De la possibilité de faire le tour de l'île 🔗

Posted by Médéric Ribreux 🗓 In blog/Vie-courante/

#fun #life #sport

Introduction

Certains écrivent des titres de roman expressifs, pour faire acheter, d'autres les détournent pour raconter de petites histoires...

En 2016, pour des vacances dans le Phare des Corbeaux de l'île d'Yeu, j'avais essayé de faire le tour de l'île en courant. Mais ma tentative avait échoué. A l'époque, j'étais encore jeune et pas suffisamment entraîné. J'avais dû faire demi-tour un peu après la carrière.

Pour 2021, j'ai retenté l'aventure... et j'ai gagné mon pari. Ça vaut bien une petit histoire non ?

A propos du parcours

Une image vaut mieux qu'un discours... Faire le tour de l'île d'Yeu, c'est faire ça:

Tour de l'île d'Yeu

Le tracé est en rouge et le fond de carte est l'orthophoto IGNf en licence ouverte (depuis le 01/01/2021). Le tout a été fait avec QGIS (of course) qui m'indique que la distance parcourue est de 27km et des poussières (230m) !

Parti du phare de la pointe des Corbeaux, je me suis dirigé vers la côte sauvage de l'île, la partie Sud. Cette première partie, située entre le phare et le vieux château est une côte granitique avec des montées et des descentes. Le parcours suit un chemin de GR/PR. C'est sans doute la partie la plus accidentée de l'île. A certains moments, on monte des marches qu'on redescend tout de suite après. Le rythme est forcément marqué par ces assauts.

Jusqu'au port de la Meule, je n'ai pas eu de soucis et j'ai reconnu la route, par rapport à mes souvenirs de 2016. J'ai aussi retenu que je m'étais cassé la tronche en descendant vers le port. Aussi, j'ai un peu ralenti à ce moment. Ensuite, j'ai contourné la carrière en passant par le point escarpé. C'est un secteur sympathique et on y trouve de nombreux oiseaux marins, jusqu'à atteindre le vieux château.

A partir de cet instant, le paysage change: les escarpements s'adoucissent et on peut enfin courir sur une route quasi goudronnée. Sans encombre, j'arrive aux cabanes des Sabias, vides et fermées à cette époque. Tout va bien, j'ai 55 minutes dans les jambes, on est encore dans une zone connue. Je prends mes premières gorgées d'eau et mon 1er ravitaillement.

Ensuite, c'est la route vers la pointe du Bur, l'extrémité ouest de l'île. La route est simple, le chemin carrossable en voiture. Des gens me doublent en voiture. Leur chien de berger file à tout allure derrière. Il me dépasse. Je tente de le suivre mais il est vraiment trop rapide. Après plusieurs minutes, revoilà la voiture dans l'autre sens, le chien est devant cette fois. On sent qu'il a besoin de défouler. Je passe devant l'aérodrôme de l'île (LFEY) , bien vide. On doit compter moins de cinq passages par jour. C'est néanmoins très sympathique de croiser la piste avec ses messages d'alertes, le tout sans vraiment de grillage. En plus de ça, je connais bien la forme de ces pistes pour y avoir atteri virtuellement dans Flightgear.

Mais entre temps, j'arrive à la pointe du But, je touche le bâtiment de la corne de brûme et je prends mon deuxième ravitaillement et eau. Ça fait 1h12 que je cours. Je suis toujours en zone connue aussi bien termes de temps, de fatigue, de territoire.

Puis, le paysage change: après la pierre vient le sable et ses dunes. Je crois avoir fait le plus dur (plus de la moitié du parcours en distance et plus vraiment de montées-descentes) mais c'est là que je me trompe. Car courir dans le sable, c'est compliqué et ça fatigue beaucoup. Et puis cette partie est mal indiquée. Parfois, j'oblique vers la plage et ses dunes qui coupent les jambes, parfois je suis obligé de courir sur la route. Heureusement, on est en morte saison. En dehors des locaux et de trois touristes, le trafic routier est quasi-nul. J'arrive à Port-Joinville, la "capitale" de l'île, à 1h31 de course.

S'ensuit la traversée du port et la déviation vers la plage de Ker Chalon. Le chemin passe par la plage. Comme on est à marée basse, je la passe sans me mouiller les pieds. Je sors de la ville à 1h40 de course. J'entre dans une zone inconnue: je n'ai jamais couru aussi longtemps en conditions normales de toute ma vie. La fatigue est quand même présente, il faut bien l'avouer. Je suis un peu en "hypo-glycémie" mais ce n'est pas comme d'habitude: c'est moins marqué.

Ensuite, c'est une suite de sable et de route goudronnée. Mais je connais bien ce terrain pour l'avoir fait en vélo. J'arrive à la plage des sapins où le parcours passe sous les pins. C'est beau, c'est rafraîchissant, c'est agréable. Un peu après le Marais Salé, je vide ma gourde et mes barres de ravitos en jettant tout ça dans une poubelle. Je suis enfin libre de mes mains. Pour autant je sens que je suis bien creuvé.

La fin du parcours est vraiment difficile: ce n'est que traversée de dunes, alternement de zones de terrain ferme et de sable. On passe d'un appui normal à un appui absorbé en permanence. L'effort est cisaillé et on sa fatigue vraiment très vite. Et puis, le chrono s'allonge aussi. Je vois 2h s'afficher puis 2h10 et je me dis que mince, je ne suis toujours pas arrivé au fort enterré près de la plage de la grande Conche. Pourtant, à 2h15 j'y suis. Ensuite, je mets le paquet. Je sais qu'il me reste encore un peu de sable mais qu'après, il y a un chemin ferme. A 2h18, je passe la bouée au large qui signale les rochers de la pointe des Corbeaux. Mon corps est physiquement mort, mes jambes connaissent des courbatures en plein effort mais, je sprinte quand même. A 2h20m06s, je touche la barrière du phare de la pointe des Corbeaux. J'ai terminé. Je suis vidé mais je suis heureux !

Quel ressenti, quelle expérience ?

Comme j'avais déjà fait le tour de l'île à vélo et que finalement, l'île d'Yeu n'est pas si grande, j'avais encore une bonne mémoire géographique des lieux, même 5 ans après. Mine de rien, ça calme beaucoup les choses. Quand on court sur un terrain inconnu, on a l'impression que le temps s'allonge, que c'est plus difficile. Alors que la même course dans un lieu connu a tendance à nous rassurer: après tout, on l'a déjà fait une fois, on sait à quoi s'attendre.

Globalement, j'avais suffisamment de repères pour me situer mentalement sur la carte et savoir ce qu'il me restait à fournir comme effort. Cela permet de gérer calmement les ressources ou la fatigue.

Par rapport à 2016, je savais aussi que je pouvais courir au moins 21 km sans eau ni ravitaillement. Donc, 27km, c'est uniquement 6 petits kilomètres de plus. Et puis, j'avais prévu de l'eau et du ravitaillement cette fois. D'ailleurs, le ravitaillement s'est révélé vraiment pénible à gérer. J'ai pratiquement dû m'arrêter à chaque fois pour ouvrir ma barre de céréales comme il faut. En plus, courir en mangeant, c'est vraiment pas pratique: il faut mâcher en respirant par la bouche ouverte et ça, c'est très dur; surtout sans entraînement.

En plus de ça, j'ai l'habitude des vraies hypo-glycémies: au bout d'un moment, tu sens que ton cerveau commence à manquer de sucre et il commence à s'endormir. C'est une sensation à la fois agréable et désagréable: on se met en quasi pilotage automatique. Mais, avec du ravitaillement, contrairement à ce que je pensais, on a quand même droit aux sensations d'hypo-glycémie mais pas aussi fort. Ça reste désagréable et pénible même si on sent que ça peut durer plus longtemps que d'habitude. Clairement, je n'aime pas cette sensation. Mais, en même temps, je crois que je n'aurais pas pu terminer sans un peu d'énergie.

En termes d'apports liquides, je n'ai pas eu soif pendant toute la durée. Tenir une bouteille de 0.5L à la main pendant 3/4 du parcours, c'est pénible mais ça participe à avoir un sentiment de sérénité par rapport au stress hydrique. Cette fois, je n'ai pas eu la mousse blanche de désydratation typique du coureur. Par contre, en rentrant et pendant 3 heures après la course, je n'ai pas pu pisser une seule goutte.

Globalement, physiquement ça s'est bien passé: pas de vraie hypo-glycémie, un peu de fatigue musculaire mais pas de blessure, pas de soif, pas de froid ni de chaud. Un temps au global pas si mauvais que ça. Un bilan plutôt positif dans l'ensemble.

Conclusions

C'était bien cool de courir dans cette ambiance de couvre-feu. L'île était probablement vidée de ses touristes, de ses propriétaires de résidences secondaires à plus d'un million d'euros. Je n'ai pas croisé grand monde.

Le temps était aussi favorable: un peu de vent sur la côte sud et des températures fraîches avec un ciel gris. Ça semble froid et peu agréable mais pour courir longtemps, c'est l'idéal: pas de soleil dans la face, pas trop de sueur qui coule dans les yeux (c'est acide la sueur en fait), pas trop de liquides à absorber, etc.

Dans tous les cas, je peux dire que j'ai déjà couru 27km en 2h20 (le temps n'a pas d'importance ici, c'était tout sauf plat et ferme comme revêtement), que j'ai fait le tour de l'île d'Yeu. J'ai transformé la possibilité en réalité... et j'en suis très fier !

Et si c'était à refaire ? Je crois que je partirais en direction du Nord plutôt que de commencer par la côte sauvage. En fait, a mon humble avis, c'est plus facile de terminer par des montées descentes sur un terrain ferme que de terminer par du quasi-plât dans un terrain mou. Peut-être pour une prochaine fois ? Peut-être jamais ? Qu'importe, le tour est fait !