Introduction

Pour cette fin d'année, je me suis fait un éternel plaisir à parcourir l'intégralité de la production de Stevie Wonder. C'est mon dernier article de 2017 sur une intégrale musicale... J'ai gardé du très bon pour la fin.

Comme d'habitude, j'ai parcouru l'intégralité des quelques 25 albums de l'artiste dans un ordre chronologique.

La huitième merveille de la musique

La carrière musicale de Stevie Wonder commence très tôt. En effet, lors de la publication de son premier album, il n'a que 12 ans ! Surnommé Wonder par ses producteurs en référence à ses talents extraordinaires au chant, aux instruments et à la composition pour un âge auquel nombreux sont ceux qui préferrent jouer aux billes (ou s'échanger des messages débiles sur le énième réseau social à la mode comme on dirait de nos jours).

Bon, à cet âge, Stevie est mineur et il ne peut pas faire ce qu'il veut: il est fortement encadré par la production de la Motown, en plein essor pendant ces années. Cela s'en ressent forcément sur ses albums.

Pour ma part, je n'ai pas eu le temps d'écouter les 5 premiers albums de Stevie Wonder car ils sont peu facilement disponibles et parce qu'il fallait bien limiter mon temps d'écoute à un mois. J'ai préférré me concentrer sur les débuts de fin d'adolescence de l'artiste, vers 1966 (il a alors 16 ans). Voilà pourquoi je commence cette rétrospective avec "Down To Earth", sorti la même année.

Down To Earth (1966)

C'est à partir de l'année 1966 qu'on peut dire que Stevie Wonder prend quasiment sa voix d'adulte, profonde, avec assez de coffre pour paraître crédible.

Que dire de "Down To Earth" ? D'abord qu'on sent qu'il s'agit d'une production de la Motown. Tous les codes de l'époque se retrouve, du thème des chansons jusque dans les choeurs qui accompagnent le chanteur. La musique très centrée sur les violons en fond sonore fait également parti du spectre de la compagnie de Berry Gordy. A cette époque, ce format fait effectivement fureur.

Mais cette fois, la voix de Stevie Wonder fait la réelle différence avec les autres interprètes du label R'nB de référence.

  • "A Place In the Sun" est une ballade très folk sur laquelle la voix de Stevie Wonder passe vraiment très bien. Une bonne piste d'introduction assurément.
  • "Bang Bang", plus Soul encore, montre que la Motown est bien là. On aurait pu faire interpréter la chanson par un groupe comme les Delfonics que ça n'aurait pas suscité de réaction.
  • "Thank you Love" est batie sur le même rythme que "What's Going On?" de Marvin Gaye. Les sonorités sont proches même si l'orchestration est très différente ce qui rend la chanson bien moins subversive, plus gentille. On y ressent quand même une certaine forme de questionnement, d'incertitude dans ses cassures d'harmoniques.
  • "Be Cool, Be Calm" sonne très Soul music à la sauce James Brown. Très dynamique, très Otis Redding comme dans "Respect". Très dans les codes de l'époque mais comme j'aime bien cette musique, j'adore ce morceau.
  • "Sylvia", encore une ballade mais on ne s'en lasse pas un seul instant.
  • "Angel Baby" avec son introduction percutante semble avoir été écrite pour et par Marvin Gaye. On y retrouve un Stevie Wonder qui imite son pair de l'époque: les cris haut-perchés de sa voix, les choeurs féminins font penser directement à "Too Busy to Think about My Baby". Encore l'ombre de Berry Gordy sur cette piste. Mais ça rend plutôt pas mal. J'aime ce dynamisme...
  • "Mr Tambourine Man". En général, je n'aime pas les reprises. Cette fois, il s'agit d'une reprise de reprise. En effet, la chanson de Bob Dylan a été reprise par les Birds. C'est cette version que reprend Stevie Wonder. Bon, je trouve que celle des Birds est plutôt meilleure.
  • "Sixteen Tons" aurait pu être écrite par les Platters, sans problème. Un peu molle dans la bouche de Wonder.
  • "Hey Love" termine l'album de manière plutôt concluante. Rien de bien folichon, plutôt de la tendresse bien faîte.

D'une manière générale, "Down To Earth" s'écoute assez facilement si on aime les références de la Motown de l'époque. La voix de Stevie Wonder suffit à sublimer cette production un peu formattée. A seulement 16 ans, c'est bien l'interprète qui fait toute la différence. C'est franchement un bon début pour ce dernier.

Je vous invite à écouter cet album sans doute peu connu des fans (car vieux et pas facile à trouver). Il n'y a aucun tube connu dessus mais je le classe bien meilleur que tout ce qu'a produit Stevie Wonder depuis ces 20 dernières années, c'est dire !

Up Tight (1966)

Deuxième album pour la Merveille toujours agée de 16 ans. La différence avec l'album précédent reste sans doute dans le dynamisme. Si les codes musicaux restent 100% conformes à ceux de la Motown, je trouve que le rythme des morceaux est bien plus dynamique, en prémices de ce que va produire Stevie dans quelques années.

  • "Love A Go Go". C'est la piste d'introduction de l'album et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle envoie du bois. Il reste toujours cet aspect très policé (encore et toujours la Motown) mais ça commence à groover pas mal non ?
  • "Hold Me",
  • "Blowin' In the Wind". Comme toujours la règle est confirmée: cette reprise d'une chanson phare de Bob Dylan est nulle, même dans la bouche de Wonder !
  • "Nothing's Too Good For My Baby" nous replonge dans un style très Otis Redding.
  • "Teach Me Tonight", encore une fois j'ai l'impression d'entendre "Tramp" d'Otis Redding.
  • "Uptight, Everything Allright" est la piste majeure de l'album. Bien rythmée, elle nous envoie sur la piste de dance avec un mouvement bien engagé. C'est sans doute le morceau le plus dynamique de cet album finalement assez fougueux. C'est sur cette piste que Wonder commence à marquer des points.
  • Encore une piste dynamique avec "I want My Baby Back", toujours dans le même ton que "Respect".
  • "With a Child's Heart", une piste plus calme, plus en violons, parfaite pour les exclamations des Delfonics encore une fois.

Ok, l'album s'écoute pas trop mal pour les fans de la Motown dont je fais partie. A force, on finit par retrouver tous les autres chanteurs du label dedans mais ça fait partie du jeu.

Néanmoins, dans cet album, Stevie Wonder arrive quand même à placer ses éléments propres, à commencer par sa voix. Le morceau éponyme commence à marquer un peu les esprits. Encore un bon début...

I Was Made To Love Her (1967)

J'ai un peu plus de mal avec cet album qui est composé en grande partie de pistes reprises parmi le catalogue à succès de la Motown. Sans conteste, les originaux sont bien meilleurs.

Pourtant et incontestablement, sur les pistes propres à Stevie Wonder, on assiste à une qualité d'interprétation et de production bien supérieure aux précédents albums.

Ainsi, "I Was Made To Love Her" qui lance l'album annonce un futur Stevie Wonder bien trempé. D'abord l'introduction à l'harmonica reste une de ses signatures. Ensuite, le rythme et la mélodie entraînante de la chanson la rende incontournable dans le répertoire de l'artiste.

"Send Me Some Lovin'" avec son introduction grave et bien construite, continue à rendre cet album bien intéressant. Le dynamique "I'd Cry", construit sur les recettes classiques de la boîte de production rend finalement très bien dans la voix de Wonder, notamment grâce à ce rythme, ces choeurs et ces exclamations si particulières.

Pour le reste, il n'y a que des reprises que je trouve assez moyennes, comme à mon habitude.

Néanmoins, sur ce qui est du vrai Stevie Wonder sur cet album, on peut entendre des titres majeurs.

For Once in My Life (1968)

En dehors de la piste éponyme, je trouve cet album un peu en retrait par rapport aux autres. Peut-être qu'au bout de ces 3 albums, il finissent tous par se ressembler. Car il est vrai que la patte de la Motown a un effet un peu écoeurant à la fin.

Je note toutefois quelques pistes qui ont aiguisé mon appétit:

  • "You Met Your Watch", bien rythmée avec ses cuivres percutants.
  • "Sunny", bien que pour une reprise fasse plutôt bien son job.
  • "I'd Be A Fool Right Now", pour son côté Delfonics.
  • "Do I love Her" pour son côté ballade.

Peut-être un essouflement de cette carrière si prometteuse ? Peut-être tout simplement la fin de l'ère Motown pour Stevie Wonder ?

My Cherie Amour (1969)

En 1969 sort "My Chérie Amour", le bien nommé. La chanson éponyme qui commence l'album est un monument de tendresse et de déclaration d'amour. J'aime assez bien son côté précurseur de ce que pourra être "Isn't She Lovely" qui sortira dans 7 ans.

La deuxième piste n'est pas mal non plus. "Hello Young Lovers" annonce la couleur d'un rythme Soul endiablé digne de ce que pourrait faire un James Brown. Mais après cette piste l'album s'essoufle quand même sérieusement.

L'autre piste d'intérêt de l'album est "Yester-Me Yester-You, Yesterday" avec son refain incontournable.

Mais après, le tout reste plat. Rien d'extraordinaire ne percole de l'ensemble. Tout reste trop comme les autres albums; il y a encore trop de Motown dedans et on finit par se lasser sérieusement.

Bon, espérons que tout cela change pour la décénnie à venir...

Vers la libération et l'apothéose

Vers l'âge de 20 ans, Stevie Wonder commence à obtenir son indépendance musicale et financière de la Motown qui reste son producteur sous le label Tamla. Voyons ce que cette libération peut provoquer chez l'artiste.

Signed, Sealed and Delivered (1970)

Le premier album de la décennie 70 s'annonce plutôt un très bon cru. En effet, on y renifle encore quelques relents des années 60 mais l'ensemble fleure bon la soul music avec le style si particulier de Stevie Wonder.

Dès les premières notes, l'album est posé sur les rails de l'excellence. "Never Had A Dream Come True" amorce la pompe de manière très gospel. "We can Work It Out", très rythmé, mèle années 60 et soul music comme jamais.

La piste éponyme de l'album, une référence de l'oeuvre intégrale de l'artiste, sonne de manière assez conquérante. A l'inverse, on a l'impression de se retrouver dans un temple protestant d'un quartier noir avec "Heaven Help Us All". Plus douce, plus en grâce, elle me semble être un clip de nostalgie de gospel pour un Stevie Wonder qui a à peine la vingtaine.

Le plus sérieux "You can't Judge a Booke By it's Cover" nous renvoie à une séquence plus grave, plus philosophe que les autres morceaux de l'album.

Malgré une très bonne introduction de piano "Sugar" me laisse une trainée mélodique un peu niaise dans ses élans et ses aigus.

L'album se termine sur deux pistes qui sont proches dans les tons. Plus calmes, on y trouve une Stevie moins enthousiaste, plus calme. Pour autant, "Something to Say" s'annonce plus politique que jamais avec ses revendications sur la jeunesse et son supposé manque de sérieux.

Non, vraiment cet album est vraiment très bon et je l'écoute souvent.

Where I'm Coning From (1971)

Stevie Wonder fait des albums depuis ses débuts. Après une production dantesque, que va-t-il arriver ? Peut-on raisonnablement rester bon en étant aussi productif et aussi jeune ?

La réponse de l'artiste se fait sans appel: oui, c'est possible. "Where I'm Coming From" se veut encore plus sérieux que l'album précédent. Plus de sonorités graves, un rythme plus marqué, des titres plus sérieux et, surtout, une teinte instrumentale plus mûre font de cet album une véritable réussite.

Les deux premières pistes "Look Around" et "Do Yourself a Favor" renforce cette impression de force. Alors que "Think of Me As Your Soldier" et "Something Out of The Blue" sont plus en douceur.

Paradoxalement, les pistes "I wanna Talk To You" et "Take up a course in Happiness" forment un ensemble moins réussi, car trop niaises. Elles ressemblent aux musiques trop formattées de la Motown.

En revanche, l'album se termine par deux perles de tendresse: "Never Dreamed You'd Leave In Summer" et "Sunshine in Their Eyes" mélangent tristesse, nostalgie avec espoir infini. J'aime assez bien cette fin d'album.

Pour résumer, avec "Where I'm Coming From", on assiste à l'affirmation d'un jeune Stevie Wonder plus libre dans ses réalisations, qui reste fidèle à un certain style mais qui produit vraiment quelquechose de remarquable. Encore un très bon album !

Music of My Mind (1972)

Maintenant débarassé de l'influence de la Motown pour de bon (et de son contrat avec Berry Gordy), Stevie Wonder rentre plus dans un rôle de créateur compositeur sur cet album.

En effet, il sonne assez différemment des deux derniers albums. Je le trouve beaucoup plus mûr, plus concret, moins léger, plus audacieux dans les instruments.

Ça se remarque dès la première piste "Love Having You Around". Tout en sérieux avec ses tons plus graves; elle introduit plus de sons bizarres, nouveaux que dans les deux derniers albums.

On le retrouve aussi dans "Superwoman" avec une introduction si particulière. La mélodie et les paroles rélèvent une qualité de production qui donne une véritable d'impression de sérieux tout en étant dans la nouveauté. Sans doute une des meilleures pistes de l'album.

La piste qui suit "I Love Every Little Thing About You" reprend la même recette avec une mélodie et un ton de voix un peu différents. Mais c'est la même impression de qualité qui s'en dégage.

Plus légère "Sweet Little Girl" n'est pas en reste avec ses airs d'harmonicas, signature de Stevie Wonder.

Viennent ensuite deux pistes qui se ressemblent musicalement et qui sont bâties sur le même modèle et qui viennent consolider cet album déjà très bon: "Happier Than The Morning Sun" et "Girl Blue".

L'album se termine en apothéose par "Evil", une piste plus mélancolique mais avec une sonorité cantique, solennelle, servie par des choeurs bibliques et un orgue synthétique qui ne dénoterait pas plus que ça dans une église.

Au final, il n'y a aucune piste moins bonne que l'autre sur cet album. C'est pour ça que je l'adore aussi. Plus lent dans le rythme, plus calme, "Music Of My Mind" est assez représentatif de la décennie 70 pour Stevie Wonder: de l'excellence, à n'en pas douter au bout de ces trois albums...

Talking Book (1972)

La même année que Music of My Mind, sort le magnifique "Talking Book". Il est lancé par l'excellente "You are the sunshine of my heart", fruit d'une collaboration à plusieurs voix.

La deuxième piste "Maybe Your Baby", en dehors du tube qui la précède est plus complexe. De nouvelles sonorités un peu dérangeantes s'annoncent. Et pourtant, je lui trouve un sérieux plus fort que sur l'album précédent.

"You and I", plus calme et plus posée, illustre assez bien ce que peut être une ballade romantique. Avec son introduction tout en cordes synthétiques et avec la voix retravaillée de Stevie Wonder pour lui donner un accent un peu metallique, on se sent bien, dans la sérenité.

Dans le même genre calme mais avec un poil plus d'inquiétude, on retrouve "You've Got It Bad Girl". Plus grave, elle comporte pourtant quelques instruments spécifiques, comme ceux qu'on pourra retrouver sur l'album "Innervisions", publié l'année suivante. Moi j'aime bien cette inquiétude.

Enfin, on débouche sur une autre des piste qui forment le top 5 de Stevie Wonder: "Superstitions". Tout est extraordinaire dedans, de l'introduction en rythme avec son export de cordes qui simulent celles d'un piano, au propos de Stevie Wonder. Sans doute une de mes pistes préférées car je trouve qu'elle est très dansante, très groovy tout en offrant une richesse musicale qu'on trouve rarement de nos jours. J'adore cette marque de fond de rythme qui ne change jamais mais sur lequel on peut plaquer à peut près n'importe quoi pour le faire vibrer correctement. Sans compter les cuivres très présents dans cette piste. Le plus simple, c'est de de se remettre l'épisode de Soul Train de l'époque où on voit danser les gens avec Stevie Wonder présent dans la salle derrière son clavier. Ça devait être extraordinaire.

L'autre piste qui forme les 3 tubes de l'album est sans nul doute "Blame it on the Sun". Beaucoup plus calme, plus nostalgique que le reste de l'album, elle permet de trouver la paix, surtout à l'approche de la mélodie du refrain où les choeurs viennent nous soulever vers le bonheur. Pas mal pour quelqu'un qui ne peut pas voir la lumière du soleil...

L'album se conclue avec deux pistes intéressantes sans être extraordinaires mais on est tant marqué par le reste, que c'est de bonne guerre.

D'une manière générale, je trouve l'album encore plus audacieux que "Music of My Mind". Sans doute plus posé encore, je crois qu'on peut dire que depuis le premier album de cette décénnie, Stevie Wonder est sur une pente ascendante dans la qualité de sa production. Après 4 albums en moins de 3 ans, que va-t-il se passer pour ses prochaines productions ? Le pire ou le meilleur ?

Innervisions (1973)

Ah, cet album est une mine d'or; des hits à la pelle; du lourd, du vrai, le top du top de ce que Stevie Wonder peut faire. J'adore cet album, je l'ai vraiment écouté en boucle, notamment ses meilleures pistes. Je n'arrive pas à croire à ce niveau de qualité auprès duquel je suis passé à côté pendant toutes ces années.

Tout commence avec "Too High", un condensé de groove, de cuivres graves, rythmés par une basse simple mais percutante avec un effet d'entraînement de dingue. Ce morceau est une leçon de Soul music. Dans tous les cas, l'album est plutôt bien introduit.

Qui dit innervisions, dit aussi visions. Certes, Stevie Wonder est aveugle et voilà pourquoi il nous propose son interprétation d'un monde avec ce sens en moins, ce regard nécessairement intérieur. La deuxième piste de l'album, nommée "Visions" offre un espace de quiétude, probablement issu de l'intérieur de l'esprit du compositeur, sur un rythme beaucoup plus calme que "Too High". La mélodie nous transmet une certaine dose d'inquiétude aussi, par le biais de décalages harmoniques; ainsi qu'un zeste de mélancolie, apportée par cette guitare sèche bien triste. Une très bonne piste assurément.

Vient ensuite un tube: "Living in the City", un cri de guerre porté par un rythme de fou, pendant près de 7 minutes. Les paroles sont engagées, le groove certain, les percussions en choeur sur un canal endiablé. Un truc que tu écoutes pour te remonter, pour t'endurcir. Même si la voix aigue de Stevie Wonder vient apporter sa force à l'ensemble. Je connaissais déjà cette chanson ultra-connue de Stevie Wonder et je l'avais déjà appréciée dans le passé. Mais j'ai pris plaisir à la ré-écouter sur une version longue.

En lien avec la piste précédente, dans un registre plus doux, arrive "Golden Lady". C'est une de mes pistes préférées de l'artiste. J'adore l'introduction en piano, suivie rapidement par ce souffle électronique d'orgue qui vient aiguiser ma curiosité. La mélodie simple de prime abord se complexifie pour le meilleur sur un rythme posé, calme, assuré. Avant que la voix de l'interprète lance "Golden Lady, I'd like to go there". Les sons électroniques aigus qui ponctuent l'ensemble ajoute une dose juste-comme-il-faut de mélancolie, sublimée par des percussions légères. J'adore l'écouter quand je rentre du bureau...

La piste suivante "Higher Ground" dispose d'un rythme plus groovy, plus léger que "Golden Lady" mais ce groove bien présent s'apprécie à sa juste valeur.

Plus grave encore, "Jesus Children of America" reprend une bonne part de groove mais plus sérieux, plus calme, moins simpliste, plus sombre. Bon, ce n'est pas la piste que je préferre mais la perfection n'est pas de ce monde. Elle est néanmoins d'un très bon niveau.

Par la suite, le morceau qui vient après, dénommé "All in Love is Fair" est un monument de douceur et de mélancolie. J'en ai toujours les larmes aux yeux lorsque j'entends cette introduction en solo de piano sur cette mélodie qui mèle à la fois espoir et tristesse infinie. La voix de Wonder, plaquée sur ce piano inaltérable, se révèle dans une forme de tendresse totale. Alternée dans les graves et les aigus, comme La Merveille sait si bien le faire, on constate que cette voix est un instrument de plus pour l'artiste.

Enfin, on tombe sur l'extraordinaire "He's Misstra Know-It-All" (C'est monsieur je-sais-tout), une chanson adressée à Richard Nixon et à sa politique et à ses manières peu orthodoxes (qui a dit Watergate dans l'assemblée ?).

Ce qui est assez génial, c'est de constater que c'est un album qui est 100% fabriqué par Stevie Wonder: il a lui même assuré l'enregistrement de tous les instruments accoustiques et électroniques; la composition des paroles, des mélodies. Ce type est juste un génie, au sommet de son art. Ce n'est pas un détail: arriver à ce niveau de perfection, quasiment seul est au delà de la portée du commun des mortels.

Fulfillingness' First Finale (1974)

Bon après l'enorme succès d'Innervisions (enfin, succès pour mes petites oreilles à moi), on peut se dire que Stevie Wonder ne peut aller plus haut. C'est sans doute vrai pour l'album "Fulfillingness' First Finale" mais on reste franchement à un très haut niveau de qualité qui est un chouilla juste en dessous d'Innervisions. Mais c'est juste pour faire une petite gradation.

D'abord cet album commence très bien par cette petite piste très sympathique, intitulée "Smile Please". Très joyeuse, elle possède un refrain très enjoué qui fait du bien. Une piste à écouter le matin en allant travailler assurément.

"Heaven Is 10 Zillion Light Years Away" qui suit juste après est également remarquable, surtout dans sa richesse instrumentale. Ces sonorités si spécifiques commencent à irriguer tout le travail de l'artiste et, à la fin, elles finissent toujours par faire du bien à nos oreilles. Pour moi, cette piste symbolise un sentiment de sécurité profond, un certain niveau d'harmonie et de force intérieur qui conduit à me rassurer. Encore une piste pour faire le plein d'énergie avant d'aller travailler.

"Too Shy To Say", avec son introduction plus ridicule nous remet sur les rails de la tendresse et de la ballade amoureuse. Plus mélancolique avec ses sonorités hawaiennes, plus calme, elle vient distiller le rythme lent des vagues sur la plage de ma vie. J'aime bien m'y reposer...

Dans une rupture totale, "Boogie On Reggae Woman" se veut plus groovy que jamais. Voilà qui réveille pas mal, surtout lorsque l'harmonica magique fait son apparition. On passe encore un bon moment.

"Creepin'" se veut alors une piste plus inquiétante, plus lourde, plus coulante, plus calme. Son introduction anémique laisse place à une mélodie simple et très Soul. Apaisant, presque reggae si on avait changé le rythme musical.

Alors que tout bascule pour la piste qui suit, plus jazzy avec ses cuivres et plus rythmée surtout. "You haven't done nothing" comporte d'ailleurs une super introduction avec un son de synthétiseur si typique de l'album.

On aborde ensuite la référence Soul de l'album. "It Ain't No Use" est clairement dans un registre un peu différent des autres pistes de l'album. Plus calme que ce qui suit, elle finit par exploser lors du refrain avec ces choeurs qui clament "bye bye, bye bye bye" sur la voix déchirante de Stevie Wonder. Une leçon de Soul, c'est certain.

Dans le registre de la tristesse et du regret, l'apothéose revient certainement à "They Wont'go When I Go", si mélancolique, si religieuse avec ses quelques instruments et son piano qui pleure alors que Stevie Wonder semble murmurer une oraison funèbre. Toujours cette forme de beauté dans le malheur qu'on retrouve chez le peuple noir et pour laquelle j'ai un respect absolu.

"Bird of Beauty" reste un peu dans le même registre Soul que "It Ain't no Use" car elle adopte des codes similaires: des choeurs féminins, un rythme fluide, une mélodie sympathique. J'aime beaucoup ce côté assuré dans la voix de Stevie Wonder qui se conjugue extrèmement bien avec ces voix féminines.

Pour terminer en beauté, "Please Don't Go" vient prouver une fois de plus que Stevie Wonder est un maître de l'émotion et de la chanson qui donne de l'espoir. La mélodie simple qui donne l'impression de l'avoir déjà entendu ailleurs est une déclaration de regrets comme on n'en fait peu. Néanmoins, tout laisse penser à une forme de rédemption et d'espoir face à la situation: la mélodie n'est pas vraiment triste, les choeurs portent une forme de joie et l'harmonica magique efface tout trace d'inquiétude. Le final nous invite à nous envoler vers le paradis. Les ailes me poussent dans le dos quand j'entends cette musique.

Dans tous les cas "Fulfillingness' First Finale" est un album excellent. Sa richesse musicale le prouve. On y trouve de la Soul, du Groove, de la mélancolie comme de la joie intense et un espoir infini. Il n'y a, encore une fois, rien à jeter dessus. Toutes les pistes ont leur intérêt. La seule différence, c'est que les morceaux qui sont dessus sont un poil moins connus que les références commerciales de Stevie Wonder. Je vous encourage fortement à garnir votre bibliothèque musicale avec cet album, vous ne pouvez pas être déçus...

Songs in the Key of Life (1976)

Deux ans après l'album précédent, Stevie Wonder remet le couvert mais cette fois avec un double album. Mathématiquement, on reste à un rythme soutenu d'un album par an !

Que vaut donc cette production ? Tentons une petite rétrospective... Le premier disque commence par le très raisonnable "Love's In Need Of Love Today". Je le trouve très moderne pour son époque. Il ressemble assez aux meilleures productions de Stevie Wonder pendant les années 80 (et elles sont d'ailleurs rares).

Comme autre nouveauté, on trouve "Village Ghetto Land", très calme où la voix quasi a capella de Stevie Wonder sonne relativement clairement et avec un fort écho pour la chanson.

"Contusion" change tout avec un rythme assez marqué. Cette piste entièrement musicale reste un emblème des années 70 et leurs sonorités spécifiques. J'y vois quand même un zeste de Carlos Santana dans la guitare électrique mise en avant.

Apparaît ensuite "Sir Duke", un hommage très jazzy (mais avec un bon mix Soul quand même). C'est également une piste ultra-connue de Stevie Wonder. J'aime bien l'écouter de temps en temps pour son dynamisme et la force de son refrain.

Elle se poursuit aussi avec une autre piste hyper-dynamique: "I Wish" qui sonnera assez bien aux quadragénaires de 2017 qui ont tous entendu la reprise de Will Smith dans les années 2000. Courir avec cette musique dans les oreilles ne peut qu'améliorer vos performances. Cet air entraînant est vraiment très motivant mais restera imprimé dans votre cerveau assez longtemps...

Vient ensuite une piste très intéressante "Knocks Me Off My Feet", sonne un peu comme le premier morceau de l'album avec des différences musicales notables. Beaucoup moins rythmée que la piste qui la précède, elle n'en conserve pas moins encore une espèce de dénominateur commun pour l'album: une certaine forme d'assurance et un style fluide bien épaulé par une mélodie dont les codes restent très présents sur l'album.

"Pastime Paradise" est également bien connue avec son rythme lent et ses percussions marquantes, le tout dans une musique inquiétante et qui semble dure au premier abord. Ce n'est pas pour rien que dans les années 90, elle sera reprise sous le titre "Gangsta Paradise" par Seal.

Vient enfin une petite merveille nommée "Summer Soft". Elle pourrait se comparer à "I Wish" dans ses codes. Néanmoins, son introduction est plus légère, plus douce malgré un rythme plus soutenu au fur et à mesure qu'on progresse dans le temps. Ce refrain calqué sur un "and she's gone!" prononcé par l'interprètre est tout simplement génial. La conclusion musicale du morceau vaut aussi son pesant de cacahuètes par sa richesse éclatante ponctuée par un grand nombre de sons différents mais bien harmonisés par ce rythme devenu finalement intense. Une autre piste qu'on emporte en allant courir.

Abordons-donc le deuxième album. Il est introduit par l'archi-ultra-connue "Isn't She Lovely", ode à toute naissance de fille. C'est un morceau très long sur cet album (près de 7 minutes) où on peut ressentir pleinement l'émotion transparaitre de la voix de l'auteur/père/compositeur. On ne peut pas ressortir indemne de ce morceau. Le coup de grâce viendra nécéssairement de la séquence finale à l'harmonic, si mélodique (et si difficile à interpréter sur cet instrument limité).

"Joy Inside My Tears" nous offre également un moment de calme et de contemplation. Alors que "Black Man", bien plus rythmé nous rappelle que Stevie sait gérer ces ensembles de cuivres so Soul music.

"If it's Magic" nous replonge dans le calme et la volupté surtout avec son parcours musical à la harpe.

On retrouve un autre tube de l'album: "As". Sous ce titre court, se cache un autre monument de la production de Stevie Wonder. Un rythme extraordinaire, une fluidité musicale proche de la perfection et surtout une mélodie magique, dynamique bien mise en valeur par des choeurs féminins si modernes. Une piste excellente pour partir en vacances tant elle fait ressortir la joie et la légèreté du moment.

Viennent ensuite quelques morceaux d'intérêt:

  • "Another Star", très disco dans ses instruments.
  • "Saturn", avec ses synthétiseurs très années 80 avant l'heure.
  • Le triste "Easy Goin' Evening (My Mama's Call)" qui fait pleurer l'harmonica.

On le voit bien, sur ce double album, on a encore accès à quelquechose qui s'approche de la perfection. Pour moi, c'est le dernier album majeur de Stevie Wonder. Tout ce qui viendra après sera forcément moins bien. Mais on peut déjà remercier l'auteur de nous avoir tant donné dans cette décénnie.

Journey Through The Secret Life of Plants (1979)

Cet album est plutôt instrumental, il se veut la BO d'un documentaire sur la vie des plantes. Bon, pour un documentaire c'est sûrement très bon d'avoir Stevie Wonder dans les crédits mais au final, ce double album me met souvent mal à l'aise car trop "indien boudhiste" comme sonorité. J'ai du mal à pouvoir en écouter plus d'une piste par jour.

Au final, je vous conseille de faire l'impasse; c'est n'est pas comme si Stevie Wonder n'avait rien fait d'autre...

Passage vers le commercial et la légèreté

Au début des années 80 et après quelques années sans sortie d'album, Stevie Wonder change encore de registre et épouse quasi-complètement les codes musicaux de l'époque. Par ailleurs, il quitte le registre expérimental pour se tourner vers des productions plus commerciales.

Hotter Than July (1980)

Et ce virage se ressent dès le premier album de la décénnie 80. "Hotter Than July" fleure bon les vacances au soleil et la légèreté qui va avec. Néanmoins sans être bon à jeter à la poubelle, l'album est franchement en deça de ce que Stevie Wonder nous avait proposé dans la décénnie passée.

Quelques pistes sortent du lot et permettent à l'album de s'en sortir quand même:

  • "All I Do" sonne très eighties mais reste très abordable et s'écoute facilement avec intérêt.
  • "Master Blaster" aurait pu sortir sur "Songs of the Key of Life" vu son architecture et sa teneur. Elle aurait fait un bon complément à "Sir Duke". Ça reste une des pistes majeures de Stevie Wonder des années 80. Je l'aime beaucoup.
  • "Lately", sirupeuse à souhait, d'une grande mélancolie est certainement une production hyper-commerciale. Mais je ne sais pourquoi je l'ai toujours adorée. Sans doute ce calme intense, cette pauvreté musicale assumée et toujours cette voix sublime; au service de la beauté dans le triste.
  • Et enfin, la piste qu'on balance à tous les anniversaires "Happy Birthday". Pas forcément commerciale au premier abord, elle forme l'essentiel d'un évènement festif: du rythme, de la joie, de la légèreté et un refrain que tout le monde peut répéter à l'envie. Un grand succès assurément.

Pour le reste, il reste quand même des choses qui sortent de l'ordinaire mais les codes musicaux sont vraiment transformés par ce qu'on pouvait trouver en mainstream à l'époque. Ce n'est pas ma tasse de thé malheureusement (malgré le fait que ce soit pleinement la musique de mon enfance).

Allez ! On peut lui mettre une note de 6/10 quand même...

The Woman in Red (1984)

Attention, sortez les synthés, les coiffures éclatées, les épaulettes, voici les années 80 dans toute leur "splendeur". Sorti en 1984, "The Woman in Red" est la bande originale d'un film éponyme. Stevie Wonder en assure la BO avec Dionne Warwick.

Bon, c'est très eighties dans les codes. Dans l'ensemble, l'album forme une sorte de tâche dans la carrière de Stevie Wonder à cause de la rupture avec un album comme Songs in the Key of Life. On voit clairement que c'est du commercial.

Pourtant, quelques perles émergent (pas facile de faire du pas terrible quand on s'appelle Stevie Wonder). On retrouve ainsi l'ultra-connu "I Just Called To Say I Love You". Un des morceaux phares de l'artiste.

Sur un plan plus musical, deux autres pistes ont relevé mon attention. Il s'agit de "Love Light in Flight" qui, certes sonne très années 80 mais qui forme un ensemble un peu moins léger, plus profond. Ce qui n'est pas le cas avec l'autre piste. Intitulée "Don't Drive Drunk", elle semble avoir été composée avec le synthétiseur sonore de la Nintendo NES tant les sonorités semblent sortir de la console sur The Legend Of Zelda ou Super Mario. Les petites voix débiles accélérées ont quand même un air très entêtant...

In Square Circle (1985)

On reste dans les années 80 mais cette fois, on sort de la bande originale de film. In Square Circle est un album encore une fois représentatif de son époque. Mais je commence à avoir du mal avec justement.

Tout sonne très codifié. On est vraiment loin des années 70 et clairement dans le léger et le commercial. Les sonorités ne sont pas vraiment intéressantes.

Seuls deux titres archi-connus sont présents sur cet album:

  • Part-Time Lover qui est très bon dans son rythme.
  • Overjoyed qui prouve qu'on peut être dans les années 80 et faire quelquechose de qualité.

En dehors de ces deux références, fuyez !

Characters (1987)

Et la suite de la décénnie 80 s'annonce encore plus creuse pour Stevie Wonder qui poursuit sur sa lancée commerciale. Pour aller vite, seul le bien nommé "Free", qui a eu le malheur d'illustrer la bande son de nombre de publicités pour une banque en France, est digne de Stevie Wonder.

Pour tout le reste, j'ai du mal. Ça a vraiment mal vieilli...

Jungle Fever (1991)

Ah, les années 90, un monde en pleine perdition. Que va faire Stevie Wonder dans cette décénnie maudite pour la production musicale (le rap, la techno craignos, les boys-bands, les comédies musicales niaises, les chanteurs déjà ringards à 19 ans car ils chantent déjà de la merde, formatée par leurs ainés) ?

Heureusement, il ne fera que deux albums. Parmi lesquels la bande originale du film "Jungle Fever" de Spike Lee. J'ai eu l'occasion de voir le film avant de faire cette intégrale. L'idée que j'avais eu à l'époque, c'était que la bande son était plutôt pas trop mal foutue (alors que le film était franchement moyen; faut dire, le personnage principal est Welsey Snipe).

Je confirme: sous un premier aperçu trop techno, l'album s'écoute plutôt bien. Les sonorités ne sont ni trop années 80, ni trop années 90. La mélodie est au rendez-vous, à part sur quelques pistes. Et on si on écoute l'album en se disant que ce n'est pas un album pour nous faire réflechir trop, on passe finalement un bon moment.

La piste la plus emblèmatique, qui résume bien l'album à elle seule est sans doute "Jungle Fever". On y retrouve un truc bien frappé, un peu décalé avec un mélange de sons des années 90 avec des choeurs des années 70 et la voix d'un Stevie Wonder des années 70. Le mélange prend pas trop mal pour mes oreilles.

Conversation Peace (1995)

Après une bonne reprise avec Jungle Fever, l'autre album de la décennie 90 de Stevie Wonder allait-il faire aussi bien ou mieux ?

Selon mon point de vue, "Conversation Peace" n'est pas si mal que ça. Il comporte d'ailleurs quelques pistes d'un grand intérêt:

  • "Taboo to love", calme et posée semble quasiment anachronique dans cet album qui se veut assez dur, comme le voulait les codes de l'époque.
  • "I am New", encore très années 80, il sauve les meubles car très différent des autres pistes de l'album.
  • Enfin, le très bon "For Your Love", assez rempli de miel, s'écoute finalement très bien. Malgré les synthétiseurs à outrance, c'est la mélodie qui sauve tout. Elle sonne aussi très années 80, à la manière d'un "Overjoyed", sorti dix ans plus tôt. La meilleure piste de l'album, à n'en pas douter...

Néanmoins, le reste de la production est trop nineties, trop rap, trop rythmée comme les productions commerciales de l'époque. Des pistes comme "Rain Your Love Down", "Edge Of Eternity" ou encore "Take The Time Out" essayent d'ailleurs d'imiter les codes du rap. Mais Stevie Wonder ne sait pas faire ce genre de musique, clairement. Il a juste emprunté ce qui marchait à l'époque chez les jeunes et y a plaqué son style. Mais la sauce ne peut pas prendre: l'acide se mélange mal avec le lait. A la fin, on a même du caillé en gros morceaux. Ça ne peut pas être fluide, c'est trop hybride. Voilà ce que je reproche à cet album.

A Time To Love (2005)

Ok, 1995 marque pour moi souvent une barrière fatidique pour les artistes. La décénnie 2000 est souvent encore synonyme d'une production très moyenne. Pourtant, Stevie Wonder qui n'a pas sorti d'album depuis plus de 10 ans alors qu'il en était à plus d'un par an dans la décénnie 70 sort un nouvel album.

J'en parlerai assez rapidement car cet album ne m'a pas vraiment marqué. L'ensemble est assez plat. Certaines pistes ne sont pas si mauvaises mais il n'y a rien qui perce vraiment.

Le problème réside justement dans les codes musicaux: trop de rythme cadencé de manière très mécanique, trop de percussions techno et trop de miel et de sirop dans la mélodie. Rien qui sorte vraiment de ce qui se faisait à cette époque(et qui continue à se faire maintenant d'ailleurs). J'ai du mal à apprécier. Particulièrement sur les pistes qui s'approchent des rythmes du rap, nouvelle musique (plus de la percussion avec de la voix humaine d'ailleurs) noire.

Par ailleurs, j'ai clairement l'impression que certaines pistes essaient de reprendre le meilleur de Stevie Wonder dans les années 80. Mais l'ensemble est franchement trop mou. Si on avait appliqué le code musical des années 70, je suis certain qu'on aurait obtenu quelquechose de moins "Mariah Carey" ou Whithney Houston qui dessert forcément Stevie Wonder et son style si aventureux des années Soul.

Pour mieux comprendre, il faut quand même prendre le temps d'écouter l'album pour s'apercevoir que des pistes comme "Shelter In The Rain" ou "Can't Imagine Love Without You" auraient eu leur place sur "Songs in the Key of Life", sans problème car les mélodies sortent un peu du lot. Il manque un zeste de provocation dans cette production.

Mais à travers la décénnie 80 et 90, on sait que les années 70 sont celles du passé. Il n'y a pas de regret à avoir, c'est juste le temps qui passe. Restent quelques afficionados comme moi qui savent s'affranchir des barrières du temps pour se concentrer sur ce qui leur fait plaisir avant tout !

Ce que je retiendrai de Stevie Wonder

Avant de commencer cette intégrale musicale, je savais que j'aimais plutôt bien ce que faisais Stevie Wonder. Maintenant, je sais que je suis fan de sa période des années 70, celle où il se révèle comme un des maîtres de la Soul music. C'est vraiment cette période où il donne le meilleur de lui même, avec un style qui lui va assez bien.

Bien entendu, il y a du moins bon. Comme d'habitude, les années 80 et 90, trop commerciales à mon goût ne sont jamais une réussite pour les artistes qui ont démarré dans les années 60 ou 70. Ça a été le cas pour les Beach Boys ou encore Bruce Springsteen par exemple, dans ce que j'ai écouté cette année.

Mais au final, j'ai découvert un nombre incroyable de pistes qui m'étaient complètement inconnues, en dehors de la portée d'un best-of (même en double album) car trop nombreuses. Je n'en reviens toujours pas de ce niveau de qualité. La décénnie 70 était vraiment, pour Stevie Wonder, une explosion d'excellence. C'est ce que je garderai en mémoire pour le reste de ma courte vie.

Faisons le bilan de cette année 2017 en musique

Voilà, mon pari est tenu: j'ai écouté l'intégrale de 10 artistes sur ces 12 mois. Beaucoup me rétorquerons que c'était surtout des artistes morts, du passé, très connus et que je ne pouvais pas être déçu. Que je n'explore pas assez les nouveautés, que je n'ose pas sortir assez des sentiers battus ou de ma zone de confort.

Néanmoins, je tiens à dire que je fais bien ce que je veux non ? Je gère mes oreilles comme bon me semble. Écouter un artiste qui a terminé sa carrière est plus simple pour moi: au moins je ne suis pas obligé de suivre son actualité, ce qui me fait gagner un temps précieux. Par ailleurs, quand j'ai construit cette liste d'artistes, il s'agissait d'abord d'artistes que je connaissais mais que j'avais envie d'approfondir. Car, faire l'intégrale d'un artiste permet d'être sûr de ne rien oublier de ce que les critiques musicaux auraient pu oublier. Par ailleurs, en 2017, ré-écouter des pistes des années 60 n'est pas forcément anachronique car la musique a quelquechose d'intemporel.

Définitivement, je reste ancré dans les années 70 et parfois 60. Je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas du tout ma décénnie. J'y retrouve très souvent les airs que je préferre. Je n'ai vraiment aucune explication car je n'ai finalement jamais entendu cette musique pendant mon enfance, trop marqué par le top 50 des années 80 et 90... Je crois tout simplement que c'est ce que j'aime vraiment. Pourquoi le mettre de côté ?

Quant à la musique d'aujourd'hui, je l'ai abandonnée dans les années 90; sans doute définitivement, par dégoût et écoeurement de ce qui était produit à l'époque. Je n'y peux rien, je n'ai jamais accroché et, avec le temps, je finis par croire que ça ne prendra jamais. Il reste quelques exceptions comme lorsque j'ai écouté "Sigur Ros" qui est sans doute le groupe que j'ai le plus apprécié cette année. J'ai continué à écouter leur musique tout au long de l'année; toujours avec la même admiration.

Vais-je renouveler l'expérience l'an prochain ? J'aimerais bien car il me reste tant à découvrir. La Soul music ne m'a pas encore livré tous ses secrets et pourrais y consacrer encore une année de plus à la découvrir avec des auteurs comme James Brown, Al Green, The Delfonics, Diana Ross ou encore Curtis Mayfield. Le rendez-vous est pris !

Posted mar. 26 déc. 2017 12:14:25 Tags:

Introduction

Comme au mois de novembre, je termine mon périple littéraire pour cette année. Pour le mois de décembre, j'ai pris le temps de lire "Un animal doué de raison" de Robert Merle. Comment suis-je arrivé à ce livre, publié en 1967 ? Pas par hasard, non. En fait, il se trouvait dans la bibliothèque de mes grands-parents paternels (la fameuse bibliothèque peuplée de toute une rangée de livres de Charles De Gaulle). Quand j'étais enfant, la couverture m'attirait beaucoup parce qu'il y avait un dauphin dessus. Quand on est enfant, on est forcément attiré par les dauphins.

Muni de ce souvenir, j'avais de grands espoirs dans le contenu de ce livre...

L'histoire courte

Un résumé consiste à dire qu'il s'agit d'une oeuvre mélant à la fois une pincée de science-fiction et un zeste de politique internationale dans un grand verre de lait. Pourquoi du lait ? Parce que le lait, ça délaye bien, pardi !

L'histoire se situe dans le début des années 1970 aux États-Unis d'Amérique. Un professeur américain étudie les dauphins et parvient à en faire parler un. De mots mono-syllabiques, il parvient à lui enseigner l'anglais, non sans mal. Même si une présentation publique des avancées des travaux du professeur a lieu devant toute la presse, l'activité du professeur est fortement espionnée par plusieurs agences américaines de renseignement intérieur.

Un jour, une de ces agences subtilise le couple de dauphins parlants pour les transformer en arme de destruction sous-marine (c'est écrit à la fin). Pendant ce temps, le professeur retravaille en freelance sur d'autres dauphins... M

Un jour, un navire de l'US Navy explose au large des côtes chinoises. Immédiatement la machine de guerre s'emballe et un ultimatum est posé par les USA envers la Chine avec des menaces d'utilisation d'arme atomique. Entre temps, le professeur négocie le retour de ses deux anciens dauphins dans son nouveau laboratoire indépendant. Quelques jours plus tard, sa planque est attaquée par des tueurs payés par un ennemi extérieur. Après une attaque majeure, on retrouve les corps des deux permiers dauphins parlants.

Mais en fait, ils s'étaient planqués. Le professeur les retrouve rapidement et ils se mettent à parler de ce qui leur est arrivé lorsqu'ils ont été subtilisés. Ils racontent leur entraînement militaire qui les conduisit à poser des bombes sous des bâteaux factices. Un jour, on leur a donné l'ordre d'aller de poser une bombe assez loin. On les a transportés dans un sous-marin, non sans mal, avant de les lâcher en mer avec leur mission. Près du bateau, les mines qu'ils transportaient sur des harnais se sont activées et leur harnais qui se décrochait tout seul d'habitude semblait indémontable. A force de mordillement, ils finirent par se libérer du harnais et quelques minutes plus tard, la bombe explosait, coulant le navire. Les dauphines comprirent qu'ils avaient été utilisés pour une mission suicide censée déclencher la 3ème guerre mondiale.

Le professeur a pris soin d'enregistrer les conversations des dauphins. L'histoire se termine avec les dauphins poussant le radeau du professeur et de son assistante, en vue de révéler les enregistrements au président des USA, pour sauver le monde...

Mes impressions sur le livre

Bon, le livre se lit très facilement mais j'ai été assez déçu. En effet, si l'histoire était sans doute un poil novatrice en 1967, ce n'est plus trop le cas 50 ans plus tard. Le concept a déjà vécu et c'est même une réalité encore en 2017. En effet, il existe un programme militaire utilisant des dauphins. Comble de l'histoire, ce programme prend fin cette année 2017 car les animaux seront remplacés par des drones !

D'un point de vue littéraire, je dois dire que je me suis un peu ennuyé. En effet, le style est assez coupé: l'auteur alterne les phases où il raconte l'histoire et où il se passe quelquechose avec d'autres moments où on a droit à des discussions assez ennuyeuses entre les personnages ou dans des dialogues intérieurs assez pénibles à lire. J'avoue, dans les derniers moments, j'ai carrément zappé ces passages sans intérêt aucun pour l'histoire.

Ainsi, lorsqu'on vire toute cette agitation écrite, on obtient une histoire finalement très courte. Elle est certes d'un bon niveau d'intérêt mais ces moments assez longs à lire ont tendance à noyer le poisson (pardon le mammifère marin).

Par ailleurs, la fin abrupte qui devait sans doute faire un effet à l'époque a plutôt mal vécu. Ça fait style mais on a déjà vu un maximum de fin qui n'en sont pas vraiment et on sait maintenant en 2017 que ne pas finir une histoire est un sacrilège (enfin, c'est mon point de vue assumé).

Conclusions sur "Un animal doué de raison"

Pour mon dernier livre de l'année, j'ai finalement été assez déçu. Ce qui est assez paradoxal, c'est que c'est le premier livre qui m'est venu à l'esprit quand j'ai inscrit cet objectif de lire un livre par mois en 2017... Bon, au moins de tout, j'ai enfin lu ce livre qui m'attendait depuis près de 30 ans sur cette bibliothèque aujourd'hui disparue, avec leurs propriétaires...

Conclusions sur l'expérience de lire au moins un livre par mois

Voilà, c'est mon dernier article de revue littéraire de cette année. Il est temps de faire une petite rétrospective...

Alors, quel est mon avis sur cette expérience ? Il est plutôt positif. A l'origine, je trouvais que je ne lisais pas assez. Depuis quelques années, j'étais passé d'un stade d'une dizaine de livres par an à moins de un (celui qu'on commence et qu'on ne finit pas par manque de temps ou d'intérêt). Pourtant, j'ai toujours lu des tas de livres depuis que je sais lire et cet exercice finissait par me manquer.

Le fait de se contraindre à un livre par mois permet de s'assurer un minimum de lecture régulière. En parler dans un article de blog chaque mois me met également la pression pour ne pas lacher le projet. C'est un mécanisme qui se révèle assez efficace car je n'ai pas flanché une seule fois. Je suis d'ailleurs allé plus loin en ajoutant plus d'un livre par mois, surtout au début. C'est la preuve que ma soif littéraire était finalement assez importante.

En guise de matériel, j'ai quasiment utilisé tout le temps ma liseuse électronique qui commence maintenant à dater un peu. Elle se révèle néanmoins très efficace même si, lorsque j'étais en randonnée sur le GR70, j'ai utilisé des livres papiers, plus lourds mais plus robustes. Même s'il s'agit d'un modèle propriétaire (de chez Amazon qui plus est, le mal capitaliste sauvage absolu), je crois que je ne pourrais pas lire autant de livres si je ne disposais pas de ce périphérique. En effet, tout tient dans un petit sac à dos et pèse moins de 250g, le tout pour une bibliothèque entière.

Pourtant, tout n'est pas forcément rose dans cette histoire. A commencer par le temps qu'il faut pour lire. J'ai essayé dans le train et chez moi avant de me coucher. Ce dernier exercice se révèle assez difficile car la lecture a chez moi un rôle apaisant qui finit par m'endormir rapidement. Pas facile de s'accrocher à un livre dans ces conditions. De plus, raconter tous les mois un résumé de ce que j'ai lu est très consommateur de temps. Il faut que j'y consacre entre deux et trois heures par article, ce qui est long. Pour terminer sur ce point, il faut aussi avouer que d'avoir de la pression sur un sujet donne un sentiment d'obligation, de forcing sur mon temps libre qui est une ressource extrêment rare.

Mais finalement, quelle est la qualité de ce que j'ai lu ? Il faut bien avouer que c'était assez hétérogène en matière de contenu: de la littérature moderne américaine, de la science-fiction, du documentaire vulgarisateur, des écrits d'autistes, du manuel d'organisation, etc. Pour autant, je ne regrette pas grand chose. Mes choix initiaux n'étaient pas si mauvais que ça.

Quel est le meilleur livre de cette année ? D'un point de vue littéraire, celui que j'ai le plus apprécié est sans doute l'attrape-coeur de Jérôme Salinger. Je ne saurais dire pourquoi. La Billebaude d'Henri Vincenot a été une vraie surprise d'intérêt pour moi. Il m'en reste une très bonne impression... Enfin, les écrits de Josef Schovanec m'ont particulièrement parlé, une vraie révélation...

Vais-je reconduire cette expérience l'année prochaine ? Je ne saurais dire... Aurais-je autant de temps à y consacrer, rien n'est moins sûr ! Pourtant, je suis tiraillé entre mon désir de lire des choses nouvelles (ma bibliothèque numérique présente encore de nombreux ouvrages que je n'ai pas encore ouverts) et le fait de lire sous la contrainte. Pourtant, je sais que sans cette dernière je n'aurai pas été aussi assidu. Je vais essayer de lire encore 12 livres par an au moins mais en me contentant de faire une revue globale et courte en fin d'année prochaine... C'est le meilleur compromis qui s'offre à moi pour l'instant. A bientôt !

Posted ven. 01 déc. 2017 22:23:39 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois de novembre ce sera le duo des Carpenters.

Oui, je sais, c'est sans doute une référence trop polie, trop sobre par rapport aux goûts des années 2010 mais, ça fait bien longtemps que je souhaite pouvoir les écouter dans leur intégralité.

Ticket to Ride (1969)

Tout commence par l'année 1969, vous savez celle où les Muscle-Cars américains sont au top de leurs performances, l'époque d'Easy-Rider, du rock contestaire, des hippies, tout ça !

Mais 1969, c'est également l'année où sort le premier album studio des Carpenters, duo formé par Richard Carpenter, le frère ainé, à la composition et aux claviers et Karen Carpenter, la soeur cadette, à la voix si troublante. Loin du rock, loin de la soul, c'est un album bien gentillet qui sort en cette année de rupture pour l'amérique triomphante.

Car dès ce premier album, le style doux et un tantinet neutre des Carpenters s'affirme. Pas de cris, pas de guitare criarde, pas de sons trop forts ou de bruits mécaniques. Juste une douceur parfois trop polie. Néanmoins, la sauce marche car cet album représente un bon début.

A vrai dire, la première piste ressemble à un cantique religieux ("Invocation"). C'est très déstabilisant pour un départ. Si vous n'avez aucune connaissance de ce que les Carpenters ont produit, vous pouvez très bien avoir la tentation de balancer l'album à la poubelle. Pourtant, cette première piste a le mérite de poser ce qui fait la force du duo: la voix de Karen, si douce, si tendre et si posée, si claire.

La deuxième piste s'inspire un peu de ce que peuvent produire les Beattles à l'époque (ils sont au sommet de leur carrière). Elle emprunte un peu de ses codes à certaines pistes des Beach Boys aussi. Car en effet, les Beach Boys sont également bien connus à l'époque. Souvent les introductions de voix ressemblent beaucoup aux phrasés des Beach Boys avec leur décalage harmonieux. Les Carpenters arrivent également à le faire à eux deux et ils en abusent souvent dans de nombreuses pistes de cet album. C'était le signe d'une époque.

Mais c'est bien "Somday" qui marque le plus cet album. On y trouve une certaine forme de sérénité, de calme, de rythme doux, sous forme d'une ballade légère qui agrémente les vocalises de Karen Carpenter. Elle se révèle d'ailleurs bien mature pour son âge (elle n'a que 19 ans), au moins dans son expression vocale. J'aime beaucoup cette interprétation tantôt grave, tantôt plus haut perchée.

Pour autant, tout n'est pas si bien organisé sur cet album. Le morceau "Ticket to Ride" est d'ailleurs une pâle copie de ce que les Beattles ont fait. Bon, vous savez ce que je pense des reprises. C'est d'ailleurs bizarre d'avoir nommé l'album avec ce titre...

Une piste comme "Don't be afraid" sonne comme les Beach Boys mais fait un peu un aplat pas terrible non plus.

Non, à mon sens, l'autre piste d'intérêt de l'album se nomme "Eve". Elle se fait encore plus douce et plus solennelle (et donc mélancolique) que les autres. Vous savez que j'aime ce genre de mélodie même si cette piste me semble porteuse d'espoir et pleins de points positifs.

Pour résumer rapidement, ce premier album, un peu trop grave et chaste à mon goût forme quand même un ensemble organisé et qui s'écoute assez bien finalement. Il y a même quelques pistes vraiment au dessus du lot même si la forme religieuse est trop présente. Un bon début vraisemblablement...

Close to You (1970)

Ah, si vous ne devez retenir qu'une seule chanson des Carpenters, c'est bien "Close to You". C'est sans doute leur morceau le plus emblèmatique.

Pourtant l'album commence aussi avec un hit: "We've only just begun". Douce, calme comme une mer d'huile; tout y respire le bonheur, la paix. Cette chanson reprend également la forme courante de ce que les Carpenters vont produire pendant près d'une décénnie. Je vous la recommande.

Autre chanson d'intérêt, la piste 3 "Maybe it's you" qui repose aussi sur une recette éprouvée: une introduction simple qui démarre tendrement, des paroles bienveillantes, un crescendo qui se termine par un duo vocal d'harmoniques, le tout servi par une mélodie simple qui se termine par un final très instrumenté, fleuron d'instruments à cordes en concert triste.

Bon parfois, certaines pistes s'essayent à autre chose et on retrouve des ensembles assez moyens qui reprennent les codent de la musique country par exemple comme dans "Reason to believe". La reprise de "Help" des Beattles est également une merde, disons-le clairement !

Par la suite, on retrouve "Close to You", un monument à elle seule dont je vous conseille l'écoute. La voix de Karen fait vraiment la différence sur cette piste, le refrain en harmoniques, l'introduction simple au piano jouent également pour beaucoup.

La piste qui suit, "Baby it's you" commence plutôt mal mais son refrain est mélodiquement une excellence. Rien que pour ça, ça vaut le coup d'écouter l'album. D'ailleurs la piste "Crescent Moon" en reprend les mêmes codes et du coup, on peut bien l'écouter aussi.

Au final, grâce à sa paire de tubes, ce deuxième album des Carpenters est une vraie réussite. Leur style s'est enfin relaché de l'aspect religieux et même si on reste dans quelquechose d'hyper-consensuel, les mélodies valent leur lot d'écoute.

Carpenters (1971)

Un an après "Close to You" sort un album qui sera encore plus une réussite pour les Carpenters. En effet, l'album éponyme du groupe est également un bon arrangement, un album à garder dans un coin pour plus tard...

La première piste, "Rainy Days and Mondays", toujours très douce, présente un refrain assez mélodieux. Je finis par croire que c'est ça la force des Carpenters: si la musique reste gentillette, le refrain est toujours entraînant et on a plaisir à le chanter. Il marque ainsi les esprits ce qui permet d'apprécier le contenu de nombreuses pistes.

Si la deuxième piste "Saturday" est décidément trop niaise et mielleuse, les 4 prochains morceaux sont franchement des tubes. En effet, "Let Me be the One", "Hideway" et surtout "For All We Know" et "Superstar" sortent du lot. Ils fonctionnent tous sur la recette du super refrain... et ça marche assez bien. La voix de Karen Carpenter nous transporte véritablement dans un monde rassurant. En écoutant ces pistes au bureau, je me sentais vraiment apaisé et calme. Tout respirait l'amour, la volupté, la bienveillance. C'est sans doute ça la force des Carpenters...

Pour résumer, cet album est encore meilleur que le précédent qui était déjà très bon. Que va-t-il se passer sur les autres ?

A Song for You (1972)

Toujours à un rythme effréné, les Carpenters sortent un album après un an de travaux. Comme sur les autres albums, on prend ce qui marche et on réutilise les bonnes vieilles recettes.

Du coup, l'album est lui aussi plutôt une réussite, d'ailleurs bien introduit par "A Song For You". Toujours un refrain percutant, une mélodie douce, une voix grave mais tendre, agrémentée cette fois d'une touche nostalgique de saxophone.

Comme il s'agit d'un bon album, autant aller à l'essentiel: les meilleures pistes:

  • "Hurting Each Others": elle démarre très doucement mais le refrain prend une cause percutante, dynamique.
  • "It's Going To Take Some Time" se lance assez maladroitement avec quelques note de piano pas terrible mais, on retrouve toujours ce refrain typique.
  • "Goodby To Love", sans doute la meilleure piste de l'album est proche de la perfection d'un "Close to You" (sans l'atteindre). L'introduction est directement très bonne et bien entendu le refrain, simple, nous emporte encore plus loin. Vient enfin l'apothéose, à la guitare électrique; suprenante mais harmonieuse.
  • "Bless The Beasts and Children", toujours pour son refrain criant mais si délicat.

Encore un bon album, un de plus... Mais à la fin, ils finissent par tous plus ou moins se ressembler. Ça peut devenir lassant en faisant une écoute intégrale. Pour autant, pris séparément, ces albums sont très bons...

Now and Then (1973)

Encore une année de plus et un nouvel album. C'est sans doute le plus connu de tous car il abrite deux des trois chansons les plus connues du duo: "Sing" et "Yesterday Once More".

"Sing" qui ouvre l'album est également un monument des Carpenters abusant de la même recette: une introduction simple, un zeste de piano, une mélodie entraînante, la voix de Karen, si claire et un refrain qui tue. Parfois, on s'approche du miracle avec ces ingrédients simples. Tout ça pour la gloire de la chanson...

Plus triste mais plus glamour et jazzy, "This Masquerade" s'écoute plutôt bien après "Sing". Ce rythme un peu différent fait du bien à l'album, une espèce de respiration.

"Heather" est un morceau complètement musical (pas de paroles) plutôt bien arrangé et qui met en avant Richard Carpenter.

En attendant, "Jambalaya" est une pure merde, une masquarade sans intérêt. Franchement, si vous vous attardez dessus, vous finirez par jeter l'album par la fenêtre, ce qui serait dommage.

On arrive enfin à la grande piste: "Yesterday Once More" ! Je suis sûr que vous avez entendu ces Chalalalas ! Claude François en a fait une reprise assez mémorable (qui ne vaut pas l'originale bien sûr mais qui mérite une certaine forme de respect honorable). Avec un brin de nostalgie, les Carpenters signent une grande musique si percutante. Moi, j'aime beaucoup...

En revanche fuyez "Fun, Fun, Fun", une reprise des Beach Boys franchement nulle. En 1973, ça fait presque 10 ans qu'elle est sortie. Même punition pour "Da Doo Ron Ron" qui fait pitié.

Les pistes qui viennent en revanche, marquent le début d'un truc pas terrible: elles sont courtes, beaucoup plus rythmées et les arrangements sont franchement niais au possible. C'est une partie que j'évite comme la peste: ça pourrait me transformer en bisounours !

A la fois le meilleur comme le pire, voilà ce qui pourrait caractériser "Now and Then"... Le début de la chute ?

Horizon (1975)

"Horizon" est sans doute l'album le plus doux produit par les Carpenters. Si vous avez besoin de tendresse et d'affection, je vous le conseille. il prend même parfois des accents jazz très bien faits.

La piste d'introduction "Aurora" fait écho à la piste finale "Eventide". Elles empaquètent l'album pendant 1:33 chacune et annoncent la teneur de l'album: la quiétude.

La deuxième piste, intitulée "Only Yesterday" dispose d'une bonne introduction même si j'apprécie moins son refrain trop country à mon goût. Mais ça reste une bonne chanson.

Je suis désolé mais j'ai déjà entendu "Desperados" chez d'autres groupes (oui, j'ai écoute le groupe The Eagles, je l'avoue) et cette chanson me va mal... "Please Mr Postman" est, on doit bien l'avouer, un monument de niaiseries qui ont vécues... et qui sont devenues rances.

En revanche, j'ai pleinement apprécié "I Can Dream Can't I?". Elle est tellement jazz qu'on aurait pu faire chanter Frank Sinatra dessus sans que ça choque le moins du monde. J'adore ce style et c'est bien dommage que les Carpenters ne se soient pas davantage penchés sur ce registre. Cette voix si claire était sans doute un moyen d'interpréter de bonnes chansons, classiques et classieuses.

"Solitaire" est franchement une excellente piste bien servie par une introduction à la douceur infinie. Le refrain, franc et entier, vous emporte vers les cieux d'un seul battement de cil.

Pour "Happy", le seul truc qui me chiffonne, c'est justement le refrain qui est trop puissant et qui fait tâche dans l'album qui nous a habitué à plus de sérénité.

Toutes les autres pistes sont plutôt d'intérêt et au final, je trouve cet album d'une assez bonne qualité. Il est plus en douceur d'une manière générale et ça va bien au duo.

A Kind of Hush (1976)

Disons-le tout net, l'album commence de manière assez moyenne: la chanson éponyme "A Kind Of Hush" est un mix entre le générique de Benny Hill et un ersatz de synthétiseurs, mélangé avec un zeste de musique country. L'ensemble n'est pas si mal que ça mais j'avoue que je déteste le refrain qui est trop entraînant, trop simpliste.

Heureusement, la deuxième piste, "You", rattrape tout. Elle est une pure production des Carpenters, dans les canons que j'ai décrit plus haut. Toujours le même refrain qui tue, propulsé en amont par une poussée lyrique de Karen Carpenter. Non, vraiment cette piste est sans doute la meilleure de l'album.

L'autre piste d'intérêt de cet album se nomme "I Need To Be in Love", réalisation ultra-classique, dans la lignée des albums précédents. "One more time" et "I have you", un peu en retrait, restent de bons exemples de douceur, avec un soupçon de trop de miel, encore une fois. "I can't smile without you" s'en sort un peu mieux, voire même plutôt bien, si on prend le temps de la savourer.

Mais, pour le reste, c'est plutôt la déception. En effet, les Carpenters essayent tant bien que mal de changer de registre et ça ne se passe pas très bien. Trop de rythme, trop de niaiseries, trop de miel, des rythmes qui ne leur vont pas bien.

Pour résumer, je ne sais pas si c'est l'impression de déjà vu (entendu plutôt), mais cet album commence à me lasser sérieusement. Globalement, je le trouve en dessous des autres. Serait-ce le début de la fin ?

Passage (1977)

Encore une année, un album pour le duo. Quand on sait qu'ils font également des concerts en parallèle, c'est un peu épuisant non ?

A la fin, ça finit par laisser des traces. En effet, "Passage" est un album avec moins de pistes que sur les albums précédents, il n'y en a que 8.

Cet album esquisse un très léger changement dans la politique de production des Carpenters. La recette traditionnelle reçoit en effet un peu d'épices, notamment au niveau des rythmes et des instruments. De ce fait, au final l'album est moins bon, malheureusement.

Les 3 premières pistes font un peu illusions surtout la bien nommée "I just Fall in Love Again". En effet, cette dernière aurait pu intégrer l'album "Now and Then" car elle comporte tout ce qui fait le style Carpenters: de la douceur, une introduction douce et un refrain explosif. C'est la meilleure piste de l'album, à n'en pas douter.

Mais le reste s'avère moins savoureux. La reprise de "Don't Cry For Me Argentina" en est une illustration assez criante. Commencée comme un atelier lyrique, elle fait pâle figure lorsque Karen pose sa voix. Le mélange ne prend tout simplement pas. Pour les autres pistes, le rythme est trop rapide, la voix trop aigue, la mélodie trop entêtante, trop simpliste.

Pour résumer, "Passage" est un album moins bon que les précédents. On sent une certaine baisse de la qualité dans le duo depuis quelques années. Ils arrivent toujours à sortir des tubes mais il manque sans doute une forme de génie créatif perdu quelquepart.

Christmas Portrait (1978)

Bon, vous savez ce que je pense des albums de noël: c'est généralement de l'excrément, un truc tellement mielleux et niais que ça colle aux doigts et ça finit par coller aux oreilles et à les boucher.

Tradition oblige, ce n'est pas mieux pour les Carpenters. Oubliez-donc cet album, ne l'achetez pas sauf pour faire chier vos invités du 25 décembre !

Made in America (1981)

C'est le dernier album studio de la fratrie Carpenters. En effet, Karen Carpenter meure à l'âge de 33 ans, des suites d'une anorexie chronique. Elle était descendue à un poids trop faible pour survivre.

Que peut-donc donner un groupe, qui a démarré dans les années 70 en faisant de la musique des années 50 dans les années 80 et leur sound system bien particulier ?

Hé bien, le moins qu'on puisse se dire c'est que les Carpenters restent fidèles à leur crédo. Après plus de 10 ans de carrière et de très bonnes ventes d'albums, le groupe a trouvé son public. Donc pourquoi changer ?

Ainsi "Made in America" commence par la piste gentille de "Those Good Old Dreams". Calme, dans la lignée pure du style du duo. Sans aucune accroche des années 80 ou d'un autre courant musical.

Pourtant, même dans une bulle, impossible de ne pas s'inspirer de l'ambiance existante. C'est finalement une pointe de synthétiseur qu'on retrouve sur "(Want You) Back In My Life Again" qui nous met la puce à l'oreille. Les choeurs et les voix d'accompagnement s'inspire aussi de ce qui se fait à l'époque. On retrouve aussi ce style sur "Touch Me" avec un solo de saxophone so eighties. Mais c'est tout ce qu'on trouvera comme concession musicale.

Le reste, c'est du pur Carpenters... Mais que donne-t-il, ce dernier album du duo ? Dans l'ensemble, je le qualifierais d'intéressant. Il ne contient pas vraiment de tube ou de hit mais quelques pistes d'intérêt. D'une manière générale, il n'y a d'ailleurs pas grand chose à jeter. Toutes les pistes ont leur intérêt, en dehors de la niaise "BEachwood 4-5789".

J'ai même apprécié "Because We Are in Love (The Weddin Song)" pour sa pureté. Je peux encore citer "Strenght of a woman" qui me fait penser à Whitney Houston dans son expression ou encore "I Believe You", plus solennelle.

Je m'attendais à pire. En général, les derniers albums qui précedent la mort d'un membre du groupe sont plutôt mauvais car la mort est souvent causée par une maladie ou la prise de drogues. Mais là, ce n'est pas le cas.

Ce que je retiendrai des Carpenters

Quand j'étais plus jeune, je pensais que les Carpenters était un groupe des années 50-60. J'étais loin d'imaginer qu'on pouvait adopter un style aussi consensuel pendant les années 70, années soul, années rebelles, années funk.

J'ai finalement pas mal d'admiration pour leur production, dans son ensemble. Dès le premier album, le ton est donné. On sait qu'il sera simple, poli, calme et gentillet. Mais, une fois ce premier constat passé et en tendant un peu l'oreille, on trouve des choses intéressantes. Je me suis surpris plusieurs fois à siffler les airs de quelques morceaux entêtants comme "Sing" ou "For All We Know".

Néanmoins, il me reste un certain malaise à exprimer. En effet, il m'est arrivé de me sentir mal après avoir écouté les dix albums à la suite. Sans doute trop de douceur, de molesse, de miel finissent par engourdir mon encéphale. Pour autant, ce n'était pas un problème de nostalgie ou de mélancolie comme j'ai pu en rencontrer chez d'autres interprètes... C'est sans doute ce que je retiendrai des Carpenters: on peut écouter un album de temps en temps mais avec parcimonie.

Au final, un bon double best-of des familles devrait suffir le plus souvent à faire le tour du duo ces artistes. Mais ça valait bien le coup de vérifier en écoutant toute leur production.

Encore un mois d'écoute pour cette année 2017. Je me suis prévu l'écoute de Stevie Wonder et de ses presques 25 albums studio: ça va faire mal parce que ça va être long... mais ça va me faire du bien à écouter, je le sais d'avance !

Posted mar. 28 nov. 2017 21:09:25 Tags:

Introduction

Comme au mois d'octobre, je continue mon périple littéraire pour cette année et pour le mois de novembre, j'ai enfin pris le temps d'ajouter un Jack London à ma collection politique. En effet, j'avais déjà lu le "Peuple de l'Âbime" il y a quelques années qui est un reportage journalistique engagé sur les "pauvres" dans l'Angleterre industrielle du début du 20ème siècle. Cette fois, je me suis rabattu sur "Le talon de fer", un ouvrage de fiction politico-économique d'un grand intérêt (enfin, pour moi).

L'histoire

Pour faire un "pitch" rapide, le livre est en fait le journal de bord d'Avis Everhard, de sa recontre avec son futur mari Ernest Everhard jusqu'à sa disparition accidentelle, dans la lutte contre l'organisation du Talon de Fer.

Il raconte, de manière fictionnelle, la montée du socialisme dans l'amérique du début du 20ème siècle, en présentant la montée en puissance d'Ernest Everhard, un leader socialiste et en décrivant la lutte politique puis révolutionnaire qui s'en suit.

Au début, le couple se rencontre lors d'une soirée mondaine où le père d'Avis a invité des personnes de bonne compagnie et un invité à part, Ernest Everhard, un ancien ouvrier devenu philosophe socialiste. Dès le premier chapitre, ce dernier démontre que le système politico-économique réduit des hordes de personnes pauvres à une précarité dangereuse dont ils ne peuvent se sortir vivants. Un a un, il démonte les arguments de ses opposants et prédit l'arrivée d'une révolution socialiste, seul moyen de changer le cours des choses.

Car le système capitaliste exposé dans le livre est un capitalisme débridé, comme à notre époque mais sans aucune forme de protection sociale. Il a également la particularité d'être organisé autour d'une oligarchie concentrée autour de quelques trusts emblématiques (chemins de fer, charbon, métallurgie, etc). Cette oligarchie, dénommée Talon de Fer par Jack London s'est donné l'objectif de soumettre la majorité de la population pour en tirer un bénéfice intéressant pour cette petite caste. London, via la voix d'Everhard présente les choses de manière assez crue: le Talon de Fer n'a aucune considération de ses esclaves et pour ces derniers, la survie passe forcément par la rébellion, il n'y a pas d'autre alternative entre la mort et la lutte.

Everhard prédit une révolution socialiste pour renverser les trusts et établir un système qui empêchera toute possibilité de reconcentration du pouvoir et des moyens dans une forme oligarchique.

Petit à petit, les prédictions d'Everhard se réalisent: le Talon de Fer s'organise, mine petit à petit les lois, créé une milice dédiée, traite avec la classe moyenne pour affaiblir encore plus les prolétaires (ceux qui ne possèdent que leur force de travail pour toute richesse, c'est à dire, ceux qui n'ont rien et qui doivent bosser pour ne pas crever de faim).

Le père d'Avis et un évêque, connaissance de la famille, sont attirés par les théories socialistes et tentent de les appliquer mais ils se rendent compte qu'ils sont exclus de plus en plus de la classe dominante. L'évêque finit ainsi à l'asile et le père d'Avis disparaît mytérieusement

Enfin, la révolution éclate lorsque les élections qui ont fait gagner des sièges aux socialistes et aux ruraux (les Grangers) sont annulées: on les empêche tout simplement de siéger. Un attentat préparé par le Talon de Fer éclate au Congrès et les socialistes sont accusés. S'en suit une répression sévère, dans le sang avec un affrontement immense où de nombreuses personnes meurent.

Très vite, la contre-attaque s'organise. Avis se cache, Ernest est mis en prison puis libéré par ses compagnons. S'en suit une scène apocalyptique à Chicago qui est le siège d'une tentative de révolution socialiste durement matée à coup de mitrailleuse par le Talon de Fer.

Le livre se termine de manière abrupte. La dernière note mentionne qu'il s'agit des dernières lignes d'Avis Everhard avant sa disparition fortuite. Ses dernières lignes répetent sa confiance dans la lutte contre le Talon de Fer et son système capitaliste et dans le triomphe irrémédiable du socialisme.

Quelques réflexions

Le livre est franchement bien rédigé. Pendant très longtemps, j'ai cru qu'il s'agissait d'un reportage politique du début du 20ème siècle, contemporain de la fin de vie de Jack London. En effet, tout avait l'air de décrire la montée du socialisme aux États-Unis vers 1912-1916 (oui, je ne maîtrise pas bien l'histoire de ce pays à cette époque cible). Ce n'est qu'à un moment où l'action de rébellion véritable a été lancée que j'ai enfin compris que ce n'était que de la fiction. C'est dire si le récit de London est précis.

Dans le début de sa vie d'adulte, London adhère au parti socialiste et, dans ce livre, il reprend quelques-unes de ses théories déjà esquissées dans le Peuple de l'âbime, à savoir que l'état de pauvreté profond d'un grand nombre de personnes est en fait orchestré par le système politico-économique, dans l'intérêt de quelques-uns. Mais cette fois, plutôt que de simplement dénoncer, London propose un projet de révolution voire tente même de démontrer que cette révolution est incontournable. En effet, dans cette époque, il n'y a aucune loi sociale. Un ouvrier qui a un accident du travail est simplement renvoyé car non opérationnel. Il finit par mourrir de faim, à l'écart de la société, y compris des autres prolétaires tant ces derniers n'ont pas le temps d'avoir une vie sociale. Les enfants sont également incorporés au travail de manière assez radicale et crue.

Les prolétaires ne possèdent rien et vivent de manière misérable. Tout accident ou erreur de leur part est durement sanctionné par la mort de faim qui survient assez vite.

L'hypothèse de London dans le livre est que le système capitaliste tend à concentrer la richesse aux mains d'une oligarchie qui s'accapare tout: l'argent, le pouvoir; et dont l'objectif est la domination totale. Mais il y a une différence avec ce qui s'est réellement passé dans l'histoire économique des États-Unis d'Amérique. En effet, il y a eu une grosse loi anti-trusts. Alors que dans le livre de London, le mal prend justement racine dans les trusts qui finissent par bloquer tout le système politique qui pourrait nuire à leur survie. Ce n'est pas le cas (enfin, pas trop) dans notre société actuelle qui a su, un minimum, déconcentrer le pouvoir de quelques grosses firmes. Évidemment, si on suit la théorie de London, on peut presque dire que le fait d'accorder un pouvoir fort aux trusts est quasiment la source de tout le mal économique.

Ce qui a aussi attiré mon attention, c'est l'ironie de l'Histoire. En effet, Everhard présente le système socialiste comme le seul idéal capable de renverser le capitalisme et de faire en sorte qu'il ne puisse nuire à nouveau, en proposant un système politique complet, fondé sur une société sans classe. Pourtant, si on compare avec l'Histoire réelle, on ne peut qu'être choqué de constater que les systèmes socialistes ou communistes que nous avons connus étaient, pour la majorité d'entre-eux, des oligarchies sévères, constituées de quelques membres qui avaient le pouvoir et les richesses (les datchas, les Volga Gaz, etc.). Je suis sûr que London aurait répondu en disant que ces oligarchies ne sont pas socialistes mais qu'il s'agit de la dernière tentative de survie du Talon de Fer: prendre la forme d'une révolution socialiste pour ne pas mourrir tout en conservant l'oligarchie dans les faits, mais pas dans les principes.

A un moment du passage du livre, Everhard explique comment le Talon de Fer organise la famine pour mieux se débarrasser des prolétaires et de la classe moyenne, en cours de rébellion. Là encore, si on regarde l'Histoire, on se rend compte que les communistes russes et chinois ont utilisé les mêmes méthodes: les grandes famines de 1936 en sont la meilleure illustration; ce qui est assez paradoxal... Bon, de toute manière, si vous croyez que le communisme c'est ce qui s'est passé de 1917 à 1991 en URSS, dites-vous bien que vous vous trompez. Le communisme, c'est juste la propriété commune des moyens de production. Pas d'oligarchie, de concentration de pouvoir, d'autoritarisme, de goulag, de privation de libertés là dedans. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe du côté des Kibboutz israéliens pour s'en convaincre...

Néanmoins, ce que dénonce London et qu'il utilise comme argument imparable pour annoncer l'évènement du socialisme et finalement bien ce qui a été compris et incorporé au système capitaliste, sans doute pour assurer sa survie. En effet, aujourd'hui, il existe une protection sociale, certes toujours remise en question mais bien présente. C'est la principale différence entre le système que décrit London qui est, effectivement invivable pour la majorité du peuple, et le monde de 2017 sur la Terre. C'est cet ajout de socialisme dans un système économique tranchant, dur, inégal mais finalement assez stable, difficile à bousculer qui fait toute la différence; qui amène à un monde à peu près vivable pour la majorité. Bon attention, ce n'est pas parce que quelquechose est stable que c'est forcément une bonne chose (vous pouvez rester stable, dans une flaque de merde, sans pouvoir vous en sortir. C'est stable: vous avez tendance à rester au même endroit, mais c'est aussi la merde !) !

Ma réflexion finale, à la lumière du monde que décrit London, sera de dire que tant que le système capitaliste conservera une bonne part sociale, il ne trouvera guère de système alternatif, il saura conserver un intérêt de la majorité pauvre, privée de pouvoir. Espérons que les politiques n'oublient jamais cet élément sinon, l'horreur du Talon de Fer ne saurait que se reproduire. A partir de maintenant, je désignerai par "Talon de Fer", cette forme de capitalisme sauvage, débridé, complètement non adapté à la survie d'un grand groupe humain sur cette planète !

Conclusions

Le livre se lit très facilement et il est bien écrit. Il dispose de nombreuses notes de bas de page (que j'ai consultées). Ces notes apportent une véritable impression de réalité historique au récit. En effet, la manière dont elles sont rédigées laisse penser qu'elles sont des résumés de situations qui se sont réellement déroulées dans les faits. Néanmoins, vers la moitié du livre, on se rend compte qu'il n'en est rien. Je vous conseille de toutes les lires, on se dirait dans Wikipédia.

Par ailleurs, en homme du monde occidental capitaliste "triomphant", je n'ai pas vraiment eu accès à de la fiction socialiste de cette nature dans ma jeunesse. C'est très frais de lire un livre où on tente de démontrer que la lutte des classes a une véritable explication, une origine sérieuse. Le récit permet d'imaginer un autre monde, bien différent de celui que nous avons l'habitude de cotoyer. Ainsi, c'est une histoire bien disruptive, à mi chemin entre la fiction et une réalité possible. Mais j'aimerais que cette réalité ne prenne jamais forme !

Bon, encore un livre, un mois et mon projet de lire au moins un livre par mois pour l'année 2017 sera rempli et achevé. Je dois donc terminer au moins le livre "Un animal doué de raison" de Robert Merle. Souhaitez-moi bon courage camarades...

Posted sam. 18 nov. 2017 17:23:39 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois d'octobre, ce sera le groupe des "Eurythmics".

C'est un groupe des années 80, assez célèbre à cette époque, qui a marqué un peu son temps. C'est à cette période que je l'ai rencontré, enfant abonné au Top-50 sur Canal+.

Cela fait quelques années que j'écoute de temps en temps, par nostalgie, quelques pistes les plus célèbres des Eurythmics. J'ai toujours trouvé qu'Annie Lennox avait une voix extra-ordinaire.

Mais, je n'avais jamais pris le temps de voir tout ce qu'ils avaient produit pendant leur carrière assez courte qui a duré à peine un peu plus de 10 ans.

Allez, je vous ramène dans les "eighties", ça ne peut faire de mal !

In The Garden (1981)

Premier album du groupe "Eurythmics", composé d'Annie Lennox au chant et de Dave Stewart à la composition et à la guitare, "In The Garden" n'aura pas marqué les esprits.

En effet, l'album n'a pas très bien marché même si, pour ma part, je ne le trouve pas si mauvais. Il annonce assez bien ce que seront les futures productions du groupe.

On y retrouve beaucoup de sons synthétiques, électroniques, la voix bien posée d'Annie Lennox qui peut évoluer dans plusieurs octaves sans problème, une mélodie complexe et très instrumentalisée (avec de nombreux instruments différents). L'ensemble est un peu sombre pour ce premier album mais je trouve que c'est un bon début.

Les quelques pistes que j'ai remarqué sont les suivantes: * "English Summer": une ballade sombre avec une voix assez grave, des sons riches mais sur un registre un peu monocorde; des bruits d'insectes, une mélodie monotone. Mais ça reste pas mal. * "Belinda" est, de son côté plus musclée et plus rythmée. Annie Lennox continue a évoluer sur un registre grave qui lui va assez bien. La mélodie reste simple mais dynamique. * "Take me to your heart" est une ode aux sons synthétiques 8-bits dont le groupe est profondément marqué. Ça ressemble au générique de "The Legend of Zelda" avec une mélodie simple. Vraiment très années 80. A l'époque, cette musique devait passer pour avant-gardiste. Bon, ce n'est plus le cas aujourd'hui mais pour ceux qui ont été marqué par ces sons si typiques, ça s'apprécie. * "All the Young People", mélodie assez groovy et plate mais plutôt bien constituée. Assez calme et pleine de sérénité.

En revanche, "Sing Sing" est une merde méchante: les paroles sont en français sur une mélodie hyper-répétitive et abrutissante. On dirait une complainte de débile mental. Même en étant autiste, j'ai du mal !

Il faut du temps pour finir par apprécier cet album, son appropriation n'est pas immédiate et il n'a pas vraiment de tube. C'est sans doute ce qui a fait qu'il a été mis de côté assez rapidement. Néanmoins, je vous conseille de prendre le temps de l'écouter plusieurs fois avant de le jeter, ça finira par venir...

Sweet Dreams are Made of This (1983)

Enfin le début du succès avec cet album. C'est surtout la chanson éponyme qui a permis au groupe d'être enfin connu et reconnu. En effet, c'est presque la chanson qui représenterait à elle seule le groupe dans toute sa composition.

Pourtant, l'album débute avec "Love is a stranger", un single de l'année précédente qui n'a pas marché. Il est d'ailleurs un peu bâti sur la même structure que les morceaux de "In The Garden": du 8bits, de la répétition, du monocorde, du synthé en veux-tu, en voilà. Pourtant la chanson est plutôt pas mal, pas un carton mais un jalon, certainement.

Après ce bon début, il y a pourtant de quoi s'inquiéter: à part "The Walk" qui attire un peu mon attention et bien sûr, "Sweet Dreams", l'album est vide. Les pistes n'ont aucun intérêt. Elles sont soit trop niaises, soit trop électroniques, froides, avec une mélodie plate. Rien qui fait vraiment vibrer l'oreille ou le coeur.

Pour autant, qu'est-ce-qui peut expliquer le succès de "Sweet Dreams". Je dirais d'abord qu'il s'agit de la mélodie principale, un peu entêtante, simple mais percutante et harmonieusement liée à la voix d'Annie Lennox. On reste sur du son électronique, presque du 8 bits; la chanson est sur un registre assez grave mais plus dans les aigus, et le rythme change tout. Ce dynamisme fait toute la différence ainsi que les choeurs et les cris de l'interprète. C'est une recette finalement assez différente de ce que le groupe a produit pour l'instant même si les ingrédients sont tous issus de la même origine que les autres morceaux de l'album ou de l'album précédent.

Dans tous les cas, je crois qu'on peut résumer cet album par son seul hit qui a percé et qui marque le meilleur du savoir-faire de Eurythmics. Que va donc donner la suite ?

Touch (1983)

L'album commence assez bien avec un sacré hit: "Here Comes the Rain Again". On retrouve les mêmes choses que dans "Sweet Dreams": du rythme, des sons électroniques au service d'une mélodie percutante, une voix plus aigue pour la chanteuse, une certaine forme de dynamisme dans l'instrumentation. Pour cette occurence, on trouve en plus le son d'instruments plus classiques dont un couple de cordes qui servent assez bien le côté dramatique de la chanson. Dans tous les cas, voici une des meilleurs chansons du groupe.

Mais est-ce-que tout va se passer comme sur l'album précédent, à savoir qu'il n'y a qu'une seule piste d'intérêt. Et bien, pas tout à fait. D'abord, on trouve une peu de nouveauté avec "Right By Your Side" qui sans être un tube s'écoute plutôt pas mal. Le rythme est très rapide et la joie (un poil niaise) transparaît assez bien.

"Cool Blue" est également une évolution intéressante même si elle prend un peu plus de temps à s'apprécier. Encore une fois du rythme, des isntruments électroniques. Mais ce qui l'empêche de marquer l'esprit, c'est l'overdose de sons divers et variés qui dessert la mélodie un peu répétitive et agaçante mais pourtant digne d'intérêt. Dans tous les cas, ça sonne bien années 80.

On arrive enfin à l'autre tube de l'album, un peu en retrait par rapport à "Here Comes The Rain Again". "Who's That Girl" est effectivement taillée sur "Sweet Dreams" avec un rythme plus lent, plus monocorde, plus dans les graves mais la chanson est rehaussée par une mélodie plus travaillée avec laquelle la voix d'Annie Lennox s'accorde parfaitement. Clairement la deuxième meilleure pistes de l'album.

Pour terminer l'album, deux pistes ont retenu un peu mon attention. Il s'agit de "The First Cut" et de "Paint a Rumour". Elles sont construites un peu de la même manière même si les mélodies sont très différentes: on y trouve du 8 bits qui semble sorti tout droit du générateur synthétique d'une Nintendo NES, de la répétition, un air entêtant, voire abrutissant... Mais ça s'écoute plutôt bien.

Pour résumer l'album, on peut dire que comparativement à "Sweet Dreams", ça s'améliore globalement. Il y a plus de chansons qui valent le coup, sans atteindre un niveau extraordinaire.

1984 (For the love of Big Brother) (1984)

En 1984, l'année terrible dépeinte par Georges Orwell dans son roman éponyme, sort l'album 1984, destiné à fournir la bande originale du film éponyme. Que vaut donc cet album ?

Après l'avoir écouté de nombreuses fois, je dois avouer qu'il est plutôt bon. Les pistes sont vraiment entraînantes et me semblent bien en phase avec le récit d'Orwell, même si je n'ai pas vu le film de l'époque.

A part "Ministry of Love", toutes les pistes sont très intéressantes. Il n'y a rien à jeter, ce qui en fait plutôt un album très bon pour ce que les Eurythmics ont produit jusqu'à présent.

La meilleure piste est sans conteste "Sexcrime", la bien connue.

Dans tous les cas, tout reste cohérent dans cet album: les rythmes se valent d'une piste à l'autre. On a de la froideur bien servie par la musique électronique; un peu de mélancolie ("Julia" et "Winston Diary"); du rythme ("I Did Just The Same" et "Sexcrime"). Vraiment pas mal cette production.

En conclusion, 1984 est encore un cran au dessus de l'album précédent même s'il présente un titre majeur qui monte moins haut en valeur que la chanson "Sweet Dreams" ou "Here Comes The Rain Again". Néanmoins, c'est le meilleur album que le groupe ait produit depuis ces débuts, sans conteste. Je vous invite à le ré-écouter.

Be Yourself Tonight (1985)

Autre année, autre album... Que va donner "Be Yourself Tonight" ? Et bien je dirai que ça ressemble à du Eurythmics: il y a un hit qui casse tout et efface le reste de l'album même si les autres pistes sont plutôt pas mal.

En effet, "There Must Be An Angel" est un tube incontesté, assez atypique dans la production du groupe. En effet, c'est une chanson très pop, avec beaucoup moins d'électronique, des choeurs quasi-lyriques et très classiques et Annie Lennox chante comme un oiseau, ce qui permet au passage d'admirer sa voix extraordinaire. Le ryhtme n'a rien à voir avec ce qu'on peut trouver sur les autres albums. On pourrait presque dire que ce n'est pas une chanson du groupe tant il y a de contraste avec le reste de l'album. Cela reste une des chansons ultra marquantes du groupe, notamment avec son solo d'harmonica dans la deuxième partie de la piste qui vaut vraiment son pesant de cacahuètes. Pour la petite histoire, c'est Stevie Wonder qui l'interprète (c'est donc forcément super) !

Pour autant, les autres pistes s'écoutent assez bien. Pour cet album, je note que le groupe a quasiment abandonné les sons synthétiques 8-Bits ce qui donne une touche plus "sérieuse" à l'ensemble, plus pop et moins expérimental/électronique. Sans doute l'époque qui voulait ça.

Après quelques écoutes, on finit par apprécier la globalité de l'album qui semble vraiment plus mature avec cette évolution sonore.

Néanmoins, on remarque que Eurythmics a une production souvent centrée autour d'un tube central qui éclipse souvent le reste et ce, depuis de nombreux albums, serait-ce leur signature ?

Revenge (1986)

Décidément, le rythme de production du groupe est à bâtons rompus: nous sommes sur le 6ème album en 5 ans ! Qu'allons-nous trouver ici ?

Pour résumer, disons que le groupe reste davantage dans la maturité, le plus sérieux et plus dans la pop qu'auparavant. Il en résulte toujours un album déséquilibré mais qui progresse en qualité.

Car en effet, cet album héberge le hit absolu à mon goût des Eurythmics: "The Miracle Of Love", ode magique à l'amour, d'une tendresse absolue; décidément en contre-exemple du reste des productions du groupe. C'est la traditionnelle chanson atypique de chaque album ! Si vous ne deviez retenir qu'une seule chanson des Eurythmics, c'est celle-là ! Mais sachez qu'elle n'a rien à voir avec le reste...

On y trouve une Annie Lennox prophétesse, un Dave Stewart au jeu de guitare extraordinaire, une composition instrumentale très mature, capable de mélanger un erzats d'électronique avec des instruments classiques, servie par une mélodie très sentimentale qui impose le respect, à l'égal d'un chant religieux, transcandé par les choeurs aigus et artificiels d'Annie Lennox et par le solo de guitare électrique de Dave Stewart. Un pur bonheur sur près de 5 minutes...

Bien évidemment, après ça, difficile de trouver une piste qui crève l'oreille ! Comme pour l'album précédent, on a droit à une leçon de pop. Les pistes sont bien rythmées, assez cohérentes si on enlève "The Miracle Of Love". Encore une fois la production s'est améliorée.

Pour cette fois, j'ajouterai deux pistes d'intérêt: * "When Tomorrow Comes", introduite par des riffs électriques sympathiques et servie par un dynamisme à toute épreuve. La mélodie est également très bonne. * "I Remember You" qui fait crier la chanteuse dans une complainte rythmée.

Voilà, comme à leur habitude, le groupe sort une excellente piste et raccroche le reste comme il peut, même si encore une fois, le niveau de l'album progresse sans conteste par rapport au précédent.

Savage (1987)

Encore une année, un nouvel album pour les Eurythmics. Vont-ils continuer à progresser ? Il fallait bien que tout ça s'arrête à un moment donné.

Car en effet, cet album est une vraie régression, comparé aux autres. Les rythmes sont devenus très mécaniques ce qui casse un peu le côté pop de l'année précédente. Il est donc moins accessible au commun des mortels et la majorité des pistes n'ont pas un grand intérêt.

On retrouve quand même la traditionnelle piste de hit: "Shame" qui est intéressante sans atteindre le niveau des précédents hits. C'est néamoins une piste à garder car son refrain est vraiment entraînant, emblèmatique de ce qu'on pouvait faire dans les années 80, entremêlant synthétiseur à clavier et chanson populaire. Mais il est vrai qu'après avoir produit tant de hits extraordinaires dans les années précédentes, il était difficile d'atteindre la même perfection tous les ans.

L'autre piste d'intérêt est la piste éponyme de l'album, plus calme, plus douce avec son introduction mélancolique. Elle est pratiquement au niveau de "Shame", en étant sur un registre un peu différent. Elle est aussi la seule piste plus pop que mécanique. A force d'écoute, on finit par la trouver agréable.

Mais, l'album est franchement en déséquilibre et sur la pente descendante...

We Too Are One (1989)

Avant dernier album du groupe avant sa séparation, "We Too Are One" est le dernier album de la production non interrompue du groupe (qui se reformera en 1999 pour produire le dernier album).

Bon, c'est encore une fois la déception: je n'arrive pas à accrocher à l'album. Il y a trop de choses qui ont changé. On est plus dans le miel et dans la pop qui commençait à devenir franchement merdique à l'époque. On sent que le groupe est plus mature que jamais mais ce qu'il produit est vraiment trop commercial pour vraiment percer.

Je garderai "Don't Ask Why" à cause du jeu de voix d'Annie Lennox qui reste indestructible. J'ajouterai aussi "Angel" pour son calme olympien et sa bonne structure.

Mais tout le reste est bien fade avec ce que le groupe avait fait auparavant. C'est fini.

Peace (1999)

Ah, cet album, je l'ai entendu à la radio quand j'étais jeune adulte. Je le connais donc plutôt bien, surtout le hit de l'époque: "I Saved The World Again" qui sonne comme un "There Must be An Angel".

Encore une fois, et pour la dernière fois, le groupe fait ce qu'il a l'habitude de faire: un titre majeur entouré de pistes moins géniales mais à peu près cohérentes. La force de l'album reste d'avoir su s'adapter aux productions de l'époque sans tomber dans les merdes musicales de la période "Techno" qui était en plein boom (à mon grand désarroi, je dois dire).

"I Saved The World Again" est dans la même lignée que "The Miracle Of Love" et "There Must Be An Angel". Il est bâti de la même manière, atypique de tout le reste de l'album. Une grande réussite, qui marque les esprits.

Pour le reste, disons que le rythme est plus lent, plus posé que les débuts du groupe. Moins de musique électronique, plus de silences, moins d'instruments, ce qui fait forcément ressortir la voix d'Annie Lennox. Je dirais que pratiquement tous les morceaux sont très nostalgiques, sur un registre de regrets et des mélodies calmes avec un soupçon de pop. Plutôt pas mal pour cette fin des années 90. Car il ne fait pas oublier que plus de dix ans séparent les deux derniers albums des Eurythmics.

Pour conclure sur cet album, je dirai qu'il comporte assez d'intérêt pour le ré-écouter plusieurs fois, afin de bien s'en imprégner. Il est sans conteste bien meilleur que l'album précédent sans atteindre le niveau de "Revenge".

Ce que je retiendrai d'Eurythics

Pour résumer ce parcours musical, je dirais que Eurythmics n'est pas le genre de groupe qui est une usine à tubes. Sur chaque album, on peut extraire une ou deux pistes exceptionnelles. Mais elles sont surtout en décalage avec le reste de la production classique du groupe. Paradoxalement, c'est ce que le public dont je fais parti retiendra le plus: les hits atypiques comme "Sweet Dreams", "Here Comes The Rain Again", "Sexcrime", "There Must Be An Angel", "The Miracle Of Love", "Shame", "I Saved The World Again".

Cette découverte m'a donc permis de trouver un monde musical un peu différent avec de la musique électronique, du synthé 8 bits sympathique, des nouveautés.

Mais au final, peu de surprises et ma conclusion sera de rester aux pistes que je connaissais déjà. On peut donc condenser l'oeuvre du groupe dans un best-of de quelques titres, ça ne posera pas de problème... Les années 80 n'étaient pas si extraordinaires que ça finalement !

Posted sam. 28 oct. 2017 17:09:25 Tags:

Introduction

Comme au mois de septembre, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'octobre, je me suis rabattu sur un peu de lecture, certes américaine, mais bien de pure littérature avec "The Catcher in the Rye" de Jerome David Salinger, publié en 1951, plus connu sous le nom de l'Attrape-coeur en France.

L'histoire

Difficile d'aborder l'histoire de manière frontale. Un résumé vous paraîtrait sans doute fade. Mais il faut bien s'y coller.

Pour faire simple, c'est l'histoire d'un adolescent de 17 ans, nommé Holden Caulfield, interné dans un hopital psychiatrique de l'époque (donc, une institution pas forcément extra-ordinaire, notamment sur le plan des progrès de la psychiatrie moderne) qui raconte les 3 jours de liberté qu'il a pris, un peu avant Noêl, après s'être fait virer de son lycée avant de rentrer chez lui et interné, par la suite.

Ces 3 jours de liberté quasi-totale forment un périple assez riche pour tenir un peu en haleine le lecteur. Après avoir quitté le lycée, Caulfield prend le train pour rentrer à New-York, vers la maison familiale. Chemin faisant, au lieu de se rendre chez-lui, il décide de se louer une chambre d'hotel, de trainer dans des bars, d'aller danser, de boire du whisky (il est mineur donc c'est normalement interdit). Il tente de se taper une prostituée qui finit par l'arnaquer avec son proxénète. Le lendemain, il contacte une de ses ex-petites amies, l'emmène au théâtre puis patiner mais il finit par s'engueuler avec.

Il va se bourrer la gueule dans un bar et décide, après avoir erré dans le froid et fait le tour du lac de Central Park, de rentrer chez lui voir sa petite soeur Phoebe (qu'il semble adorer), âgée de 10 ans, le tout sans éveiller ses parents (il n'est censé rentrer que deux jours plus tard). Il parvient à la voir mais elle comprend qu'il s'est fait virer du lycée et l'engueule. Pour se défendre, il lui dit qu'il va se barrer d'ici.

Il appelle un ancien prof pour que ce dernier l'héberge à la dernière minute (toujours pour ne pas annoncer à ses parents qu'il s'est fait virer du lycée), ce qu'il fait. Mais, pendant son sommeil, il se réveille et trouve le fameux prof en question, en train de lui caresser les cheveux alors qu'il dors. Caulfield se barre de chez le prof et va dormir à la gare. Le lendemain, il essaye de contacter sa petite soeur Phoebe à l'école pour lui dire qu'il se barre de la maison des parents et qu'il va essayer de vivre de petits boulots. Sa condition physique semble se détériorer.

Au dernier moment, sa soeur le rejoint avec une valise lui annonçant qu'elle part avec lui. Mais devant ce rebondissement, le jeune adulte en quête d'émancipation, remet les pieds sur terre, reprend peur et ressent le besoin de retourner à une certaine forme de protection du cocon famillial: il abandonne ses projets de désertion et décide de rentrer au bercail. Il se surprend à adorer voir sa soeur s'amuser dans un manège...

A propos du livre

Je ne suis pas un littéraire de nature. Le style, les interprétations ne m'intéressent pas vraiment. Je préfère relever ce qui m'a vraiment parlé, ce qui a laissé une empreinte, au delà d'une analyse consciente. Je pense que c'est plus révélateur qu'une tentative d'explication ou une artificielle interprétation de la volonté d'un auteur qui aurait pu être mon grand-père mais qui avait dans les 30 ans lorsqu'il a rédigé son oeuvre. C'était une période trop différente de celle dans laquelle j'ai été élevée et le risque d'erreur est bien trop grand.

Bon, j'ai lu le livre en moins de 6h. Il n'est pas très long mais, ce fut le cas pour moi, il est assez "scotchant": une fois qu'on l'a commencé, on a bien du mal à le lacher. Le style est vraiment léger ce qui fait qu'on n'a aucune difficulté à le dévorer. Pas besoin de trop réfléchir aux expressions complexes: il n'y en n'a pas. D'ailleurs ce style est sans doute trompeur. Je suis sûr que si je lis le livre une deuxième fois, je porterais plus d'attention et finirais par prendre plus de temps pour interpréter des éventuels sens cachés.

Tout est écrit à la première personne. Il s'agit d'un monologue de Holden Caulfield qui parle, en continu, pratiquement sans pause, passant d'un sujet à l'autre, en respectant une certaine forme de chronologie. C'est un peu comme si on était dans sa tête car le narrateur donne toujours une tonne de détails sur ce qu'il pense. J'ai clairement ressenti ça dès le début; j'avais vraiment l'impression que mon cerveau s'était glissé dans la tête du personnage et qu'il lisait comme dans un livre ouvert, dans la pensée de Caulfield. Cela rend d'ailleurs la lecture ultra-facile et très abordable.

Le ton de Caulfield est d'ailleurs particulier: il parle comme un adolescent de son époque et, même si j'ai lu la traduction qui date des années 60, ce vocabulaire spécifique se retrouve bien pâtiné par rapport à l'argot de maintenant (que je ne maîtrise pas, ayant près de 40 années d'existence maintenant, je ne maîtrise que l'argot des années 90). Mais moi, j'aime bien ces expressions un peu désuèttes. Ça donne un certain genre. Avec le recul, ça fait presque nostalgique de parler de môme, de dire à tout de bout de champ: "ça me tue". Cela fait partie de l'âme même du livre, du narrateur, preuve que même si les écrits sont figés dans le temps, ils seront toujours vivants dans nos interprétations. C'est un peu comme si je disais que le contenu d'un fichier était différent selon le disque dur où il était stocké. Voilà donc la différence entre le numérique et le cerveau humain...

Autre élément important, Caulfield a une vision assez négative du monde. A l'écouter, il n'aime rien, il y a toujours un défaut et c'est toujours ce défaut qu'il mentionnera. D'ailleurs Salinger lui fait dire, par l'intermédiaire de sa soeur qu'il n'aime effectivement rien. Caulfield a bien du mal, en dehors de sa soeur et de son frère décédé, à marquer une certaine forme de joie. Mais, dans cette vision critique, il n'y a rien de vraiment noir. La nostalgie est vraiment très légère, la mélancolie présente sous forme de soupçons. Pour le coup, cette négativité quasi-permanente passe plutôt bien, elle fait le style de Caulfield et on finit par s'y attacher: on en vient quasiment à attendre la chute fatale de chaque propos.

Mais, au final j'interprète cette vision négative du monde comme un bon début de dépression; affection qui conduirait Caulfield à rentrer dans une institution psychiatrique. De plus, tout au long de son histoire, sa condition physique semble se détériorer: il devient plus faible, n'a plus faim, a des sueurs froides, etc. Sans doute le manque de sommeil, le froid, l'alcool, une certaine forme de solitude et, ce que je perçois comme étant un vrai début de dépression.

Pourtant, prenons des gants: à l'époque, on pouvait sans doute te foutre à l'hopital psy pour pas grand chose, surtout si tu ne respectais pas les règles pré-établies. Donc peut-être que Caulfield, n'a rien de psychotique. Peut-être s'est-il simplement laissé grisé par cette forme de liberté totale dans laquelle, il me semble qu'il ait trouvé une certaine forme d'épanouissement et de plaisir.

A propos de Salinger

Ah, Salinger ! Ce nom m'a toujours sonné aux oreilles et j'ai toujours été intrigué par cet auteur. Aussi, quand j'ai eu la possibilité de mettre la main sur son oeuvre principale et surtout trouvé le temps pour le lire, je n'ai pas hésité.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire de Salinger mais j'ai retenu que c'était quelqu'un d'assez discret. Il a eu du succès vers le début de ses 30 ans, donc assez vite et puis, il n'a pas publié grand chose après. Sa dernière nouvelle date de 1965, il avait 46 ans, loin de l'âge de la retraite donc.

On dit qu'il vivait reclus avec sa petite famille, n'accordant que peu d'interviews et étant complètement coupé du monde. Bon, avec la paye qu'il a engendrée avec "Catcher in the Rye" (qui continue à se vendre à plus de 200 000 exemplaires par an dans les années 2010), il était clairement à l'abri du besoin et comme il devait toujours toucher ses droits d'auteur, je dirais qu'il n'était pas vraiment si coupé du monde que ça, au plus, coupé du monde de la notoriété publique. Mais, après tout, il faisait bien ce qu'il voulait...

En tant qu'auteur à succès, il n'avaient plus vraiment de besoins matériels à couvrir par l'écriture, aussi, il paraît qu'il s'est mis à écrire de son côté, mais en refusant de diffuser ses écrits. Un peu à la manière d'un type qui publie des articles sur son site web mais qui sait qu'ils ne seront lus par personne et qui s'en tamponne: l'essentiel, c'est d'écrire, pas d'être lu !

Ce que je retiendrai de l'Attrape-coeur

J'ai passé un bon moment à lire ce livre. J'en suis encore un peu marqué émotionnellement, par un je ne sais quoi de particulier. Je ne suis pourtant plus un adolescent mais je crois qu'on a tous en nous une part de cet âge si particulier, qui fait qu'on quitte le monde si spécial de l'enfance pour celui plus brut mais plus libre de l'âge adulte. Donc, peu importe votre âge, vous finirez toujours par vous sentir concerné par les propos de Caulfield, c'est la grande force de Salinger d'avoir sû transmettre ces sentiments, au gré du temps qui passe...

Si je devais emprunter le style de Salinger et de cette nouvelle, je concluerais en disant: "Oui, je sais, résumé comme ça, ça ne fait pas forcément super mais, le plus simple serait que vous lisiez par vous-même, parce que comme c'est écrit là dans l'article, ça le fait pas trop; je veux dire, que ça me tue de me relire tout ce fratras de mots... mais bon, c'est comme ça: un bon bouquin, faut que tu le lises tout seul comme un grand et de préférence sur ton pageot, avant d'aller pioncer !"

Posted ven. 20 oct. 2017 23:10:39 Tags:

Introduction

Comme au mois d'août, je continue mon périple littéraire et pour le mois de septembre, je me suis rabattu sur trois livres que j'ai parcouru pendant ma randonnée.

"L'ours qui a vu l'homme" de Charlie Buffet.

Pour résumer, l'auteur étudie plusieurs histoires de relations entre l'ours et l'homme. Les histoires sont intéressantes, en passant par la découverte de la grotte de l'ours, en allant jusqu'à la chasse à l'ours de Knud Rasmussen. Le propos de l'auteur qui est plutôt un journaliste qui rapporte est de dire que l'ours est menacé, surtout par le manque d'espace vital et de territoire qui lui sont dédiés.

Car, c'est également ma théorie, l'être humain tend à occuper 100% de la surface de la planète, comme pour mieux maîtriser cette dernière. Mais chaque fois qu'on construit une barraque, un lotissement, un bâtiment, une route ou un putain de centre commercial à la con pour revendre des produits de merde venus du bout du monde fabriqués par des humains exploités, tout en supprimant les sources de revenus locales, on arrache aussi un pan d'un territoire pour certaines catégories d'animaux sauvages. Ces derniers essaient forcément de s'adapter (on ne leur laisse pas vraiment le choix) et profitant au maximum du nouveau milieu qu'il essaient tant bien que mal de tourner à leur avantage. Ce faisant, ils sont forcément plus au contact des humains, ce qui induit une certaine accoutumance et une réduction de la peur chez les ours pour l'homme (à force de nous voir, ils finissent par s'habituer). En conséquence, les hommes les butent car ils sont "trop proches" des hommes !

En dehors de ces propos qui reviennent souvent dans le livre, j'ai apprécié l'histoire de Grizzly Man que je ne connaissais pas. Apparemment un type nommé Timothy Treadwell s'est mis à vivre parmi les Grizzlys et les Kodiacs en essayant de s'intégrer à leur groupe. Il y est parvenu pendant de nombreuses années jusqu'à l'accident fatal où il se fait dévorer par un mâle nouvellement arrivé sur le territoire. J'avais déjà entendu parler de types qui vivaient avec une meute de loups mais avec des individus aussi dangereux que des Grizzlis, jamais. J'aime particulièrement la relation inter-espèce qui aura toujours un côté magique pour moi (deux êtres d'une espèce différente qui communiquement ou arrivent à vivre ensemble, c'est aussi beau et complexe que la rencontre du 3ème type). Il faudrait que je visionne quelques reportages sur Grizzly Man, cela doit être important.

En matière de style, le livre est très léger et se lit presque d'une traîte. Sans être un truc extraordinaire, "L'Ours qui a vu l'homme" vous permettra de passer un bon moment.

"Contes du Gévaudan" de Félix Remize (alias Lou Grelhet, le grillon)

Comme j'avais terminé les livres que j'avais emmené assez rapidement pendant ma randonnée, j'ai déniché dans la maison de la presse de La Bastide-Puy-Laurent une édition neuve du premier tome des "Contes du Gévaudan", aux éditions Lacour.

Pour information, cet éditeur indépendant qui date de la fin du 18ème siècle imprime des textes plutôt anciens en occitan. L'occitan étant la langue originelle des territoires de la Lozère (et bien plus), il n'était pas anormal que je le retrouve physiquement dans le Gévaudan !

Le livre dispose d'une introduction assez imposante, qui occupe près de 20% du contenu. Pourtant, je n'ai pas esquivé cette partie. En effet, elle présentait en détails l'auteur, Felix Remize, Lou Grelhet en occitan. Ce dernier, ecclésiastique, vivait à Mende au début du 20ème siècle et était le rédacteur de l'almanach de la Lozère. S'en suit une biographie courte de l'auteur par son neveu, une série de témoignages ainsi que des informations techniques sur l'occitan.

Même si je n'aime pas vraiment les langues, surtout celles du sud (trop chantantes à mon goût) j'ai tout lu. La vie de l'auteur est déjà un témoignage d'une grande importance: il permet de rappeler la vie de l'époque et c'était ce qui m'intéressait profondément: essayer d'imaginer la vie en Lozère entre 1850 et 1914. Car depuis, le pays n'a guère évolué que pour se vider encore un peu plus de ses habitants. Il devait donc rester des traces ancrées un peu partout dans le paysage.

La deuxième partie du livre contient les contes et ceux-ci valent leur pesant de cacahuètes. La première partie évoque la vie d'avant. Cette partie est une mine sur la vie rurale de l'époque. Elle constitue un vrai souvenir qui est maintenant devenu une archive. Elle évoque les bonheurs simples d'une vie rude dans un territoire plutôt inhospitalier (il faisait plus froid en Lozère à l'époque). Les enfants jouaient (en fait non, ils travaillaient) à faire les pâtres, une activité assez sympa qui consiste à surveiller les bovins/ovins/caprins dans les prés pour leur faire manger le meilleur de la prairie. Les fêtes racontées en détails semblaient être l'apogée d'un réseau social sans doute plus développé que ce qu'il est possible de faire aujourd'hui avec Facebook !

La seconde partie raconte la vie d'un garnement qui fait les 400 coups. Bon, si on comparait à ce que les jeunes de son âge font actuellement, ça ferait facilement rigoler. Mais à l'époque, ces farces, certes drôles, étaient punies physiquement, de manière assez sèche. Néanmoins les histoires sont sympathiques.

La dernière partie de ce premier tome est un recueil de fables populaires de l'époque (sans doute des adaptations de certaines traditions orales). Le ton est léger mais les histoires dignes d'intérêt car si anciennes qu'elles nous sont étrangères.

En plus, comme le livre dispose d'une page en occitan et de la traduction en français sur l'autre, c'est assez facile à lire allongé sur un côté, en randonnée.

Dans tous les cas, j'ai été assez surpris par ce livre. J'ai vraiment eu du plaisir à lire ces quelques pages, le soir avant de me coucher ou à la pause du midi, le temps que mon âne finisse son déjeuner.

L'auteur est mort il y a longtemps (plus de 70 ans), je me demande si les contes du Gévaudan sont dans le domaine public ou non... sans doute mais pas la traduction en français. Dans tous les cas, il me tarde de commander le tome 2.

"Voyages en Autistan", saison 1 de Josef Schovanec

Voici un livre que j'ai lu deux fois pendant ma randonnée tellement j'étais accroché et tellement ça me parlait.

Je ne présenterai pas Josef Schovanec. C'est sans doute l'autiste le plus connu de France. Il a déjà réalisé nombre d'interviews sur différents plateaux télés, malgré sa réticence naturelle (et qui fait partie de lui) à s'exprimer en public, à rencontrer des personnes inconnues.

Je suis sûr que vous avez déjà entendu cette voix fluette un peu monocorde mais si attachante qui exprime une pensée cohérente avec un ton pince-sans-rire plein d'humour fin.

J'ai abordé ce court ouvrage lors de ma randonnée sur le GR70 (en solitaire mais accompagné d'un âne). Le livre est bien écrit, très simple à lire, il offre de bons conseils et il aide à mieux comprendre qui sont les autistes et leur univers. Il souligne fortement les paradoxes de notre civilisation et de la société occidentale. Josef Schovanec étant assez à l'aise sur le registre de l'humour, on passe de bons moments. Très vite, on sait extraire la sagesse de ses propos.

Mais ce n'est pas vraiment ces constats ou conseils que je retiendrai du livre mais bien quelque-chose de plus personnel. Car, pour ma part, ce livre a fini de me convaincre que j'ai effectivement quelques "traits" autistiques (j'emploie traits et non troubles car pour moi, ce n'est pas un trouble, quelquechose de négatif mais bien une force). Voici quelques-uns de mes constats...

Dès la préface, on présente Josef comme étant une personne qui préfère marcher deux heures pour aller à l'aéroport plutôt que de prendre un taxi à qui il faudrait parler. Pour un non-autiste, ça paraît absurde et, à force de vivre dans une société non adaptée aux autistes, nous avons pris l'habitude de croire qu'il faut forcément entrer en contact avec autrui, que c'est le fonctionnement normal de l'individu normal, donc de tout le monde, qu'il en relève forcément une attitude de politesse, que c'est le principe de base. Pourtant, si j'analyse froidement les faits, voici ce que je constate: pour ma part, j'ai dû prendre deux fois le taxi dans ma vie (une sortie d'hopital à 2h30 du matin et une arrivée dans les cyclades à 2h du matin avec 15km de route à faire avant de rejoindre le gite). Je refuse toujours ce mode de transport et avec le temps, j'ai tellement pris l'habitude de faire sans que ce ne sera jamais un réflexe pour moi que d'appeler un taxi.

Moi aussi, j'hésite toujours à demander à quelqu'un. Je ferai toujours tout pour ne pas avoir à interagir avec un être humain. Je l'ai toujours fait et ça ne changera jamais. J'ai essayé de me forcer mais après 20 ans de pratique assidue, je n'aime toujours pas ça. Néanmoins, il faut bien avouer qu'avec de l'entraînement, ça passe mieux, surtout pour le camp d'en face (les non-autistes). Disons-le, pour une personne avec des traits autistiques, le truc de base, l'élement central, la coutume, le principe fondateur, c'est justement la discrétion, que le contact inter-être se fasse tout en douceur, dans le respect le plus profond d'autrui. D'où la non compréhension des personnes n'ayant jamais vécu en autistan où les zones de limites sociales sont plus étendues qu'ailleurs qui pensent que nous cherchons à les fuir ou que nous sommes des personnes impolies.

L'auteur évoque son intérêt pour les cimetières et je me surprends à faire la même chose depuis des lustres. Chaque fois que j'en ai l'occasion, souvent parce que je suis convié sur un lieu où il y a beaucoup de monde, je file toujours vers le cimetière le plus proche. Naturellement, je suis toujours attiré par cet endroit forcément calme, souvent à l'intérieur des villes. Un exemple flagrant: je travaille à Nantes mais habite à Angers depuis 3 ans et 6 mois. Je n'ai jamais pris ne serait-ce que 1h pour flaner dans la ville pendant tout ce temps, je préferre la cafétéria du bureau, plus calme, plus connue, plus maîtrisée. En revanche, j'ai déjà visité au moins 2 fois le cimetière de miséricorde (j'aime beaucoup le nom) situé non loin de la tour Bretagne à Nantes. Quand je le peux, j'essaye toujours de visiter les tombes des soldats. Dans le Nord/Pas de Calais (non, les hauts de france, je ne sais pas ce que c'est), il y a souvent des tombes de soldats britanniques (ou du commonwealth): leurs tombes sont immaculées, toujours bien entretenues, toujours impeccables avec leur style à part de toutes les autres tombes. Cela permet d'entrevoir un bout d'histoire bien concrète, dans un lieu de calme où personne ne parle trop fort. Dernièrement, sur le GR70, j'ai fait un détour au petit cimetière protestant de Cassagnas et j'y ai découvert la tombe d'un maquisard allemand anti-nazi mort en 1944, assassiné par les waffen SS. J'ai ainsi pu découvrir un pan d'histoire que je ne connaissais pas: oui, des allemands ont aussi été des résistants engagés, la preuve par la tombe !

Josef Schovanec parle souvent des endroits où il peut enfin être au calme, comme les bibliothèques (mais uniquement quand il n'y a plus personne, c'est-à-dire le soir tard ou le même jour que des évènements sociaux), l'intérieur des maisons calfeutrées les jours de fête de la musique. C'est là un des traits principaux des traits autistiques, du moins ce que j'ai pu en saisir: les autistes sont majoritairement introvertis. Ils ont énormément de mal à filtrer les bruits anthropiques, surtout les conversations entre individus. Je crois d'ailleurs que ce phénomène empire avec l'âge. Comme si notre cerveau ne pouvait filtrer les racontars qu'au pris d'un effort important ou que, naturellement, le cerveau ne puisse plus vraiment filtrer de manière inconsciente les paroles externes. A ce titre, les transports en communs sont généralement une plaie du quotidien car il faut toujours affronter les conversations multiples des "autres" qui ne nous intéressent pas mais qu'on ne parvient pas à éteindre dans notre perception. Au final, c'est très usant et très "aggressant" pour nous. Voilà pourquoi, dès que j'en ai l'occasion, je prends mon vélo ou ma voiture et évite comme la peste tout ce qui est bus/train/tramway/métro/randonnée en groupe. A décharge, ça fait trois ans et demi que je me tape 1h30 de train par jour et j'en souffre énormément. Mais je parviens à surmonter cet obstacle au pris d'un grand effort. Qui a dit que les autistes étaient forcément fragiles ? Une solution simple serait de prévoir des compartiments silence où la règle serait de ne pas parler et de véritablement éteindre son téléphone portable. Je suis sûr que ça doit exister dans d'autres pays plus respectueux des quelques 10% de personnes autistes en moyenne dans la population d'un pays. En France, je pense que ce n'est pas gagné mais cela faciliterait le quotidien de nombre de personnes, sans forcément coûter plus d'argent que d'apposer un panneau de règlement sur un compartiment de train, de tramway ou de métro.

Ce que j'aime aussi dans les propos de Josef, c'est d'ailleurs son respect pour le règlement. C'est également un point qui me pose souvent problème: je suis incapable de déroger à la moindre règle écrite (juridique, organisationnelle, sociétale). Cela me met toujours mal à l'aise. Par exemple, je paye toujours mes impôts le plus rapidement possible, dès que j'ai une minute de libre pour le faire. Je conduis comme un papy parce que je respecte tout simplement la règlementation à la lettre. Si c'est marqué 90, c'est la vitesse maximum donc, je roule un peu en dessous, pour être sûr. Effectivement, ça marche assez bien, dans toute ma vie de conducteur, je n'ai eu qu'un seul PV, quand j'étaid jeune conducteur. J'ai tous mes points de permis. Quand je suis en randonnée, je suis obligé de me faire violence pour faire du bivouac car je sais que camper sur un terrain privé ou dans une forêt domaniale est interdit. Du coup, je ne le fais que quand je n'ai vraiment pas le choix.

Enfin, autre point commun avec Josef: le voyage. Cela fait maintenant plus de 10 ans que j'essaie de voyager, pas forcément trop loin, le plus souvent seul et ça me fait un bien fou. Ma randonnée sur le GR70 en est le dernier exemple en date. Bien entendu, il n'y a pas de comparaison avec ce que fait Josef Schovanec qui explore des territoires franchement dangereux comme les régions tribales entre l'Iran et l'Afghanistan, où il y a la guerre et où les occidentaux ne sont pas forcément les bienvenus (enfin, c'est plutôt l'inverse qu'on constate dans les propos de l'auteur). Mais, comme le disait déjà Stevenson en 1878, on retrouve cette forme de solitude bienfaîtrice dans la randonnée qui permet d'épuiser son corps et de faire la paix avec son esprit, de renforcer son mental tout en abandonnant les problèmes du quotidien. C'est toujours ce que je cherche quand je marche seul et, je finis toujours par le trouver au bout de quelques jours. J'en reviens toujours plein de forces, ça me fait du bien.

Pendant la randonnée, à la lecture de ces messages venus de l'autistan, j'ai enfin achevé de comprendre que ces traits autistiques sont dans ma nature profonde: malgré tout l'entraînement du monde, malgré tous les efforts possibles et assidus, je ne serais jamais un extraverti qui se complaît au contact des autres. C'est comme demander à un loup sauvage de devenir un chat domestique ! C'est sans doute possible avec beaucoup d'effort mais ce n'est vraiment pas le truc le plus naturel du monde, sans compte que le loup sera toujours forcément malheureux.

Ce qui m'a bien rassuré dans la lecture de ce livre, c'est de moins me sentir seul et de moins me jeter la pierre. J'ai une différence qui me défini et je compte bien en faire un atout. Car en effet, la majorité des autistes sont souvent bien plus "productifs" ou meilleurs dans certaines activités que les gens "normaux":

  • nous sommes les seuls à pouvoir focaliser notre esprit pendant des heures sur un seul et même problème jusqu'à trouver la solution. Pas besoin de trop de pauses, de la pure efficacité cérébrale qu'aucun extraverti ne pourra jamais atteindre.
  • nous sommes capables de nous concentrer de manière passionnée sur un sujet donné et d'y consacrer le maximum de temps possible. Si vous devez embaucher un vrai expert sur un sujet, quelqu'un qui a le thème "dans le sang", embauchez un autiste, vous ne pourrez être que satisfait.
  • nous sommes les seuls à pouvoir vivre seuls pendant de longues périodes sans en souffrir réellement. A nous les postes isolés qui ont du mal à recruter.
  • nous respectons les règles écrites quasiment à la lettre, sans essayer d'en tirer avantage. Nous sommes plutôt des travailleurs dociles, il faut bien le reconnaître.

Ah, qu'est-ce-que ça m'a fait du bien de lire quelqu'un qui est comme moi ! Ça ne m'arrive pas vraiment souvent et c'est une source de sérénité et d'espoir incommensurable. En bon autiste, je crois que ce qui s'impose à moi maintenant est de lire l'intégrale de Josef Schovanec; ça ne peut que me faire du bien...

Conclusions

Ok, pour ce neuvième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. J'ai eu pas mal de nouveautés et d'imprévus dans ma liste de lecture mais c'est sans doute pour le mieux...

Posted dim. 15 oct. 2017 14:10:39 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois de septembre, ce sera une légende de plus: Marvin Gaye.

De quand date ma rencontre avec Marvin Gaye ? Ça remonte forcément à longtemps car cet artiste majeur est mort en 1984 alors que je n'avais que 6 ans. Mais j'ai toujours le souvenir d'avoir entendu "Sexual Healings" à la radio, même si la fréquence de diffusion a fortement baissée ces dernières années.

Avec le temps, j'ai fini par acheter l'album du best-of qui date de 1994. Je l'ai écouté plutôt vers 1998-1999 et j'ai vraiment adoré.

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu de la production de Marvin Gaye et, comme à mon habitude, je vais le faire dans l'ordre chronologique. Néanmoins, j'ai aussi inclus les quelques albums en duo sur lesquels Marvin Gaye a posé sa voix.

Un début sous les couleurs d'un chanteur playboy noir

The Soulful moods of Marvin Gaye (1961)

Pour ce premier album, Marvin Gaye impose un style de chanteur "à femmes". Les mélodies sont plutôt douces avec un soupçon de rythmique, la voix se fait de velours.

Dès la première piste "The Masquerade is Over", qui est très bonne, on voit quelle va être la destinée de ce chanteur à la voix plutôt perchée. Nous sommes bien loin des productions de la même époque comme les Beach Boys. N'oublions pas non plus que le Rock'n Roll commence à percer près de 6 ans plus tôt. Arrive donc Marvin Gaye et son style, sans doute en accord avec ce que pouvais faire un Nat "King" Cole ou les années crooners de Frank Sinatra.

Comme le titre de l'album l'indique, on aura un répertoire crooner avec un zeste de musique Soul. Ce qui rend vraiment bien.

Si l'on observe les titres des pistes, on retrouvera un grand nombre des classiques interprétés depuis quelques années par d'autres interprètes. C'est le cas de "My Funny Valentine" et de "Witchcraft", par exemple. Mais ce ne sont pas les interprétations les plus réussies, il faut quand même le dire: on est loin de ce que pouvais faire Frank Sinatra quand même (bon, il n'avait pas les mêmes moyens limités que Marvin Gaye, le débutant de l'époque).

Cet esprit de douceur se retrouve sur la piste "Easy Living" plus travaillée à mon sens. C'est aussi avec surprise qu'on se rend compte que la piste 5 "How Deep is the Ocean" a le même rythme que la première (et quasi la même mélodie).

Mais en dehors de "The Masquerade is Over" et "Let Your Conscience Be your guide" qui sont les deux pistes qui percent vraiment dans cet album, le reste est assez moyen, calqué un peu sur les productions guimauves de l'époque.

Reste quand même, à la lumière de ces deux pistes, un potentiel qui ne demande qu'à se découvrir dans de prochains albums.

That Stubborn Kinda Fellow (1962)

Avec ce nouvel album, Marvin Gaye impose un style plus dynamique, plus soul, plus funk, plus rythmé à son public, pas encore trop formaté.

Dès la première piste, intitulé "Stubborn Kind of fellow", le dynamisme prend la tête et nous en met plein les oreilles. Bien distante du précédent album, on y retrouve une source quasi infinie d'énergie et ce, dès l'introduction. Les choeurs finissent par nous faire chanter avec eux. Cette piste symbolise à elle seule, l'intégralité de l'oeuvre de Marvin Gaye: du dynamisme, des choeurs féminins, une vois plutôt perchée, des onomatopées, des cris, du velours feutré, de la sensualité.

Cette forme continue dans la deuxième piste "Pride & Joy", avec un succès moindre mais avec cette même forme de dynamisme. On retrouve la même recette sur "Hitch Hike".

Le summum de cette fraîcheur explose avec "Wherever I lay my hat". Mais après cette piste, la douceur mielleuse revient et les pistes sont quand même moins bonnes.

Loin d'atteindre la perfection, "That Stubborn Kinda Fellow" est très nettement un cran au dessus du premier album de Marvin Gaye. Certaines de ses pistes sont d'un très bon niveau. Elles préfigurent ce qui suivra dans la carrière de cet interprète.

Hello Broadway (1964)

Avec un titre pareil, on peut se dire qu'on s'éloigne de l'album précédent et qu'on se rapproche du premier. Et effectivement, c'est ce qu'on retrouve: du crooner, de la musique grave, avec, il faut bien l'avouer, un zeste de Soul music pour l'agrément.

L'ensemble se révèle effectivement un peu mou mais quelques pistes finissent par percer:

  • "People", grave, résonnante et fugitive.
  • "What Kind of Fool Am I".
  • "Walk on the wild side", la plus dynamique de tout l'album.

Pour résumer, "Hello Broadway" fait un peu mieux que "Soulfull moods". On peut l'écouter un soir, tranquille, ça ne rend pas si mal. On se rend compte que Marvin Gaye a quand même une voix agréable. Les arrangements sont de la grande époque crooner et de qualités, en tout cas, mieux que sur "Soulfull moods". Pour le reste, l'album a quand même quelques relents sirupeux...

When I'm alone, I Cry (1964)

Le titre de l'album préfigure quelquechose de triste, de calme et de mélancolique. Et il s'agit bien du contenu que vous trouverez sur cet album.

Marvin Gaye persiste et signe dans son registre crooner noir. Quand on sait ce qu'il a fait plus tard dans sa carrière, ça fait toujours un peu bizarre de se dire qu'on va mettre un disque de Marvin Gaye comme on mettrait un disque de Sammy Davis Junior !

Mais reste cette voix si particulière qui tance les meilleurs de l'époque. Ainsi quelques pistes finissent par émerger de ce tas de miel: * "I Wonder" qui est poil plus dynamique. * "I'll be around" certes nostalgique mais plutôt tonique.

Mais le reste est trop en décalage avec un album comme "That Stubborn Kinda Fellow" par exemple. Donc finalement, j'aime assez peu cet album. Peut-être un soir d'automne, pourquoi pas ?

Together (en duo avec Mary Wells) (1964)

En règle générale, je n'aime pas les duos. Mais, les duos de Soul Music sont généralement très bons et très emblèmatiques d'une époque, surtout celle de la fin des années 60. Mais là, on est plus dans la première partie des années 60. Voyons ce que ça donne...

Eh bien, on peut dire qu'au moins "Together" est plus du même genre que "That Stubborn Kinda Fellow". L'album est plus tonique et plus dynamique. Dès les premières pistes, on s'en rend compte et ça rend plutôt pas mal. Ainsi "Once Upon a Time" sonne plutôt bien et donne le ton dès le départ. C'est aussi ce qui se passe pour les quelques pistes qui suivent. Le duo est assez complémentaire.

Mais j'ai pourtant du mal à accrocher. C'est trop plat, trop mou rétrospectivement. C'est trop moyen. Même la chanson phare de l'album, "Together" ressemble à une ballade trop légère et trop niaise.

En dehors de la première et de la dernière piste, le disque reste assez décevant même s'il annonce sans doute une amélioration du style de Marvin Gaye pour les prochains albums.

A tribute to the great Nat "King" Cole (1965)

Bon, il s'agit d'un disque de reprises et, vous savez ce que je pense des reprises (pour résumer, c'est MAL).

Et bien là aussi, je pense que rien ne vaut l'original. Marvin Gaye essaye de se transformer en Nat "King" Cole tout en faisant l'effort de poser sa voix, de faire quelques modifications sur le rythme mais l'ensemble reste vraiment trop proche de l'original pour réellement succiter l'intérêt.

Autant mettre le best-of de Nat "King" Cole, ce sera aussi bien...

Un début d'affirmation avec les années soul

How Sweet it is to be loved by you (1965)

Après de nombreux albums sur le thème crooner, Marvin Gaye semble amorcer une nouvelle période avec cet album, sorti en 1965. On y retrouve beaucoup de la formule de "That Stubborn Kinda Fellow" ce qui en fait forcément quelquechose d'intéressant.

La première piste "You're a wonderful one" sonne déjà très bien. Mais c'est le titre éponyme de l'album qui marquera plus les esprits. C'est la meilleure piste de l'album.

Pour le reste, l'album est calqué sur les recettes de "That Stubborn Kinda Fellow": une voix haute perchée, quelques choeurs, un rythme dynamique, des cuivres marqués. Mais cette recette n'est pas garantie de succès. Je note quelques pistes qui sortent de "l'ordinaire":

  • "Try it baby".
  • "Baby don't you do It".
  • "Need Somebody".

Le reste est un cran en dessous. Mais, dans l'esprit, il y a du mieux sur cet album.

Moods of Marvin Gaye (1966)

Attention, tout change avec "Moods of Marvin Gaye" qui est l'écho non crooner de "The Soulfull Moods of Marvin Gaye" et qu'il ne faut pas confondre avec, tant il n'a rien à voir.

Dès la première piste, tout est neuf: "I'll be Doggone" s'affirme comme un nouveau genre pour Marvin Gaye: du rythme, une mélodie simple, quelques percussions, des choeurs dynamiques, des cuivres qui viennent ponctuer les paroles pour mieux les mettre en valeur... et toujours cette voix, moins chaleureuse, plus directe, presque éraillée.

"Little Darlin, I Need You" est une bonne ballade avec des choeurs puissants et un air entraînant qui s'écoute facilement; un hit, à coup sûr. Dans le même genre "Hey Diddle Diddle" sonne dans les mêmes tonalités avec une mélodie encore plus binaire et réduite. Mais c'est pas mal non plus.

"Ain't That Peculiar" est sans doute la meilleure piste de l'album, dans tous les cas, la plus emblèmatique: elle vient supprimer l'esprit crooner de Marvin Gaye, en lui permettant de trouver une nouvelle manière de faire de la musique et de la chanson sans renier les thèmes comme l'amour, la joie, la transcendance. Si les sujets restent les mêmes, les chansons ont bien changées depuis "The Soulfull moods of Marvin Gaye".

"You've been a long time coming" reste sur la ligne séduction, avec une chanson plus douce mais, comme sur les autres pistes, c'est un autre style, plus contemporain, plus intemporel, plus Soul. La piste qui suit "Your Unchanging Love" adopte les mêmes codes, en plus dynamique et c'est vraiment très bon à écouter.

"One for my baby (and one more for the road)" qui termine l'album vient vraiment affirmer le nouveau Marvin Gaye. Le thème de l'amour est y présent, le rythme est plus lent mais, plus de crooner, plus de miel, plus de colle, tout ça, c'est terminé, place à la Soul, la vraie...

Un an près "How Sweet It is to be loved by you", "Moods of Marvin Gaye" est un album d'accomplissement. C'est enfin le premier album produit par Marvin Gaye qui s'écoute dans son intégralité. Il n'y a rien à jeter dessus. Mais est-ce-que cette qualité va perdurer ? Réponse dans un an pour l'album suivant !

I heard it through the grapevine (1967)

On sent qu'on est désormais dans un univers à part. Marvin Gaye a trouvé son rythme dans le dernier album, va-t-il poursuivre ce miracle ?

La réponse est oui ! "I Heard It Through The Grapevine" démarre d'ailleurs très fort avec le titre "You" qui interpelle tout le monde dans un rythme endiablé.

"Tear It Down" démarre comme une ballade innocente mais trouve une mélodie bien plus complexe que de prime abord, une surprise qui ne s'apprécie pas forcément à la première écoute.

"Chained" s'affirme comme la piste Soul de l'album, on y retrouve tous les codes, du rythme, de la mélodie ponctuée par les cuivres, des voix en ruptures et des choeurs puissants.

Vien ensuite LA piste de référence, celle que tout le monde connaît, un des hits les plus puissants de Marvin Gaye: "I Heard It Through The Grapevine", l'indémodable et unique morceau qui pourrait qualifier Marvin Gaye à lui seul.

Mais ce n'est pas la seule bonne piste de l'album qui en est littéralement truffé. "At Last (I Found a Love)" très dynamique et très Soul voire Funky est d'un très bon niveau.

C'est la même chose pour le morceau qui suit: "Some Kind of Wonderful" qui est dans un registre plus calme, plus complexe, avec une gradation jusqu'au refrain.

Vient ensuite "Loving You is Sweeter Than Never", une piste à succès de l'album, sans doute la meilleure après "Grapevine", un peu bâtie comme une chanson de duo (dans les albums qui suivront).

Les pistes qui suivent sont toutes de bonne facture, assez sérieuses, assez Soul, finalement savoureuses même si elles ne constituent pas de hits. Dans tous les cas des choses comme "It's Love I Need" sonnent vraiment bien.

Au final, comme pour l'album précédent, il n'y a rien à jeter sur ce nouvel album. Bienheureuse, l'année 1967 (on y faisait de bonnes Ford Mustang d'ailleurs) !

En guise de conclusion, "I Heard It Through The Grapevine" est un évènement dans la carrière de Marvin Gaye. C'est l'un de ses albums principaux de la fin des années 60, majeur. Si tu ne l'as pas écouté, tu ne sais pas vraiment ce que chante Marvin Gaye.

United (1967)

United est le premier album de collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Pour l'histoire, ils ont fait trois albums mais en 1967, Tammi Terrel s'effondre sur scène. A l'issue du concert, on lui découvre une tumeur au cerveau. La jeune interprètre meurt en 1971 et Marvin Gaye en est profondément affecté, il y a de quoi le comprendre.

Bon, nous avions vu que le duo avec Mary Wells était assez moyen. Donc, que vaut cet album ? Eh bien, c'est tout le contraire ! Les chansons figurent parmi les meilleures chantées par Marvin Gaye et on peut dire que sa voix se marrie à la perfection avec celle de Tammi Terrel. On a donc un album rempli de tubes: pas mal pour un premier album de collaboration.

La première piste "Ain't No Mountain High Enough" est un monument de la musique Soul, rien que ça. Elle a d'ailleurs été reprise par Diana Ross quelques années plus tard. Je le cite car la version de Diana Ross vaut vraiment le détour, ce qui est assez rare pour une reprise et donc ça vaut le coup de le faire remarquer, à croire que la chanson est naturellement destinée à être excellente...

Une autre piste d'intérêt est "If I could Build My World Around You" qui sonne un peu comme la première piste de l'album. Sa structure est moins dynamique, plus déclarative et posée mais les voix sont très concordantes, très harmonieuses. La mélodie compte aussi beaucoup.

"Two can have a party" est une réussite: la mélodie est dynamique et entraînante et la voix de Marvin Gaye sonne fort bien dans ce rythme soutenu. J'avoue que c'est une piste un peu moins connue mais qui est vraiment majeure dans cette collaboration.

"If this world were mine" est une déclaration d'amour tout en douceur au début mais qui monte crescendo. Une piste excellente également.

Au menu des ballades un peu enjouées, je vous recommande d'écouter "Give a little love" qui viendra égayer votre promenade.

Un seul bémol pour cet album: la reprise de "Somethin' Stupid" (seule celle de Frank Sinatra vaut vraiment le détour), comme toutes les reprises est franchement un cran en dessous. Marvin Gaye a baissé d'un octave sur cette piste et ce n'est pas une réussite (il est inaudible comparé à Tammi).

"United" est un accomplissement: on découvre deux artistes complets dessus. Marvin Gaye a une voix excellente sur cet album. Elle est sublimée par celle de Tammi Terrel et réciproquement. Un duo excellent s'est composé, c'est pourquoi ils persisteront et signeront deux autres albums avant la mort de Tammi.

You're all I need (1968)

Attention, cet album est du lourd ! D'abord par le nombre de morceaux. On en compte pas moins de 22 sur certaines éditions même si j'en dénombre 12 originales. Ensuite, par la qualité de la production. Sur ces 12 pistes, je dirais qu'il y en a au moins 9 qui sont excellentes.

Dans le top de ces pistes, il y a le haut du panier, celles qui sont des références à jamais, immédiates:

  • "Ain't Nothing Like The Real Thing".
  • "Keep On Lovin' Me Honey".
  • "You're All I Need to Get By".
  • "You Ain't Livin' Till You're Lovin'"
  • "I'll Never Stop Loving You Baby"

Puis les pistes moins connues mais qui valent le détour:

  • "Baby Don't Cha Worry".
  • "Give In, You Just Can't Win", la dynamique.
  • "Memory Chest".
  • "That's How It Is".

Je vous laisse écouter tout ça à l'occasion, vous allez vous régaler si vous apprécier Marvin Gaye ou Tammi Terrel (ou les deux). Je comprend pourquoi cet album est une référence.

Encore une fois, le duo est magnifique, la qualité est encore un cran au dessus de United. J'aime vraiment cette collaboration qui est décidément très fructueuse. Marvin Gaye sans Tammi Terrel, n'est plus vraiment Marvin Gaye.

M.P.G. (1969)

Pour 1969, il y a un peu de changement chez Marvin Gaye. Il a repris les recettes apprises dans les 2 albums produits avec Tammi Terrel, sauf que cette fois, il chante seul (enfin avec des coeurs). Ce faisant, il poursuit également ce qui a déjà été entrepris quelques années plus tôt avec les albums "Moods" et "Grapevine".

Pour information, "M.P.G." signifie: "Marvin Pentz Gay", le nom complet et véritable de Marvin Gaye (avec un e à la fin).

"Too Busy Thinking About My Baby" ressemble effectivement à une chanson de duos mais Marvin chante seul. Néanmoins, la chanson est vraiment excellente car elle s'approche plus de l'ADN de Marvin Gaye avec un rythme plus enjoué et une voix moins crooner, qui reste chaleureuse et plus sensuelle.

"This Magic Moment", plus innocente, plus simple, reprend les codes du monde crooner de Marvin Gaye mais, cette fois, son interprétation change tout et finit par faire oublier le côté un peu niais initial. Mais c'est la rare piste à faire ça sur l'album.

La troisième piste, "That's the way love is", change du tout au tout, on a l'impression d'avoir un mélange de "Grapevine", de "Stubborn Kinda Fellow" et de "United" mélangé dans une chanson un peu grave, avec une mélodie sérieuse. L'ensemble est excellent et bien en rupture avec les anciennes productions de Marvin Gaye. Elle sonne comme une volonté de s'émanciper, de casser les codes... Sans doute pour donner ce qu'on verra plus tard dans l'album qui suivra.

Assez bizarrement, "The End of Our Road" reste un peu dans le même registre: des paroles un peu sombre, une mélodie sérieuse mais plus mal servie par des riffs de guitare un peu trop léger à mon goût. Heureusement, les cordes viennent sauver un peu le tout, sans oublier la voix de Marvin Gaye.

"Seek And You Should Find" représente un bon mix entre un Marvin Gaye crooner et un Marvin Gaye eveillé aux duos. Ce morceau est un tube, ne l'oublions pas: rapide, enjouée, elle est vraiment très bonne.

De ce côté, "It's a better pill to swallow" vient réveiller les esprits, un peu comme sur les albums "Moods" et "Grapevine". Très bonne coupure ! Dans le même genre, et juste à la suite, on trouve "More than a heart can stand" qui est aussi dynamique et rythmée et avec une mélodie bien sympathique.

Par ailleurs, le reste des pistes sonnent maintenant comme dans l'album "Grapevine". Elles sont d'ailleurs très bonnes: "Try My True Love", "I Got to Get to California" et "It Don't Take Much To Keep Me" sonnent bien, rythment bien et chantent bien. L'album est donc terminé en apothéose.

"M.P.G" reste un album dans la digne lignée de "Grapevine". De nombreuses pistes qui sont des hits, ou d'un très bon niveau, peu de pistes sans intérêt. On y trouve un peu de mode crooner dans quelques morceaux, mais ce n'est pas l'essentiel. Au contraire "M.P.G." vient plutôt clore une lignée d'album de la deuxième moitié des années 60 dont on peut dire qu'elle a permis à Marvin Gaye de trouver son style propre: plus engagé, plus sérieux, moins crooner, un peu moins mélancolique avec un style musical propre mais non figé. En quelques années, Marvin Gaye a su montrer qu'il était capable d'évoluer profondément. Et c'est bien aussi ce qui nous attends avec les albums de la décénnie 70.

Easy (1969)

En 1969, et après M.P.G. paraît le dernier album de la collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Disons-le tout de suite, il est également excellent.

Dès la première piste le ton est donné: "Good Lovin' Ain't Easy To Come By" est un morceau mémorable, rythmé, dynamique, vraiment très bon. Il est immédiatement suivi de "California Soul", lui aussi un tube.

"The Onion Song" propose également un air entraînant sur un tube.

En dehors de ces trois morceaux majeurs, les autres pistes sont également très intéressantes et s'accordent assez bien mais je ne vais pas toutes les citer, je vous laisse les découvrir.

Pour résumer, "Easy" reste dans la continuité de la collaboration entre Tammi et Marvin: du très bon. Pour la petite histoire, c'est assez surprenant d'avoir autant de qualité alors que Tammi Terrel est littéralement mourante. Je pense que les sessions d'enregistrement ont été compliquées pour elle et c'est tout à son honneur d'avoir physiquement pu mener l'album jusqu'à ce niveau, même si de nombreuses pistes ne comportent vraisemblablement pas la voix de Tammi.

Quel dommage de devoir tout arrêter d'un coup, à 24 ans... J'aurais bien aimé voir ce que cette voix prodigieuse aurait pu produire dans ces années prolifique. Mais cela ne se fera jamais et cela fait plus de 50 ans maintenant. Les curieux de la Soul music se font maintenant vieux comme moi...

La rupture consécrationnelle d'un artiste engagé

What's Going On (1971)

Après quelques années d'affirmation de son style, Marvin Gaye finalise un élément majeur de sa production, sans doute le plus important de toute sa carrière.

En 1971, après une série de troubles sociaux envers les communautés afro-américaines, Marvin Gaye prend clairement la résolution de l'engagement ce qui rompt totalement avec son image de chanteur playboy du début des années 60. En moins de 10 ans, la transformation est totale. Ceci se voit directement sur l'aspect physique de Marvin Gaye, présent sur la pochette de l'album: il porte maintenant la barbe et pose sous la pluie.

Mais c'est surtout au plan musical que cet album est une extraordinaire percée. Il ne contient presque que des tubes (enfin, c'est mon avis). J'ai aussi remarqué que malgré le thème et les mélodies différentes des musiques, il reste une espèce de trame propre et commune à l'ensemble de l'album, une trace musicale perceptible sans forcément être descriptible en détails. Ce sera sans doute, les rythmes de basses assez proches, les mélodies proches entre "What's Happening Brother" et "Mercy Mercy Me", je ne saurais le dire en détails.

La noirceur s'explique aussi par la mort de Tammi Terrel, moins d'un an avant. Marvin Gaye en est profondément affecté et trouve dans ce malheur, la source d'inspiration sombre qui fait l'essence même de l'album.

On retrouve une floppée de titres majeurs dans cet album de référence, sans doute le meilleur de toute la carrière de Marvin Gaye. Le titre éponyme, "What's Going On" est un tube complet: du rythme, de la Soul music à plein nez, des textes réellements engagés, la description d'un problème sociétal et des pistes de solutions par l'amour, le tout sur une mélodie finement ciselée et très musicalement parlante. Un must !

La deuxième piste intitulée "What's Happening Brother" reste sur le même ton que la première piste, sans doute sur la même mélodique que les pistes majeures de l'album. Une grande part de l'espace musical est laissé à un ensemble de cordes qui façonnent la mélodie de manière sublime. Les textes sont également très engagés. Elle est extrèmement proche de "Mercy Mercy Me" à tel point que j'ai cru qu'il s'agissait d'une pré-version de "Mercy Mercy Me". Mais non, les paroles de cette dernière sont bien différentes et sont plus axées sur l'écologie, la survie de la Nature dans un monde pollué par l'activité humaine. Pour 1971, voici un thème bien précoce, dans les prémisses de l'activisme écologique.

La piste "Flyin High" s'accorde bien avec "What's Happening brother", même si elle est très différente dans sa mélodie. On reste sur un peu de sombre, un peu de mélancolie et toujours cette voix perchée si typique.

Mais la palme de la piste la plus sombre est sans doute à accorder à "Save The Children". On y trouve un duo de voix de Marvin Gaye: la première, grave, énonce un ensemble de paroles désespérées, d'un ton monocorde, et la seconde, reprend ces paroles avec un octave au dessus avec un brin de mélodie. Quand on les écoute avec attention, les paroles sont assez pessimistes (c'est pour ça quelles sont indispensables): Marvin Gaye pose la simple de question de savoir si ce monde dans lequel nous vivons a encore une raison pour laquelle il faudrait le sauver. La conclusion "Save the children" n'est pas si affirmée que ça: le dernier refrain repose encore et toujours la question de savoir si quelqu'un souhaite vraiment sauver un monde destiné à mourir !

Dans le registre de la douceur et de la réconciliation, intervient la piste "Wholy Holy". Une bénédiction complète de la part de Marvin Gaye qui vient nous sauver de la grâce de sa voix si chaleureuse et si transportante. Il est aidé toujours par ces cordes un peu lancinantes mais si mélancoliques. L'ensemble forme un très bon morceau qu'on prend plaisir à écouter plusieurs fois pour calmer son esprit et son stress (enfin, c'est que je fais parfois).

Enfin, pour terminer l'album, on trouve une piste un peu inquiétante dans son rythme: "Inner City Blues". Tout est ici un peu mécanique, binaire, comme un marteau piqueur qui taperait très lentement. Elle reste néanmoins une piste essentielle de l'album.

Pour résumer, "What's Going On" est vraiment très complet. Le thème un peu sombre de l'avenir en danger laisse transparaître un nouveau style de Marvin Gaye, plus en retrait des chansons "à femmes", plus en adéquation avec les thèmes sociétaux de son époque, voire carrément en avance sur la critique du système économique occidental. "What's Going On" est un incontournable, si on ne devait retenir qu'un seul album de toute la carrière de Marvin Gaye, ce serait, sans discussion, celui-ci.

Trouble Man (1972)

Après "What's Going On", Marvin Gaye se lance dans la réalisation d'une bande originale de film avec "Trouble Man", du titre éponyme. Ce film, que vous n'avez sans doute jamais vu, est un film de blacksploitation: une production de cinéma 100% afro-américaine, un mouvement assez populaire dans le début des années 70 qui a vu sortir des choses assez bien réussies comme "Shaft" ou "Superfly" ou encore "Black Caesar". Une des caractéristiques de certains de ces films est d'avoir une bande originale écrite par un super chanteur de Soul music. Pour Superfly, c'est Curtis Mayfield, pour Black Caesar, c'est carrément James Brown. Pour "Trouble Man", ce sera Marvin Gaye.

Cette fois, Marvin Gaye produit un album assez particulier. Car la bande originale du film est surtout composée de pistes entièrement musicales, là où Black Caesar laisse plus entrevoir la voix de James Brown.

Pour Trouble Man, la musique est plutôt bien placée sans être quelquechose d'extraordinaire. Je pense qu'il faut voir le film pour mieux comprendre.

Le seul morceau vocal qui sort vraiment de l'album est le titre éponyme qui est une vraie réussite. C'est d'ailleurs la seule piste vraiment vocale de tout l'album.

Sans être un hit majeur, "Trouble Man" se débrouille plutôt pas mal. Mais clairement, il est en retrait par rapport à une excellence comme "What's Going On". Mais rien n'empêche de l'écouter avec plaisir.

Let's Get It On (1973)

Pour l'année 73, Marvin Gaye nous refait le coup de "What's Going On", en moins sombre, en plus passionné mais avec les mêmes recettes musicales dans toutes leurs grandeurs.

Ce début des années 70 est sans conteste le meilleur de la production de Marvin Gaye. Il a enfin réuni tous les éléments qui font son style si particulier. La voix est restée fidèle mais les rythmes sont enfin trouvés et ajustés, les mélodies percutent l'âme, les cordes et les percussions entraînent l'esprit et laissent transpirer les émotions brutes, qu'elles soient mélancoliques, tristes ou joviales et triomphantes.

Disons le clairement, il n'y a absolument rien à jeter dans "Let's Get it On". Toutes les pistes sont écoutables et même vraiment très bonnes. Au contraire de "What's Going on", on ne retrouve pas vraiment de trame musicale, ce qui montre que pour exceller, Marvin Gaye peut employer n'importe quelle mélodie.

C'est un vrai plaisir d'écouter cet album, plus charnel, plus joyeux, plus rassurant, plus doux aussi. La première piste "Let's Get it On", respire la légèreté de l'amour entre deux êtres qui semble être le fil conducteur de l'album.

"Please Stay" présente une introduction un peu marginale mais son coeur est vraiment passionné, cette passion étant croissante jusqu'à la fin de la piste, on est vraiment surpris par cette gradation de près de 3 minutes 30 secondes.

"If I Should Die Tonight", plus grave dans son thème, plus douce dans son approche est un vrai régal d'amour avec un brin de nostalgie mais savamment dosée.

"Keep Gettin'On" ressemble fortement le refrain mélodique de "Let's Get it On" pour mieux le compléter. C'est vraiment très bon aussi.

"Come Get To This" avec ses cordes en trame de fond et son saxophone entêtant, son rythme saccadé et les trémolos de la voix de l'interprète est également une piste excellente.

"Distant Lover", plus simple, avec moins d'instruments mais plus de choeurs est fondammentalement différente des autres pistes, elle semble reprendre plusieurs des codes de l'ancien Marvin Gaye. Elle reste pourtant très bonne, très sensuelle avec un peu plus de douceur.

"You sure love to ball" est moins immédiate que les autres, il faut l'écouter pour en apprécier la saveur.

Enfin, "Just to keep you satisfied" vient conclure à la perfection et en douceur l'album.

Oui, "Let's Get it On" est sans doute le meilleur album de Marvin Gaye après l'explosion "What's Going On"...

Diana & Marvin (1973)

En cette même année 1973, Marvin Gaye nous refait le coup d'un album duo. On va oublier celui des débuts avec Mary Wells pour ne retenir que ceux avec Tammi Terrell qui étaient extraordinaires.

Que vaut donc le duo avec Diana Ross ? Et bien, il est d'une excellente qualité et ce, dès la première piste: "You Are Everything" qui est une véritable déclaration d'amour. Les voix de Diana et de Marvin se complètent à merveille; les paroles sont simples mais percutantes, la mélodie d'une douceur absolue. Un hit assurément.

"Love Twins", sans atteindre le niveau de "You are everything" sonne bien, même si l'introduction est un poil étrange. C'est aussi le cas de l'introduction de la piste qui suit "Don't Knock My Love", bien plus rythmée.

Mais, une autre chanson plus en phase avec l'album, reste, sans conteste "You're a special part of me" qui ressemble davantage à "You Are Everything". C'est plus une chanson de duo. C'est la même chose pour la chanson "Pledging My Love", plus douce, plus ballade.

La longue piste "Just Say, Just Say", introduit longuement "Stop, Look, Listen", un autre hit de l'album.

Deux hits, c'est bien mais peut-on aller plus loin ? Oui, je dirais, si l'on en prend en compte "My Mistake" qui sonne immédiatement bien aux oreilles. Sur ce morceau, on remarque bien que les chanteurs ne sont pas en studio en même temps car les voix sont bien séparées, malgré le mixage.

Que dire sur "Diana & Marvin" ? Sans égaler la puissance d'un "United", on trouve de belles pistes sur cet album. La style a évolué car nous sommes dans des années Soul et que Diana Ross a une voix bien particulière. Le ton est plus doux, plus passionné. Cet album voit quand même un ensemble de chansons d'un vrai intérêt, d'un genre presque nouveau (pour Marvin Gaye).

Sachez que Marvin a longuement hésité avant de faire cet album car toutes ses collaborations féminines se sont révélées négatives pour ses partenaires, soit du point de vue du succès post-album, soit d'un point de vue de santé pour Tammi Terrel.

Mais il est bel et bien réussi...

I Want You (1976)

Après les hits de "What's Going On" et de "Let's Get it On", que peut-on bien faire qui reste excellent ? Marvin Gaye y pourvoit avec "I want you".

Ça commence très fort: la première piste, intitulée "I Want You" est une véritable ode sexuelle, chaleureuse, langoureuse et rythmée comme jamais. Une véritable déclaration explicite d'une beauté à tomber par terre. L'image qui me reste imprégnée de cette musique, c'est un Bill Murray assis sur son canapé en train de boire une coupe de champagne, seul, en robe de chambre sur le fond de "I Want You" (dans le film Broken Flowers). Ce morceau vaut vraiment son pesant de cacahuètes. J'adore l'écouter, juste pour la beauté de la réalisation.

Évidément, après un carton aussi fort, le reste de l'album tente de retomber sur ses pattes. "Come Live With Me Angel" qui vient juste après redevient un peu plus sérieuses malgré les appels incessants de Marvin Gaye à le rejoindre. Encore teinté de "sex appeal", le morceau reste un peu plus sage mais d'un grand intérêt.

"After The Dance" avec son introduction qui fait un peu peur, finit par intéresser le public. Entièrement musical, ce morceau sans parole est un bon détournement après les deux premières pistes, sans doute trop "chocking" pour l'époque.

Marvin reprend la parole pour "Fell All My Love Inside", encore une ode sensuelle, moins enveloppante que "I Want You" mais très forte avec des cris de femmes, un soupçon orgasmiques. Mais même si l'enveloppe semble scandaleuse pour l'époque, la voix de Marvin et la mélodie permettent de transcander tout ce débalage, ce qui en fait une chanson finement ciselée qui ne tombe pas du tout dans la vulgarité.

Pour se calmer, on enchaîne avec "I Want To Be Where You Are". Moins chaleureuse et sensuelle, elle présente une mélodie bien rythmée, de bons coups de saxos. Comme elle dure moins d'une minute et trente secondes, le plaisir de l'écoute s'envole...

"All the way 'Round" vient compléter la piste précédente avec ses solos de saxos, son rythme endiablé, ses cuivres fous et toujours la voix d'un Marvin Gaye, champion de l'amour ! Une belle réussite entraînante et qui n'en finit pas.

Pour terminer l'album, comme un clin d'oeil assurément, Marvin Gaye propose "Soon I'll Be Loving You Again" qui est egalement excellente. Son introduction reprend les mimiques de "I Want You", la mélodie est proche de cette première piste, sauf que la voix est plus aigue et que le rythme est moins langoureux, plus dynamique. Un bon complément à "I Want You".

En résumé, après les deux excellents albums "What's Going On" et "Let's Get it On", "I Want You" reste largement dans le niveau. Aucune piste n'est à jeter dessus et elles sont pratiquement toutes extraordinaire. Clairement, on est encore dans le meilleur de la carrière de Marvin Gaye. Rien ne semble lui aller mieux que ce début des années 70, sa meilleure période.

Bon, si vous ne l'avez pas encore compris, "I Want You" est le disque que vous devez mettre si vous voulez conclure ce soir ;-) Après si l'être en face n'apprécie pas cette musique, peut-être est-il encore temps de changer de partenaire ?

Here My Dear (1978)

La fin des années 70 pour les musiques afro-américaines rime avec Disco ! C'est le cas pour cet album qui sans être du vrai Disco, ressemble à un mélange entre Soul music, Funk et Disco. Ça reste du vrai Marvin Gaye et c'est plutôt une réussite de ce côté.

La première piste, éponyme de l'album, est vraiment très bonne, sans doute la meilleure de l'album. Elle s'enchaîne d'ailleurs très bien avec la suivante "I Met a little girl", qui est un peu son empreinte négative.

Vient ensuite une piste assez sombre mais déterminante dans l'oeuvre de l'artiste: "When Did you Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You" est une piste d'une longue durée (plus de 6 minutes) qui raconte l'histoire personnelle de la rupture de Marvin Gaye avec sa première femme, la soeur de Berry Gordy (le fondateur de l'illustre Motown). Mélancolique, pleine de reproches, elle n'en reste pas moins d'une grande beauté. Moi j'aime bien l'écouter, sans chercher à comprendre les paroles, juste pour la mélodie qui s'accorde bien avec la musique de la fin des années 70.

"Time To Get Together" fait la part belle aux synthés et aux boîtes à rythmes, prémisses des années 80. Mais l'ensemble n'est pas si craignos que ça. Ça s'écoute même si l'introduction rebute un peu; sans doute la voix de Marvin Gaye.

"Sparrow" après une introduction catastrophique relève un peu la barre, encore une fois c'est la voix de l'interprète qui fait tout même si les cuivres rythmés viennent également emporter la partie.

"Falling in Love Again" est résolument plus funky que le reste avec ses cuivres endiablés, son orgue "bontempi". On aurait pu retrouver cette musique sur Trouble Man par exemple. Ce n'est pas un tube, un truc immédiat mais quelquechose qu'on parvient à écouter en prenant son temps.

Pour résumer, "Here My Dear" reste un cran en dessous des trois derniers albums de musique non réservée au cinéma (donc en excluant "Trouble Man"). Mais il reste d'une bonne qualité. Concrètement, je crois qu'il est difficile d'assurer de l'excellence sur plusieurs années. De plus les codes musicaux avaient évolué avec l'époque et je crois que Marvin Gaye a toujours cherché à s'adapter aux modes, que ce soit en partant de ses origines de crooner, en passant par la musique Soul puis par son engagement des années 70. Il n'y a jamais rien de stable trop longtemps chez Marvin Gaye et c'est tant mieux.

"Here My Dear" finira surement par vous plaire si vous prenez le temps de l'écouter et de vous imprégner de cette voix si chaleureuse.

In Our Lifetime (1981)

Attention, on arrive directement dans les années 80, souvent synonymes de production pas terrible, jetable, aux sonorités si formatées. On a vu plusieurs fois que le style de l'interprète/compositeur a su évoluer au fil des années, il va donc logiquement y avoir du changement...

Pour le premier morceau de l'album, on n'y coupe pas: "Praise" démarre sur les chapeaux de roues avec des synthés, du rythme 80's, des répétitions, de la légèreté. Mais alors qu'on pouvait s'attendre au pire, la voix de Marvin Gaye transcende cette mélodie simpliste. Il a également su ajouter quelques cuivres bien placés qui laissent penser à des relents de Soul music (faut pas déconner, c'est Marvin Gaye quand même). Ce morceau d'introduction est donc vraiment excellent.

Si les pistes qui suivent sont toutes formattées aux codes des années 80, on n'aurait pas pu imaginer qu'elles ne sont pas si mal réalisées que ça. Car ça et là, Marvin Gaye reprend les formules qui ont fonctionné dans les années 70. Par exemple, "Funk Me" aurait très bien pu être une version années 80 d'un morceau situé sur "Let's Get It On".

"Ego Tripping Out" est un mélange d'un morceau qui aurait pu se trouver sur "I Want You" et sur "Let's Get It On", avec une orgie de synthétiseurs. Mais le résultat, assez déroutant au départ s'avère assez savoureux. Une autre des meilleures pistes de l'album.

"In Our Lifetime" vient un peu paraphraser l'excellente "Praise" mais dans un registre un peu différent. Elle dure plus longtemps et possède une trame un peu plus dans la durée.

Dans le même genre "Life is a game of Give And Take", dans un registre plus Soul que les autres se démarque toujours un peu des autres musiques même si les synthés sont de la partie. On y entend un "lament" de Marvin Gaye dans la lignée de "I Want You".

Le deuxième CD de ce double album contient quelques perles mais également beaucoup de reprises ou de versions différentes des pistes énoncées ci-dessus.

Au final, sans être excellent comme les derniers albums, "In Our Lifetime" est la traduction d'un style vers celui des années 80 pour Marvin Gaye. Effectivement, tout changement impose une certaine hésitation, un travail supplémentaire avant d'atteindre la perfection. Même s'il en adopte les codes, "In Our Lifetime" est d'un bon niveau, sans être une bombe. Je vous conseille de prendre de l'écouter plusieurs fois avant de le juger trop hativement (laisser sa chance au produit).

Midnight Love (1982)

Voici le dernier album de Marvin Gaye. Il sera tué par son père en 1984. Cet album contient sans doute la chanson la plus populaire de Marvin Gaye qui s'intitule "Sexual Healings".

Mais attention, nous sommes maintenant dans les années 80 qui sont souvent synonymes de merdes sonores jetables. Et malheureusement, d'autant plus qu'il s'agit du dernier album de Marvin Gaye, cet album est trop marqué par les synthés et les boîtes à rythmes pourries. Seule s'extrait "Sexual Healings" qui surfe sur un mélange bien proportionné de recettes musicales des années 70 (pour le côté Soul) et 80 (pour les rythmes). La chanson est vraiment atypique du reste de l'album qui est pratiquement inécoutable.

On dirait un mauvais mix entre Michael Jackson sur "Beat It" et "Huey Lewis and the News" sur fond de LSD. Ça me fait vraiment du mal de l'écrire, mais j'aurais préférré que cet album ne sorte jamais. Il préfigure une évolution franchement pas terrible du style de Marvin Gaye qui, je pense, aurait été profondément défiguré par les années 80, pour notre plus grand malheur.

Nous ne saurons jamais ce qu'il serait advenu car Marvin Gaye n'aura pas l'occasion de produire un nouvel album. Reste toujours l'inaltérable "What's Going On"...

Ce que je retiendrai de Marvin Gaye

Chantre de l'amour et de la Soul, voici ce qu'on pourrait dire de Marvin Gaye. Si vous avez lu l'intégralité de cet article, vous avez pu voir la progression de cet artiste, de ses débuts de "crooner" noir jusqu'à sa notoriété accomplie de "Sexual Healer", en passant bien sûr par sa période la plus intéressante: 1967-1976.

N'oublions pas les duos avec Tammi Terrel et Diana Ross qui sont excellents et qui font vraiment partie de la vie de l'artiste. D'ailleurs à ce propos, il me manque un album dans la discographie de Marvin Gaye: Takes Two qui est un album de duo avec Kim Weston. Je n'ai malheureusement pas pu l'acquérir dans les temps nécessaires à cette intégrale musicale même si je sais qu'il dispose de hits comme "It Takes Two" par exemple.

Les albums les plus excellents restent, dans l'ordre chronologique et selon moi, "I Heard It Through The Grapevine", "What's Going On", "Let's Get It On" et "I Want You".

Encore une fois, en réalisant cette intégrale, j'ai trouvé des chansons peu connues qui m'ont remué les tripes. Elles ne seront jamais sur un Best-Of. Résumer un artiste qui a produit tant d'albums reste quasi impossible, surtout un artiste qui a su s'adapter comme Marvin Gaye.

Je n'ai absolument pas parlé de la vie de Marvin Gaye, en dehors de sa mort et de celle de Tammi Terrel, à dessein. Je n'ai pas à juger sur autre chose que la musique, même si je trouve que la mort de Marvin Gaye est tragique et difficilement expliquable. Dans tous les cas, même si je ne l'ai pas connu beaucoup de mon vivant, j'ai un réel plaisir à me replonger dans ces années 60 et 70 de Soul music qui fait vibrer mes sens et mon coeur comme jamais !

Allez, je vais aller repleurer sur "Save The Children" avant de rêver sur "I Want You"...

Posted lun. 09 oct. 2017 15:31:25 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour juillet et août ce sera les Beach Boys. Car, comme pour les deux mois précédents, je n'ai pas réussi à condenser l'écoute de l'intégralité des albums du groupe en moins d'un mois.

Pour commencer, les Beach Boys, ça évoque forcément la plage, l'été, la Californie, le bon vieux temps des années 60... même si l'histoire du groupe est plus contrastée.

Comment j'ai découvert le groupe ? Même dans les années 80 et 90, les Beach Boys continuaient à produire, avec quelques hits diffusés sur le Top 50 comme Kokomo (pour le film intitulé "Coktail", déjà animé par Tom Cruise (aka Colgate Toujours Junior)). Moi, ça m'a tout de suite plû car le tempo était vraiment intéressant et assez atypique des productions de l'époque, sans en trahir les codes.

Rapidement, j'ai fini par acheter un double album du best of des Beach Boys et j'ai tout de suite accroché en voyant une image ensoleillée de la côte ouest des USA. Ça me semblait tellement évident que lorsque j'ai intégré mon école d'ingénieur à Bordeaux et que je me suis rendu à la plage la plus proche dès le premier week-end, j'ai tout de suite mis une cassette des Beach Boys dans mon autoradio pour être dans le tempo. Il ne manquait que la Ford A pour faire sensation.

Dans le double album, la majorité des morceaux dataient des débuts des Beach Boys et, avec le temps, je me suis demandé qu'elle avait été leur production complète.

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu des productions des Beach Boys et, comme d'habitude, je vais le faire dans l'ordre chronologique.

Les albums du début: la plage !

Surfin' Safari (1962)

Le premier album du groupe s'intitule tout simplement "Surfin' Safari" et il sort en 1962, ce qui fait quand même un sacré paquet d'années. Tout de suite, dès ce premier album, le ton est donné: du rythme rapide, des mélodies simples, plusieurs voix en choeur, un peu d'aigus dans les prononciations, des paroles légères qui évoquent la vie des jeunes, leur époque, l'amusement, les loisirs, les premiers amours, etc.

L'ensemble fait quand même très propre sur soi, surtout si l'on inspecte la pochette de l'époque où on croise 5 jeunes garçons bien coiffés qui arborent une grande planche de surf sur un pickup Ford des années 30. Oui parce que, comme le titre l'indique, le thème est centré autour du surf et des bagnoles cools de l'époque.

Même si la production semble gentillette comparée à du heavy métal, on en saisi quand même la modernité pour l'époque: les Beach Boys ont simplement créé un nouveau son et une nouvelle méthode de production de morceaux. Ces derniers sont en effet basés sur des mélodies proches en sons et instruments et sur une durée très réduite (1'50 à 2'). Néanmoins, on ne peut pas dire que toutes les chansons se ressemblent et qu'écouter la première suffit à écouter tout l'album.

Je dirais que tout se passe de manière assez fluide, l'écoute est assez rapide puisque l'album dure moins de 25 minutes mais tout s'enchaîne vraiment bien: une belle composition. Pour ma part, ce premier album contient pratiquement 100% de hits. On dirais une seule chanson avec des variations très bien agencées. Donc difficile de dire ce qui marque le plus.

Les meilleures pistes sont sans doute Surfin' Safari, très novatrice; "409" qui traite du sujet des déplacements; "Surfin" qui reprend le thème du surf avec un air entêtant mais si léger; une bonne reprise de "Summertime Blues" (du fabuleux Eddie Cochran); "Moon Dawg" avec ses vocalises subtiles et son solo de guitare électrique absolument génial.

Little Deuce Coupe (1963)

Quelques mois après le premier album, sort Little Deuce Coupe. Dès la pochette du disque, on comprend qu'on va parler voiture (un Deuce étant un coupé Ford A des années 30 fortement customisé). Le style est identique à celui du premier album, il est donc forcément très bon.

Je note néanmoins un peu plus de mélancolie (mais en mode joie) sur les pistes moins connues de cet album comme "Be True to your school", "A young man is gone" (un peu triste) ou "Ballad of Ole'Betsy".

Mais, ici, on reprend la formule du Surf en parlant de voiture avec "Cherry, Cherry Coupe", "Our Car club", "Custom Machine" qui parle de Corvette, ou encore le sublime "Shutdown".

Ce que les Beach Boys arrivent à produire leur permet de rester dans le haut du panier. Avec le temps, ces productions des années 60 n'ont pas pris une ride et si les thèmes légers pouvaient faire craindre à une certaine forme de niaiserie, il n'en est absolument rien lorsqu'on écoute les pistes.

En dehors des hits comme "Shutdown", "Little Deuce Coupe", j'ai bien aimé l'entêtant "No-Go Showboat" avec ses voix haut perchées, sa mélodie entraînante et bien rythmée.

Encore une fois, ce deuxième album est vraiment très bon !

Surfer Girl (1963)

Après le surf, les bagnoles, passons à un autre thème cher aux Beach Boys (et à moi aussi): les filles ! On imagine assez une déclaration à une blonde californienne sur une des pistes de cet album. La piste éponyme est sans doute la plus connue et la plus intéressante. Je me souviens d'un épisode de "Baywatch" qui intégrait un grand nombre des musiques des Beach Boys (on est plein dans le thème non ?) où on voyait Pamela Anderson (ah, Pamela !) évoluer sur "Surfer Girl"...

Les pistes sont un peu plus graves comme on peut l'entendre assez rapidement sur "Surfer Moon", plus mélancolique, plus calme, plus posée. Mais d'une manière générale, on reste dans les mêmes recettes que sur les deux albums précédents... pour le mieux finalement car, au bout de 3 albums, on ne se sent pas lassé du tout.

Une autre piste d'intérêt, dont le thème semble assez léger mais qui ne l'est pas est "In My Room" qui évoque la constitution du monde intérieur des adolescents de l'époque avec leur peu de liberté.

Elle est suivie par l'entêtante "Hawaii", vraiment bien rythmée qui marque encore une fois l'esprit Beach Boys.

Mais la piste la plus atypique de l'album reste, sans conteste, "Your Summer Dream" qui plonge sur un registre plus calme, plus triste. Elle évoque un ballade en amoureux, sur la plage, tout en tranquilité, avec une pointe de mélancolie. Un des morceaux peu connu des Beach Boys qui mérite qu'on s'y intéresse plus. Elle fait partie de mon top ten.

Surfin' USA (1963)

Toujours en cette prolifique année 1963, sort "Surfin'USA" avec le piste éponyme qui est sans doute la plus connue de la production massive des Beach Boys, et ce, à juste titre.

Elle condense toutes les recettes des Beach Boys: du Surf, de l'Amérique, du rythme, des choeurs, des voix aigues, de l'orgue, quelques solos bien appuyés. Un hit sans conteste...

Sur cet album, on retrouve une piste connue des afficionados de Quentin Tarantino: "Misirlou". L'interprétation des Beach Boys est quand même un poil plus gentillette tout de même. J'y vois le même genre avec "Stocked", où la seule parole est justement "Stocked", appuyée par une mélodie hyper-rythmée et un solo de guitare et de basse excellent. "Stocked" sort de l'univers léger des Beach Boys pour proposer plus une interrogation permanente (pourquoi Stocked ? Quel est le message ?). C'est la même chose pour "Surf Jam", pratiquement uniquement en accoustique, sans paroles.

Dans la lignée de "Your Summer Dream", on retrouve "Lonely Sea" qui rentre plus dans une certaine forme de noirceur (enfin, on y arrive), un peu plus de profondeur, avec des voix dissonnantes (des aigus classiques mais des choeurs plus graves).

Reste quelques bonnes pistes, comme "Let's go trippin" et "Finder's Keepers" qui s'écoutent facilement et suscitent un certain intérêt.

Pour cet album, on sent que quelquechose commence à bouger chez les Beach Boys par rapport aux 3 albums précédents: les tons sont plus graves, les musiques sans paroles plus nombreuses, les questions posées plus suggérées.

All Summer Long (1964)

Pour le 5ème album, les Beach Boys proposent toujours la même formule (qui marche bien à l'époque) et ressort un disque bourré de tubes. Tout commence avec un "I get Around" hyperconnu qui fait le bonheur des publicités pour du fromage industriel pas bon pour les enfants.

Le titre éponyme est un petit bijou, utilisé fort à propos dans un des premiers films de Georges Lucas: "American Graffiti"

"Hushabye" est également une déclaration qui, selon moi, lance les prémisses de ce qu'on va retrouver sur l'album "Pet Sounds". "Little Honda" retraverse encore et toujours l'esprit du mode de locomotion de l'époque (la sacrée voiture/moto). C'est la même chose pour le titre "Drive-In".

S'en suivent des déclarations un peu plus profondes comme dans "We'll run away" qui propose un projet de vie échappée pour des jeunes personnes. "Carl's Big Chance" offre une séquence musicale dans la même veine que les morceaux spécifiques de l'album précédent. "Wendy" se retrouve plus en phase avec "We'll run away" dans son propos (toujours la relation amoureuse) et le rythme de "Hushabye". Très intéressant ! C'est aussi le cas pour "Girls on the beach" qui reste exactement dans la même veine. Ce coktail vient ajouter un peu de sociabilité conventionnelle aux productions des Beach Boys.

La piste "Our favorite recording sessions" me met mal à l'aise: elle illustre une session d'enregistrement brute qui est franchement inécoutable: des débuts, des arrêts inopinés, des voix inaudibles, bref, du bordel !

Mais à part cette épine, le 5ème album des Beach Boys reste vraiment très bon et un classique du genre.

Shutdown Vol 2 (1964)

Bizarrement, il n'y a pas de volume 1 pour Shutdown. 1964 est une année également prolifique pour le groupe avec la sortie de 3 albums dont celui-ci.

La première piste donne tout de suite le ton: "Fun, Fun, Fun" est une ode à la légèreté et l'amusement, toujours dans un bon rythme.

Elle est suivie par un monument des morceaux des Beach Boys avec "Don't worry baby", une ballade amoureuse un peu triste mais qui donne confiance en l'avenir, tout en douceur. Elle vise à rassurer la petite copine (qui est forcément une blonde californienne bien gaulée). Mais moi, j'aime beaucoup cette piste.

"In the parking lot" est fabriquée avec le même ADN que "Hushabye", surtout pour l'introduction qui paraît vraiment identique, tout en vocalises.

Malheureusement, on retrouve aussi l'équivalent de la session d'enregistrement sous la forme d'un match d'interprétation entre Sonny Wilson et Cassius Love. Aucun intérêt !

Heureusement que la piste suivante se rattrape bien: "The warmth of the sun" commence avec une bonne vocalise en intro et poursuit avec un rythme plus doux et plus grave. Quelques échos d'aigus viennent agrémenter l'ensemble. Très proche de "Lonely sea". On retrouve les mêmes composants dans "Keep an eye on summer".

"Shutdown Part 2" est une simple mélodie bien rythmée, sur le thème des voitures j'imagine.

Pour autant, quelques pistes me semblent plus lourdes, moins novatrices dans cet album. Toutes celles que je n'ai pas citées sont finalement moins intéressantes car trop dénuées de l'esprit Beach Boys. L'album reste bon avec quelques bonnes recettes mais il n'est pas aussi exceptionnel que les autres.

The Beach Boys Christmas album (1964)

En général, quand je vois un album intitulé "Christmas album", je fuis. C'est généralement mielleux à souhaits, mou et plein de guimauves.

Et bien c'est effectivement le cas pour cet album qui reste franchement assez merdique: pas de plage, pas de surf, du pseudo-jazz, du pseudo negro-spirituum... carrément de l'excrément commercial selon moi. N'écoutez pas cet album, il n'en vaut pas la peine.

Une plongée dans plus de subtilité

Après trois années hyper-productives avec 7 albums au compteur déjà, les Beach Boys passent à l'étape supérieure avec les albums de la fin de cette décénnie. Plus en profondeur, plus en compositions et en expérimentations. Tout n'est pas fameux mais il reste quelques eléments d'exception.

Beach Boys Party (1965)

Disons-le tout de suite, cet album n'est pas terrible. Il est composé de reprises de houla-houp en vogue à cet époque et on peut dire que les Beach Boys, même s'ils restent dans le thème de la légèreté, ne sont pas bons pour ce genre musical.

Ces reprises sont d'ailleurs souvent moins bonnes que les versions originales (mais c'est un peu un pléonasme de dire ça car dans la majorité des cas, une reprise d'un morceau est forcément moins bonne que l'originale).

Il reste une seule piste d'intérêt: "Barbara Ann", la fameuse, la mythique interprétation des Beach Boys qui surpasse toute la médiocrité de l'album.

Summer Days (1965)

Heureusement, "Summer Days" vient relever le niveau avec quelques titres majeurs. On note des changements de rythmes, des paroles plus profondes, des graves plus marquées. C'est toujours la même recette mais avec un brin de nuance, à mon sens d'intérêt car, après 8 albums, il est temps que les Beach Boys pensent à se renouveler un peu.

Ils le font sans trahir l'exprit originel ce qui est tout à leur avantage. On trouve des choses assez simples comme la dernière piste, (And your dream comes true) tout en douceur, un peu spirituelle, très différente de ce qui ce faisait avant.

"Amusement Parks" avec son air en porte-à-faux apporte un peu plus de sonorité disruptive dans le monde bien huilé des Beach Boys. C'est nouveau mais c'est pas mal.

S'en suivent un paquet de hits comme "Then I kissed her", le fameux "Help Me Rhonda" ainsi que l'emblème absolu de la Californie: "California Girls" (oui toutes les filles devraient être californiennes) !

"Let him run wild" avec son petit air tristounet apporte un peu de fraîcheur avant d'entendre le très bon "You're so good to me".

Sans atteindre l'excellence car certaines pistes sont de qualité moyenne, Summer Days reste d'un très bon niveau.

The Beach Boys today (1965)

Toujours dans la même veine, le 10ème album des Beach Boys, prend la relève avec une évolution vers le magnifique "Pet Sounds". Tout commence avec le titre phare "Do You Wanna Dance". Il reste du pur Beach Boys.

Mais avec cet album, des thèmes plus profonds sont abordés à la sauce du groupe. "When I grow up to be a man" traduit les interrogations et les résolutions des jeunes américains du milieu des années 60, coincés dans les restes de ségrégation et de connerie religieuse. On retrouve le même herzats avec "She knows me so well", encore une fois des questions, des espoirs pour les jeunes (il leur faut bien ça), de l'amour.

Heureusement, le très léger et dynamique "Dance, Dance, Dance" vient détendre l'atmosphère.

Les autres pistes s'écoutent bien mais restent assez moyennes comparées au reste. Bien entendu, je ne saurais que trop vous déconseiller d'écouter la dernière piste qui est une session d'enregistrement. Je ne sais pas pourquoi ils ont souhaité faire ça mais c'est inécoutable au possible et ça n'a même pas d'intérêt documentaire (selon moi).

Pet Sounds (1966)

Paul McCartney disait de "Pet Sounds" que c'était l'album le plus important de l'histoire du Rock'n Roll. Je suis assez d'accord avec lui.

Au contraire des albums précédents qui deviennent moins bon en essayant d'apporter quelque-chose de nouveau, "Pet Sounds" est vraiment très bon tout en restant profond. Il n'y a presque que des hits, preuve que Brian Wilson retrouve son niveau majeur de composition.

Tout commence avec l'extraordinaire "Wouldn't it be nice", question posée au monde de l'amérique triomphante par sa jeunesse qui rêve d'émancipation. J'aime beaucoup la sonorité un peu différente de cette piste, ça reste du Beach Boys mais avec un peu plus de solennilité, moins de légèreté sans rentrer dans la pathos.

"You still believe in me" avec son introduction simple et morne finit par respirer un peu plus d'optimisme et de croyance en l'avenir. J'aime beaucoup ce style si religieux.

"That's not me" sonne presque pareil dans son introduction qui fait la part belle aux orgues. Le reste de la chanson nous fait reprendre un peu d'espoir. On retrouve ces éléments de nostalgie dans la piste qui suit "Don't talk", qui forme un cantique bien équilibré.

"I'm waiting for the day" revient sur le côté espoir, avec un poil plus de dynamisme.

"Sloop John B" va encore plus loin et reprend les codes initiaux des Beach Boys avec une musique entraînante et moins apaisée, avec un bon rythme et quelques aigus bien perchés.

A mon sens, "God only knows" est la deuxième meilleure piste de l'album (après "Wouldn't it be nice"). Assez triste, assez mélancolique, on peut l'écouter en roulant le long d'une corniche longeant la mer, un soir, alors que le soleil vient à peine de se coucher.

J'aime aussi "I just wasn't made for these times" qui sonne comme une déclaration de décalage de la part de Brian Wilson, indiquant clairement qu'il est souvent triste et en décalage dans ce monde qu'il ne comprend pas vraiment. C'est sans doute prémonitoire de sa "maladie mentale" qui le mettra à bas pendant plusieurs décénnies. Mais je ne lui jette pas la pierre, après tout, je crois qu'il s'agissait d'une sorte de dépression de longue durée. Et pourtant, cet état lui a permis de composer les chansons les mieux taillées de toute l'histoire du groupe sans lesquelles la légende brillerait d'un éclat aussi brillant.

Assurément, "Pet Sounds" reste sans doute le meilleur album de tous les temps des Beach Boys. Il n'y a vraiment rien à jeter et on peut l'écouter d'une traite (ce que j'ai fait régulièrement pendant ces deux mois) pour s'aider à se concentrer sur son travail.

Un peu de psychédélisme/guimauve et puis les années 70

Smiley Smile (1967)

Après Pet Sounds, les Beach Boys abordent un monde un peu plus psychédélique. En effet, c'est la mode musicale du moment. Conjuguée avec leurs nouvelles explorations, leur production évolue donc dans une nouvelle direction, vers de nouveaux sons.

C'est ce qu'on commence à retrouver sur l'album Smiley Smile et le ton est donné dès la première piste: "Heroes and Vilains" est un condensé de dissonnances mélodiques avec des relents de graves, toujours à la sauce Beach Boys (avec des aigus et des graves dans les choeurs). Ça passe assez bien.

Mais les pistes suivantes s'enfoncent dans une guimauve qui sent trop fort le LSD pour le coup. Tout est un peu plat, un peu mou, un peu trop gentillet. Moi, je n'accroche pas du tout; j'ai même un peu la nausée lorsque j'écoute, je suis un brin dérangé par ce rythme bizarre, ces mélodies pas terribles.

La seule exception se porte sur "Good Vibrations", très connue, qui reste plutôt dans le style habituel des Beach Boys; finalement pas très psyché (mais c'est tant mieux).

Mais malheureusement, en dehors de deux bonnes pistes, le reste est trop en rupture avec l'excellent "Pet Sounds" et avec le reste des albums déjà produits par le groupe. Ce n'est pas une bonne cuvée...

Wild Honey (1967)

Malheureusement, ça ne s'améliore pas pour l'album qui suit. Comme pour le précédent, on retrouve les mêmes causes et les mêmes effets.

Pourtant, quelques hits finissent par émerger de cette torpeur:

  • "Wild Honey", assez dynamique.
  • "Country Air", plus sérieuse, plus grave mais toujours à la sauce traditionnelle des Beach Boys.
  • Et bien entendu, l'excellent "Darlin'" qui fait penser à un "Barbara Ann" plus moderne.

Pour tout le reste, fuyez !

Friends (1968)

Ah, c'est encore pire sur Friends, seule la piste éponyme est vraiment bien. Les choeurs sont bien placés, le rythme reste tonique et bien équilibré. Mais le reste de l'album s'enfonce dans une guimauve pas terrible.

Je n'ai pas d'autres commentaires... Je suis juste de plus en plus déçu à l'écoute de cette série d'albums et c'est bien dommage. Mais en même temps, la masse des anciens albums fait vraiment jurisprudence.

20/20 (1969)

Heureusement, ça s'améliore pour l'année 1969 et avec l'album 20/20 qui présente beaucoup plus de pistes intéressantes tout en étant un poil en rupture avec le passé des Beach Boys. Adieu la légèreté, bienvenue à la nostalgie, la mélancolie, les questions.

La première piste "Do It Again" commence avec un rythme bien appuyé et entraînant avec des sonorités électroniques de bon alloi. Pas mal du tout et finalement assez novateur.

Et ça continue sur la deuxième piste "I Can Hear Music" qui reprend le style classique des Beach Boys, elle aurait pu se trouver sur "Surfin'USA" que ça ne m'aurai pas surpris le moins du monde.

"Bluebirds over the mountain" raccroche sur la légèreté avec un soupçon de guitare électrique bien appuyé. La chanson reste joyeuse.

C'est tout le contraire avec la piste qui vien juste après: "Be With Me". Plus psychédélique, elle est pourtant harmonieuse avec un calme royal et un fond musical tout en progression. Une surprise pour cet album !

On retrouve la même ambiance avec un brin de nostalgie supplémentaire dans "The Nearest Far Away Place". Piste sans parole, j'aurai eu du mal à dire qui l'avait écrite tant il n'y a rien de Beach Boyesque sauf sur quelques sonorités classiques.

"Cotton Fields" est également très bonne avec son introduction très afro-américaine. Les autres pistes ont moins d'intérêt sauf le très bon "Our Prayer", une sorte de cantique fabriqué par les Beach Boys, incomparable !

Sans avoir la note de 20/20, on peut dire quand même que l'album est une réussite sur le plan musical. Dans tous les cas, nous voilà sortis des précédents albums moroses.

Sunflower (1970)

1 an après 20/20, sort "Sunflower" et on rentre maintenant dans le creux des années 70. Après plus de 8 ans de production, il faut le dire, les Beach Boys ne sont plus l'usine à tubes qu'ils étaient. C'était forcément prévisible car il est difficile de faire du top en masse aussi longtemps.

Pourtant, je donnerais une meilleure note à Sunflower qu'à Wild Honey par exemple. Les chansons ne sont pas des tubes mais j'arrive à les écouter (enfin certaines). Je leur donne une note assez basse mais elles suffisent à suciter mon intérêt.

Si je devais extraire les 3 meilleures pistes, ce serait les suivantes:

  • "This Whole World" a une très bonne mélodie de refrain et une excellente introduction, une bonne production des frères Wilson.
  • "Deirdre", plus psychédélique, plus sur la ballade.
  • "Tears in the morning", probablement pas écrite par les Beach Boys mais dont l'interprétation n'est pas si mal.

Pour résumer ce album, ce n'est pas une production majeure mais ça s'écoute. On vibre juste beaucoup moins que sur les autres références.

Surf's Up (1971)

Ah, cet album est une profonde rupture dans l'univers des Beach Boys. Le titre semble indiquer que c'est la fin de la joie, que le Surf, c'est fini. La pochette montre un cheval et un cavalier tristes, la tête basse tous les deux.

Dès la première piste, on capte cette tristesse et cette gravité qui s'exprime directement. Quel changement ! Oui, les Beach Boys ont fait un album triste... qui ne sonne pas si mal finalement.

J'ai noté les 5 pistes suivantes:

  • "Don't go near the water".
  • "Long promised road".
  • "Disney Girls (1957)'.
  • "A day in the life of a tree".
  • "'Til I Die".

Sans tout fracasser, j'aime du bout des doigts cet album. C'est calme, reposant, ça s'écoute au coin du feu l'hiver, contrairement à tout le reste qui respire le soleil et la lumière. Une vraie rupture.

Carl and the Passions (1972)

Cet énième album rompt avec le précédent: il est beaucoup moins sombre et vraiment plus gentillet. Mais d'une manière globale, l'ensemble forme quelquechose d'assez plat, un peu dans le même mode que pour "Friends".

Car il est vrai que dès les premières pistes, on sent que le tempo Beach Boys n'est plus là: absence de choeurs, moins de mélodies, rien de vraiment expérimental. De plus, à l'écoute, je crois qu'il manque un chanteur dans le groupe.

Moi, ça m'a fait penser au groupe Eagles (avec son fameux Hotel California, certes) qui reste effectivement plat dans la plupart des cas (avec de bonnes exceptions).

Mais au final, c'est assez moyen voir mauvais... Dommage !

Holland (1973)

Et la chute se poursuit. Holland est un poil au dessus de l'album précédent mais il y a plein de trucs que je déteste:

  • D'abord, ça reste plat.
  • Ensuite, il y a des mélodies pas bien foutues.
  • Les Beach Boys se mettent à parler, un peu comme Jim Morrison pour certaines chansons des Doors, sauf que ça sonne beaucoup plus mal !
  • Les pistes de la fin ont l'air d'être un conte pour enfants de mauvais goût.

Donc ici aussi, fuyez !

15 big ones (1976)

Une rupture de 3 ans sans album pour les Beach Boys, voilà une nouveauté ! C'est peut-être tant mieux tant on est sur une pente descendante pas terrible.

Et effectivement, on retrouve sur cet album tout le style des Beach Boys, quasi intact, comme échappé des débuts des années 60. Tout est meilleur !

La première piste "Rock'an Roll Music" est une introduction vraiment réussie. La deuxième piste "It's OK" est également très généreuse, très rythmée et on reprend plaisir à écouter les choeurs disruptifs des Beach Boys, leur vraie marque de fabrique.

Pourtant, on remarque assez facilement que les chansons ne proviennent pas forcément de leurs débuts car les voix sont plus posées, la voix principale plus grave et plus lente, les instruments plus simples, l'électronique plus présente (normal vu l'année). On l'entend clairement dans "Chapel of Love" qui reprend les recettes traditionnelles du groupe mais avec un ordre un peu différent.

Bon, tout n'est pas parfait non plus: on trouve plus de niaiseries comme "Every One's in love with you" ou sur "That same song", sans doute trop de légereté tue-t-elle la légéreté ?

La reprise de "Blueberry Hill" (de Fats Domino) est également franchement mauvaise, tout comme "In the Still of the Night" (des Platters) et "Just Once in my life" (des Righteous Brothers): les Beach Boys ne savent pas faire de reprises, voilà, c'est dit !

Pour résumer, un peu de mieux sur cet album qui tente de renouer avec le passé mais il reste très clairement en dessous des productions de la fin des années 60.

Love You (1977)

Cela fait maintenant près de 10 ans que les Beach Boys sont à un niveau moyen (à croire qu'ils ont tout donné pour Pet Sounds).

La piste introductive "Let Us Go on This Way" est vraiment intéressante et abordable. Sans doute la meilleure de l'album.

Le reste est moyen mais écoutable. D'ailleurs, l'intégralité du disque s'écoute plutôt pas mal; c'est juste qu'il n'y a pas vraiment de hits.

J'ai noté les pistes les plus intéressantes:

  • "Mona".
  • "Good Time".
  • "Solar System".
  • "The Night Was So Young".

Par contre, la pochette du disque, tout en pixel art est vraiment novatrice pour l'époque (enfin, je vous le dis).

Pour résumer, il y a du mieux dans cet album, sans atteindre le top.

MIU album (1978)

Un an après "Love You" sort l'album "MIU Album". Que dire sur celui-ci ?

La première piste "She's got rythm" est plutôt pas mal et elle porte bien son nom car elle est très rythmée. Ça s'écoute très bien sans être un truc qui cartonne.

La piste suivante reprend les canons des Beach Boys ce qui fait de "Come Go With Me" quelquechose d'écoutable. Les deux autres pistes suivent la tendance. Pas extraordinaire mais pas si mal.

Ensuite, je suis tombé sur la seule reprise potable de Beach Boys: "Peggy Sue" (de Buddy Holy). Ce n'est ni trop niais, ni trop mielleux. Pas si mal !

Le reste est assez moyen, écoutable mais pas assez bon pour que j'en fasse l'analyse rapide ici.

Je ne sais pas si c'est moi qui ait du mal à digérer tous ces albums, toutes ces pistes qui sont souvent si semblables ou si effectivement les productions des Beach Boys cherchent autre chose que de respecter le sacro-saint tube ? Je pense qu'il y a un peu des deux même si j'essaye de varier mes écoutes pour minimiser mon ressenti de déjà entendu.

Je crois, en comparant avec des pistes des premiers albums qu'il manque clairement du peps et de l'énergie dans ces nouveaux albums. Ce qui finit par poser problème parce que l'ensemble est vraiment plus plat qu'avant. Les voix sont plus posées, plus graves d'une manière générales ce qui ajoute à la platitude de la mélodie. Ce doit être ça le problème.

Pour résumer MIU album, on a quelquechose dans la même mouvance que dans le précédent album: c'est bien du pur Beach Boys mais sur un registre assez moyen.

L.A. (Light album) (1979)

Mêmes coupables, même punition: "L.A. (Light Album)" reste bien plat...

J'ai pourtant noté "Here Come the Night" qui est une piste disco par les Beach Boys. Moi j'aime beaucoup le disco (et dieu sait combien j'en ai écouté et dancé dessus) mais celui-ci n'est pas bon du tout.

Je commence à m'impatienter.

Les dernières années: une production plus lourde

Keeping the Summer Alive (1980)

Les années 80 commencent décidément mal pour les Beach Boys avec sans doute l'album le plus plat de toute leur production.

Donc je n'en parlerai pas !

The Beach Boys (1985)

Pourtant ce nouvel album, paru près de 5 ans après le précédent commence sous de meilleurs auspices. La première piste intitulée "Getcha Back" représente sans doute ce que les Beach Boys ont produit de meilleur depuis 20/20 (donc depuis 15 ans).

On note une touche de "modernité" de l'époque avec la présence de plus de batterie brute, de sons si typiques des années 80 et d'une sorte de trémolo qui fleure bon les musiques commerciales de l'époque mais l'ensemble est vraiment bon.

C'est d'ailleurs ce style qui perdure dans l'album. Mais comme vous le savez, les années 80 sont loin d'être une référence dans l'histoire des compositions musicales (surtout avec ces claviers de merde de l'époque). Et c'est malheureusement ce qui arrive sur cet album.

Certes, "California Calling" ressemble à "California Girls" dans toute sa forme mais il manque quelquechose: ça reste toujours aussi plat.

Pour le reste, on dirait du Huey Lewis and the News mais en pas terrible ! Pour l'histoire, un des frères Wilson est mort en 1983 après une noyade bourré depuis son bateau à quai (ce qui peut arriver à n'importe quel pékin qui a un bateau et qui veut boire une grande rasade de Jack Daniels). Il manque donc une voix de talent au groupe. Ça s'en ressent...

Still Cruisin (1989)

Alors, ce nouvel album de la fin des années 80 ? Hé bien, il y a du mieux. Déjà la pochette de l'album reprend l'emblème d'une Corvette des années 50: bonne introduction.

La première piste ne déroge pas aux canons des Beach Boys (la première piste est souvent la meilleure de l'album): "Still Cruisin'" est vraiment bonne. Il faut dire que cet album a servi de bande originale du film Coktail avec Tom Cruise.

Mais bon, le film est une moitié de réussite et reste fortement niais avec ses accents caribéens. Donc le CD s'en ressent aussi.

Il n'y a que la piste "Kokomo" qui vaille le détour avec sa mélodie et ses paroles très entraînante. Je la place comme la meilleure production depuis 20/20 (elle efface "Getcha back"). Mais c'est tout !

Pour tout dire les 3 dernières pistes sont des reprises des premiers albums. On peut y voir que les Beach Boys dés débuts sont entrés dans la légende.

Mais assurément, Still Cruisin reste moyen dans ses nouvelles pistes, les deux tubes cités mis à part.

Summer in Paradise (1992)

Si vous me lisez régulièrement (ce dont je doute fort vu les scores d'audience de ce blog), vous savez que je déteste la musique des années 90. Alors, les Beach Boys de cette époque, qu'est-ce-que ça donne ?

Comme le reste des productions de l'époque: de l'excrément. Les Beach Boys vont même jusqu'à sacrifier un tube de leurs débuts dans "Surfin'". L'horreur absolue: réinterpréter la super chanson des années 60 mais avec les codes de merde des années 90 (les saxos criards, les claviers pourris, les beatboxes robotiques, etc.). Quelle déception !

Tout est à jeter sur cet album franchement croulant.

Stars And Stripes (1996)

Stars and stripes est un album de reprises où les Beach Boys chantent en tâche de fond leurs anciens tubes et où un chanteur invité vient plaquer sa voix sur les paroles. Les arrangements sont "modernisés".

Déjà, je n'aime pas les reprises mais les nouveaux arrangements sont assez moyens (sans être horribles toutefois). Bon, les chansons sont excellentes à la base donc l'ensemble n'est pas si mauvais. Mais, comme d'habitude pour les reprises, elles sont moins bonnes que les originales.

Toujours pour l'histoire, un autre membre des Beach Boys est mort en 1992 et il n'est donc plus présent dans le groupe. il est bien sûr remplacé mais, assurément, il y a moins de sa marque dans cet album pas bon.

The Smile sessions (2011)

Smile est le nom d'un album jamais édité par les Beach Boys. Il devait succéder à Pet Sounds et sortir en 1967. Néanmoins, à cause de différents au sein du groupe (et oui, tout n'est pas rose chez les Beach Boys) et aussi avec la maison de production qui insistait pour continuer le rythme de sortie effréné de cette époque (on est à près de 1,5 album par an), le projet n'a jamais pu sortir.

Il est donc publié sous sa forme restante près de 45 ans après le lancement du projet. En quoi consiste donc cette réalisation ?

Pour résumer, on peut dire qu'il s'agit de la version longue des meilleures publications des Beach Boys. Tout un programme. Dès les premières pistes, on est forcément conquis car on était déjà conquis par les pistes originelles.

En effet, sans être vraiment plus extraordinaires que les morceaux d'origine, les versions longues apportent un brin de nouveauté. Les ajouts s'insèrent de manière assez harmonieuses, sans casser ce qui avait été fait à l'époque.

On retrouve quand même quelques nouveautés, fabriquées à l'époque qui sont de grande qualité:

  • "Do you like worms", un titre qui sonne bien, digne de ce qu'on trouve sur Pet Sounds.
  • "My Only Sunshine" qui est une reprise mais assez bien faite.
  • "Cabin Essence", aussi très Pet Soundsienne avec son intro lente suivie d'un choeur fou fou.
  • "Look (Song for children)", très intéressante avec son introduction composée, ses riches claviers et son absence de paroles.
  • "Child is father of the man", avec ses cantiques assez religieux et son orchestration innatendue. La mélodie, un poil mélancolique sonne vraiment bien.

Les autres pistes sont beaucoup plus du registre du rock expérimental , souvent sans paroles, et me semblent beaucoup moins bonnes, plus versées dans les albums qui ont effectivement suivi Pet Sounds.

Le deuxième CD de ce double album est un enregistrement de sessions de composition des Beach Boys. Bon, je n'aime pas ce style assez brut qui mélange paroles, tests, coupures, reprises de morceaux et c'est la même chose pour ce CD. Donc, je n'en parlerai pas !

Au final, on sent bien la filiation Pet Sounds dans le style moins léger et plus expérimental. Mais Smile n'arrive pas à la hauteur de l'excellent Pet Sounds, il faut bien le reconnaître.

That's Why God made the Radio (2012)

Nous sommes en 2012 et le groupe se reforme avec les membres originels encore vivants. Le contenu est complètement nouveau. La légende serait-elle de retour ?

Tout en trouvant une certaine forme de modernité dans les instruments (dans les arrangements des percussions surtout) et dans le style, on retrouve néanmoins le style originel des Beach Boys. La composition n'a pas pris une ride selon moi.

La nostalgie est bien présente sur quelques pistes, le rythme est aussi plus lent, surtout sur les dernières pistes.

Les chansons sont assez intéressantes mais il n'y a pas vraiment de hits sur cet album qui se laisse écouter beaucoup mieux que les albums des 3 décénnies passées.

Dans l'ensemble, il y a du mieux, mais ce n'est pas encore ça ! Probablement que la légende relève encore du passé, pour l'éternité. Le soleil s'est enfin couché sur la plage, les surfs sont rentrés dans les garages, les hot rods aussi et les blondes californiennes dorment paisiblement au fond de leur lit. Clairement, les années 60, et leur optimisme brillant, sont mortes à jamais et qu'on ne peut plus rien y faire.

Les Beach Boys étant maintenant immortels, peut-être qu'un prochain album saura les déterrer ?

Ce que je retiens des Beach Boys

Ah! Quel mythe ! Les Beach Boys ne m'ont pas déçu. J'avais surtout connaissance de leurs débuts fracassant et bien, je dois dire qu'ils étaient encore meilleurs que ce dont j'avais connaissance. Clairement, jusqu'à Pet Sounds, il n'y a pratiquement rien à jeter.

J'ai découvert des pistes jamais entendues qui sonnaient vraiment très bien. Impossible de faire un Best-Of avec ces années là: il remplirait facilement une dizaine de CD.

Bon, avec le temps, leurs performances se sont dégradées fortement. Le pire étant sans doute les années 80. On peut clairement affirmer qu'il y a eu un avant et un après Pet Sounds, leur référence absolue. Tout ce qui s'est fait après est sensiblement moins bon et c'est sans doute lié aux nombreuses dissensions au sein du groupe. C'est bien dommage mais je crois que c'était aussi lié à l'époque: le surf style devait forcément passer de mode. Le mouvement beatnik était à son apogé, cela a forcément déteint sur le groupe.

Néanmoins, de temps en temps, quelques hits surgissait au détour d'albums pas bon dans leur ensemble, preuve qu'il fallait encore écouter les Beach Boys régulièrement.

J'admire leur production massive avec près d'une trentaine d'albums. Ils ont fait de la musique leur vie et comme ils ont commencé très tôt, cela est tout à leur honneur. Quelle persévérance ! Peu d'artistes ont duré autant qu'eux. Certes, leurs productions post années 60 sont moins bonnes mais ils ont choisi de ne jamais abandonner, malgré les turpitudes de la vie. Rien que pour ça, ça valait le coup d'écouter toute leur production.

Pour terminer, voici ce que je garde des Beach Boys: quand tu veux aller à la plage, tu mets les Beach Boys sur leurs premiers albums dans ton autoradio et, immédiatement, la lumière jailli vers l'ouest, une lumière chaude, apaisante, insouciante, qui rend le monde plus beau qu'il ne pourra jamais être. Si tu es avec une blonde mince et jolie à côté de toi, c'est encore mieux: met lui donc "Surfer Girl" ou "Don't worry baby" et prend sa main dans la tienne...

Posted sam. 02 sept. 2017 15:31:25 Tags:

Introduction

Comme au mois de juillet, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'août, je me suis encore contenté d'un seul livre, cette fois pour cause de vacances concentrées sur autre chose que la lecture. Néanmoins, le challenge reste relevé avec la lecture de "Secret of productive people" de Mark Foster, un auteur que j'apprécie de plus en plus.

Ce livre est une méthode

Comme pour les autres livres de Mark Foster que j'ai pu lire, le sujet est la gestion du temps. "Secret of productive people" ne tend pas vraiment à livrer une méthode complète, contrairement à "Do It Tomorrow". Au lieu de ça, il donne de nombreux et précieux conseils pour améliorer sa productivité, dans tous les sujets disponibles.

Le style du livre est très technique et dispose d'une organisation très rationnelle. Il permet ce que l'auteur appelle skimming en anglais (le saut de lecture en bon français) et cela se ressent dans le livre. Ainsi, vous pouvez l'ouvrir à n'importe quel début de chapitre pour avoir des conseils sur un thème précis.

Il y a de nombreux chapîtres (près d'une quarantaine quand même) de quelques pages chacun (moins d'une dizaine) où Mark Foster donne une brève introduction, suivie de grands principes explicités à chaque fois avant de réaliser une conclusion sous forme d'ateliers ou d'exercices à faire. L'ensemble se lit forcément facilement et n'a, finalement, pas vraiment d'intérêt littéraire.

J'ai pris 10 pages de notes sur le livre pour en faire un résumé très technique car je souhaitais avoir une page web qui concentre les conseils pour pouvoir les relire plus tard. Cet article sera donc constitué par ce résumé.

Introduction

En introduction, Mark Foster tente de définir ce qu'est la productivité.

  • La créativité est issue du questionnement d'un problème.
  • L'efficacité provient d'un processus appliqué en continu.
  • La productivité est une interaction continue entre créativité et efficacité.

Comment être non productif ?

Avant d'aller plus loin, l'auteur tente de montrer quelles sont les meilleurs techniques pour être non productif.

  • Ne pas avoir de système de gestion.
  • Se surcharger d'activité.
  • Ne pas être assidu.

Comment élaborer un bon système ?

Quelques pistes pour créer un bon système de gestion:

  • Se demander pourquoi ça ne fonctionne pas.
  • Comment puis-je améliorer la situation ?
  • Répéter le cycle dans le temps pour lui donner un fond d'expérience vécue.

Trouver de nouvelles idées

Mark Foster nous donne sa technique pour être créatif: * Quelles sont les 5 meilleurs idées sur le sujet (et en trouver 5 nouvelles par jour). * Répondre aux questions rencontrées lors du processus. * Utiliser des listes à puce jetables.

Pour l'auteur, la créativité n'est pas un don mais bien un apprentissage issu d'un questionnement profond et fréquent. Le genre de truc qu'on ne peut faire que quand on a du temps disponible pour ça.

Lutter contre la résistance et la procrastination

La procrastination, le mal du 21ème siècle ! Avec tant de sollicitations autour de nous, bien souvent amenées par les technologies modernes de communication, il est facile de se disperser.

Voici quelques techniques pour s'en sortir: * Faire "Little and often", peu et souvent. * Découper les tâches complexes en unités simples. * Technique du "Je ne vais pas faire ceci mais je vais juste (démarrer)". * Effet de maturation: se laisser le temps pour que le sujet prenne consistance dans son cerveau. * Commencer le plus rapidement en amont. * Définir un nombre et une fréquence de session de travail.

Améliorer la réflexion

  • Les routines de bas-niveau doivent être correctement implémentées.
  • L'interrogation sur la pratique doit devenir une seconde nature.
  • Le système de gestion doit être pratiqué jusqu'à ce qu'il devienne lui aussi une seconde nature.

L'échec est un ami

Parfois, on n'ose pas se lancer, de peur de se louper. C'est bien normal mais ça ne doit pas devenir paralysant non plus ou entraver l'action. Mais dans notre société qui met la réussite sur un pied d'estale, ce n'est pas évident d'accepter de se tromper.

  • Ne pas avoir peur de l'échec car c'est une marge de progrès.
  • Faire face à la possibilité d'échec en prenant des précautions (ne pas être sur-optimiste).
  • Apprendre de ses erreurs (REX) en cherchant les raisons: * Qu'est-ce-qui aurait pu être mieux ? * La prochaine fois, je ferais...

Travail VS activité

Pour Mark Foster, le travail est une action utile alors que l'activité est un truc qui nous fait agir, mais pour pas grand chose, plus pour occuper le temps ou donner l'impression de faire quelquechose. L'activité est surtout remplie par la procrastination ou par l'action facile mais inutile.

  • Faire le travail en premier, le plus dur en premier. En effet, si vous commencez par le plus dur, le reste suivra facilement. Si vous commencez par le plus facile, vous aurez besoin de faire une pause au bout de deux ou trois tâches, vous l'aurez bien mérité. Mais, à votre retour, le fait d'avoir à faire le plus dur vous semblera une montagne insurmontable.
  • Inscrire le projet le plus important et le plus complexe en premier.
  • Réduire le volume des engagements. Une constante chez Mark Foster et le seul moyen rationnel de s'en sortir quand on est overbooké: une journée ne peut durer que 24h et l'efficacité a forcément des limites. Il faut donc sabrer dans ses engagements et se focaliser uniquement sur ceux qui en valent la peine.

Savoir ce qu'on veut

Plutôt que de tergiverser, quelques idées: * Un objectif doit être dynamique: un cheminement vers du spécifique. * Pourquoi avoir cet objectif ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux". * Qu'est-ce-qui m'empêche de le faire ? Transformer les "Je ne veux pas" en "Je veux".

Surpasser le négatif

  • Transformer le sentiment négatif en positif: * peur: le meilleur remède contre la peur est l'action. * Envie: Utiliser l'inspiration.
  • Rechercher la critique constructive plutôt que l'admiration: favoriser le feedback.
  • Qu'elle quantité d'attention réelle et constante j'ai employée sur ce sujet ?

Aller à l'essentiel

  • Découvrir ce qui est essentiel: diviser la quantité de temps disponible de travail par deux et garder le plus important.
  • Aménager des pauses marquées: * travail = travail; pause = tout sauf travail. * Les pauses concentrent le travail.
  • Assurer le système de base pour ne pas être surbooké par les tâches de base.

Conserver ce qui fonctionne

  • Identifier ce qui marche déjà dans la vie.
  • Construire à partir de ce qui marche déjà (ex: séminaires sur place).

Supprimer ce qui ne fonctionne pas

  • Ne pas conserver ce qui n'est pas en état de marche: réparer ou jeter.
  • Si on ne parvient pas à faire une activité/tâche, la transmettre à une autre entité/personne dédiée.
  • Concentrer ses efforts sur les tâches sur lesquelles on est bon/ a un intérêt.

Endurance

  • Utiliser des routines.
  • Se remémmorer pourquoi on le fait (ex: double ligne de mire).
  • S'impliquer.

Être constant

  • Attention constante, régulière et focalisée.
  • S'engager sur une liste fermée et réduite d'engagements. Bien souvent, la tentation sera grande d'aller explorer d'autres voies, de se consacrer à de nouvelles tâches non prévues. Mais c'est justement là que réside la faiblesse. Les engagements sont donc sur une liste fermée qui ne s'ouvre que lorqu'elle est complétée intégralement.
  • Limiter la charge quotidienne avec la méthode DIT.

Gérer les interruptions

  • Traiter les interruptions comme des tâches dans le système de gestion du temps.
  • Analyser: source des interruptions, quel mode de gestion, s'interroger dessus => nouvelle règle dans le système.
  • Refuser toute interruption non liée à un engagement.

Gérer l'encombrement

  • L'encombrement est le signe de plus d'entrées de que de sorties.
  • Augmenter le temps disponible: réduire les réunions, interruptions et distractions.
  • Augmenter l'efficacité: analyser/système de gestion/constance.
  • Réduire les engagement (virer ceux de fin de liste priorisée).

Ressentir le flux

  • Se poser des défis sans aller jusqu'au débordement.
  • Donner une attention avec des objectifs à une action.
  • Le flux se déclenche sur une activité régulière et constante.

Répartition du travail

  • Repérer et se focaliser sur le travail que je suis seul à pouvoir faire.
  • S'assurer d'y porter suffisamment d'attention.
  • Ne pas perdre du temps sur du travail de base que n'importe qui d'autre peut faire.

Aller de l'avant

  • Savoir où on veut aller: définir des objectifs précis.
  • Avancer dans la bonne direction: faire un plan non détaillé et maintenir un certain rythme.
  • Ajuster le plan au fur et à mesure.

Dominer le travail

  • Ne pas faire les trucs à moitié: le faire à fond.
  • Donner le meilleur de soi pour les tâches du système de base.
  • Ne pas se fixer de limite: avoir des objectifs fixes mais pas trop nombreux.

Contenir les engagements

  • Utiliser DIT.
  • S'assurer de travailler sur les bons sujets.
  • Supprimer les projets négligés.

Les 3 règles de la priorisation

  • Prioriser uniquement les engagements listés.
  • Sinon, ne pas prioriser.
  • La vraie question: est-ce-que je doit faire ça ou non ?

Déléguer

  • Quand on délègue, il faut conserver la responsabilité.
  • Programmer des deadlines intermédaires * Ce qui doit être fait dans l'intervalle. Mode de remontée de l'information (réunion/mail/rapport). Faire un rappel quelques jours avant. Agir immédiatement en cas de dépassement. * En cas de retard, reprogrammer une deadline et s'y tenir.
  • Rappeler que le projet en amont est important.

Feedback

  • Quelle est la situation actuelle (point de départ).
  • Suivre les indicateurs sur le déroulement du projet et non sur le projet en lui-même.
  • Agir selon les indicateurs.

Semer des graines

  • Parler souvent du projet aux autres.
  • Faire des recherches.
  • Se poser des questions avec une liste dynamique (à effacer tous les jours).

Le temps de la récolte

  • Être patient et toujours progresser.
  • Être persistant, ne pas abandonner.
  • Une fois parvenu à la maîtrise d'un sujet, pratiquer la redondance: complexifier les situations à titre d'entraînement.

A propos de la technologie

  • Utiliser la technologie pour accélerer les processus.
  • Utiliser la technologie pour la recherche et la créativité.
  • Utiliser la technologie pour communiquer.

Time-Box

  • Décider du temps à allouer/des tâches concernées/temps de repos entre les tâches.
  • Ou bien s'imposer une limite de temps de pause entre tâches.

Progresser

  • Ne pas chercher à dépasser tout le temps ses records personnels.
  • Au contraire, chercher à dépasser sa moyenne.
  • Une fois l'objectif atteint, maintenir le rythme stable.

Introduire de l'aléa dans la vie

  • Il n'y a jamais une seule bonne décision à prendre.
  • Utiliser une pièce (pile ou face) quand la décision n'est pas claire, ou trop complexe à prendre.
  • Prendre des trucs au hasard au restaurant.

Expérimentation

  • Les questions doivent conduire à des expérimentations.
  • Le but d'une expérience est de trouver ce qui marche.
  • L'expérience permet d'améliorer le système.

Concentrer des données sur un sujet

  • Sans données, on n'a que des sentiments.
  • Ne rien accepter tout cuit d'une relation de confiance, toujours vérifier.
  • Récupérer des preuves/accorder ses sentiments/décider.

Conclusions

Bon, cette prise de note est sans doute un peu sèche. Mais moi, elle me parle. Au pire, je peux toujours reprendre le livre pour avoir des précisions ou des exemples. D'ailleurs, je vous invite à acheter le livre (il n'est pas piraté sur Internet: c'est une niche trop en dehors des ouvrages de divertissement (pensez-vous, un livre qui parle de travail, pas très vendeur)) pour vous faire une meilleure idée, par vous même. Au pire, vous pouvez le feuilleter pour vous faire une bonne idée de ce qu'il contient.

Les grandes idées restent que pour avancer et être productif, il faut porter une attention focalisée, régulière et constante sur un sujet. Le meilleur moyen technique d'y parvenir est d'avoir un système qui permet de gérer les tâches de base de la vie pour se dégager du temps pour réfléchir. Avec ce temps, il faut se poser des questions, tenter d'y répondre, se demander si ça vaut la peine, accepter de se tromper et s'y coller dans l'action.

Dans tous les cas, la lecture d'un livre sur des techniques de gestion du temps a toujours un effet rassurant. On y trouve de précieux conseils qui sont toujours étayés d'explications logiques ainsi que de nombreux exemples issus de la vie courante. Pour ma part, j'espère être plus productif après avoir lu ce livre.

Mais, dans la pratique, je sais que je suis plus productif qu'en début d'année, grâce à la méthode DIT qui est un complément indispensable à "Secret of productive people".

Ok, pour ce huitième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je pense vraiment retourner vers un peu plus de littérature française ! Après la technique, un peu de poésie bordel !

Posted ven. 21 juil. 2017 21:10:39 Tags: