurs fois pour calmer son esprit et son stress (enfin, c'est que je fais parfois).

Enfin, pour terminer l'album, on trouve une piste un peu inquiétante dans son rythme: "Inner City Blues". Tout est ici un peu mécanique, binaire, comme un marteau piqueur qui taperait très lentement. Elle reste néanmoins une piste essentielle de l'album.

Pour résumer, "What's Going On" est vraiment très complet. Le thème un peu sombre de l'avenir en danger laisse transparaître un nouveau style de Marvin Gaye, plus en retrait des chansons "à femmes", plus en adéquation avec les thèmes sociétaux de son époque, voire carrément en avance sur la critique du système économique occidental. "What's Going On" est un incontournable, si on ne devait retenir qu'un seul album de toute la carrière de Marvin Gaye, ce serait, sans discussion, celui-ci.

Trouble Man (1972)

Après "What's Going On", Marvin Gaye se lance dans la réalisation d'une bande originale de film avec "Trouble Man", du titre éponyme. Ce film, que vous n'avez sans doute jamais vu, est un film de blacksploitation: une production de cinéma 100% afro-américaine, un mouvement assez populaire dans le début des années 70 qui a vu sortir des choses assez bien réussies comme "Shaft" ou "Superfly" ou encore "Black Caesar". Une des caractéristiques de certains de ces films est d'avoir une bande originale écrite par un super chanteur de Soul music. Pour Superfly, c'est Curtis Mayfield, pour Black Caesar, c'est carrément James Brown. Pour "Trouble Man", ce sera Marvin Gaye.

Cette fois, Marvin Gaye produit un album assez particulier. Car la bande originale du film est surtout composée de pistes entièrement musicales, là où Black Caesar laisse plus entrevoir la voix de James Brown.

Pour Trouble Man, la musique est plutôt bien placée sans être quelquechose d'extraordinaire. Je pense qu'il faut voir le film pour mieux comprendre.

Le seul morceau vocal qui sort vraiment de l'album est le titre éponyme qui est une vraie réussite. C'est d'ailleurs la seule piste vraiment vocale de tout l'album.

Sans être un hit majeur, "Trouble Man" se débrouille plutôt pas mal. Mais clairement, il est en retrait par rapport à une excellence comme "What's Going On". Mais rien n'empêche de l'écouter avec plaisir.

Let's Get It On (1973)

Pour l'année 73, Marvin Gaye nous refait le coup de "What's Going On", en moins sombre, en plus passionné mais avec les mêmes recettes musicales dans toutes leurs grandeurs.

Ce début des années 70 est sans conteste le meilleur de la production de Marvin Gaye. Il a enfin réuni tous les éléments qui font son style si particulier. La voix est restée fidèle mais les rythmes sont enfin trouvés et ajustés, les mélodies percutent l'âme, les cordes et les percussions entraînent l'esprit et laissent transpirer les émotions brutes, qu'elles soient mélancoliques, tristes ou joviales et triomphantes.

Disons le clairement, il n'y a absolument rien à jeter dans "Let's Get it On". Toutes les pistes sont écoutables et même vraiment très bonnes. Au contraire de "What's Going on", on ne retrouve pas vraiment de trame musicale, ce qui montre que pour exceller, Marvin Gaye peut employer n'importe quelle mélodie.

C'est un vrai plaisir d'écouter cet album, plus charnel, plus joyeux, plus rassurant, plus doux aussi. La première piste "Let's Get it On", respire la légèreté de l'amour entre deux êtres qui semble être le fil conducteur de l'album.

"Please Stay" présente une introduction un peu marginale mais son coeur est vraiment passionné, cette passion étant croissante jusqu'à la fin de la piste, on est vraiment surpris par cette gradation de près de 3 minutes 30 secondes.

"If I Should Die Tonight", plus grave dans son thème, plus douce dans son approche est un vrai régal d'amour avec un brin de nostalgie mais savamment dosée.

"Keep Gettin'On" ressemble fortement le refrain mélodique de "Let's Get it On" pour mieux le compléter. C'est vraiment très bon aussi.

"Come Get To This" avec ses cordes en trame de fond et son saxophone entêtant, son rythme saccadé et les trémolos de la voix de l'interprète est également une piste excellente.

"Distant Lover", plus simple, avec moins d'instruments mais plus de choeurs est fondammentalement différente des autres pistes, elle semble reprendre plusieurs des codes de l'ancien Marvin Gaye. Elle reste pourtant très bonne, très sensuelle avec un peu plus de douceur.

"You sure love to ball" est moins immédiate que les autres, il faut l'écouter pour en apprécier la saveur.

Enfin, "Just to keep you satisfied" vient conclure à la perfection et en douceur l'album.

Oui, "Let's Get it On" est sans doute le meilleur album de Marvin Gaye après l'explosion "What's Going On"...

Diana & Marvin (1973)

En cette même année 1973, Marvin Gaye nous refait le coup d'un album duo. On va oublier celui des débuts avec Mary Wells pour ne retenir que ceux avec Tammi Terrell qui étaient extraordinaires.

Que vaut donc le duo avec Diana Ross ? Et bien, il est d'une excellente qualité et ce, dès la première piste: "You Are Everything" qui est une véritable déclaration d'amour. Les voix de Diana et de Marvin se complètent à merveille; les paroles sont simples mais percutantes, la mélodie d'une douceur absolue. Un hit assurément.

"Love Twins", sans atteindre le niveau de "You are everything" sonne bien, même si l'introduction est un poil étrange. C'est aussi le cas de l'introduction de la piste qui suit "Don't Knock My Love", bien plus rythmée.

Mais, une autre chanson plus en phase avec l'album, reste, sans conteste "You're a special part of me" qui ressemble davantage à "You Are Everything". C'est plus une chanson de duo. C'est la même chose pour la chanson "Pledging My Love", plus douce, plus ballade.

La longue piste "Just Say, Just Say", introduit longuement "Stop, Look, Listen", un autre hit de l'album.

Deux hits, c'est bien mais peut-on aller plus loin ? Oui, je dirais, si l'on en prend en compte "My Mistake" qui sonne immédiatement bien aux oreilles. Sur ce morceau, on remarque bien que les chanteurs ne sont pas en studio en même temps car les voix sont bien séparées, malgré le mixage.

Que dire sur "Diana & Marvin" ? Sans égaler la puissance d'un "United", on trouve de belles pistes sur cet album. La style a évolué car nous sommes dans des années Soul et que Diana Ross a une voix bien particulière. Le ton est plus doux, plus passionné. Cet album voit quand même un ensemble de chansons d'un vrai intérêt, d'un genre presque nouveau (pour Marvin Gaye).

Sachez que Marvin a longuement hésité avant de faire cet album car toutes ses collaborations féminines se sont révélées négatives pour ses partenaires, soit du point de vue du succès post-album, soit d'un point de vue de santé pour Tammi Terrel.

Mais il est bel et bien réussi...

I Want You (1976)

Après les hits de "What's Going On" et de "Let's Get it On", que peut-on bien faire qui reste excellent ? Marvin Gaye y pourvoit avec "I want you".

Ça commence très fort: la première piste, intitulée "I Want You" est une véritable ode sexuelle, chaleureuse, langoureuse et rythmée comme jamais. Une véritable déclaration explicite d'une beauté à tomber par terre. L'image qui me reste imprégnée de cette musique, c'est un Bill Murray assis sur son canapé en train de boire une coupe de champagne, seul, en robe de chambre sur le fond de "I Want You" (dans le film Broken Flowers). Ce morceau vaut vraiment son pesant de cacahuètes. J'adore l'écouter, juste pour la beauté de la réalisation.

Évidément, après un carton aussi fort, le reste de l'album tente de retomber sur ses pattes. "Come Live With Me Angel" qui vient juste après redevient un peu plus sérieuses malgré les appels incessants de Marvin Gaye à le rejoindre. Encore teinté de "sex appeal", le morceau reste un peu plus sage mais d'un grand intérêt.

"After The Dance" avec son introduction qui fait un peu peur, finit par intéresser le public. Entièrement musical, ce morceau sans parole est un bon détournement après les deux premières pistes, sans doute trop "chocking" pour l'époque.

Marvin reprend la parole pour "Fell All My Love Inside", encore une ode sensuelle, moins enveloppante que "I Want You" mais très forte avec des cris de femmes, un soupçon orgasmiques. Mais même si l'enveloppe semble scandaleuse pour l'époque, la voix de Marvin et la mélodie permettent de transcander tout ce débalage, ce qui en fait une chanson finement ciselée qui ne tombe pas du tout dans la vulgarité.

Pour se calmer, on enchaîne avec "I Want To Be Where You Are". Moins chaleureuse et sensuelle, elle présente une mélodie bien rythmée, de bons coups de saxos. Comme elle dure moins d'une minute et trente secondes, le plaisir de l'écoute s'envole...

"All the way 'Round" vient compléter la piste précédente avec ses solos de saxos, son rythme endiablé, ses cuivres fous et toujours la voix d'un Marvin Gaye, champion de l'amour ! Une belle réussite entraînante et qui n'en finit pas.

Pour terminer l'album, comme un clin d'oeil assurément, Marvin Gaye propose "Soon I'll Be Loving You Again" qui est egalement excellente. Son introduction reprend les mimiques de "I Want You", la mélodie est proche de cette première piste, sauf que la voix est plus aigue et que le rythme est moins langoureux, plus dynamique. Un bon complément à "I Want You".

En résumé, après les deux excellents albums "What's Going On" et "Let's Get it On", "I Want You" reste largement dans le niveau. Aucune piste n'est à jeter dessus et elles sont pratiquement toutes extraordinaire. Clairement, on est encore dans le meilleur de la carrière de Marvin Gaye. Rien ne semble lui aller mieux que ce début des années 70, sa meilleure période.

Bon, si vous ne l'avez pas encore compris, "I Want You" est le disque que vous devez mettre si vous voulez conclure ce soir ;-) Après si l'être en face n'apprécie pas cette musique, peut-être est-il encore temps de changer de partenaire ?

Here My Dear (1978)

La fin des années 70 pour les musiques afro-américaines rime avec Disco ! C'est le cas pour cet album qui sans être du vrai Disco, ressemble à un mélange entre Soul music, Funk et Disco. Ça reste du vrai Marvin Gaye et c'est plutôt une réussite de ce côté.

La première piste, éponyme de l'album, est vraiment très bonne, sans doute la meilleure de l'album. Elle s'enchaîne d'ailleurs très bien avec la suivante "I Met a little girl", qui est un peu son empreinte négative.

Vient ensuite une piste assez sombre mais déterminante dans l'oeuvre de l'artiste: "When Did you Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You" est une piste d'une longue durée (plus de 6 minutes) qui raconte l'histoire personnelle de la rupture de Marvin Gaye avec sa première femme, la soeur de Berry Gordy (le fondateur de l'illustre Motown). Mélancolique, pleine de reproches, elle n'en reste pas moins d'une grande beauté. Moi j'aime bien l'écouter, sans chercher à comprendre les paroles, juste pour la mélodie qui s'accorde bien avec la musique de la fin des années 70.

"Time To Get Together" fait la part belle aux synthés et aux boîtes à rythmes, prémisses des années 80. Mais l'ensemble n'est pas si craignos que ça. Ça s'écoute même si l'introduction rebute un peu; sans doute la voix de Marvin Gaye.

"Sparrow" après une introduction catastrophique relève un peu la barre, encore une fois c'est la voix de l'interprète qui fait tout même si les cuivres rythmés viennent également emporter la partie.

"Falling in Love Again" est résolument plus funky que le reste avec ses cuivres endiablés, son orgue "bontempi". On aurait pu retrouver cette musique sur Trouble Man par exemple. Ce n'est pas un tube, un truc immédiat mais quelquechose qu'on parvient à écouter en prenant son temps.

Pour résumer, "Here My Dear" reste un cran en dessous des trois derniers albums de musique non réservée au cinéma (donc en excluant "Trouble Man"). Mais il reste d'une bonne qualité. Concrètement, je crois qu'il est difficile d'assurer de l'excellence sur plusieurs années. De plus les codes musicaux avaient évolué avec l'époque et je crois que Marvin Gaye a toujours cherché à s'adapter aux modes, que ce soit en partant de ses origines de crooner, en passant par la musique Soul puis par son engagement des années 70. Il n'y a jamais rien de stable trop longtemps chez Marvin Gaye et c'est tant mieux.

"Here My Dear" finira surement par vous plaire si vous prenez le temps de l'écouter et de vous imprégner de cette voix si chaleureuse.

In Our Lifetime (1981)

Attention, on arrive directement dans les années 80, souvent synonymes de production pas terrible, jetable, aux sonorités si formatées. On a vu plusieurs fois que le style de l'interprète/compositeur a su évoluer au fil des années, il va donc logiquement y avoir du changement...

Pour le premier morceau de l'album, on n'y coupe pas: "Praise" démarre sur les chapeaux de roues avec des synthés, du rythme 80's, des répétitions, de la légèreté. Mais alors qu'on pouvait s'attendre au pire, la voix de Marvin Gaye transcende cette mélodie simpliste. Il a également su ajouter quelques cuivres bien placés qui laissent penser à des relents de Soul music (faut pas déconner, c'est Marvin Gaye quand même). Ce morceau d'introduction est donc vraiment excellent.

Si les pistes qui suivent sont toutes formattées aux codes des années 80, on n'aurait pas pu imaginer qu'elles ne sont pas si mal réalisées que ça. Car ça et là, Marvin Gaye reprend les formules qui ont fonctionné dans les années 70. Par exemple, "Funk Me" aurait très bien pu être une version années 80 d'un morceau situé sur "Let's Get It On".

"Ego Tripping Out" est un mélange d'un morceau qui aurait pu se trouver sur "I Want You" et sur "Let's Get It On", avec une orgie de synthétiseurs. Mais le résultat, assez déroutant au départ s'avère assez savoureux. Une autre des meilleures pistes de l'album.

"In Our Lifetime" vient un peu paraphraser l'excellente "Praise" mais dans un registre un peu différent. Elle dure plus longtemps et possède une trame un peu plus dans la durée.

Dans le même genre "Life is a game of Give And Take", dans un registre plus Soul que les autres se démarque toujours un peu des autres musiques même si les synthés sont de la partie. On y entend un "lament" de Marvin Gaye dans la lignée de "I Want You".

Le deuxième CD de ce double album contient quelques perles mais également beaucoup de reprises ou de versions différentes des pistes énoncées ci-dessus.

Au final, sans être excellent comme les derniers albums, "In Our Lifetime" est la traduction d'un style vers celui des années 80 pour Marvin Gaye. Effectivement, tout changement impose une certaine hésitation, un travail supplémentaire avant d'atteindre la perfection. Même s'il en adopte les codes, "In Our Lifetime" est d'un bon niveau, sans être une bombe. Je vous conseille de prendre de l'écouter plusieurs fois avant de le juger trop hativement (laisser sa chance au produit).

Midnight Love (1982)

Voici le dernier album de Marvin Gaye. Il sera tué par son père en 1984. Cet album contient sans doute la chanson la plus populaire de Marvin Gaye qui s'intitule "Sexual Healings".

Mais attention, nous sommes maintenant dans les années 80 qui sont souvent synonymes de merdes sonores jetables. Et malheureusement, d'autant plus qu'il s'agit du dernier album de Marvin Gaye, cet album est trop marqué par les synthés et les boîtes à rythmes pourries. Seule s'extrait "Sexual Healings" qui surfe sur un mélange bien proportionné de recettes musicales des années 70 (pour le côté Soul) et 80 (pour les rythmes). La chanson est vraiment atypique du reste de l'album qui est pratiquement inécoutable.

On dirait un mauvais mix entre Michael Jackson sur "Beat It" et "Huey Lewis and the News" sur fond de LSD. Ça me fait vraiment du mal de l'écrire, mais j'aurais préférré que cet album ne sorte jamais. Il préfigure une évolution franchement pas terrible du style de Marvin Gaye qui, je pense, aurait été profondément défiguré par les années 80, pour notre plus grand malheur.

Nous ne saurons jamais ce qu'il serait advenu car Marvin Gaye n'aura pas l'occasion de produire un nouvel album. Reste toujours l'inaltérable "What's Going On"...

Ce que je retiendrai de Marvin Gaye

Chantre de l'amour et de la Soul, voici ce qu'on pourrait dire de Marvin Gaye. Si vous avez lu l'intégralité de cet article, vous avez pu voir la progression de cet artiste, de ses débuts de "crooner" noir jusqu'à sa notoriété accomplie de "Sexual Healer", en passant bien sûr par sa période la plus intéressante: 1967-1976.

N'oublions pas les duos avec Tammi Terrel et Diana Ross qui sont excellents et qui font vraiment partie de la vie de l'artiste. D'ailleurs à ce propos, il me manque un album dans la discographie de Marvin Gaye: Takes Two qui est un album de duo avec Kim Weston. Je n'ai malheureusement pas pu l'acquérir dans les temps nécessaires à cette intégrale musicale même si je sais qu'il dispose de hits comme "It Takes Two" par exemple.

Les albums les plus excellents restent, dans l'ordre chronologique et selon moi, "I Heard It Through The Grapevine", "What's Going On", "Let's Get It On" et "I Want You".

Encore une fois, en réalisant cette intégrale, j'ai trouvé des chansons peu connues qui m'ont remué les tripes. Elles ne seront jamais sur un Best-Of. Résumer un artiste qui a produit tant d'albums reste quasi impossible, surtout un artiste qui a su s'adapter comme Marvin Gaye.

Je n'ai absolument pas parlé de la vie de Marvin Gaye, en dehors de sa mort et de celle de Tammi Terrel, à dessein. Je n'ai pas à juger sur autre chose que la musique, même si je trouve que la mort de Marvin Gaye est tragique et difficilement expliquable. Dans tous les cas, même si je ne l'ai pas connu beaucoup de mon vivant, j'ai un réel plaisir à me replonger dans ces années 60 et 70 de Soul music qui fait vibrer mes sens et mon coeur comme jamais !

Allez, je vais aller repleurer sur "Save The Children" avant de rêver sur "I Want You"...

Posted lun. 09 oct. 2017 15:31:25 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour juillet et août ce sera les Beach Boys. Car, comme pour les deux mois précédents, je n'ai pas réussi à condenser l'écoute de l'intégralité des albums du groupe en moins d'un mois.

Pour commencer, les Beach Boys, ça évoque forcément la plage, l'été, la Californie, le bon vieux temps des années 60... même si l'histoire du groupe est plus contrastée.

Comment j'ai découvert le groupe ? Même dans les années 80 et 90, les Beach Boys continuaient à produire, avec quelques hits diffusés sur le Top 50 comme Kokomo (pour le film intitulé "Coktail", déjà animé par Tom Cruise (aka Colgate Toujours Junior)). Moi, ça m'a tout de suite plû car le tempo était vraiment intéressant et assez atypique des productions de l'époque, sans en trahir les codes.

Rapidement, j'ai fini par acheter un double album du best of des Beach Boys et j'ai tout de suite accroché en voyant une image ensoleillée de la côte ouest des USA. Ça me semblait tellement évident que lorsque j'ai intégré mon école d'ingénieur à Bordeaux et que je me suis rendu à la plage la plus proche dès le premier week-end, j'ai tout de suite mis une cassette des Beach Boys dans mon autoradio pour être dans le tempo. Il ne manquait que la Ford A pour faire sensation.

Dans le double album, la majorité des morceaux dataient des débuts des Beach Boys et, avec le temps, je me suis demandé qu'elle avait été leur production complète.

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu des productions des Beach Boys et, comme d'habitude, je vais le faire dans l'ordre chronologique.

Les albums du début: la plage !

Surfin' Safari (1962)

Le premier album du groupe s'intitule tout simplement "Surfin' Safari" et il sort en 1962, ce qui fait quand même un sacré paquet d'années. Tout de suite, dès ce premier album, le ton est donné: du rythme rapide, des mélodies simples, plusieurs voix en choeur, un peu d'aigus dans les prononciations, des paroles légères qui évoquent la vie des jeunes, leur époque, l'amusement, les loisirs, les premiers amours, etc.

L'ensemble fait quand même très propre sur soi, surtout si l'on inspecte la pochette de l'époque où on croise 5 jeunes garçons bien coiffés qui arborent une grande planche de surf sur un pickup Ford des années 30. Oui parce que, comme le titre l'indique, le thème est centré autour du surf et des bagnoles cools de l'époque.

Même si la production semble gentillette comparée à du heavy métal, on en saisi quand même la modernité pour l'époque: les Beach Boys ont simplement créé un nouveau son et une nouvelle méthode de production de morceaux. Ces derniers sont en effet basés sur des mélodies proches en sons et instruments et sur une durée très réduite (1'50 à 2'). Néanmoins, on ne peut pas dire que toutes les chansons se ressemblent et qu'écouter la première suffit à écouter tout l'album.

Je dirais que tout se passe de manière assez fluide, l'écoute est assez rapide puisque l'album dure moins de 25 minutes mais tout s'enchaîne vraiment bien: une belle composition. Pour ma part, ce premier album contient pratiquement 100% de hits. On dirais une seule chanson avec des variations très bien agencées. Donc difficile de dire ce qui marque le plus.

Les meilleures pistes sont sans doute Surfin' Safari, très novatrice; "409" qui traite du sujet des déplacements; "Surfin" qui reprend le thème du surf avec un air entêtant mais si léger; une bonne reprise de "Summertime Blues" (du fabuleux Eddie Cochran); "Moon Dawg" avec ses vocalises subtiles et son solo de guitare électrique absolument génial.

Little Deuce Coupe (1963)

Quelques mois après le premier album, sort Little Deuce Coupe. Dès la pochette du disque, on comprend qu'on va parler voiture (un Deuce étant un coupé Ford A des années 30 fortement customisé). Le style est identique à celui du premier album, il est donc forcément très bon.

Je note néanmoins un peu plus de mélancolie (mais en mode joie) sur les pistes moins connues de cet album comme "Be True to your school", "A young man is gone" (un peu triste) ou "Ballad of Ole'Betsy".

Mais, ici, on reprend la formule du Surf en parlant de voiture avec "Cherry, Cherry Coupe", "Our Car club", "Custom Machine" qui parle de Corvette, ou encore le sublime "Shutdown".

Ce que les Beach Boys arrivent à produire leur permet de rester dans le haut du panier. Avec le temps, ces productions des années 60 n'ont pas pris une ride et si les thèmes légers pouvaient faire craindre à une certaine forme de niaiserie, il n'en est absolument rien lorsqu'on écoute les pistes.

En dehors des hits comme "Shutdown", "Little Deuce Coupe", j'ai bien aimé l'entêtant "No-Go Showboat" avec ses voix haut perchées, sa mélodie entraînante et bien rythmée.

Encore une fois, ce deuxième album est vraiment très bon !

Surfer Girl (1963)

Après le surf, les bagnoles, passons à un autre thème cher aux Beach Boys (et à moi aussi): les filles ! On imagine assez une déclaration à une blonde californienne sur une des pistes de cet album. La piste éponyme est sans doute la plus connue et la plus intéressante. Je me souviens d'un épisode de "Baywatch" qui intégrait un grand nombre des musiques des Beach Boys (on est plein dans le thème non ?) où on voyait Pamela Anderson (ah, Pamela !) évoluer sur "Surfer Girl"...

Les pistes sont un peu plus graves comme on peut l'entendre assez rapidement sur "Surfer Moon", plus mélancolique, plus calme, plus posée. Mais d'une manière générale, on reste dans les mêmes recettes que sur les deux albums précédents... pour le mieux finalement car, au bout de 3 albums, on ne se sent pas lassé du tout.

Une autre piste d'intérêt, dont le thème semble assez léger mais qui ne l'est pas est "In My Room" qui évoque la constitution du monde intérieur des adolescents de l'époque avec leur peu de liberté.

Elle est suivie par l'entêtante "Hawaii", vraiment bien rythmée qui marque encore une fois l'esprit Beach Boys.

Mais la piste la plus atypique de l'album reste, sans conteste, "Your Summer Dream" qui plonge sur un registre plus calme, plus triste. Elle évoque un ballade en amoureux, sur la plage, tout en tranquilité, avec une pointe de mélancolie. Un des morceaux peu connu des Beach Boys qui mérite qu'on s'y intéresse plus. Elle fait partie de mon top ten.

Surfin' USA (1963)

Toujours en cette prolifique année 1963, sort "Surfin'USA" avec le piste éponyme qui est sans doute la plus connue de la production massive des Beach Boys, et ce, à juste titre.

Elle condense toutes les recettes des Beach Boys: du Surf, de l'Amérique, du rythme, des choeurs, des voix aigues, de l'orgue, quelques solos bien appuyés. Un hit sans conteste...

Sur cet album, on retrouve une piste connue des afficionados de Quentin Tarantino: "Misirlou". L'interprétation des Beach Boys est quand même un poil plus gentillette tout de même. J'y vois le même genre avec "Stocked", où la seule parole est justement "Stocked", appuyée par une mélodie hyper-rythmée et un solo de guitare et de basse excellent. "Stocked" sort de l'univers léger des Beach Boys pour proposer plus une interrogation permanente (pourquoi Stocked ? Quel est le message ?). C'est la même chose pour "Surf Jam", pratiquement uniquement en accoustique, sans paroles.

Dans la lignée de "Your Summer Dream", on retrouve "Lonely Sea" qui rentre plus dans une certaine forme de noirceur (enfin, on y arrive), un peu plus de profondeur, avec des voix dissonnantes (des aigus classiques mais des choeurs plus graves).

Reste quelques bonnes pistes, comme "Let's go trippin" et "Finder's Keepers" qui s'écoutent facilement et suscitent un certain intérêt.

Pour cet album, on sent que quelquechose commence à bouger chez les Beach Boys par rapport aux 3 albums précédents: les tons sont plus graves, les musiques sans paroles plus nombreuses, les questions posées plus suggérées.

All Summer Long (1964)

Pour le 5ème album, les Beach Boys proposent toujours la même formule (qui marche bien à l'époque) et ressort un disque bourré de tubes. Tout commence avec un "I get Around" hyperconnu qui fait le bonheur des publicités pour du fromage industriel pas bon pour les enfants.

Le titre éponyme est un petit bijou, utilisé fort à propos dans un des premiers films de Georges Lucas: "American Graffiti"

"Hushabye" est également une déclaration qui, selon moi, lance les prémisses de ce qu'on va retrouver sur l'album "Pet Sounds". "Little Honda" retraverse encore et toujours l'esprit du mode de locomotion de l'époque (la sacrée voiture/moto). C'est la même chose pour le titre "Drive-In".

S'en suivent des déclarations un peu plus profondes comme dans "We'll run away" qui propose un projet de vie échappée pour des jeunes personnes. "Carl's Big Chance" offre une séquence musicale dans la même veine que les morceaux spécifiques de l'album précédent. "Wendy" se retrouve plus en phase avec "We'll run away" dans son propos (toujours la relation amoureuse) et le rythme de "Hushabye". Très intéressant ! C'est aussi le cas pour "Girls on the beach" qui reste exactement dans la même veine. Ce coktail vient ajouter un peu de sociabilité conventionnelle aux productions des Beach Boys.

La piste "Our favorite recording sessions" me met mal à l'aise: elle illustre une session d'enregistrement brute qui est franchement inécoutable: des débuts, des arrêts inopinés, des voix inaudibles, bref, du bordel !

Mais à part cette épine, le 5ème album des Beach Boys reste vraiment très bon et un classique du genre.

Shutdown Vol 2 (1964)

Bizarrement, il n'y a pas de volume 1 pour Shutdown. 1964 est une année également prolifique pour le groupe avec la sortie de 3 albums dont celui-ci.

La première piste donne tout de suite le ton: "Fun, Fun, Fun" est une ode à la légèreté et l'amusement, toujours dans un bon rythme.

Elle est suivie par un monument des morceaux des Beach Boys avec "Don't worry baby", une ballade amoureuse un peu triste mais qui donne confiance en l'avenir, tout en douceur. Elle vise à rassurer la petite copine (qui est forcément une blonde californienne bien gaulée). Mais moi, j'aime beaucoup cette piste.

"In the parking lot" est fabriquée avec le même ADN que "Hushabye", surtout pour l'introduction qui paraît vraiment identique, tout en vocalises.

Malheureusement, on retrouve aussi l'équivalent de la session d'enregistrement sous la forme d'un match d'interprétation entre Sonny Wilson et Cassius Love. Aucun intérêt !

Heureusement que la piste suivante se rattrape bien: "The warmth of the sun" commence avec une bonne vocalise en intro et poursuit avec un rythme plus doux et plus grave. Quelques échos d'aigus viennent agrémenter l'ensemble. Très proche de "Lonely sea". On retrouve les mêmes composants dans "Keep an eye on summer".

"Shutdown Part 2" est une simple mélodie bien rythmée, sur le thème des voitures j'imagine.

Pour autant, quelques pistes me semblent plus lourdes, moins novatrices dans cet album. Toutes celles que je n'ai pas citées sont finalement moins intéressantes car trop dénuées de l'esprit Beach Boys. L'album reste bon avec quelques bonnes recettes mais il n'est pas aussi exceptionnel que les autres.

The Beach Boys Christmas album (1964)

En général, quand je vois un album intitulé "Christmas album", je fuis. C'est généralement mielleux à souhaits, mou et plein de guimauves.

Et bien c'est effectivement le cas pour cet album qui reste franchement assez merdique: pas de plage, pas de surf, du pseudo-jazz, du pseudo negro-spirituum... carrément de l'excrément commercial selon moi. N'écoutez pas cet album, il n'en vaut pas la peine.

Une plongée dans plus de subtilité

Après trois années hyper-productives avec 7 albums au compteur déjà, les Beach Boys passent à l'étape supérieure avec les albums de la fin de cette décénnie. Plus en profondeur, plus en compositions et en expérimentations. Tout n'est pas fameux mais il reste quelques eléments d'exception.

Beach Boys Party (1965)

Disons-le tout de suite, cet album n'est pas terrible. Il est composé de reprises de houla-houp en vogue à cet époque et on peut dire que les Beach Boys, même s'ils restent dans le thème de la légèreté, ne sont pas bons pour ce genre musical.

Ces reprises sont d'ailleurs souvent moins bonnes que les versions originales (mais c'est un peu un pléonasme de dire ça car dans la majorité des cas, une reprise d'un morceau est forcément moins bonne que l'originale).

Il reste une seule piste d'intérêt: "Barbara Ann", la fameuse, la mythique interprétation des Beach Boys qui surpasse toute la médiocrité de l'album.

Summer Days (1965)

Heureusement, "Summer Days" vient relever le niveau avec quelques titres majeurs. On note des changements de rythmes, des paroles plus profondes, des graves plus marquées. C'est toujours la même recette mais avec un brin de nuance, à mon sens d'intérêt car, après 8 albums, il est temps que les Beach Boys pensent à se renouveler un peu.

Ils le font sans trahir l'exprit originel ce qui est tout à leur avantage. On trouve des choses assez simples comme la dernière piste, (And your dream comes true) tout en douceur, un peu spirituelle, très différente de ce qui ce faisait avant.

"Amusement Parks" avec son air en porte-à-faux apporte un peu plus de sonorité disruptive dans le monde bien huilé des Beach Boys. C'est nouveau mais c'est pas mal.

S'en suivent un paquet de hits comme "Then I kissed her", le fameux "Help Me Rhonda" ainsi que l'emblème absolu de la Californie: "California Girls" (oui toutes les filles devraient être californiennes) !

"Let him run wild" avec son petit air tristounet apporte un peu de fraîcheur avant d'entendre le très bon "You're so good to me".

Sans atteindre l'excellence car certaines pistes sont de qualité moyenne, Summer Days reste d'un très bon niveau.

The Beach Boys today (1965)

Toujours dans la même veine, le 10ème album des Beach Boys, prend la relève avec une évolution vers le magnifique "Pet Sounds". Tout commence avec le titre phare "Do You Wanna Dance". Il reste du pur Beach Boys.

Mais avec cet album, des thèmes plus profonds sont abordés à la sauce du groupe. "When I grow up to be a man" traduit les interrogations et les résolutions des jeunes américains du milieu des années 60, coincés dans les restes de ségrégation et de connerie religieuse. On retrouve le même herzats avec "She knows me so well", encore une fois des questions, des espoirs pour les jeunes (il leur faut bien ça), de l'amour.

Heureusement, le très léger et dynamique "Dance, Dance, Dance" vient détendre l'atmosphère.

Les autres pistes s'écoutent bien mais restent assez moyennes comparées au reste. Bien entendu, je ne saurais que trop vous déconseiller d'écouter la dernière piste qui est une session d'enregistrement. Je ne sais pas pourquoi ils ont souhaité faire ça mais c'est inécoutable au possible et ça n'a même pas d'intérêt documentaire (selon moi).

Pet Sounds (1966)

Paul McCartney disait de "Pet Sounds" que c'était l'album le plus important de l'histoire du Rock'n Roll. Je suis assez d'accord avec lui.

Au contraire des albums précédents qui deviennent moins bon en essayant d'apporter quelque-chose de nouveau, "Pet Sounds" est vraiment très bon tout en restant profond. Il n'y a presque que des hits, preuve que Brian Wilson retrouve son niveau majeur de composition.

Tout commence avec l'extraordinaire "Wouldn't it be nice", question posée au monde de l'amérique triomphante par sa jeunesse qui rêve d'émancipation. J'aime beaucoup la sonorité un peu différente de cette piste, ça reste du Beach Boys mais avec un peu plus de solennilité, moins de légèreté sans rentrer dans la pathos.

"You still believe in me" avec son introduction simple et morne finit par respirer un peu plus d'optimisme et de croyance en l'avenir. J'aime beaucoup ce style si religieux.

"That's not me" sonne presque pareil dans son introduction qui fait la part belle aux orgues. Le reste de la chanson nous fait reprendre un peu d'espoir. On retrouve ces éléments de nostalgie dans la piste qui suit "Don't talk", qui forme un cantique bien équilibré.

"I'm waiting for the day" revient sur le côté espoir, avec un poil plus de dynamisme.

"Sloop John B" va encore plus loin et reprend les codes initiaux des Beach Boys avec une musique entraînante et moins apaisée, avec un bon rythme et quelques aigus bien perchés.

A mon sens, "God only knows" est la deuxième meilleure piste de l'album (après "Wouldn't it be nice"). Assez triste, assez mélancolique, on peut l'écouter en roulant le long d'une corniche longeant la mer, un soir, alors que le soleil vient à peine de se coucher.

J'aime aussi "I just wasn't made for these times" qui sonne comme une déclaration de décalage de la part de Brian Wilson, indiquant clairement qu'il est souvent triste et en décalage dans ce monde qu'il ne comprend pas vraiment. C'est sans doute prémonitoire de sa "maladie mentale" qui le mettra à bas pendant plusieurs décénnies. Mais je ne lui jette pas la pierre, après tout, je crois qu'il s'agissait d'une sorte de dépression de longue durée. Et pourtant, cet état lui a permis de composer les chansons les mieux taillées de toute l'histoire du groupe sans lesquelles la légende brillerait d'un éclat aussi brillant.

Assurément, "Pet Sounds" reste sans doute le meilleur album de tous les temps des Beach Boys. Il n'y a vraiment rien à jeter et on peut l'écouter d'une traite (ce que j'ai fait régulièrement pendant ces deux mois) pour s'aider à se concentrer sur son travail.

Un peu de psychédélisme/guimauve et puis les années 70

Smiley Smile (1967)

Après Pet Sounds, les Beach Boys abordent un monde un peu plus psychédélique. En effet, c'est la mode musicale du moment. Conjuguée avec leurs nouvelles explorations, leur production évolue donc dans une nouvelle direction, vers de nouveaux sons.

C'est ce qu'on commence à retrouver sur l'album Smiley Smile et le ton est donné dès la première piste: "Heroes and Vilains" est un condensé de dissonnances mélodiques avec des relents de graves, toujours à la sauce Beach Boys (avec des aigus et des graves dans les choeurs). Ça passe assez bien.

Mais les pistes suivantes s'enfoncent dans une guimauve qui sent trop fort le LSD pour le coup. Tout est un peu plat, un peu mou, un peu trop gentillet. Moi, je n'accroche pas du tout; j'ai même un peu la nausée lorsque j'écoute, je suis un brin dérangé par ce rythme bizarre, ces mélodies pas terribles.

La seule exception se porte sur "Good Vibrations", très connue, qui reste plutôt dans le style habituel des Beach Boys; finalement pas très psyché (mais c'est tant mieux).

Mais malheureusement, en dehors de deux bonnes pistes, le reste est trop en rupture avec l'excellent "Pet Sounds" et avec le reste des albums déjà produits par le groupe. Ce n'est pas une bonne cuvée...

Wild Honey (1967)

Malheureusement, ça ne s'améliore pas pour l'album qui suit. Comme pour le précédent, on retrouve les mêmes causes et les mêmes effets.

Pourtant, quelques hits finissent par émerger de cette torpeur:

  • "Wild Honey", assez dynamique.
  • "Country Air", plus sérieuse, plus grave mais toujours à la sauce traditionnelle des Beach Boys.
  • Et bien entendu, l'excellent "Darlin'" qui fait penser à un "Barbara Ann" plus moderne.

Pour tout le reste, fuyez !

Friends (1968)

Ah, c'est encore pire sur Friends, seule la piste éponyme est vraiment bien. Les choeurs sont bien placés, le rythme reste tonique et bien équilibré. Mais le reste de l'album s'enfonce dans une guimauve pas terrible.

Je n'ai pas d'autres commentaires... Je suis juste de plus en plus déçu à l'écoute de cette série d'albums et c'est bien dommage. Mais en même temps, la masse des anciens albums fait vraiment jurisprudence.

20/20 (1969)

Heureusement, ça s'améliore pour l'année 1969 et avec l'album 20/20 qui présente beaucoup plus de pistes intéressantes tout en étant un poil en rupture avec le passé des Beach Boys. Adieu la légèreté, bienvenue à la nostalgie, la mélancolie, les questions.

La première piste "Do It Again" commence avec un rythme bien appuyé et entraînant avec des sonorités électroniques de bon alloi. Pas mal du tout et finalement assez novateur.

Et ça continue sur la deuxième piste "I Can Hear Music" qui reprend le style classique des Beach Boys, elle aurait pu se trouver sur "Surfin'USA" que ça ne m'aurai pas surpris le moins du monde.

"Bluebirds over the mountain" raccroche sur la légèreté avec un soupçon de guitare électrique bien appuyé. La chanson reste joyeuse.

C'est tout le contraire avec la piste qui vien juste après: "Be With Me". Plus psychédélique, elle est pourtant harmonieuse avec un calme royal et un fond musical tout en progression. Une surprise pour cet album !

On retrouve la même ambiance avec un brin de nostalgie supplémentaire dans "The Nearest Far Away Place". Piste sans parole, j'aurai eu du mal à dire qui l'avait écrite tant il n'y a rien de Beach Boyesque sauf sur quelques sonorités classiques.

"Cotton Fields" est également très bonne avec son introduction très afro-américaine. Les autres pistes ont moins d'intérêt sauf le très bon "Our Prayer", une sorte de cantique fabriqué par les Beach Boys, incomparable !

Sans avoir la note de 20/20, on peut dire quand même que l'album est une réussite sur le plan musical. Dans tous les cas, nous voilà sortis des précédents albums moroses.

Sunflower (1970)

1 an après 20/20, sort "Sunflower" et on rentre maintenant dans le creux des années 70. Après plus de 8 ans de production, il faut le dire, les Beach Boys ne sont plus l'usine à tubes qu'ils étaient. C'était forcément prévisible car il est difficile de faire du top en masse aussi longtemps.

Pourtant, je donnerais une meilleure note à Sunflower qu'à Wild Honey par exemple. Les chansons ne sont pas des tubes mais j'arrive à les écouter (enfin certaines). Je leur donne une note assez basse mais elles suffisent à suciter mon intérêt.

Si je devais extraire les 3 meilleures pistes, ce serait les suivantes:

  • "This Whole World" a une très bonne mélodie de refrain et une excellente introduction, une bonne production des frères Wilson.
  • "Deirdre", plus psychédélique, plus sur la ballade.
  • "Tears in the morning", probablement pas écrite par les Beach Boys mais dont l'interprétation n'est pas si mal.

Pour résumer ce album, ce n'est pas une production majeure mais ça s'écoute. On vibre juste beaucoup moins que sur les autres références.

Surf's Up (1971)

Ah, cet album est une profonde rupture dans l'univers des Beach Boys. Le titre semble indiquer que c'est la fin de la joie, que le Surf, c'est fini. La pochette montre un cheval et un cavalier tristes, la tête basse tous les deux.

Dès la première piste, on capte cette tristesse et cette gravité qui s'exprime directement. Quel changement ! Oui, les Beach Boys ont fait un album triste... qui ne sonne pas si mal finalement.

J'ai noté les 5 pistes suivantes:

  • "Don't go near the water".
  • "Long promised road".
  • "Disney Girls (1957)'.
  • "A day in the life of a tree".
  • "'Til I Die".

Sans tout fracasser, j'aime du bout des doigts cet album. C'est calme, reposant, ça s'écoute au coin du feu l'hiver, contrairement à tout le reste qui respire le soleil et la lumière. Une vraie rupture.

Carl and the Passions (1972)

Cet énième album rompt avec le précédent: il est beaucoup moins sombre et vraiment plus gentillet. Mais d'une manière globale, l'ensemble forme quelquechose d'assez plat, un peu dans le même mode que pour "Friends".

Car il est vrai que dès les premières pistes, on sent que le tempo Beach Boys n'est plus là: absence de choeurs, moins de mélodies, rien de vraiment expérimental. De plus, à l'écoute, je crois qu'il manque un chanteur dans le groupe.

Moi, ça m'a fait penser au groupe Eagles (avec son fameux Hotel California, certes) qui reste effectivement plat dans la plupart des cas (avec de bonnes exceptions).

Mais au final, c'est assez moyen voir mauvais... Dommage !

Holland (1973)

Et la chute se poursuit. Holland est un poil au dessus de l'album précédent mais il y a plein de trucs que je déteste:

  • D'abord, ça reste plat.
  • Ensuite, il y a des mélodies pas bien foutues.
  • Les Beach Boys se mettent à parler, un peu comme Jim Morrison pour certaines chansons des Doors, sauf que ça sonne beaucoup plus mal !
  • Les pistes de la fin ont l'air d'être un conte pour enfants de mauvais goût.

Donc ici aussi, fuyez !

15 big ones (1976)

Une rupture de 3 ans sans album pour les Beach Boys, voilà une nouveauté ! C'est peut-être tant mieux tant on est sur une pente descendante pas terrible.

Et effectivement, on retrouve sur cet album tout le style des Beach Boys, quasi intact, comme échappé des débuts des années 60. Tout est meilleur !

La première piste "Rock'an Roll Music" est une introduction vraiment réussie. La deuxième piste "It's OK" est également très généreuse, très rythmée et on reprend plaisir à écouter les choeurs disruptifs des Beach Boys, leur vraie marque de fabrique.

Pourtant, on remarque assez facilement que les chansons ne proviennent pas forcément de leurs débuts car les voix sont plus posées, la voix principale plus grave et plus lente, les instruments plus simples, l'électronique plus présente (normal vu l'année). On l'entend clairement dans "Chapel of Love" qui reprend les recettes traditionnelles du groupe mais avec un ordre un peu différent.

Bon, tout n'est pas parfait non plus: on trouve plus de niaiseries comme "Every One's in love with you" ou sur "That same song", sans doute trop de légereté tue-t-elle la légéreté ?

La reprise de "Blueberry Hill" (de Fats Domino) est également franchement mauvaise, tout comme "In the Still of the Night" (des Platters) et "Just Once in my life" (des Righteous Brothers): les Beach Boys ne savent pas faire de reprises, voilà, c'est dit !

Pour résumer, un peu de mieux sur cet album qui tente de renouer avec le passé mais il reste très clairement en dessous des productions de la fin des années 60.

Love You (1977)

Cela fait maintenant près de 10 ans que les Beach Boys sont à un niveau moyen (à croire qu'ils ont tout donné pour Pet Sounds).

La piste introductive "Let Us Go on This Way" est vraiment intéressante et abordable. Sans doute la meilleure de l'album.

Le reste est moyen mais écoutable. D'ailleurs, l'intégralité du disque s'écoute plutôt pas mal; c'est juste qu'il n'y a pas vraiment de hits.

J'ai noté les pistes les plus intéressantes:

  • "Mona".
  • "Good Time".
  • "Solar System".
  • "The Night Was So Young".

Par contre, la pochette du disque, tout en pixel art est vraiment novatrice pour l'époque (enfin, je vous le dis).

Pour résumer, il y a du mieux dans cet album, sans atteindre le top.

MIU album (1978)

Un an après "Love You" sort l'album "MIU Album". Que dire sur celui-ci ?

La première piste "She's got rythm" est plutôt pas mal et elle porte bien son nom car elle est très rythmée. Ça s'écoute très bien sans être un truc qui cartonne.

La piste suivante reprend les canons des Beach Boys ce qui fait de "Come Go With Me" quelquechose d'écoutable. Les deux autres pistes suivent la tendance. Pas extraordinaire mais pas si mal.

Ensuite, je suis tombé sur la seule reprise potable de Beach Boys: "Peggy Sue" (de Buddy Holy). Ce n'est ni trop niais, ni trop mielleux. Pas si mal !

Le reste est assez moyen, écoutable mais pas assez bon pour que j'en fasse l'analyse rapide ici.

Je ne sais pas si c'est moi qui ait du mal à digérer tous ces albums, toutes ces pistes qui sont souvent si semblables ou si effectivement les productions des Beach Boys cherchent autre chose que de respecter le sacro-saint tube ? Je pense qu'il y a un peu des deux même si j'essaye de varier mes écoutes pour minimiser mon ressenti de déjà entendu.

Je crois, en comparant avec des pistes des premiers albums qu'il manque clairement du peps et de l'énergie dans ces nouveaux albums. Ce qui finit par poser problème parce que l'ensemble est vraiment plus plat qu'avant. Les voix sont plus posées, plus graves d'une manière générales ce qui ajoute à la platitude de la mélodie. Ce doit être ça le problème.

Pour résumer MIU album, on a quelquechose dans la même mouvance que dans le précédent album: c'est bien du pur Beach Boys mais sur un registre assez moyen.

L.A. (Light album) (1979)

Mêmes coupables, même punition: "L.A. (Light Album)" reste bien plat...

J'ai pourtant noté "Here Come the Night" qui est une piste disco par les Beach Boys. Moi j'aime beaucoup le disco (et dieu sait combien j'en ai écouté et dancé dessus) mais celui-ci n'est pas bon du tout.

Je commence à m'impatienter.

Les dernières années: une production plus lourde

Keeping the Summer Alive (1980)

Les années 80 commencent décidément mal pour les Beach Boys avec sans doute l'album le plus plat de toute leur production.

Donc je n'en parlerai pas !

The Beach Boys (1985)

Pourtant ce nouvel album, paru près de 5 ans après le précédent commence sous de meilleurs auspices. La première piste intitulée "Getcha Back" représente sans doute ce que les Beach Boys ont produit de meilleur depuis 20/20 (donc depuis 15 ans).

On note une touche de "modernité" de l'époque avec la présence de plus de batterie brute, de sons si typiques des années 80 et d'une sorte de trémolo qui fleure bon les musiques commerciales de l'époque mais l'ensemble est vraiment bon.

C'est d'ailleurs ce style qui perdure dans l'album. Mais comme vous le savez, les années 80 sont loin d'être une référence dans l'histoire des compositions musicales (surtout avec ces claviers de merde de l'époque). Et c'est malheureusement ce qui arrive sur cet album.

Certes, "California Calling" ressemble à "California Girls" dans toute sa forme mais il manque quelquechose: ça reste toujours aussi plat.

Pour le reste, on dirait du Huey Lewis and the News mais en pas terrible ! Pour l'histoire, un des frères Wilson est mort en 1983 après une noyade bourré depuis son bateau à quai (ce qui peut arriver à n'importe quel pékin qui a un bateau et qui veut boire une grande rasade de Jack Daniels). Il manque donc une voix de talent au groupe. Ça s'en ressent...

Still Cruisin (1989)

Alors, ce nouvel album de la fin des années 80 ? Hé bien, il y a du mieux. Déjà la pochette de l'album reprend l'emblème d'une Corvette des années 50: bonne introduction.

La première piste ne déroge pas aux canons des Beach Boys (la première piste est souvent la meilleure de l'album): "Still Cruisin'" est vraiment bonne. Il faut dire que cet album a servi de bande originale du film Coktail avec Tom Cruise.

Mais bon, le film est une moitié de réussite et reste fortement niais avec ses accents caribéens. Donc le CD s'en ressent aussi.

Il n'y a que la piste "Kokomo" qui vaille le détour avec sa mélodie et ses paroles très entraînante. Je la place comme la meilleure production depuis 20/20 (elle efface "Getcha back"). Mais c'est tout !

Pour tout dire les 3 dernières pistes sont des reprises des premiers albums. On peut y voir que les Beach Boys dés débuts sont entrés dans la légende.

Mais assurément, Still Cruisin reste moyen dans ses nouvelles pistes, les deux tubes cités mis à part.

Summer in Paradise (1992)

Si vous me lisez régulièrement (ce dont je doute fort vu les scores d'audience de ce blog), vous savez que je déteste la musique des années 90. Alors, les Beach Boys de cette époque, qu'est-ce-que ça donne ?

Comme le reste des productions de l'époque: de l'excrément. Les Beach Boys vont même jusqu'à sacrifier un tube de leurs débuts dans "Surfin'". L'horreur absolue: réinterpréter la super chanson des années 60 mais avec les codes de merde des années 90 (les saxos criards, les claviers pourris, les beatboxes robotiques, etc.). Quelle déception !

Tout est à jeter sur cet album franchement croulant.

Stars And Stripes (1996)

Stars and stripes est un album de reprises où les Beach Boys chantent en tâche de fond leurs anciens tubes et où un chanteur invité vient plaquer sa voix sur les paroles. Les arrangements sont "modernisés".

Déjà, je n'aime pas les reprises mais les nouveaux arrangements sont assez moyens (sans être horribles toutefois). Bon, les chansons sont excellentes à la base donc l'ensemble n'est pas si mauvais. Mais, comme d'habitude pour les reprises, elles sont moins bonnes que les originales.

Toujours pour l'histoire, un autre membre des Beach Boys est mort en 1992 et il n'est donc plus présent dans le groupe. il est bien sûr remplacé mais, assurément, il y a moins de sa marque dans cet album pas bon.

The Smile sessions (2011)

Smile est le nom d'un album jamais édité par les Beach Boys. Il devait succéder à Pet Sounds et sortir en 1967. Néanmoins, à cause de différents au sein du groupe (et oui, tout n'est pas rose chez les Beach Boys) et aussi avec la maison de production qui insistait pour continuer le rythme de sortie effréné de cette époque (on est à près de 1,5 album par an), le projet n'a jamais pu sortir.

Il est donc publié sous sa forme restante près de 45 ans après le lancement du projet. En quoi consiste donc cette réalisation ?

Pour résumer, on peut dire qu'il s'agit de la version longue des meilleures publications des Beach Boys. Tout un programme. Dès les premières pistes, on est forcément conquis car on était déjà conquis par les pistes originelles.

En effet, sans être vraiment plus extraordinaires que les morceaux d'origine, les versions longues apportent un brin de nouveauté. Les ajouts s'insèrent de manière assez harmonieuses, sans casser ce qui avait été fait à l'époque.

On retrouve quand même quelques nouveautés, fabriquées à l'époque qui sont de grande qualité:

  • "Do you like worms", un titre qui sonne bien, digne de ce qu'on trouve sur Pet Sounds.
  • "My Only Sunshine" qui est une reprise mais assez bien faite.
  • "Cabin Essence", aussi très Pet Soundsienne avec son intro lente suivie d'un choeur fou fou.
  • "Look (Song for children)", très intéressante avec son introduction composée, ses riches claviers et son absence de paroles.
  • "Child is father of the man", avec ses cantiques assez religieux et son orchestration innatendue. La mélodie, un poil mélancolique sonne vraiment bien.

Les autres pistes sont beaucoup plus du registre du rock expérimental , souvent sans paroles, et me semblent beaucoup moins bonnes, plus versées dans les albums qui ont effectivement suivi Pet Sounds.

Le deuxième CD de ce double album est un enregistrement de sessions de composition des Beach Boys. Bon, je n'aime pas ce style assez brut qui mélange paroles, tests, coupures, reprises de morceaux et c'est la même chose pour ce CD. Donc, je n'en parlerai pas !

Au final, on sent bien la filiation Pet Sounds dans le style moins léger et plus expérimental. Mais Smile n'arrive pas à la hauteur de l'excellent Pet Sounds, il faut bien le reconnaître.

That's Why God made the Radio (2012)

Nous sommes en 2012 et le groupe se reforme avec les membres originels encore vivants. Le contenu est complètement nouveau. La légende serait-elle de retour ?

Tout en trouvant une certaine forme de modernité dans les instruments (dans les arrangements des percussions surtout) et dans le style, on retrouve néanmoins le style originel des Beach Boys. La composition n'a pas pris une ride selon moi.

La nostalgie est bien présente sur quelques pistes, le rythme est aussi plus lent, surtout sur les dernières pistes.

Les chansons sont assez intéressantes mais il n'y a pas vraiment de hits sur cet album qui se laisse écouter beaucoup mieux que les albums des 3 décénnies passées.

Dans l'ensemble, il y a du mieux, mais ce n'est pas encore ça ! Probablement que la légende relève encore du passé, pour l'éternité. Le soleil s'est enfin couché sur la plage, les surfs sont rentrés dans les garages, les hot rods aussi et les blondes californiennes dorment paisiblement au fond de leur lit. Clairement, les années 60, et leur optimisme brillant, sont mortes à jamais et qu'on ne peut plus rien y faire.

Les Beach Boys étant maintenant immortels, peut-être qu'un prochain album saura les déterrer ?

Ce que je retiens des Beach Boys

Ah! Quel mythe ! Les Beach Boys ne m'ont pas déçu. J'avais surtout connaissance de leurs débuts fracassant et bien, je dois dire qu'ils étaient encore meilleurs que ce dont j'avais connaissance. Clairement, jusqu'à Pet Sounds, il n'y a pratiquement rien à jeter.

J'ai découvert des pistes jamais entendues qui sonnaient vraiment très bien. Impossible de faire un Best-Of avec ces années là: il remplirait facilement une dizaine de CD.

Bon, avec le temps, leurs performances se sont dégradées fortement. Le pire étant sans doute les années 80. On peut clairement affirmer qu'il y a eu un avant et un après Pet Sounds, leur référence absolue. Tout ce qui s'est fait après est sensiblement moins bon et c'est sans doute lié aux nombreuses dissensions au sein du groupe. C'est bien dommage mais je crois que c'était aussi lié à l'époque: le surf style devait forcément passer de mode. Le mouvement beatnik était à son apogé, cela a forcément déteint sur le groupe.

Néanmoins, de temps en temps, quelques hits surgissait au détour d'albums pas bon dans leur ensemble, preuve qu'il fallait encore écouter les Beach Boys régulièrement.

J'admire leur production massive avec près d'une trentaine d'albums. Ils ont fait de la musique leur vie et comme ils ont commencé très tôt, cela est tout à leur honneur. Quelle persévérance ! Peu d'artistes ont duré autant qu'eux. Certes, leurs productions post années 60 sont moins bonnes mais ils ont choisi de ne jamais abandonner, malgré les turpitudes de la vie. Rien que pour ça, ça valait le coup d'écouter toute leur production.

Pour terminer, voici ce que je garde des Beach Boys: quand tu veux aller à la plage, tu mets les Beach Boys sur leurs premiers albums dans ton autoradio et, immédiatement, la lumière jailli vers l'ouest, une lumière chaude, apaisante, insouciante, qui rend le monde plus beau qu'il ne pourra jamais être. Si tu es avec une blonde mince et jolie à côté de toi, c'est encore mieux: met lui donc "Surfer Girl" ou "Don't worry baby" et prend sa main dans la tienne...

Posted sam. 02 sept. 2017 15:31:25 Tags:

Introduction

Comme au mois de juillet, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'août, je me suis encore contenté d'un seul livre, cette fois pour cause de vacances concentrées sur autre chose que la lecture. Néanmoins, le challenge reste relevé avec la lecture de "Secret of productive people" de Mark Foster, un auteur que j'apprécie de plus en plus.

Ce livre est une méthode

Comme pour les autres livres de Mark Foster que j'ai pu lire, le sujet est la gestion du temps. "Secret of productive people" ne tend pas vraiment à livrer une méthode complète, contrairement à "Do It Tomorrow". Au lieu de ça, il donne de nombreux et précieux conseils pour améliorer sa productivité, dans tous les sujets disponibles.

Le style du livre est très technique et dispose d'une organisation très rationnelle. Il permet ce que l'auteur appelle skimming en anglais (le saut de lecture en bon français) et cela se ressent dans le livre. Ainsi, vous pouvez l'ouvrir à n'importe quel début de chapitre pour avoir des conseils sur un thème précis.

Il y a de nombreux chapîtres (près d'une quarantaine quand même) de quelques pages chacun (moins d'une dizaine) où Mark Foster donne une brève introduction, suivie de grands principes explicités à chaque fois avant de réaliser une conclusion sous forme d'ateliers ou d'exercices à faire. L'ensemble se lit forcément facilement et n'a, finalement, pas vraiment d'intérêt littéraire.

J'ai pris 10 pages de notes sur le livre pour en faire un résumé très technique car je souhaitais avoir une page web qui concentre les conseils pour pouvoir les relire plus tard. Cet article sera donc constitué par ce résumé.

Introduction

En introduction, Mark Foster tente de définir ce qu'est la productivité.

  • La créativité est issue du questionnement d'un problème.
  • L'efficacité provient d'un processus appliqué en continu.
  • La productivité est une interaction continue entre créativité et efficacité.

Comment être non productif ?

Avant d'aller plus loin, l'auteur tente de montrer quelles sont les meilleurs techniques pour être non productif.

  • Ne pas avoir de système de gestion.
  • Se surcharger d'activité.
  • Ne pas être assidu.

Comment élaborer un bon système ?

Quelques pistes pour créer un bon système de gestion:

  • Se demander pourquoi ça ne fonctionne pas.
  • Comment puis-je améliorer la situation ?
  • Répéter le cycle dans le temps pour lui donner un fond d'expérience vécue.

Trouver de nouvelles idées

Mark Foster nous donne sa technique pour être créatif: * Quelles sont les 5 meilleurs idées sur le sujet (et en trouver 5 nouvelles par jour). * Répondre aux questions rencontrées lors du processus. * Utiliser des listes à puce jetables.

Pour l'auteur, la créativité n'est pas un don mais bien un apprentissage issu d'un questionnement profond et fréquent. Le genre de truc qu'on ne peut faire que quand on a du temps disponible pour ça.

Lutter contre la résistance et la procrastination

La procrastination, le mal du 21ème siècle ! Avec tant de sollicitations autour de nous, bien souvent amenées par les technologies modernes de communication, il est facile de se disperser.

Voici quelques techniques pour s'en sortir: * Faire "Little and often", peu et souvent. * Découper les tâches complexes en unités simples. * Technique du "Je ne vais pas faire ceci mais je vais juste (démarrer)". * Effet de maturation: se laisser le temps pour que le sujet prenne consistance dans son cerveau. * Commencer le plus rapidement en amont. * Définir un nombre et une fréquence de session de travail.

Améliorer la réflexion

  • Les routines de bas-niveau doivent être correctement implémentées.
  • L'interrogation sur la pratique doit devenir une seconde nature.
  • Le système de gestion doit être pratiqué jusqu'à ce qu'il devienne lui aussi une seconde nature.

L'échec est un ami

Parfois, on n'ose pas se lancer, de peur de se louper. C'est bien normal mais ça ne doit pas devenir paralysant non plus ou entraver l'action. Mais dans notre société qui met la réussite sur un pied d'estale, ce n'est pas évident d'accepter de se tromper.

  • Ne pas avoir peur de l'échec car c'est une marge de progrès.
  • Faire face à la possibilité d'échec en prenant des précautions (ne pas être sur-optimiste).
  • Apprendre de ses erreurs (REX) en cherchant les raisons: * Qu'est-ce-qui aurait pu être mieux ? * La prochaine fois, je ferais...

Travail VS activité

Pour Mark Foster, le travail est une action utile alors que l'activité est un truc qui nous fait agir, mais pour pas grand chose, plus pour occuper le temps ou donner l'impression de faire quelquechose. L'activité est surtout remplie par la procrastination ou par l'action facile mais inutile.

  • Faire le travail en premier, le plus dur en premier. En effet, si vous commencez par le plus dur, le reste suivra facilement. Si vous commencez par le plus facile, vous aurez besoin de faire une pause au bout de deux ou trois tâches, vous l'aurez bien mérité. Mais, à votre retour, le fait d'avoir à faire le plus dur vous semblera une montagne insurmontable.
  • Inscrire le projet le plus important et le plus complexe en premier.
  • Réduire le volume des engagements. Une constante chez Mark Foster et le seul moyen rationnel de s'en sortir quand on est overbooké: une journée ne peut durer que 24h et l'efficacité a forcément des limites. Il faut donc sabrer dans ses engagements et se focaliser uniquement sur ceux qui en valent la peine.

Savoir ce qu'on veut

Plutôt que de tergiverser, quelques idées: * Un objectif doit être dynamique: un cheminement vers du spécifique. * Pourquoi avoir cet objectif ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux". * Qu'est-ce-qui m'empêche de le faire ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux".

Surpasser le négatif

  • Transformer le sentiment négatif en positif: * peur: le meilleur remède contre la peur est l'action. * Envie: Utiliser l'inspiration.
  • Rechercher la critique constructive plutôt que l'admiration: favoriser le feedback.
  • Qu'elle quantité d'attention réelle et constante j'ai employée sur ce sujet ?

Aller à l'essentiel

  • Découvrir ce qui est essentiel: diviser la quantité de temps disponible de travail par deux et garder le plus important.
  • Aménager des pauses marquées: * travail = travail; pause = tout sauf travail. * Les pauses concentrent le travail.
  • Assurer le système de base pour ne pas être surbooké par les tâches de base.

Conserver ce qui fonctionne

  • Identifier ce qui marche déjà dans la vie.
  • Construire à partir de ce qui marche déjà (ex: séminaires sur place).

Supprimer ce qui ne fonctionne pas

  • Ne pas conserver ce qui n'est pas en état de marche: réparer ou jeter.
  • Si on ne parvient pas à faire une activité/tâche, la transmettre à une autre entité/personne dédiée.
  • Concentrer ses efforts sur les tâches sur lesquelles on est bon/ a un intérêt.

Endurance

  • Utiliser des routines.
  • Se remémmorer pourquoi on le fait (ex: double ligne de mire).
  • S'impliquer.

Être constant

  • Attention constante, régulière et focalisée.
  • S'engager sur une liste fermée et réduite d'engagements. Bien souvent, la tentation sera grande d'aller explorer d'autres voies, de se consacrer à de nouvelles tâches non prévues. Mais c'est justement là que réside la faiblesse. Les engagements sont donc sur une liste fermée qui ne s'ouvre que lorqu'elle est complétée intégralement.
  • Limiter la charge quotidienne avec la méthode DIT.

Gérer les interruptions

  • Traiter les interruptions comme des tâches dans le système de gestion du temps.
  • Analyser: source des interruptions, quel mode de gestion, s'interroger dessus => nouvelle règle dans le système.
  • Refuser toute interruption non liée à un engagement.

Gérer l'encombrement

  • L'encombrement est le signe de plus d'entrées de que de sorties.
  • Augmenter le temps disponible: réduire les réunions, interruptions et distractions.
  • Augmenter l'efficacité: analyser/système de gestion/constance.
  • Réduire les engagement (virer ceux de fin de liste priorisée).

Ressentir le flux

  • Se poser des défis sans aller jusqu'au débordement.
  • Donner une attention avec des objectifs à une action.
  • Le flux se déclenche sur une activité régulière et constante.

Répartition du travail

  • Repérer et se focaliser sur le travail que je suis seul à pouvoir faire.
  • S'assurer d'y porter suffisamment d'attention.
  • Ne pas perdre du temps sur du travail de base que n'importe qui d'autre peut faire.

Aller de l'avant

  • Savoir où on veut aller: définir des objectifs précis.
  • Avancer dans la bonne direction: faire un plan non détaillé et maintenir un certain rythme.
  • Ajuster le plan au fur et à mesure.

Dominer le travail

  • Ne pas faire les trucs à moitié: le faire à fond.
  • Donner le meilleur de soi pour les tâches du système de base.
  • Ne pas se fixer de limite: avoir des objectifs fixes mais pas trop nombreux.

Contenir les engagements

  • Utiliser DIT.
  • S'assurer de travailler sur les bons sujets.
  • Supprimer les projets négligés.

Les 3 règles de la priorisation

  • Prioriser uniquement les engagements listés.
  • Sinon, ne pas prioriser.
  • La vraie question: est-ce-que je doit faire ça ou non ?

Déléguer

  • Quand on délègue, il faut conserver la responsabilité.
  • Programmer des deadlines intermédaires * Ce qui doit être fait dans l'intervalle. Mode de remontée de l'information (réunion/mail/rapport). Faire un rappel quelques jours avant. Agir immédiatement en cas de dépassement. * En cas de retard, reprogrammer une deadline et s'y tenir.
  • Rappeler que le projet en amont est important.

Feedback

  • Quelle est la situation actuelle (point de départ).
  • Suivre les indicateurs sur le déroulement du projet et non sur le projet en lui-même.
  • Agir selon les indicateurs.

Semer des graines

  • Parler souvent du projet aux autres.
  • Faire des recherches.
  • Se poser des questions avec une liste dynamique (à effacer tous les jours).

Le temps de la récolte

  • Être patient et toujours progresser.
  • Être persistant, ne pas abandonner.
  • Une fois parvenu à la maîtrise d'un sujet, pratiquer la redondance: complexifier les situations à titre d'entraînement.

A propos de la technologie

  • Utiliser la technologie pour accélerer les processus.
  • Utiliser la technologie pour la recherche et la créativité.
  • Utiliser la technologie pour communiquer.

Time-Box

  • Décider du temps à allouer/des tâches concernées/temps de repos entre les tâches.
  • Ou bien s'imposer une limite de temps de pause entre tâches.

Progresser

  • Ne pas chercher à dépasser tout le temps ses records personnels.
  • Au contraire, chercher à dépasser sa moyenne.
  • Une fois l'objectif atteint, maintenir le rythme stable.

Introduire de l'aléa dans la vie

  • Il n'y a jamais une seule bonne décision à prendre.
  • Utiliser une pièce (pile ou face) quand la décision n'est pas claire, ou trop complexe à prendre.
  • Prendre des trucs au hasard au restaurant.

Expérimentation

  • Les questions doivent conduire à des expérimentations.
  • Le but d'une expérience est de trouver ce qui marche.
  • L'expérience permet d'améliorer le système.

Concentrer des données sur un sujet

  • Sans données, on n'a que des sentiments.
  • Ne rien accepter tout cuit d'une relation de confiance, toujours vérifier.
  • Récupérer des preuves/accorder ses sentiments/décider.

Conclusions

Bon, cette prise de note est sans doute un peu sèche. Mais moi, elle me parle. Au pire, je peux toujours reprendre le livre pour avoir des précisions ou des exemples. D'ailleurs, je vous invite à acheter le livre (il n'est pas piraté sur Internet: c'est une niche trop en dehors des ouvrages de divertissement (pensez-vous, un livre qui parle de travail, pas très vendeur)) pour vous faire une meilleure idée, par vous même. Au pire, vous pouvez le feuilleter pour vous faire une bonne idée de ce qu'il contient.

Les grandes idées restent que pour avancer et être productif, il faut porter une attention focalisée, régulière et constante sur un sujet. Le meilleur moyen technique d'y parvenir est d'avoir un système qui permet de gérer les tâches de base de la vie pour se dégager du temps pour réfléchir. Avec ce temps, il faut se poser des questions, tenter d'y répondre, se demander si ça vaut la peine, accepter de se tromper et s'y coller dans l'action.

Dans tous les cas, la lecture d'un livre sur des techniques de gestion du temps a toujours un effet rassurant. On y trouve de précieux conseils qui sont toujours étayés d'explications logiques ainsi que de nombreux exemples issus de la vie courante. Pour ma part, j'espère être plus productif après avoir lu ce livre.

Mais, dans la pratique, je sais que je suis plus productif qu'en début d'année, grâce à la méthode DIT qui est un complément indispensable à "Secret of productive people".

Ok, pour ce huitième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je pense vraiment retourner vers un peu plus de littérature française ! Après la technique, un peu de poésie bordel !

Posted ven. 21 juil. 2017 21:10:39 Tags:

Introduction

Comme au mois de juin, je continue mon périple littéraire et pour le mois de juillet, je me suis encore contenté d'un seul livre, cette fois pour cause d'overbooking personnel. Néanmoins, le challenge reste relevé avec la lecture de "Paycheck", un recueil de nouvelles de Philippe K.Dick.

A propos de Philippe K.Dick

Il s'agit d'un auteur profilique et très connu. Un temple de la SF à lui tout seul, même s'il a connu une fin tragique. Des films tels que "Blade Runner", "Minority Report", "Total Recall" ont tous été inspirés par ses écrits directs ou dérivés.

J'avais déjà lu "L'homme du haut-chateau" dans les mois précédents et j'avais bien aimé le concept. Donc, je me suis dit qu'il fallait continuer dans ce registre.

Cette fois, j'ai sélectionné, au hasard, le livre "Paycheck". Ce dernier est en fait le nom d'une nouvelle de l'auteur, écrite en 1953. Mais le livre que j'ai lu est en fait un ensemble de nouvelles écrites dans une série chronologique mais sans vrais liens entre elles.

A la différence d'une histoire plus longue comme "The man in the High-Castle" et, sans doute parce qu'il s'agit des débuts de Philippe K.Dick, le style est différent, plus court, avec un thème sépcifique à chaque nouvelle. L'ensemble baigne vraiment dans de la S.F. pur jus et se lis avec une facilité déconcertante en quelques heures. On passe vraiment un très bon moment.

De quelles nouvelles s'agit-il ?

Voici un petit résumé, dans l'ordre de lecture:

  • "Paycheck" qui aborde les notions de voyage dans le temps.
  • "Nanny" qui tente de démontrer que même les robots peuvent devenir l'objet d'un "concours de bite".
  • "Jon's World" qui aborde également les notions de voyage dans le temps avec le thème toujours inérent à ce genre, de la modification du futur dans le passé. Sauf que la nouvelle est écrite en 1954 et annonce un classique du genre, bien en amont de sa popularisation avec Terminator par exemple.
  • "Brhakfast at twilight", encore centrée sur le voyage dans le temps mais plus sous l'angle de voyage inopiné.
  • "Small Town" qui reste digne d'un épisode de la 4ème dimension (qu'elle précède de près de 10 ans) et dans laquelle on retrouve le thème de la transmutation de la réalité à une autre, élaborée à partir d'une maquette.
  • "The Father Thing" qui aborde l'histoire d'une attaque extra-terrestre qui passe par le remplacement des êtres humains par des formes similaires physiquement mais modifiée par les attaquants.
  • "The Chromium Face" qui pénètre dans le monde du totalitarisme qui, lorsqu'il devient un modèle dominant, transforme la majorité des opposants en individus serviles, près à compromettrent leurs idées de contestation pour survivre.
  • "Autofac" qui nous décrit un monde régit par des machines incontrolables et autonomes qui répondent à toutes les tentives des êtres humaons pour reprendre le contrôle, dans une forme totale et absolue.
  • "The days of Perky Pat" qui montre à quel points, les adultes désespérés peuvent utiliser n'importe quel subterfuge pour échapper à la dure réalité négative d'un monde en décomposition (le syndrome de la tête d'autruche dans le sable).
  • "Le suppléant" ou l'histoire de la démocratie en mode aléatoire. En ces temps de renouveaux (enfin, pas tellement en fait) politiques et de l'idée que n'importe qui peut faire de la politique et influencer sur la vie commune, l'histoire de Philip K.Dick tente de démontrer que n'importe qui, retenu à un poste important, finit par rentrer dans la lutte pour le pouvoir et vient ternir le mythe du technocrate incorruptible ou de l'innocent candidat désigné aléatoirement par un groupe.
  • "Little Something for us temptonauts" qui nous relance dans l'idée du voyage dans le temps et des problèmes de faille temporelles sous forme de boucles infinies.
  • "The Pre-Persons" qui me semble être un pamphlet assez clivé sur l'anti-avortement (pour l'anti-avortement). Une histoire qui m'a assez dérangée et qui vient sans doute bousculer un peu ma vision très spécifique du sujet du contrôle des populations.

Quels thèmes abordés ?

A la lecture de résumés, le voyage dans le temps est effectivement un thème central de cet ensemble de nouvelles. Elles s'expriment sur différents problèmes "techniques" qu'on peut retrouver sur ce genre d'histoire, notamment, lorsque des évènements imprévus viennent entâcher le voyage, comme lors d'un voyage en voiture qui a un problème de pompe à eau.

Philip K.Dick est avant tout un auteur "noir": ses écrits sont majoritairement sombres et les histoires finissent généralement mal. L'humanité ou les héros sont souvent fichus et dure reste le moment où les protagonistes s'en aperçoivent.

Parfois les conséquences sont plus légères mais généralement, la mort survient toujours.

L'histoire la plus terne à mon sens reste celle sur l'avortement. "The Pre-Persons" décrit un monde où la sur-population est devenu un réel problème par rapport aux ressources disponibles et où les systèmes politiques tentent de réduire le problème par la loi. Dans ce monde, il est légitime d'euthanasier des enfants jusqu'à un âge assez avancé (12 ans). Le système est semblable à celui de la fourrière pour animaux errants. Il fait très clairement le jeu des anti-avortements en poussant l'organisation d'une mort étatique dans ses retranchements externes. L'auteur semble indiquer que tuer un foetus est aussi grave que de tuer un être déjà né, ce sur quoi, je suis farouchement opposé et point sur lequel, il y a clairement une différence. Mais il occulte les problèmes du non contrôle. Il ne fait pas mention de l'état potentiel d'un monde où les ressources sont rares et où la lutte pour la survie et ses conséquences dramatiques sur les êtres encore en vie comme la mort par la famine, la destruction potentielle d'un système de justice, de l'intérêt commun. Rien non plus sur la vie difficile engendrée par la naissance d'un ou de plusieurs enfants, surtout s'ils sont non désirés et qui portera préjudice à la fois aux adultes concernés mais également sur les enfants qui naissent. Bien entendu, et soyons clair, euthanasier un être vivant qui souhaite vivre reste un meutre et est moralement insoutenable. Mais le livre n'aborde pas d'autres solutions moins radicale et finalement beaucoup moins moralement condamnables comme la contraception ou la description neutre de la réalité de la formation d'une famille. Les individus mentionnés dans le livre sont clairement morbides, voire sadiques, lorsqu'ils évoquent le fait de concevoir un enfant à l'avance dans le seul but de prendre du plaisir à l'euthanasier quelques années plus tard, pour faire bien socialement et pour céder à la tentation d'une mode de mort. Cette situation extrème me semble montrer que l'avortement pré-natal reste une solution scientifique et moralement acceptable du droit à l'erreur et au fait de réparer ce problème, dans des limites acceptables pour une société juste qui tente de trouver des solutions autres que l'acceptation frustrante d'une situation source de frustration qui ne peut souffrir aucune critique.

Enfin, comme ces écrits sont majoritairement de la période de la chasse aux sorcières soviétiques, on retrouve souvent du conflit entre russes et américains, toujours abordés du point de vue des U.S.A.

Conclusions

Pour résumer, "Paycheck" reste facile à lire et très abordable. Philip K.Dick est un bon auteur de SF, un peu sombre mais très clairement précurseur dans son domaine.

Pour ce septième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je pense retourner vers un peu plus de littérature française !

Posted mar. 11 juil. 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Comme au mois de mai, je continue mon périple littéraire et pour le mois de juin, je me suis contenté d'un seul livre mais celui-ci étant assez complexe, j'en suis bien satisfait...

Il s'agit de "Tristes Tropiques" de Claude Lévi-Strauss.

A propos de mes hypothèses sur le livre

Cela faisait un certain temps que je désirais lire ce livre majeur peut-être, assez connu sans doute de Claude Lévi-Strauss. Moi qui ai lu des histoires de voyage, qui possède un dictionnaire en Lakhota, qui ai lu Jean Malaurie et Paul-Émile Victor, je ne pouvais qu'être attiré par l'ethnologie.

Tristes tropiques me semblait être un livre retraçant à quel point la civilisation occidentale était mauvaise pour les autres civilisations, que l'homme blanc avait finalement triomphé et qu'il ne restait plus que des erzats commerciaux des coutumes et de la culture des peuples de "l'ancien monde", concquis par les blancs.

Je pensais que Lévi-Strauss y dirait à quel point, en tant qu'ethnologue, il était triste de constater que le monde se mondialisait et que autres cultures finissaient par se diluer dans le modèle occidental dominant.

Pourtant, à la lecture du livre, je dois dire que, même si ces termes sont employés, ce n'est pas du tout l'objet du livre et voici pourquoi.

Du bon et du moins bon

Parlons d'abord de la structure du livre, de son style, de son contenu. Après avoir passé quelques heures à le décortiquer, je pense qu'il contient trois ensembles distincts:

  • de l'ethnologie pour 50% à 66% du volume.
  • de la littérature dans le récit de voyages.
  • des réfléxions philosophiques d'une qualité assez moyenne, n'ayons pas peur de le souligner.

L'introduction commence par un peu de littérature mélangée à des idées, des théories. L'ensemble est, il faut bien l'avouer, un poil barbant. J'y vois toutefois un intérêt lorsque Lévi-Strauss raconte "sa déportation" pendant l'année 1940. Cette dernière, heureusement pour lui, a plutôt lieu en Amérique du Sud (avec un passage aux antilles) plutôt que dans les camps de la mort, ce qui est fort heureux ! Cette entrée en matière est plutôt bienvenue car, en règle générale, j'aime bien en savoir plus sur l'homme avant de commencer.

Mais après cette première approche, Lévi-Strauss passe plus dans des analyses mélant réflexions sur l'ethnologie et philosophie. Ce n'est pas inintéressant car ses prises de positions sont souvent dignes d'intérêt et parce que le livre, écrit en 1954-1955 relate un récit des années 1930 et que l'auteur a un peu de recul (et de métier aussi). Mais son style reste soporifique pour 2017. J'avoue avoir tranché dans certaines pages, surtout celles avec lesquelles j'étais d'accord !

J'ai juste repéré un élément qui me semble essentiel dans les 4 premières parties. Il pourrait apparaître comme un détail mais le monde de 2017 amène un vision bien surprenante sur le livre. Car il y est fait mention de la mondialisation qui avait déjà cours dans les années 1930 (c'est d'ailleurs bizarre pour moi, enfant du 20ème siècle, de devoir préciser le siècle dans 1930 car, dans moins de 15 ans, les années 30 seront les années 2030 !). Lévi-Strauss mentionne qu'effectivement, en 1930, le Bengladesh (ou plutôt la partie orientale de l'Inde qui allait devenir le Bengladesh en 1947 (via le Pakistan)) faisait déjà l'objet d'un industrie textile à moindre coût, exploitée depuis quelques années déjà par des intérêts occidentaux. J'y vois l'oeuvre capitaliste extrème dans ses prémices mais qui, plus de 70 ans plus tard, se retrouve encore plus dans l'actualité (une partie de mes vêtements les moins chers vient bien du Bengladesh). La mondialisation ne serait donc pas un phénomène du 21ème siècle mais bien du siècle précédent. C'est peut-être les trentes glorieuses qui ont su le contenir en partie avant de se révéler impuissantes face à des intérêts sans limite, avec un appétit toujours plus féroce pour le mal de la civilisation occidentale: le fric !

Après bien des détours, Lévi-Strauss se reconnecte enfin sur la partie ethnologique de son étude des populations indiennes, à partir de la cinquième partie du livre.

De l'ethnologie enfin

Arrivé à près de 1/3 du livre, on commence enfin à en apprendre davantage sur les "sauvages", les peuples indiens du Mato Grosso. Lévi-Strauss qui dénonce dans ses premiers chapitres les récits d'aventure vient tout de suite se contredire en racontant, sous forme d'une quasi-épopée, dans tous les cas, comme tous les récits d'aventure que j'ai pu lire depuis ces dix dernières années, son expédition dans le Mato Grosso, à la recherche des différents peuples originels qui peuplent un territoire immense.

Et, dans les années 30, on doit quand même dire que ces derniers sont déjà rares, contaminés par les maladies occidentales, y compris par la culture et la langue portugaise. Néanmoins, dans ce qu'il évoque, je vois bien qu'il reste encore des traces pas si infimes que ça d'une vraie culture originelle, différente, qu'on peut étudier pendant plusieurs années. Signe qu'à l'époque, la perdition n'a pas encore tout détruit chez ces peuples premiers.

J'ai franchement adoré cette partie qui est d'une richesse inégalée, tant dans le récit, que dans les analyses en passant par les nombreux croquis réalisés par Lévi-Strauss lui-même, de très belles illustrations d'ailleurs (finalement bien rendues dans un document au format ePub !).

J'ai appris pas mal de choses sur les systèmes complexes, tant sur le plan spirituel que technique ou politique encore de trois tribus différentes (les bororos, les nambikwara et les Tupi-Kawahib). Même si elles vivent à proximité, elles présentent toutes des particularités et des différences marquées. Quelle richesse d'organisations, y compris dans la partie urbanisme, enfin, plutôt l'organisation des constructions du village qui répond à une sorte de PLU mélant des règles religieuses, des ségrégations sociales (surtout entre hommes et femmes). Lévi-Strauss ajoute même des plans de l'époque. C'est très intéressant.

Une chose qui ne me lasse jamais est le contrôle des populations, des naissances. Toutes les sociétés indiennes disposent de règles assez simples qui permettent au groupe de réguler sa population en fonction des ressources disponibles et qui tend à freiner les excès d'une pénurie qui entraînerait alors la mort atroce des plus faibles. Comme les esquimaux, les indiens du Mato Grosso utilisent des tabous sociaux pour empêcher tout le monde de copuler à outrance sans se préoccuper de l'avenir des enfants. Leur mode de vie qui alterne nomadisme et sédentarité permet également une adaptation plutôt technique à la quantité de nourriture disponible. Pour moi qui vit dans une société occidentale où le fait d'empêcher des gens d'avoir des enfants relève de l'interdit moral, cela relève tout simplement du génie !

Autre point que je retiens: même si tu es un homme complètement adapté à la vie dans un milieu sauvage, avec des millénaires de pratique de chasse et de cueillette et une expérience hors du commun occidental, il est possible que tu vives dans un milieu naturel avec des faibles ressources qui ne puisse pas te permettre de subsister correctement (du moins en termes de calories). Même si la cuisine indienne est extrèmement diversifiée, les indiens recourrent à l'utilisation des insectes quand il le peuvent alors que cette nourriture reste encore tabou chez nous.

Et même chez ces tribus qui ont un régime carné marqué, je relève un grand intérêt et un respect profond pour l'être animal. Car ces tribus ont des animaux domestiques d'agrément, non utilisés à d'autres fins que la compagnie ou l'emprunt d'attributs de décoration (les plumes de certains oiseaux élevés dans les familles, sans que ces dernières ne vienne à les dévorer). Les chiens, les singes et même les poules figurent au même rang que les enfants et sont entourés d'affection. Un comble: les oeufs des poules ne sont même pas ramassés. Ces dernières pondent dans la jungle et ne sont jamais inquiétées par le couteau des hommes. Moi, ça me plaît assez bien comme concepts. Car on est loin des dérives de l'élevage moderne qui a une portée d'abord économique et qui fait souvent (mais pas toujours) de l'être vivant qui se trouve au centre de ce système d'exploitation.

Conclusions

Pour résumer, "Tristes tropiques" possède un titre trompeur, il ne parle pas vraiment de la déchéance des civilisations des tropiques par rapport à l'occident.

La partie sur l'ethnologie est vraiment digne d'intérêt et le livre aurait pu en être constitué uniquement, sans toutes les réflexions trop élitistes du début et de la fin. J'ai particulièrement détesté l'analyse de Lévi-Strauss sur l'Islam (qu'il qualifie explicitement de religion intolérante et de danger pour l'avenir) dans la fin du livre. Sans doute faut-il y voir les résurgences des problèmes entre la France et l'Algérie des années 50 ou encore la paritition indienne de 1947 entre Pakistan et Inde qui semble opposer l'Islam au Boudhisme.

Ce que je retiens reste les 3 parties sur les indiens, c'est ce que j'aime le plus dans le livre et je vous conseille de les lire directement en faisant fi du reste: vous passerez d'étonnement en étonnement !

Pour ce sixième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, un peu de science-fiction me ferait du bien...

Posted mer. 05 juil. 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour mai et juin ce sera Bruce Springsteen. Car, en effet, je n'ai pas réussi à condenser l'écoute de l'intégralité de son oeuvre en moins de deux mois.

Je ne vais certainement pas présenter l'homme, Wikipédia fait ça mieux que moi.

Comment j'ai découvert Bruce Springsteen ? Mes premiers souvenirs remontent aux années 80, avec sans doute la sortie de "Born in the USA", album sorti en 1984 avec la chanson mythique éponyme. Comme ce titre est resté à la radio pendant quelques années, j'ai nécessairement eu l'occasion de l'écouter en étant enfant. J'en ai toujours été fan, jusque dans les années 90.

Pendant mon adolescence, je n'avais pas accès facilement à la musique. La seule possibilité était d'écouter la radio mais, pendant cette période, à part pour le hit "Streets of Philadelphia", Bruce Springsteen n'était pas vraiment diffusé sur les ondes françaises (rappelez-vous pour ceux qui le peuvent, c'était le règne de la musique "techno" et les débuts en force du "rap"). Autant dire que très peu de chansons accrochaient mon oreille. Pourtant, je n'ai jamais oublié cet artiste si particulier dans le paysage musical. Il représentait une certaine image de l'amérique, affirmée, un peu glorifiée, mais bien réelle.

Quand j'ai enfin touché la première paye de mon premier job d'été, j'ai acheté un album de Bruce Springsteen; c'est peut-être la première chose que j'ai faite avec d'ailleurs. C'était le best-of de 1995 qui faisait la synthèse de l'époque. J'ai tout de suite accroché et j'ai ajouté quelques albums à ma collection musicale par la suite. Mais je n'avais jamais fait l'intégralité de l'artiste. Cet article tente d'y remédier...

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu des productions de Bruce Springsteen et de son groupe, The E-Street Band. Autant le faire, comme d'habitude, en ordre chronologique non ?

Les albums du début

Quoiqu'en disais la critique de l'époque, les débuts de Bruce Springsteen produisent des albums de qualité, frolant souvent l'excellence.

En 1973 sort "Greetings from Asbury Park" qui vient chambouler le monde du rock'n roll. Comme le style est assez disruptif pour l'époque et qu'il est encore en train de murir, sa sonorité est particulière et on ne peut pas forcément apprécier depuis la première écoute. Il faut lui laisser un peu de temps dans les oreilles pour finir par l'apprécier à sa juste valeur.

Mais dès la première piste "Blinded By the Light", on est dans le rythme, dans le thème, dans le son Springsteen. Ce style va connaître quelques évolutions dans l'avenir mais il forme la structure des productions de Springsteen jusqu'à ses derniers albums.

"Greetings from Asbury Park" alterne les ballades rythmées telles que celle sus-citée mais également "Spirit in the night" et les mélodies plus nostalgiques comme les chansons "Growin' Up" ou "Mary Queen of Arkansas" ou encore "The Angel", sans doute la plus triste de l'album, dans une certaine forme de complémentarité. L'ensemble forme un substrat complet pour les voyages sur les highways, au volant d'une Ford Galaxy des années 60.

Dans tous les cas, "Greetings from Asbury Park" est réellement un bon album de début. Pour ma part, je m'y réferre régulièrement comme étant la source initiale, une référence de démarrage. Pour mois, ça n'a pas pris une ride et dieu, que j'aurais aimé écouter cet album à sa sortie, avec le contexte de l'époque (sans doute ne l'aurais-je peut-être pas remarqué).

Mais l'année 1973 voit également sortir le deuxième album studio de Bruce Springsteen, intitulé "The Wild, The Innocent and the E-Street Shuffle", sans doute un de ses meilleurs albums de tous les temps (enfin, moi je trouve).

On y retrouve une série de chansons mythiques qui représentent l'archétype de l'oeuvre dans sa globalité, alors qu'il s'agit simplement du deuxième album:

  • "4th of July, Asbury Park" est une référence née.
  • "Kitty's Back" a une introduction de solo de guitare électrique tout simplement géniale.
  • "Incident on 57th Street", également excellement bien introduite et rythmée est un incontournable, une ode, une histoire et le tout dure près de 7 minutes. Sans doute une des meilleurs chansons de Springsteen (elle est dans mon top ten).
  • "Rosalita" pour son rythme endiablé.
  • et pour finir, la cultissimme et mélancolique "New York Serenade", encore une fois également une des meilleures chansons de Bruce Springsteen. Calquée comme "Incident on 57th Street", sur une histoire, une durée de 9 minutes sans aucun moment à rejetter. On approche de la perfection...

Nous n'en sommes qu'au deuxième album mais déjà, Bruce Springsteen a révolutionné le Rock'n Roll américain comme jamais.

2 ans plus tard, sort le très connu "Born to Run", encore une fois un titre majeur de l'artiste. Il est sans doute plus mûr au niveau du style, introduit des sonorités plus douces, un peu moins brutes mais il reste l'essentiel: la voix grave et cassée, la classe prolétaire américaine, la fierté d'une nation, la réalité triste et grise des usines et en même temps, un espoir infini, une énergie à toute épreuve, le soleil de la Californie qui brille tous les jours...

Tout démarre avec "Thunder Road", une piste qui invite à l'accélération du glouglou d'un V8 de Detroit (un small block 350ci chevy, of course!). Très dynamique, elle est rejointe dans ce sens par la piste suivante: "Tenth Avenue Freeze-Out".

"Born to run" est aussi le titre éponyme de l'album, la seconde meilleure piste selon moi. La chanson qui trouve toute sa place dans l'autoradio d'une Corvette du milieu des années 70. Pleine de détermination, elle impose un rythme soutenu mais si mélodieux. Sans conteste une référence.

"Meeting Across the River" est une ballade mélancolique, calme, comme un mélange de shoots de jazz avec les empreintes de saxophone mais aussi, le piano qui vient rythmer l'ensemble. Un titre à écouter le soir sur la plage, en attendant que le soleil se couche.

L'apothéose de l'album "Born to run" vient sans doute avec la dernière piste, la plus longue (près de 10 minutes). Intitulée "Jungleland", elle forme une sérénade dans la même veine que "New York Serenade" en apportant un excellent solo de guitare électrique en plein milieu, dans un style d'épopée.

"Born to Run" est encore une référence majeure de Sprinsteen et ce n'est que le 3ème album de l'artiste.

En continuant dans sa lancée et toujours avec le même style, Sprinsteen revient en 1978 avec l'album "Darkness on the edge of town". Il ne trahit pas tout ce qui fait maintenant l'identité affirmée de l'artiste mais offre une approche un peu plus brute, plus sombre. "Badlands" permet d'effectuer une excellente introduction. La troisième piste est, à mon humble avis, la meilleure de l'album. Intitulée "Something in the night", c'est sans doute la plus sombre de l'album, la plus morbide mais aussi la plus mélodieuse, par les cris déchirants de Springsteen qui viennent conclure le morceau.

Qui n'a pas écouté "Something in the night" au volant sur une route déserte la nuit, n'a probablement jamais vraiment roulé la nuit... En forme de traversée crescendo, "Racing in the street" et ses sifflets sur-aigus sont dans la même veine.

Pour les amateurs d'harmonica, "The Promised Land" forme une bonne approche mélodieuse mais rythmée. Alors que les amateurs de solos déchirants de gratte électrique trouveront leur bonheur sur "Streets of Fire".

Enfin, le titre éponyme de l'album: "Darkness on the edge of town" tente de faire la synthèse de l'album. On y retrouve le côté sombre, le côté rythmé, la mélodie, les solos, les cris déchirants.

Dernier album de la décénnie 70, "Darkness on the edge of town" se veut l'accomplissement du style de Bruce Springsteen, de ses débuts vraiment intéressants à cet album plus consolidé et plus affirmé que jamais.

Alors, que dire sur ces quatre albums, sur ces 7 années de production ? A mon sens, c'est une période de référence pour Springsteen. Ce type (et son groupe) avait clairement quelquechose qui tenait du génie. J'ai écouté ces chansons comme si elles faisaient partie intégrale de l'hymne Springsteen et, sans savoir sur quel album elles proviennent, je peux facilement les classer dans le best-of. Pour résumer, ces 4 premiers albums forment clairement l'esprit et la marque Springsteen et, chose surprenante, comme ils sont clairement en dehors des canons musicaux de l'époque, ils sont indémodables...

Avec un résumé comme ça, on peut se demander comment vont être abordées les années 80 par cet artiste un peu à part ?

Les années 80

En effet, le premier album de cette nouvelle décennie, intitulé "The River", qui est un double album marque un changement certes loin d'une ruptude mais plus une adaptation du style de l'artiste aux nouvelles sonorités de l'époque.

Néanmoins, "The River" reste assez proche des dernières productions. On y retrouve notamment des sons plus légers et rythmés beaucoup plus rapidement comme avec "The Ties that Bind" ou encore "Two Hearts"; la plus emblèmatique et celle que je préferre étant "Hungry heart" (quand j'étais encore étudiant, j'ai rêvé emmener mon amour de l'époque dans une Corvette jaune de 1969 vers Lacanau)..

Mais des choses restent et ne changent pas car on retrouve aussi cet album la marque du E-Street band, notamment avec le saxophone qui restera présent assez longtemps dans le répertoire instrumental de Bruce Springsteen (on le retrouve dans "Independance Day" notamment). La dernière piste du premier album, éponyme du titre de l'album est une des références absolues de l'artiste. "The River" reste un emblème du style Springsteen: de la mélancolie, de la difficulté matérielle, du prolétaire, une histoire de famille, quelques solos d'harmonica. Un classique...

Le deuxième disque commence avec une perle nommée "Point Blank", dans la même veine que "The River", un truc vraiment bon, qu'on écoute sans fin. On y trouve d'autres pistes plus légères mais aussi davantage de trucs graves comme "Fade Away", "Stolen car", "The Price you pay" (qui est très bien) et enfin "Drive All Night" dont le titre vous indique quand l'écouter dans les meilleures conditions.

En 1982 sort l'album "Nebraska", sans doute l'emblème d'une amérique qui glisse dans la crise de confiance. Cet album est bien plus sombre au final que "The River". La première piste "Nebraska" donne tout de suite le ton: morne, calme, un peu triste, basique, quasi-nue avec peu d'instruments. Elle est suivie par une excellente piste intitulée "Atlantic City" qui reste du même accabit avec plus d'instruments accoustiques comme l'harmonica et la guitare sèche. Springsteen y déclame un peu de plus de nostalgie.

Mais c'est également le cas pour "Johnny 99", autre chanson mythique de la classe prolétaire des USA de l'époque.

D'une manière générale, Nebraska est une parenthèse plus sombre, plus primaire mais reste l'essentiel: la voix grave et le discours dénonçant des situations médiocres et difficiles à vivre.

Tout change avec la sortie en 1984 de "Born in the USA" dont la chanson éponyme qui est d'ailleurs la première piste deviendra une espèce d'hymne national repris, y compris par les détracteurs de Bruce Springsteen qui est politiquement engagé aux côtés des Démocrates depuis quelques années. Mais, pour l'amérique patriote, n'importe quelle chanson à succès qui a USA dans son nom est forcément un hymne ! Car Born in the USA dénonce la situation des vétérans du Vietnam, rien à voir avec le soutien inconditionnel à la patrie. Musicalement, on retrouve plus de sonorités, plus d'instruments, plus d'électricité avec un soupçon de quelquechose qui a changé dans la voix de l'interprète et qui, de fait, devient la nouvelle marque de Springsteen, moins grave, moins rauque et sans doute plus agréable.

Le rythme revient à quelquechose de plus marqué, plus scandé que sur les productions antérieures de l'artiste. On s'en rend compte avec "Cover Me" qui fait la part belle à une avancée en fluidité avec des sonorités un peu plus électriques qu'avant.

Une autre bonne piste reste "Downbound Train" qui reprend le style de "Born in the USA". Une des meilleures pistes de l'album qui en comprend un paquet. Elle raconte la tombée dans l'abime d'un jeune homme qui perd son travail et pour qui, les malheurs s'enchaînent.

Elle est suivie par une autre chanson extraordinaire qu'on adore écouter la nuit sur la route au volant de n'importe quelle voiture; "I'm on Fire"... J'ai vu le clip de cette piste et c'était vraiment très bon. On y voit Springsteen en rôle de mécano (toujours chez les prolos) qui répare la Corvette 1956 d'une femme de riche et qui reconduit la dite voiture directement chez la propriétaire. Trois mythes de l'amérique dans un seul titre !

Bon, il semble que "Born to Run" soit mon album fétiche car il regorge de hits et de pistes que je qualifie d'excellentes. On peut citer à la suite "Bobby Jean", "I'am Going down", "Glory Days" et "My Hometown". Tout sonne bien dans ces musiques...

Pour conclure l'album, on retrouve l'indémodable "Dancing in the Dark" dont le clip nous montre une Courtney Cox débutante mais si touchante (même si le clip est un poil niais, avouons-le). J'ai tellement usé cette piste que je la connais par coeur depuis les années 2000.

On peut se dire qu'après un tel carton, l'album suivant serait sans doute moins bon ou, complètement différent. Et c'est la deuxième hypothèse qui se trouve vérifiée. En 1987 sort "Tunnel of Love", également un de mes albums préférés.

Le style s'avère un peu moins ronflant et patriotique que "Born in the USA", plus en mélodies travaillées et avec un style plus relâché et sans doute plus doux. La tonalité est souvent plus grave que sur l'album précédent et la nostalgie est également de la partie.

Cela se retrouve dès la deuxième piste ("Tougher than the rest") mais également avec "All That Heaven Will Allow" (une des meilleures pistes), suivie de "Cautious Man", "Walk like a Man", "Tunnel of Love", le majestueux "One Step Up" et le tristounet "Valentine's Day" qui conclut l'album.

Le reste des autres pistes est plus léger et rompt avec les précédentes. Sans doute pour atténuer l'effet "sans espoir" et "depressif" du sujet.

Mais pour une fois, Springsteen aborde des thèmes un peu plus universels tels que le passage à l'âge adulte, les relations père-fils, l'amour, etc.

Même si ça reste de la musique commerciale, "Tunnel of Love" reste pour moi une référence des années 80. Près de 30 ans plus tard, je ne lui trouve aucune ride, aucun reproche, pratiquement aucun défaut. En le réécoutant dans son intégralité, je suis effectivement tombé sur des pistes nouvelles, jamais encore entendues mais qui m'ont pourtant touché en profondeur. Toujours les années 80, il faut croire que je ne saurais jamais m'en échapper.

Néanmoins, ça va se gater car on aborde les années 90 qui, avec le recul, ont été une époque de grosse bouse musicale (oui, j'assume totalement, c'était déjà ce que je pensais à l'époque).

Les années 90

Bon, en 1987, Springsteen est encore au top. Il produit près d'un album tous les 3 ans depuis 1973 quand s'amorce, sur ce même rythme, les années 90. Tout commence avec "Human Touch" en 1992.

Pour résumer, c'est un des seuls albums à peu près écoutable de ces années maudites. Car Springsteen n'a pas encore tout à fait plongé dans les rythmes et les sons basiques de la musique techno. Il poursuit avec son style classique même si, quoiqu'il puisse arriver, il ne peut trahir une certaine adaptation par rapport aux sonorités de l'époque.

On voit bien cet antagonisme avec le titre éponyme de l'album "Human Touch" qui est très soft et qui aurait pu figurer sur "Tunnel of Love" sans problème. Mais dès la deuxième piste, on assiste à quelquechose de différent de d'habitude: "Soul Driver" reste écoutable mais apporte de nouveaux rythmes plus électroniques et plus mécaniques. Moi, j'aime moins...

"Gloria Eyes" est du même type, on dirait qu'il y a un mélange de ZZTop commercial et de heavy metal du type gonzesse roses (The Guns'n Roses, guimauve de l'époque). C'est dommage car, la majorité des titres sont du même accabit et malgré de nombreuses écoutes, je ne parviens pas à accrocher. Pourtant, la voix est la même qu'avant, le contexte quasi-identique; c'est juste la musique.

Le pire de tout étant sans doute "Real Man" qui a franchement vieilli comme pas possible. Ce titre aurait pu trouver sa place sur n'importe quel blockbuster hollywoodien ringard des années 90 sans problème. Ah, j'ai du mal...

Conclusion, sur "Human Touch", seule la piste "Human Touch" est écoutable.

Le même jour que "Human Touch" (donc toujours en 1992 pour ceux qui suivent), sort "Lucky Town". En effet, Springsteen avait tellement de titres pour "Human Touch" qui aurait dû sortir plus tôt, qu'il a lancé un deuxième album (plutôt que de faire un double). Forcément, c'est très proche de "Human Touch". La première piste commence bien avec "Better Days", qui swingue fort, qui crie profondément, qui rythme bien, comme le Springsteen d'avant.

La deuxième piste est franchement moins bonne même si elle reste écoutable. Il s'agit de "Lucky Town". L'intro est très années 90 mais le corps et la structure sont clairement issues de "Born in the USA".

Mais, après, on peut clairement tout jeter. Les chansons semblent hyper-niaises avec ces choeurs insupportables qui respirent une fausse joie de vivre. "Leap of Faith" est sans doute la plus représentative de toutes. Bordel de Nineties !

Mais, alors que je croyais que tout était fini, une perle ressort de cette morbidité artistique. En 1995 sort "The Ghost of Tom Joad" qui rompt complètement avec les deux albums précédents (et c'est tant mieux). On y retrouve plus de solennité, plus de mystère, moins de glorification, de gospel, de trucs mielleux, plus de profondeur d'ailleurs.

La première piste avec son introduction d'harmonica ramène enfin un peu de calme dans le foutoir des années 90. Le reste reste dans la même douceur. La piste n°4, intitulée "Youngstone" est l'une des meilleurs de l'album. L'autre est "Across the Border".

D'une manière générale, l'album est une bonne moyenne, les chansons suivent à peu près le même rythme calme et doux et restent toutes dans la même enveloppe qui, finalement, n'est pas si mal.

En 1996, sort un ensemble de quelques pistes intitulé "Blood Brothers" qui reprend quelques pistes d'intérêt dont le très connu "Secret Garden" qui a illustré un film comme il se doit. Une sortie de la décennie maudite plutôt tout en rock.

L'après 11 septembre 2001

Springsteen surfe sur la vague patriote depuis "Born in the USA". Forcément après l'évènement de 2001, ce credo reprend du nerf. Et sur ces éléments sort "The Rising" en 2002. Le premier titre un peu tonitruand reste pas trop mal foutu, avec une dose des premiers styles des années 2000 (vous vous souvenez de Moby par exemple ?).

Je trouve que cet album reste équilibré. On y retrouve tout ce qui compose du Springsteen traditionnel: des ballades comme "Nothing Man", un subtil mélange de Born to Run avec Secret Garden; du rythme avec "Contin' on a miracle" ou le titre éponyme de l'album; du rock avec "Empty Sky" et son introduction en fondu de piano qui est "so y2k" ou encore "Further Up on the Road" qui rappelle "Pink Cadillac".

Malheureusement, on a quelques niaiseries comme "Worlds Apart", "The Fuse" avec trop de synthé pas terrible ou "Let's Be Friend" qui fait trop dans le "tout le monde est gentil". J'y range dedans, mais avec un poil d'intérêt quand même, la chanson patriote type: "My city of ruins" qui appelle à l'unité et à la reconstruction (come on, rise up).

Au final, l'album est plutôt un bon début pour les années 2000 car il reste fidèle au style Springsteen tout en tentant un pas dans les sons de ce début de millénaire (qui n'étaient pas forcément les meilleurs).

Dans le reste de la décennie, Springsteen reste particulièrement productif avec pas moins de 4 autres albums. Le premier de cette série sort en 2005 et s'intitule "Devil and Dust" qui s'annonce plus sombre que "The Rising". Le titre éponyme constitue plutôt une bonne introduction. Mais même si le style se veut plus grave, on retrouve du bon gros son de rock dès la deuxième piste avec de faux airs de country par moment (il s'agit de "All the way home").

Une autre bonne chanson est formée par "Long Time Comin'" qui, toujours avec un zeste de music country s'accorde vraiment bien avec le style de Bruce Springsteen. Je la trouve proche de "This Hard Land". Dans tous les cas, elle tranche avec la piste qui suit (Black Cowboys), plus calme, plus mélancolique et nostalgique.

En revanche je trouve la mélodie de "Maria's Bed" franchement niaise (on ne peut pas être parfait). C'est bien dommage car la piste qui suit "Silver Palomino" est très intéressante, dans la même veine que "Jesus was an only son" qui vient juste après. Les deux peuvent s'écouter assez bien dans une Pontiac Firebird des années 80 en longeant la route côtière, la nuit tombée...

Dans l'ensemble, on reste loin des premiers albums de l'artiste mais, après quelques écoutes, "Devil and Dust" s'insère assez bien dans votre tête. Il manque de gros hits dessus mais il n'y a rien de mauvais dedans. Je dirais même que la moyenne est plutôt haute.

Décidément, cette décénnie 2000 est bien prolifique pour Springsteen qui sort un album bien spécial en cette année 2006. Il s'intitule "We shall overcome" et il est composé de 13 pistes de folk/country. Comme j'ai franchement du mal avec ce style (sans le détester), je n'en parlerai donc pas du tout. A vous de vous faire votre opinion.

De toute manière il reste encore de la matière, car en 2007 sort "Magic". Même s'il reprend (à mon grand damne) des sonorités électroniques des années 2000, il reste un assez bon album dans les dernières productions de Springsteen. La première piste après une introduction bien rock, se contente de mimer le style des Rembrandts (ceux de la musique de la série Friends) donc, on zappe vite.

Pour la deuxième piste, malheureusement, on retrouve les mêmes ingrédients mais le refrain rattrappe pas mal les choses. Au contraire, "Livin' in the Future" semble complètement sortie de Born to Run tant elle ressemble à Tenth Avenue Freeze-Out. Elle est donc plutôt pas mal du tout !

"Your Own Worst Enemy" est assez novatrice même si elle est une ballade. Le refrain et la mélodie centrale en font une bonne chanson, sans doute la meilleure du disque. C'est un peu la même recette avec "I'll Work for your Love" qui pourrait être sortie de Born in the USA (sans rivaliser avec les hits de l'époque).

En revanche, la piste éponyme, "Magic" reste peu convaincante. Même si Last to Die qui suit tente de la rattraper mais sans y parvenir vraiment. Heureusement que "Long Walk Home" s'inscrit dans la tradition des ballades épiques Springsteeniennes qu'on écoute sur la route. La deuxième meilleure piste de l'album, à mon avis.

"Magic" se glisse finalement pas trop mal dans votre esprit mais il lui faudra du temps pour le remarquer. Donnez-lui sa chance !

Pour le dernier album que j'ai écouté, il s'agissait de "Working on a Dream", sorti en 2009, pour clore la décénnie. Que dire dessus ? Pour résumer, comme avec tous les albums de cette décennie, ce n'est pas mauvais mais pas sensationnel du tout.

La piste éponyme est plutôt bonne, suivie de "Queen of the supermarket" qui s'assemble bien et respecte la tradition sans avoir la pêche des premiers albums.

C'est un peu la même chose avec "This Life". C'est pas mal mais moyen. J'aime mieux Life itself, y compris avec ses accents de guitares saturées des années 2000. Ca fait le job...

"Kingdom of Days" est un cran au dessus avec du piano rythmé, de la gratte en solo et une mélodie assez correcte.

Encore une fois, il faut du temps pour apprécier l'album mais je ne l'ai pas trouvé parce que j'ai été franchement bien secoué par celui qui a suivi !

Ça reste du Bruce Springsteen

En 2010 sort the Promise, un album remasterisé de rushs issus de la période "Darkness on the edge of town". Et c'est vraiment très bon.

On y retrouve le meilleur de Springsteen. C'est un de mes albums préferrés. Il fait une bonne synthèse. On y retrouve des pistes connues mais avec une interprétation différente. Par exemple la première piste "Racing in the Streets" est vraiment excellente. Cette version inclus davantage d'harmonica et moi j'aime vraiment beaucoup.

La piste suivante "Gotta Get That Feelin" est également d'un grand intérêt avec ses airs de saxophone qui évoque Jungle Fever. "Outside Lookin In" rappelle forcément le premier album de Springsteen.

La piste suivante "Someday" frole le parfait: une ballade assez longue avec de la mélancolie et des choeurs qui s'assemblent parfaitement. Une de mes préférées. J'aime beaucoup également la reprise de la chanson "Because the Night" de Patti Smith et bien sûr "Rendez vous", déjà interprétée en live sur "18 tracks", ainsi que "Candy's Boy", à ne pas confondre avec "Candy's room" !

Le deuxième disque démarre fort avec "Save my Love", une ballade bien rythmée qui fait la part belle à tout ce qui fait le E-Street Band: une gradation, des guitares, du piano, etc.

J'y ai retrouvé une version d'intérêt de "Factory" avec "Come On", sans doute moins noire mais tout aussi passionnante.

La conclusion "The Promise" tient également ses promesses même si d'autres pistes sont bien meilleures. D'une manière générale, le double album est un bon ensemble. Il n'y a quasiment rien à jeter.

Ce que je retiens de Bruce Sprinsteen

Il m'a bien fallu deux mois pour faire le plein de Bruce Springsteen. C'est un artiste marquant et finalement très généreux. Il y a du très bon, du moins bon (90's) et du mieux. Dans tous les cas, c'est un artiste qui m'a tout de suite plu même si je ne l'ai pas sérieusement écouté avant les années 2000.

Mon analyse, forcément simpliste, c'est que les débuts de Bruce Springsteen sont intemporels. Ils représentent une génération, un état d'esprit, une époque bien ciblée d'une culture américaine qui se développe une histoire, un sens commun, une vision... rien de moins.

Quand tu veux voyager en voiture sur une route, il te faut nécessairement un album de Bruce Springsteen, sinon, tu ne sais pas vraiment ce qu'est de voyager en voiture. Tu peux prendre n'importe lequel jusqu'à Human Touch, tu ne seras pas déçu. Une dose de "The Promise" si la route est vraiment longue permettra un voyage dans une autre dimension, sur une route 66 de l'imagination...

Posted mar. 30 mai 2017 19:40:23 Tags:

Introduction

Comme au mois d'avril, je continue mon périple littéraire et pour le mois de mai, j'ai finalement pris le temps de lire 3 livres complets dont voici mes impressions...

"Chroniques martiennes" de Ray Bradbury

Ah, les fameuses "chroniques". Je les ai déjà lues il y a plus de vingt ans et j'en suis toujours fan même si, avec le temps, certaines certitudes s'envolent et laissent place à la fiction pure.

Pour résumer de manière trop sommaire, les chroniques martiennes racontent une histoire de la conquête de la planète Mars par les terriens du début de leurs simples tentatives à la fin probable de l'humanité. Mais, cette période se révèle finalement relativement courte, à peine une centaine d'années.

Le récit a été écrit dans les années 50 et, malheureusement pour tout ce qui a trait à la science-fiction, parfois, on part plus dans la fiction que dans la science. C'est le cas des chroniques qui présentent la planète Mars comme une planète habitée d'êtres de métal ou de fluides d'énergie (alors que ça fait quelques années qu'on sait que ce n'est pas le cas). Mais, on pardonne volontiers à Bradbury cet écart car cela donne une vision plus romantique aux récits, plus en accord avec la conquête du territoire des natifs américains par les colons anglais, hollandais et français.

Car, en effet, au bout de quelques années, les martiens disparaissent, leur milieu transformé et détruit par les êtres humains qui y établissent un ensemble de colonies qui devient par la suite une deuxième terre, pas encore formée complètement à l'image de leur planète d'origine.

Les premières tentatives se concluent par des échecs car les martiens font tout pour que les premiers terriens ratent leur arrivée. Certains dégomment les fusées à coup de canons, d'autres essayent les manipulations mentales, à plusieurs reprises. Mais finalement, les humains ont le dessus et finissent par s'installer pour de bon.

Bradbury mentionne ensuite les flots des migrations d'origine terrienne vers Mars, en mode pionnier: les terriens partent à l'aventure et quittent une planète Terre condamnée aux vices, aux problèmes, à l'absence de rêves.

On voit bien que le récit a été rédigé dans les années 50, un peu avant la médiatisation du racisme envers les afros-américains. En effet, l'auteur narre une grande vague d'émigration des états du Sud des USA de la part des populations noires qui, en cette seconde moitié du 21 siècle (dans l'histoire) vit encore dans les mêmes conditions pré-droits civiques. A moins que ce ne soit un effet de style ?

La fin des chroniques est quand même intéressant: après des vagues continues de départ, une guerre importante car elle est visible depuis la planète Mars finit par éclater sur Terre. Après cet épisode, Mars connaît alors un reflux de ses habitants humains vers la Terre car des messages de cette dernière leur intimait l'ordre de revenir.

S'en suit l'histoire d'un type perdu, le dernier habitant de Mars qui cherche tant bien que mal l'âme soeur, qui croit la trouver en la présence de la dernière femme mais qui, au final, comme tout homme de la Terre, finit par se barrer en courant... Mais, finalement, la Terre finit par mourir et quelques pionniers en réchappent et reviennent s'installer sur Mars.

Dans tous les cas, l'ensemble des histoires forment un recueil assez solide, assez cohérent. La structure chronologique se tient bien et renforce l'impression de sérieux du récit, même si la fiction dépasse ici fortement la science. Mais Ray Bradbury n'a jamais prétendu le contraire: pour lui, les chroniques martiennes sont de la fantasy et non de la science-fiction.

A l'heure des robots qui vivent réellement sur Mars depuis quelques années; au moment ou des peuples de la Terre souhaitent s'installer sur Mars, je vous conseille de relire les "Chroniques martiennes": ça vous donnera quelques idées pour la suite et, dans tous les cas, cela vous fera passer un moment agréable.

"Un dimanche tant bien que mal" de Ray Bradubury

Dans mon élan sur les chroniques martiennes, je me suis posé sur un petit recueil de nouvelles de Ray Bradbury, intitulé "Un dimanche tant bien que mal".

Dans l'ensemble, ce n'est pas vraiment de la science-fiction mais plus du "surnaturel". De nombreuses questions et sujets sont abordés dans cet ensemble finalement assez bien posé.

On y trouve l'abord de thèmes variés qui vont de la mort à l'homosexualité en passant par le retour à l'enfance...

Ici encore, il s'agit plus de fantasy que de science-fiction. Dans l'ensemble, on passe un bon moment à lire ces nouvelles: ça ne mange pas de pain; ça occupe quelques voyages en train ou quelques soirées plutôt que s'abrutir devant la télé, Youtube ou 9Gag.

"Get Everything Done and Still have time to Play" de Mark Foster

J'ai déjà lu "Do it Tomorrow" de Mark Foster, comme je l'avais déjà indiqué pour le mois de mars et j'applique cette méthode depuis maintenant 5 mois avec succès, je dois le dire.

Pour rappel, Mark Foster est un coach professionnel et travaille sur les méthodes de gestion du temps et du travail. Après avoir été impressionné (et toujours d'ailleurs) par Do It Tomorrow, je me suis dit qu'il fallait sans doute voir ce que l'auteur avait déjà proposé auparavant. De fait, Get Everything Done a été écrit en 2000. Néanmoins, cela peut toujours être intéressant de voir ce qu'écrivait Mark Foster à l'époque.

Aussi, je me suis plus concentré sur son propos que sur la méthode. En effet, "Do it tomorrow" est une méthode plus récente et plus aboutie, à l'aune de l'expérience professionnelle de l'auteur (c'est d'ailleurs indiqué dans la préface du livre).

Que retenir de "Get everything done" ?

D'abord, je ne sais pas pourquoi, mais lire un livre sur les méthodes de gestion du temps est quelquechose qui rassure profondément. Sans doute le fait de voir que tout problème a une solution, de pouvoir compter sur une aide, un ensemble de techniques ?

Pour commencer, Mark Foster rappelle à quel point sa vie était un enfer, avant qu'il décide d'y mettre de l'ordre et de travailler sur les techniques de gestion du temps. Déjà, un bon point: il nous parle de son expérience vécue et pas d'un hypothétique bullshit cas de derrière les fagots.

Il fait ensuite le point sur les méthodes de gestion du temps et relève, avec pertinence, leurs défauts et comment y remédier. Il nous l'explique sous la forme d'une fable, ce qui permet de relativiser un peu les éléments techniques.

Par la suite, il dessine un ensemble de techniques qui permettent de répondre aux problèmes courant de la gestion du temps, notamment le besoin de fixer son attention de manière régulière et suffisante, de lutter contre la résistance à l'action et la procrastination, de disposer d'un système de gestion simple et robuste mais qui permet de gérer les interruptions et les urgences.

Dans l'ensemble, on retrouve les mêmes thèmes que dans Do It Tomorrow, preuve que les problèmes sont bien identifiés. Mais le système présenté par Get Everything Done est un peu moins bien élaboré que la méthode Do It Tomorrow, dans le sens où la méthode n'est pas vraiment systémisée.

Dans l'ensemble, Get Everything Done est assez direct: le style est simple et sobre, particulièrement explicite et luttant contre l'ambiguité. Par ailleurs, il est toujours abondamment illustré d'exemples rencontrés dans la vie courante et bien expliqués. On y trouve également de nombreux exercices à pratiquer.

Dans la dernière partie du livre, Mark Foster présente une théorie simple mais sans doute juste: nous résistons le plus à ce qui est le plus important pour nous (parce que, forcément, l'enjeu est important) et, justement, en plus d'être un signe de ce que nous devrions traiter en premier, c'est principalement ce sur quoi il faut se concentrer si on souhaite vraiment gérer son temps correctement. C'est plutôt un bon principe même si, dans la pratique, il faut savoir gérer cette résistance. C'est là l'enjeu de toute méthode de gestion du temps qui se veut efficace et robuste.

Attention, comme d'habitude, Get Eveything Done n'est pas une méthode qui va vous permettre de venir à bout de n'importe quelle charge de travail. Car, si vous avez chroniquement trop de travail, aucune méthode ne permettra de le gérer. Vous devrez, quoiqu'il arrive, faire des coupes et vous focaliser sur ce qui compte vraiment pour vous. Le plus simple sera d'utiliser les précieux conseils de ce livre.

Pour ma part, je souhaite conserver la méthode Do It Tomorrow car elle est rodée chez moi. Mais Get Everything Done donne de bons conseils qui viennent étoffer la méthode précédente, notamment, sur la résistance à l'action. Dans tous les cas, je vous recommande vivement de vous imprégner de ces éléments, ces exemples, cet ensemble, il ne peut que en sortir du bon. Libre à vous de l'adapter à vos besoins.

Conclusions

Pour ce cinquième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais continuer avec Mark Foster et tenter quelquechose de plus scientifique.

Posted lun. 29 mai 2017 21:12:27 Tags:

Introduction

Comme au mois de mars, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'avril, j'ai finalement pris le temps de lire 2 livres complets dont voici mes impressions...

"Passer par le Nord" d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Pour résumer ce livre publié en 2014 (donc assez récent), je dirai qu'il s'agit d'une approche synthétique et généraliste de l'évaluation de ce que représente les différentes routes maritimes de l'Arctique aujourd'hui, ainsi que leur probable avenir.

Isabelle Autissier et Erik Orsenna essayent d'abord de nous faire vivre une partie de leur voyage dans l'arctique, à travers les différents lieux qu'ils ont visité en bateau, en commençant de la Norvège pour se terminer dans le détroit de Béring.

Cette introduction nous permet de nous remettre en perspective la géographie des lieux qui reste souvent méconnue, même dans ses grandes lignes. Connaissez-vous les îles situées au nord de la Sibérie, à l'Est du Svalbard ? Pour ma part, je n'avais qu'une vague notion d'où était située la Terre François-Joseph ou encore qu'il y avait des îles de Nouvelle-Sibérie. Et pourtant, j'ai lu Jean Malaurie ! Le livre nous trace également leur histoire, de leur découverte à nos jours et c'est très instructif.

Après cette présentation, vient le sujet du livre, dans ses détails sur la mise en place d'une route maritime dans le Nord. On y apprend qu'elle existe déjà en fait, et ce, depuis les années 60, organisée par l'URSS et ses brise-glaces nucléaires (dont l'un d'entre eux a vraisemblablement perdu un réacteur défaillant en pleine mer dans les années 60). J'ai également compris qu'en ce moment, à cause du réchauffement climatique, l'accès à l'Arctique devient plus facile et cela a un impact économique majeur pour les régions isolées comme la Sibérie. En effet, la volonté nationale russe est de ré-équipper et ré-ensemencer en hommes ces territoires tombés dans l'oubli de la chute du communisme dans le début des années 1990. Des voies sont ouvertes, des flottes sont recréées, des villes repoussent, des mines s'agrandissent, une vraie Telegraph Road.

L'autre route qui intéresse aussi le camp d'en face est celle du passage du Nord-Ouest, point d'intérêt de l'ancien gouvernement canadien et de son ex-premier ministre si buté et si centré sur la connerie économique avec son plan Grand Nord. Le foisonnement y est moins intense que du côté russe à cause principalement des effets moindres du réchauffement climatique sur cette partie du globe, où la route n'est pas encore ouverte mais les appétits économiques sont complètement ouverts, eux.

Par la suite, les auteurs s'intéressent à la vie animale si particulière de ces milieux à la fois pauvres car les conditions y sont difficiles mais également foisonnants grâce à certaines singularités dans les alternances de courants chauds comme le Gulf Stream et par le rôle finalement protecteur de la glace. Mais dieu, qu'il doit être difficile pour un être animal qui a des milliers d'années d'adaptation au froid, de se retrouver dans un monde qui se réchauffe si vite qu'une seule génération d'êtres humains est capable de le ressentir à l'aune de leur courte existence...

La conclusion semble assez sombre quoique malheureusement réaliste. L'histoire se répète: certains hommes se révèlent suffisamment cupides et assoiffés de ressources naturelles qu'ils pourront transformer à loisirs en monnaie sonnante et trébuchante pour mieux satisfaire leurs besoins non vitaux. Peu importe les risques sur les autres humains qu'ils soient les esclaves travailleurs des systèmes d'exploitation ou les autochtones des lieux, sachant exploiter l'harmonie si rare de nos jours entre le milieu géographique et la culture humaine; peu importe la pression sur le reste de la Nature, la résiliente flore et la robuste faune qui paraissent si fragiles en face de cette forme de prédation implacable; seul le fric compte !

D'une manière générale, le livre est assez facile à lire, parfois même attirant. Mais la réalité qu'il dépeint fait froid dans le dos. On finit par se rendre compte qu'il n'existera bientôt plus de lieux vraiment préservés de l'action néfaste de l'être humain sur cette planète et c'est vraiment dommage que cette conquête soit aussi exhaustive.

"La billebaude" de Henri Vincenot

Mon histoire avec ce livre commence il y a près de 30 ans. Il était tout simplement dans la bibliothèque de mes grands-parents et il avait une couverture assez intéressante pour un enfant: il y avait une représentation d'animaux sauvages dessinés avec des couleurs vives. J'avais à l'époque demandé à ma grand-mère si je pouvais le lire mais elle m'avait répondu que ce n'était pas un livre de mon âge. Le titre imprononçable pour un enfant mais si intriguant ne pouvait que rester ancré dans un recoin de ma mémoire.

Et il y est resté pendant plus de trente années, jusqu'à ce que je retombe dessus, un peu par hasard. Mais cette fois, j'ai considéré que ce devait être un livre plus de mon âge et je me suis lancé dans l'aventure. Et j'ai été extraordinairement surpris.

J'ai eu un grand moment de doute lors de la lecture du premier chapitre. En effet, je lisais bien que le sujet était orienté autour de la chasse, sujet qui ne m'intéresse guère (je n'ai jamais eu la fibre ni l'éthique à ça, comme nombre de mes contemporains). Mais après m'être accroché un peu, j'ai vraiment apprécié les écrits d'Henri Vincenot.

Pour faire le résumé, Vincenot est un auteur "franco-français" dont le sujet principal d'écriture est la ruralité dans son aspect transversal et comme modèle de société. La Billebaude est un terme qui qualifie le mode de chasse dans le patois bourguignon. Dans ce livre, Henri Vincenot nous compte une partie de sa vie d'enfant à jeune adulte dans la France rurale de l'époque (de 1927 aux environs de 1936). Il y dépeint sa réalité de l'époque, dans toute son intimité d'enfant, dans le modèle familial de ce moment. Publié en 1978, "La Billebaude" était un best-seller des années 80 et voilà sans doute pourquoi, avec le sujet, l'époque qui correspondait en tout point à celle que mes propres grands-parents ont connue, ce livre s'est retrouvé sur leur bibliothèque.

L'histoire raconte l'évolution de la vie d'Henri Vincenot, enfant dans un village assez reculé, situé en Bourgogne dans les années 30. Il y vit avec son grand père (le père Tremblot), sa grand-mère, sa mère (son père étant, un grand classique, décédé pendant la guerre de 1914) et nombre de ses aieux. Son grand-père est compagnon bourrelier (la personne qui s'occupait de gérer tout ce qui était en cuir à l'époque, notamment, les colliers de travaux des chevaux) mais c'est aussi et surtout un fin chasseur et, bien entendu, il fait partager cette passion à son petit-fils qui apprécie vraiment cette activité et qu'il nous décrit avec force de détails. Vincenot raconte, en plus des épisodes de chasse, l'organisation de la société rurale de l'époque et nous livre, au passage, de courtes analyses de comparaison entre la période de publication du livre (la fin des années 1970) et celle de l'époque de son enfance.

A lire ce livre en 2017, avec pratiquement un siècle de recul, on peut aborder l'oeuvre sous une forme de documentaire du passé, un reportage de l'intérieur, un témoignage d'intérêt. Malgré moi, c'est comme ça que je l'ai abordé et cette étude s'est finalement révélée d'un grand intérêt. Sans en prendre conscience, ce livre m'a permis de faire l'analyse du fonctionnement de notre société actuelle avec le regard des anciens et j'avoue que cet exercice est vraiment passionnant.

Car même si l'époque est assez ancienne (près de 90 années nous sépare), on retrouve un très grand nombre de similitudes par rapport aux problèmes actuels qui tend à nous montrer que, finalement, l'Histoire ne semble qu'être une répétition infinie d'étapes toutes identiques mais dont le souvenir s'efface génération après génération. Car c'est bien de cela qu'il s'agit...

Commençons par parler du cercle familial. Ce dernier est extrèmement large à l'époque. Dans la famille de Vincenot, les personnes âgées ont toutes un grand âge. Il vit avec la majorité de ses arrières-grands-parents qui approchent tous les 90 ans. Ce qui tend à montrer, sans généraliser, que l'espérance de vie dans les villages de l'époque était sans doute d'un très bon niveau et que ce n'est pas une "invention" si moderne que ça. Bien entendu, ces "vieux" étaient tous capables d'avoir une activité physique minimale, ce qui leur permettait de compter au sein de la famille, d'avoir une vraie place, de faire partie du système et d'avoir un rôle véritable et pour lequel on peut avoir de la reconnaissance. Car les aieux n'étaient tout simplement pas mis en maison de retraite comme aujourd'hui, à dépérir et à s'ennuyer. Ils s'occupaient des enfants et des menus travaux mais sans eux la vie aurait été bien plus complexe. Dans ce monde, pas de nounous, pas de baby-sitter, pas besoin de payer des gens pour garder des enfants et pas besoin de payer des retraites et des maisons de retraite. L'avis de Vincenot semble se prononcer plutôt en faveur de cet ancien système qui lui semblait plus avantageux et avec lequel je suis sans doute d'accord. Moins de solitude, moins de remise au rebut de la société, moins de gérontophobie dans la société, c'est sans doute mieux que maintenant même si tout le monde n'a pas la chance d'avoir une santé de bourguignon de l'époque. Car cette santé est bien relative puisque Vincenot nous parle d'une jeune femme de l'époque qui se meurt à petit feu (la petite Kiaire) de la tuberculose ou d'une pneumonie.

Sur le sujet de la santé, il y a un élément qui m'a frappé, c'est la connaissance par les personnes de l'époque d'un très grand nombre de plantes destinées à soigner. C'était à la fois un élément culturel important et une discipline à part qui semble s'être perdue, au moins pour le commun des mortels (par rapport au docteur en pharmacie). En effet, il semble que les femmes de l'époque se transmettaient des ensembles de recettes à base de nombreuses plantes dont la culture et la récolte faisait partie du processus de vie courante, au même titre que les cultures de céréales, la gestion des fumures, les opérations liées à l'élevage. C'est quelque-chose qui a disparu aujourd'hui: à part l'acide salicylique du saule, plus personne à part les spécialistes n'a de connaissance sur les propriétés des plantes. Le fait d'avoir arrêté de les cultiver ou de les ramasser est également un indicateur de cette disparition. Il y avait à mon avis, une véritable discipline qui s'est effacée avec le temps et c'est bien dommage.

Toujours sur le sujet de la santé, quand on lit la description des menus des repas de l'époque, on a l'impression que tout le monde devait être obèse. Franchement, plusieurs plats principaux qui se terminent avec une omelette en supplément, le tout accompagné d'une bonne dose de crème (maison et utilisée même pour les repas maigres), sans compter les desserts, on doit facilement taper dans les plus de 3000kCal par repas ! En plus les produits de l'époque étaient sans doute d'une meilleure qualité nutrionnelle qu'ajourd'hui et le gras était vu dans ce qu'il y avait de meilleur (c'est bon le gras !). Néanmoins, je veux bien croire que l'obésité n'était sans doute pas un fléau à l'époque. Qu'est-ce-qui peut expliquer la différence ? Sans doute l'activité physique je dirais. A l'époque, il y a avait peu de métiers de bureau qui imposaient de poser ses fesses sur une chaise pendant plus de huit heures par jour. Il fallait se bouger physiquement et pas qu'un peu. C'est mon facteur d'explications.

Un des autres passages qui m'a marqué est l'histoire du monument aux morts. De nos jours, quelle commune n'a pas son monument aux morts ? Ces élévations sont tellement courantes pour nous que nous avons cessé de nous interroger sur leur origine. Vincenot raconte qu'en 1927, il n'y avait pas de monument aux morts dans son village et que les gens n'en voulaient simplement pas. Près de 10 ans après la fin de la guerre, ça peut faire beaucoup. Les habitants finissent enfin par se décider à implanter le monument, non pas en raison de leur patriotisme mais simplement parce que tous les autres villages sont déjà équipés et qu'on ne sait pas si on aura droit à la subvention lors de la prochaine loi de finance ! Qui aurait cru qu'un village profond de la Bourgogne n'ait cure de cet ensemble symbolique d'une époque ?

Mais même si Henri Vincenot, dans une sorte d'esprit vieille France ne fait pas vraiment de politique, je retiens néanmoins certains éléments qui sont véritablement emprunts de sens et d'une vision qui mérite analyse, dans ces premières décénnies du 21ème siècle. Cette analyse concerne l'emploi en France, sujet essentiel de l'entre-deux tours de cette élection présidentielle de 2017 (et aussi de celles des 30 dernières années).

Car dans les années 30, en Bourgogne du moins, et dans le village de Vincenot particulièrement, c'est le plein emploi ! Tout le monde a une activité rémunérée, personne n'est au chômage ! Ça peut paraître invraisemblable de considérer que dans un milieu rural assez fermé, il n'y ait pas au moins un seul problème de manque d'activité mais c'est bien le cas. Vincenot cite le seul cas de pauvreté qu'il connaît et qui est celui d'une famille trop nombreuse (une dizaine d'enfant dans un couple, ça laisse des traces). Selon Vincenot, la cause de cette pauvreté est bien directement liée au nombre d'enfants. Néanmoins, ce plein emploi est bien particulier: tout le monde est, à quelques exceptions près, agriculteur. Et c'est là une différence de société importante. Par ce moyen, chacun dispose d'un moyen de subsistance digne de ce nom, personne n'est obligé de faire la manche, de vivre de l'assistance publique ou de la charité. Personne ne crève la faim, tout le monde a un toît pour s'abriter, tout le monde a une activité qui empêche de s'ennuyer et tout le monde a un rôle reconnu dans la société.

Mais effectivement, comparer avec l'année 2017 serait un trop gros décalage temporel. Car le niveau de vie était sans doute beaucoup plus faible que l'actuel: pas de high-tech, beaucoup d'activité manuelle, beaucoup de travail physique, très peu de dépenses, une économie plutôt informelle, pas souterraine mais en tout cas, pas du tout axée sur le grand capital. Et tout le monde semble s'accomoder de ce modèle assez simple, robuste, résilient qui offre une place à chacun. C'est vrai que pour ma part, mon jugement biaisé d'ingénieur agricole a tôt fait de trouver dans ce modèle rural quelque-chose de rassurant: avec la terre, tout va bien. L'agriculture permet de s'affranchir de l'asservissement de l'homme par l'homme et contribue a forger la liberté. C'est un point de vue qui peut paraître subjectif et dépassé en 2017 mais force est de constater qu'il y a moins d'un siècle, c'était la norme et ce, depuis au moins la dernière réforme agraire de partage des terres agricoles. Et dire qu'aujourd'hui, le secteur agricole est continuellement en crise depuis les années 80 ! Je ne dis pas que la solution est le retour à la terre mais, dans tous les cas, il constitue un modèle éprouvé, sans doute adapté à certains membres de notre société; aussi ne faut-il pas le rejeter d'un trait en le qualifiant de vision passéiste.

Un autre point d'intérêt politique est la vision du monde sur le progrès. En 2017, cela reste toujours une question: de plus en plus de métiers disparaissent et de moins en moins d'humains ont un emploi. On a l'impression que c'est quelquechose d'assez récent, compte tenu des dernières années qui ont connues un sacré effort de robotisation et d'automatisation de l'activité, particulièrement dans l'industrie et dans les services. Mais, dans les années 1930, ça l'était déjà. En effet, comme je l'ai décrit plus haut, la France des années 30 est fortement rurale mais c'est également au cours de ces années que le monde agricole commence à se moderniser fortement, notamment avec l'arrivée des premières faucheuses et des moisonneuses (lieuses aussi), à cheval ou à cheval vapeur. Cela a une conséquence assez importante sur l'emploi agricole: là où il faut 10 faucheurs pour faucher un hectare de prairie, un seul conducteur de faucheuse fait le même travail en moins de temps grâce à une faucheuse automatique. De fait, et assez rapidement, les ouvriers agricoles qui étaient légion à l'époque, se retrouvent sans travail et sont obligés de fuir dans les villes où, à cette époque là, certes il y avait plus de travail que maintenant grâce à une industrie plus en forme respectivement que celle de 2017, mais où les conditions de subsistances étaient bien plus rudes, surtout à la suite de la crise de 1929.

J'ai aussi été touché par la vision de ces disparitions et cette prise de conscience des travailleurs de l'époque: ils voyaient bien que leur métier disparaissait, que leur art allait s'arrêter pour être remplacé par un travail automatique, standardisé et cela les frappaient, les rendaient tristes, nostalgiques, moins confiants dans l'avenir qu'auparavant et surtout, sans espoir de transmettre leur vision du monde par leur activité artisanale. Dès les années 30, ils avaient déjà conscience que tout cela allait s'arrêter un jour et qu'apparaîtrait alors des problèmes insoupsonnables à l'époque. Et encore, pouvaient-ils se reposer sur leur modèle robuste d'économie agricole de subsistance... ce qui n'est plus le cas de nos jours. Je finis par croire que finalement, toutes les générations depuis la révolution industrielle ont connu, de leur vivant, la fin de leur époque de travail, de leur modèle, sans cesse remplacé par un autre mais qui a toujours besoin de moins en moins d'êtres humains pour fonctionner. Difficile de continuer l'adage moyen de subsistance=emploi dans ces conditions...

Enfin, ce qui m'a beaucoup frappé, reste la promesse de Vincenot de revenir au pays. En effet, au cours de ses promenades dans les territoires aux alentours de son village d'enfance, il tombe sur un lieu isolé: un ancien hameau, abandonné depuis quelques années , qui le frappe par la beauté de son isolation. Il fait la promesse d'y revenir un jour...

Car Henri Vincenot doit partir, quitter le village qu'il a décrit comme une espèce de jardin d'Eden pour rentrer dans ce siècle de modernité, juste entrecoupé par une deuxième guerre mondiale, en étant poussé à devenir ingénieur, le type planqué dans un bureau qui "modernise" à tout va mais ne sait rien faire de ses dix doigts. Il finira par intégrer l'école HEC à Paris et à s'éloigner des lieux de son enfance.

Mais la beauté de l'histoire se termine par son retour, dans le dit hameau, toujours abandonné, qu'il rachète grâce à ses économies, bien plus tard, pour y vivre.

Qui n'est jamais tombé sur un endroit enchanteur en se disant qu'il y vivrait bien un jour ? Ça m'est déjà personnellement arrivé plusieurs fois mais pour l'instant, je n'ai jamais concrétisé. Pour combien de personnes, cela reste un rêve, qui finit par se faner à force de torpeur d'un quotidien fade qui consumme toute lumière d'espoir ? Pour combien d'âmes cela devient une fuite, une douceur imaginée, où le pas à franchir n'arrive pas à dépasser le stade de la conclusion d'une analyse de risques qui dit que ça ne vaut pas le coup, que c'est trop complexe ? Un jour forcément, je n'aurai plus le choix, il faudra bien que je respecte cette promesse. Sinon, j'aurai vraiment gaché une partie de mon temps...

Voilà, je pourrais passer encore plus de temps à parler de "La Billebaude" et, en guise de conclusion, je dirais que j'ai été vraiment transporté par cette oeuvre. Le sujet principal de la chasse n'a pas vraiment d'intérêt pour moi, même si après la lecture, je conçois que son exercice était fondammentalement différent de celui de maintenant. Reste toute l'ambiance de l'époque, le sentiment d'une enfance assez paradisiaque dans un monde plus simple, plus résilient, plus accueillant, plus maîtrisé. A moins que ce ne soit l'âge qui veuille ça et que ma grand-mère avait finalement raison...

Conclusions

Pour ce quatrième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais revenir à davantage de SF: il n'y a que ça de vrai dans un monde dominé par l'être humain ! J'ai aussi encore quelques ouvrages sur les méthodes de productivité à ingérer.

Posted lun. 01 mai 2017 19:18:27 Tags: