Kate Bush, l'intégrale… 🔗

Posted by Médéric Ribreux 🗓 In blog/Vie-courante/

#music

Introduction

En général, on rencontre un artiste musical par son actualité. C'est parce qu'il vient de sortir un nouvel album ou parce que le buzz se fait sur lui que sa production finit par parvenir à nos oreilles et à marquer notre cerveau.

Dans mon cas, n'étant pas réceptif aux vibrations de buzz, ne suivant pas du tout l'actualité musicale et n'ayant pas terminé d'explorer le registre musical des années 50 à 90, les artistes ont beaucoup de mal à parvenir à mes oreilles.

Et pourtant, c'est à l'occasion de la diffusion d'un reportage sur Kate Bush et son histoire sur Arte.tv que j'ai eu l'opportunité de véritablement rencontrer cette artiste accomplie et ce, près de 40 ans après ses débuts. J'en avais déjà entendu parler et j'avais sans doute assisté à quelques clips de Kate Bush dans le Top 50 ou encore quelques tubes à la radio quand j'étais enfant dont l'ultra-classique "Wuthering Heights". J'en avais gardé plutôt un bon souvenir et, après avoir visionné le reportage, j'ai eu envie d'en savoir plus, beaucoup plus.

Il y a quelque-chose de magique aujourd'hui dans le fait que la production quasi-intégrale d'un artiste est disponible en quelques clics sur Internet à un coût que certains qualifieraient de marginal.

En bon autiste que je suis, je me suis dit qu'il fallait que j'explore la totalité de la production musicale de Kate Bush. Après quatre ou cinq mois d'écoute, j'en ressors marqué, ému mais heureux. C'est cette rencontre que je souhaitais décrire dans cet article qui sera sans doute un peu long pour toi lecteur. Mais que m'importe ?

Et je ne te parlerai uniquement que de ce qui m'a marqué parce que, il faut bien le reconnaître, j'écris essentiellement pour moi, pas pour toi. Et moi, ce qui m'importe, c'est ce qui me fait du bien…

Alors, lecteur (je fais aussi partie de ce groupe quand je relis ce blog, pour ne pas oublier), voici ce que j'ai trouvé en écoutant l'intégrale de l'œuvre de Catherine Bush.

The Kick Inside (1978)

Ah, je trouve que ce titre est vraiment "self explicit" car cet album forme vraiment une espèce de coup de pied mais à l'intérieur de l'être, si si, tu verras !

Sur ce premier album, tu trouveras à peu près tout ce qui fait et qui va façonner Kate Bush et son univers artistique. Il faut dire qu'à l'époque, Catherine Bush est une jeune artiste d'à peine 20 ans et c'est vraiment incroyable d'avoir développé autant de choses à cet âge. Moi, ça m'épate complètement.

Wuthering Heights

C'est sur cet album que tu trouveras l'emblématique et ultra-connu (et adoré) "Wuthering Heights" que tu pourras traduire approximativement par les Hauts de Hurlevent. Bon si tu ne connais pas "Wuthering Heights" de Kate Bush, tu as raté ta culture musicale. Mais je te donne ici le moyen de te rattraper. Oui, en 2020, j'ai décidé d'aider le monde à aller dans le bon sens (qui est forcément le mien vu que c'est moi qui écris ;-)) alors je te donne de quoi te rattraper.

Bon alors, "Wuthering Heights" est sans doute la chanson la plus connue de Kate Bush. Très haut perchée, sa voix de soprano rossignol avec une teinte de profondeur que tu sens poindre à chaque "ho ho ho ho" du refrain est assez particulière sur ce morceau. Oui, Kate Bush a une voix aigüe mais pas que. Sur cette piste elle semble d'ailleurs plus aigüe qu'à la normale. Car c'est là un de ses premiers singles, sorti avec un peu d'avance par rapport au reste l'album.

Si tu ne l'as jamais vu, je te conseille de voir le clip de "Wuthering Heights". Il vaut son pesant de cacahuètes. Oui car Kate Bush, ce n'est pas que de la musique et de la chanson, c'est aussi de la chorégraphie et qui en jette. D'ailleurs, sache que régulièrement, un tas (une foule devrais-je dire) de gens se réunissent dans le monde entier pour célébrer le "Most Wuthering Heights Day Ever". A cette occasion, tu pourras voir ces mêmes gens tous habillés d'une fine robe rouge (les femmes comme les hommes) mimer les gestes de Kate Bush sur cette chanson. Sur ce point, on peut remercier Internet d'avoir su populariser cette pratique si bénéfique pour le moral.

Mais revenons à la chanson. Un mélange de mélancolie, de verve, de rythme dans une balade bien équilibrée, le tout sublimé par ce ton si haut perché. Tout semble harmonieux, léger et à la fois dramatique. C'est le tube assuré dès le départ. Surtout avec ce refrain lancinant "It's Me Kathy, I am Comin' Home". La conclusion de guitare électrique avec les violons vient t'emporter ton cerveau dans la folie du vent qui souffle sans cesse.

Une fois que tu l'as écoutée jusqu'à la fin, tes hémisphères cérébraux sont marqués à jamais. Tu ne pourras pas t'empêcher de siffloter cet air entêtant. Tu feras bien…

Même si c'est la chanson la plus connue de Kate Bush et qu'elle est effectivement digne d'intérêt, ça ne doit pas occulter le reste de sa création. Kate Bush a fait aussi d'autres choses bien et ce, dès cet album. À moins de 20 ans, être capable de composer, chanter et chorégraphier ça, ça mérite mon profond respect.

Feel It

C'est une bonne introduction à l'album. Ça commence par un accompagnement du piano, sans rien d'autre, tout de suite assisté par la voix suave, en mode rossignol (des gammes plutôt dans les aigus avec une grande variabilité de tons, comme un rossignol quoi).

Dans l'ensemble, on retrouve une grande douceur dans l'expression sauf pour le refrain avec quelques dièses et une vocalise puissante. Le tout déborde sur une déclaration que je qualifierais de passionnée (et passionnante bien sûr).

Cette piste, une des meilleures de l'album, s'écoute facilement et tu prends beaucoup de plaisir. Mais, si tes oreilles ne l'avaient pas remarqué, tu verras qu'il n'y a que deux instruments ici: essentiellement une voix (et pas n'importe laquelle) et un piano. Quand tu t'appelles Kate Bush, tu n'as pas besoin de plus pour faire quelque-chose de bien…

Retiens bien cette composition car, tu trouveras que j'en parle tout au long de cette intégrale. C'est une des marques du style "Kate Bush", du début à la fin.

L'Amour looks like something like you

Dans cette piste, on a quelques cordes en plus du piano, un bout de batterie mais toujours cette voix extraordinaire. Le ton est très doux et ça fait du bien d'entendre cet ensemble. On se sent rassuré, en confiance, sur une piste sérieuse.

C'est bien le ton de la chanson, bien rythmée, pleine d'energie qui fait le job. Sans être un hit de fou, c'est vraiment une très bonne piste pour un premier album.

Moi j'aime bien et toi ?

Strange Phenomena

Celle-là, elle change un peu des autres. Tu y verras ce que Kate Bush fera dans d'autres futurs albums. Car elle y délaisse un peu plus le côté rossignol pour composer des sonorités plus graves. À mon sens, c'est ce qu'il y a de mieux pour une voix féminine: être capable de passer du ton du rossignol vers une espèce de profondeur un peu plus brute et grave. C'est une signature incontestable.

En plus de cet effet de style, le refrain est une composition riche. Et oui, tu l'auras remarqué, Kate Bush, c'est riche, c'est complexe musicalement et même si les morceaux ont des éléments de répétition, tu noteras, du moins dans cette piste, qu'il y en a de nombreux:

Tu remets le couvert de cette série 2 fois et tu as le plat principal. Tu t'en lèches les babines hein !

On est loin du goût simpliste du tchaktchakboumboum du rap que tu écoutais en 1997 hein !

The Kick Inside en résumé

Pour te faire un résumé, tu auras compris que cet album est déjà extraordinaire dans son ensemble. Quand tu auras retenu que tu n'étais même pas né lorsqu'il est sorti (moi non plus d'ailleurs), tu comprendras à quel point il est en avance sur son temps, à quel point Kate Bush avait déjà compris des choses avant tout le monde et ce a à peine 20 ans. Des fois, il ne faut pas lutter et accepter quand quelqu'un est plus fort que toi, c'est comme ça.

De mon côté, en dehors de "Wuthering Heights", j'ai vraiment bien apprécié de prendre du temps pour découvrir l'album. C'est une chose fragile qui met du temps à murir dans ta tête, pas une machine à tubes. Plus tu passeras du temps à l'écouter, plus il te plaira, ne serait-ce que du point de vue de cette voix suave et cet harmonieux ajustement musical. C'est d'ailleurs un peu la marque de Kate: pas une usine à tubes mais des albums qui méritent qu'on leur donne leur chance en laissant ton cerveau s'y glisser. Et, comme on est tous faiblement réceptifs à la beauté non immédiate, ça prend du temps…

Lionheart (1978)

Ok, un premier album à 20 ans, suivi d'un autre avant la fin de l'année. Un exploit ? Sans doute. Mais tu me permettras de penser qu'en fait Kate Bush avait déjà préparé du travail en amont. Autrement je pense qu'il eut été impossible de fournir autant de matériel en moins d'une année.

Bon, tu me diras qu'on s'en fout et tu me demanderas ce que vaut cet album. Oui, tu es pressé de passer à la suite mais ce n'est pas là que je vais t'emmener tout de suite. Car tu vois, l'univers de Kate Bush est riche et il faut prendre un peu de temps pour faire une analyse, sinon, c'est un peu comme quand tu voyages sur l'autoroute ou en TGV: tu vois un paysage qui semble uniforme de ta vitre mais qui en fait regorge de trésors juste cachés dans les premiers bosquets en lisière de la route ou de la voie ferrée. De là où tu es, tu ne verras rien. Ne compte donc pas sur moi pour t'emmener sur cette autoroute.

Allez, il est temps de s'intéresser au côté audio de la chose…

In search of Peter Pan

Ah, là on a une piste innovante à mes yeux. Elle se compose comme une balade qui t'emmène d'abord sur une base simple mais efficace. Musicalement et mélodiquement, c'est très bien entre le piano et la voix. Et puis le refrain arrive comme une sorte de numéro de cirque qui fait moins sérieux au début. Mais comme toujours, on se calme avec une voix chuchotée et quelques choeurs avant de repartir sur le chemin du début.

Je te préviens, ce n'est pas courant comme style, ça peut même te faire peur mais dans l'ensemble tu garderas un très bon souvenir. Sans doute la piste que je préfère de l'album.

Oh England My Lionheart

C'est la piste de balade mélancolique de l'album, sans pour autant verser dans le pathos et la froideur. Non, juste un regard planté vers le passé. Le rythme est simple et ici, l'instrument principal est vraiment la voix de Kate Bush. Les quelques accompagnements aux instruments à bois sont assez légers.

C'est là que tu prends encore une fois la mesure que quand tu as une belle voix, tu n'as pas besoin de grand-chose pour faire un bon morceau. Un peu d'air, des cordes vocales, du souffle et des vibrations qui viennent du cœur, ça suffit…

Moi j'aime bien cette piste.

Full House

C'est la piste la plus dynamique de l'album. Elle a des côtés rassurants par moments quand les aigus s'envolent avec l'impulsion de voix. Mais elle a également des côtés plus inquiétants avec son jeu de piano et de basses assez dramatiques.

Résumé de "Lionheart"

C'est un album plutôt dans la même veine que "The Kick Inside". La voix de Kate Bush évolue peu par rapport à l'album précédent et c'est très bien comme ça. Bon, peu de hits absolus, plus un registre musicalement intéressant qui s'apprécie avec le temps. Plus je l'écoute et plus je découvre de choses dedans.

Un petit regret seulement (il en faut toujours un tu me diras) c'est qu'à la fin, on a un petit sentiment de déjà-vu entre toutes ces pistes. C'est sans doute que la voix est le truc essentiel de chaque piste et sur cet album elle n'est pas forcément très contrastée (on ne passe pas du supra aigu au baryton).

Mais, dans l'ensemble tout s'écoute bien. Si tu as aimé "The Kick Inside", tu ne seras pas déçu du tout. Et puis, il faut se rappeler que nous sommes encore en 1978 et tu trouveras aisément que ces albums sont très innovants, pas du tout dans les canons de l'époque. Un style un peu à part.

Never For Never (1980)

Ah, ne jamais dire jamais ! A peine deux ans après les deux premiers albums sort "Never For Never". Il est un peu plus commercial que les autres, plus innovant au niveau des sons et du style.

Commercial signifie simplement plus accessible avec plusieurs hits ou tubes et plus de moyens. Moins d'expérimental ou d'artistique avec un message plus trivial pour le commun des mortels, quelque-chose qui frappe au cœur directement. Même si sur ce dernier point, tu verras que c'est l'inverse qui est la marque de fabrique de Kate Bus: faire de la musique pour soi, pour ce qu'on veut dire et pas pour renflouer les caisses d'une maison de disques.

Army Dreamers

C'est une des pistes qu'on peut qualifier d'abordable, de commerciale. Mais moi je l'aime bien. D'ailleurs va voir le clip, il respire les années 80 à plein nez. Moi qui viens de là-bas, je sais que c'était le bon temps: avant Reagan et que la mère Thatcher fasse trop de dégâts mentaux aux citoyens britanniques.

Ce que je capte, c'est le côté chinoiserie du truc. Des sonorités asiatiques, un poil répétitive sur des dièses et des tonalités à l'harmonie décalée. Pour autant, l'accompagnement reste sobre et, comme toujours, la superbe voix de Kate Bush fait agréablement son effet, surtout que le ton est très doux contrairement à d'autres chansons comme Babooshka par exemple. C'est lumineux et tendre et moi, ça m'apaise.

Breathing

L'introduction semble t'emmener vers un morceau dur parce qu'elle est rythmée, que la voix de Kate devient plus grave, que le piano se marque, que le crescendo va inévitablement t'enfouir dans ses profondeurs. Mais au moment où tu crois que tu vas faillir, tu es emmené dans un monde de douceur absolue qui te demande de "respirer" ! Et ça te fait du bien. Quel refrain…

Mais, on te relâche à nouveau dans ce monde inquiétant, pour mieux t'en sortir, cette fois avec quelques choeurs plus criards (dans le volume, pas dans la forme).

Pourtant, à la fin, alors que tu croyais la chanson terminée, endormi dans l'espace, tu reviens sur terre et tout le monde te crie de fuir. C'est à ce moment que tu es réveillé par la voix de Kate, si rauque, si dure que tu en es surpris.

J'adore cette piste qui propose ces alternances très bien conçues et si mélodiquement harmonieuses, malgré les contrastes. Et bien sûr, la voix de l'interprètre atteint une aura magique en explorant tous les registres possibles. C'est proche de la perfection. Une de mes pistes préférées de Kate Bush, dans toute sa carrière.

Babooshka

Celle-là, tu as déjà dû l'entendre au moins une fois dans ta vie (sinon tu l'as loupée). Ah, Babooshka, parfaitement dynamique, souvent moquée mais qui reste d'un niveau extraordinaire et, sans conteste un des hits de Kate Bush.

Sur cette piste, tu vas commencer à entendre une voix de Kate Bush moins fluette, moins perdue dans les aigus. Du rythme, une voix marquée et puissante; un refrain un peu entêtant avec quelques sonorités de verre brisé. Tels sont les ingrédients du hit.

Et puis bien sûr, tu n'oublieras pas d'aller voir la vidéo et admirer le jeu de jambes et la chorégraphie. À la fin toi aussi tu finiras par crier "Oh last Babooshka Babooshka Babooshkiya iya!"…

Résumé de Never for Never

Cet album sent davantage la maturité. La voix de Kate a progressé dans le bon sens, plus riche, capable d'attaquer plus d'octaves. De mon côté ce que je préfère, c'est ce côté un peu dur, un peu déchiré que peut prendre sa voix dans certaines situations, surtout lorsqu'elle sort du mode rossignol. Il en ressort une profondeur qui me semble infinie où je crois que mon cerveau pourrait se perdre tant il est séduit.

Il y a également d'autres pistes d'intérêt comme l'inquiétante et répétitive "Delius" avec ses voix d'hommes bizarres ou encore l'innocent et profond "The Infant Kiss" que je trouve proche de "This Woman's Work" de l'album "The Sensual World". Mais je n'avais pas le temps d'écrire sur toutes les pistes. Tu vois, je dois faire un choix sinon tu finirais par te lasser de lire et d'écouter.

De toutes les façons, tu trouveras plus de hits sur cet album que le précédent. Il marque, selon moi une réelle progression, à seulement 22 ans. C'est dingue cette richesse créative à cet âge. Moi ça me laisse par terre.

Pour terminer, ce qui me frappe avec ce troisième album, c'est qu'on retrouve toujours ce mélange de suave et de grave, d'assurance et de doutes, de mélancolie et de rage. Le contraste, ça doit être ça Kate Bush.

The Dreaming (1982)

Ah, "The Dreaming" ! C'est sans doute l'album incompris, l'album qui s'est le moins vendu. Mais cette fois, je crois que Kate Bush, après le succès de "Never for Never" a dû se dire qu'il était temps de faire un truc plus complexe, qui place la barre plus haut en termes de recherches musicales.

De ce point de vue, c'est tout à fait réussi comme tu vas pouvoir le constater. Attention, prépare ton cerveau, on est parti…

All The Love

Une piste d'un ton dramatique qui nous fait craindre le pire. Des voix et des instruments un peu mystiques.

Mais c'est encore une occasion d'apprécier une performance vocale, un peu classique pour Catherine Bush: on passe du chuchotement aux cris, de la pointe d'un rossignol à une gravité d'apprenti baryton. Le contraste, toujours le contraste !

Comme d'habitude, l'accompagnement musical est très léger: piano mais surtout des claviers électriques. La post-production sonore est d'un niveau assez recherché pour 1982. On aurait pu sortir ça en 1992, ça n'aurait choqué personne.

Une des pistes les plus respectables de l'album.

The Dreaming

Bon, ce n'est pas parce que j'adore cette piste que j'en parle ici. Toutefois, c'est sans doute celle qui incarne le mieux l'album.

On y trouve d'abord pléthore d'effets électroniques dans la mélodie et la musique. C'est très riche. Je ne sais pas combien il y a de samples et de canaux mais, à l'oreille, ça rend épais. Plus tu écoutes, plus tu découvres.

Au niveau vocal, Kate Bush occupe l'espace sur au moins trois registres:

Au niveau mélodique, on est sur du presque mécanique, du rythme bien posé. Mais ça a un côté assez burlesque: on a l'impression que la piste ne fait pas très sérieux. Ne serait-ce qu'à cause de ce mécanisme si bien rodé mais aussi en partie à cause des voix de fonds un peu agaçantes.

Pas mal de pistes sont basées sur ce registre et donc je ne t'en parlerai pas.

Night of The Swallow

Au lieu de ça, je vais te faire écouter deux petites pistes bien plus intéressantes. "Night of the Swallow" est très opposée à "The Dreaming". Au contraire du comique ou du burlesque, elle reste dans un registre dramatique qu'on aime bien chez Kate Bush. Même si à certains moments, on pourrait croire qu'on part vers de la dérision.

Non, on est sur une balade plus conventionnelle bien servie par une ligne musicale d'instruments gaéliques. Moins de fioritures électroniques, plus de classicisme et, tout de suite, ça rend mieux à mon oreille.

Et puis quelle voix ! Comme d'habitude, quand une chanson met en lumière un contraste vocal de ce niveau, on ne peut être que séduit.

Pull Out The Pin

Et celle-là, elle incarne mieux le mélange entre la production plus accessible de Kate Bush et la proposition musicale de "The Dreaming".

D'abord, on retrouve une grande diversité musicale avec foison de claviers, de canaux, de samples. Mais ça reste contenu et surtout, ça ne part jamais dans le burlesque. On reste toujours tenu sur un registre sérieux avec une pointe de cynisme musical. Oui, j'insiste, une chanson peut exprimer une forme de cynisme: elle semble dramatique mais une légère inflexion te fait comprendre que ce n'est pas si grave que ça.

De plus, c'est sur cette piste que tu entendras le plus fidèlement la voix de "The Whitch" Kate Bush. Quand je l'entends "I love to lie" aussi fort et avec cette voix rapeuse, je finis par être totalement envouté.

Si la mélodie reste simple, elle sert finalement assez bien la cause de cette piste: rester abordable pour l'écouteur moyen de Kate Bush. Rien que ça, ça en fait une piste d'une excellente qualité.

Peut-être le meilleur compromis de "The Dreaming".

Résumé de "The Dreaming"

Ah, cet album, si tu veux l'apprécier, je te conseille de l'écouter après tous les autres des années 80. En effet, il est franchement moins abordable mais diablement complet. Sans cet album, la carrière de Kate Bush n'aurait pas pu être complète.

Pourtant, il est vide de hit ou de tube. Pour autant, il est d'une richesse musicale digne de ce nom avec quelques années d'avance dans la proposition technique et musicale par rapport à la production britannique de cette année 1982 (excepté Peter Gabriel sans doute).

De mon point de vue, les pistes de cet album, au-delà de leur richesse sonore sonnent justement moins sur des tons dramatiques ou spirituel et davantage sur ce que je qualifie de comédie. On a l'impression d'écouter de la musique de cirque, burlesque sur une grande partie des pistes comme "There goes a Tener", "The Dreaming" ou "Suspended in Gafa". On a souvent ces petites voix agacantes qui donnent un air entêtant pendant une demi-journée.

Et moi, ce genre me plaît beaucoup moins. Voilà pourquoi j'ai un peu du mal avec "The Dreaming". Néanmoins, j'ai pris quand même le temps de donner sa chance à cet album. Ne serait-ce que pour mieux comprendre l'origine de Kate Bush comme représentation de la sorcière du son; ce qu'elle incarne tout à fait dans cet album novateur.

Si tu fais comme moi, tu sauras aussi en extraire ce qui te fera le plus plaisir…

Hounds of Love (1985)

Ah cet album ! Je pourrais t'en parler pendant des heures tellement je l'ai écouté, en boucle. À croire que mes hauts-parleurs de casque en ressortiront complètement usés. Et pourtant ce n'est pas le cas, car ce genre de prouesse de mélancolie n'est jamais si râpeux.

And Dream of Sheeps

Dans ce monde de brutes, on se demande souvent qu'elle peut être la définition de la tendresse. Pour ma part, je ne cherche plus: c'est "And Dream of Sheeps". C'est la quintessence des pistes qui incarnent le mieux la douceur de la mélancolie (rien que ça).

C'est simplement la chanson qui sublime le plus la voix de Kate Bush: un accompagnement hyper-simple au piano et quelques extraits sonores parlés. Le reste, c'est la voix. La Voix et uniquement elle, dans une forme de pureté quasi absolue. Tantôt douce, tantôt grave, tantôt puissance, tantôt triste, tantôt chuchotée, tantôt clamée, tantôt haut perchée. La voix universelle.

Si je devais écouter une musique en m'éloignant de la Terre pour toujours, c'est celle-là que j'écouterais. Je crois que c'est sur cette piste que la performance vocale de Kate Bush est la plus extra-ordinaire…

Dommage que la piste soit si courte. Mais tu peux la mettre en boucle comme je le fais souvent.

Running Up That Hill

Un peu plus commerciale et dans la mouvance du temps, "Running Up That Hill" donne un caractère bien synthétique mais relevé par une forme d'esthétisme proche de la perfection.

Non sérieusement, tu verras que pour toi aussi il y aura un avant et un après "Running Up That Hill". Car c'est une musique qui marque…

L'intro fait un peu répétitive et nue, mais elle ajoute au côté solennel des choses qui vont suivre. Le rythme te fait prendre conscience qu'un truc extra-ordinaire va se produire. D'abord tout en tendresse avec une voix grave et posée, sans doute plus que dans le reste des albums, avec les houhous qui t'appellent.

Puis les paroles vont te réveiller, surtout lorsque Kate s'exclame "If I only could I'd make a deal with God", avec l'accès au refrain.

Et enfin, ce refrain empli d'une énergie folle: "Be running up that Road, Be running Up That Hill, Be Running up That Building" où tu te vois essayer d'arpenter tous ces défis, transporté par cette voix implacable, comme par magie. Puis tu te fais déposer par l'injonction "Say If I only Could". Tu passes de l'énergie pure au repos en quelques strophes.

Après le deuxième refrain, tu vivras des explosions de chaleur lors des différents éclats de voix de Kate qui martèlent cette magnificence qui te fera s'envoler aussi loin que ta volonté requinquée te permettra d'aller.

Enfin, la conclusion decrescendo et sa basse, les choeurs simples font s'éloigner tout ça au loin, chanson dispersée comme les nuages après la pluie. Parce que tu ne peux pas éteindre une force aussi puissante, sans avoir un temps ou tu laisses aller.

À la fin, quand tu auras compris la forme extraordinaire de cette chanson, tu pleureras quand tu regarderas le côté mystique et sensuel de la chorégraphie sur Internet. Tu verras que c'est extra-ordinaire, une espèce de composition, de mouvement de corps et de gestes posés qui subliment une musique. Moi ça me donne envie de répéter ces mouvements devant ma glace.

Tu l'auras compris, "Running Up That Hill" est ma piste non mélancolique préférée de toute la production de Kate Bush.

Hello Earth

Une balade comme Kate Bush sait en faire depuis plusieurs albums: une voix, un piano, un soupçon de batterie et quelques claviers (synthétiques pour la plupart). Pourtant une piste longue éclatée en plusieurs moments avec des tempos assez différents.

Une intro tendre et un refrain solennel comme tout. Des choeurs de chants grégoriens pour le côté grave du moment. Une espèce de spiritualité, adressée à notre bonne vieille planète.

Ensuite, tu seras surpris par l'arrivée de cornemuses et de sonorité plus gaéliques mais qui s'harmonisent très bien avec un côté élévation spirituelle.

Enfin, tu te demanderas pourquoi tu te sens coupable quand les choeurs et Kate scandent "Murderer!" lorsqu'on parle de planète. Et tu comprendras que dès 1985, il fallait la protéger et pas la cradosser et la tuer comme maintenant, notre Terre, le seul corps céleste qui nous accepte.

Pour terminer, deux dernières minutes, toutes en mystères. Là où tu comprends qu'un poème récité par Kate Bush a valeur d'incantation magique.

Mélange de puissance, de spiritualité, de moments calmes, "Hello Earth" saura te faire du bien et croire dans l'avenir.

Waking the Witch

Ah, si tu veux connaître le niveau de créativité de Kate Bush, c'est cette piste que tu dois écouter. Au niveau sonore, c'est juste génial. Il y a tellement de choses différentes, de voix différentes qui t'attirent vers elles. Tu as l'impression d'être dans un rêve.

En 1985, c'est presque révolutionnaire tout en restant accessible. Et puis quand tu as une belle voix, tu peux faire un peu ce que tu veux. Dans cette piste, je retrouve des bribes de ce que j'ai pu découvrir sur "Don't Loose Your Head" de l'album "A kind of Magic" du groupe Queen (qui date de 1986). Ce sont sans doute les voix graves et les cris maléfiques, le tout mélangé avec les cloches qui forment cette ressemblance.

Je note un côté un peu dérangeant dans l'écoute, mais je crois que c'est le but. Dans tous les cas, j'y trouve une grande énergie qui ne demande qu'à être absorbée.

Résumé de "Hounds of Love"

Bon, j'aurais pu presque commenter toutes les pistes, car elles ont toutes un intérêt certain. Comme par exemple "Jig of Life", une gigue endiablée qui donne la pêche ou encore "Cloudbusting", une piste à la sonorité directive et d'un classicisme parfait. Mais, je sais que ton temps est conté et que parler de tout serait too much !

Alors, que retenir de Hounds of Love ? Que c'est un des meilleurs albums de Kate Bush. Qu'il est plein de sensualité, de douceur mais aussi d'énergie et que tu vas passer beaucoup de bon temps à l'écouter. Toutefois, fais quand même attention car, comme je l'ai écouté au moins 50 fois, mon cerveau est déjà formaté à cette performance alors que je suis sûr que le tien a besoin d'entraînement.

The Sensual World (1989)

Bon, tu te doutes bien qu'après un hit comme "Hounds of Love", il va être un peu compliqué de faire aussi bien. Mais c'est sans compter sur les ressources internes de Catherine Bush pour son nouvel album (enfin de 1989, soit il y a plus de 30 ans). À cette période, Kate Bush chante déjà depuis un peu plus de 10 ans. 10 ans, ce n'est pas rien, ça peut changer un artiste ou même l'épuiser.

Quatre ans après l'excellent "Hounds of Love", que vaut "The Sensual World" ? C'est ce que je te propose de découvrir sans plus attendre.

This Woman's Work

Ah, celle-là, elle mettra du temps à arriver à te convaincre que c'est un tube mais une fois que tu seras parvenu à la vérité, tu ne pourras plus te défaire de cette déclaration d'amour.

L'introduction est ultra-douce. On entend la voix aigüe bien connue monter dans la puissance. De chuchotements, on passe à quelque-chose de plus affirmé, un peu triste, un peu mélancolique.

Puis on arrive sur le refrain qui monte en crescendo en quelques secondes, marqué par un ton répétitif et qui se conclut sur une explosion de chant lyrique. Celle où tu écartes les bras vers le ciel et où tu crois que tu vas t'envoler vers l'infini, vers un monde meilleur.

La deuxième partie repart sur la même route mais se sublime avec des choeurs féminins un peu plus graves. À la fin de la piste, tu finis par avoir les larmes aux yeux de cet élan.

Sans conteste, c'est la piste que je préfère le plus de l'album. Assez bizarrement, j'étais passé à côté à la première écoute… Comme quoi, apprécier une musique demande du temps et de la concentration.

Reaching Out

Cette piste va te surprendre. Son introduction, tout en douceur et en chuchotements saura disparaître pour faire entendre une puissance vocale qui sied si bien à Kate Bush. Le contraste mec, toujours le contraste.

Quand elle scande "Reaching Out for the Stars…", tu as l'impression que l'oiseau ouvre ses ailes, s'envole et, à chaque battement d'aile s'élève de plus en plus vers le soleil et la félicité.

Et puis, à la fin du refrain, tout redevient calme, tout recommence dans une naissance, une éclosion discrète. Avant de reconnaître l'envol vocal vers l'infini.

Pour ma part, j'adore cette différence entre la mélancolie du corps de la chanson et cette détermination du refrain. Tu as l'impression que les coups de violons vont te servir à prendre appui pour grimper vers les étoiles.

Une superbe piste bien composée et bien jouée.

Never Be Mine

Voici un morceau avec une composition musicale multiple. On y trouve le classique piano, les cordes, un léger son de batterie, le (devenu de nos jours) classique "synthétiseur" mais aussi cette cornemuse entêtante. Une grande richesse, le tout mis en accord.

Pour résumer, plus j'écoute "Never be Mine", plus je l'aime. Surtout le refrain, toujours d'une grande qualité, ponctué de cette expression: "Never Be Mine" sur un ton presque caverneux. Il est plein d'énergie mais d'une énergie pleine de douceur parce que tu sais que Kate quand elle l'ouvre vraiment, elle peut te décoller les oreilles. La cornemuse vient encore arrondir les angles. Je retrouve des tons de "Fields of Gold" de Sting qui sortira quelques années plus tard.

Enfin, j'aime bien la fin, tout en apaisement où les vocalises très variées de l'interprète finissent par te calmer. Parce que c'est aussi ça la voix de Kate Bush: le calme et la volupté.

Résumé de The Sensual Work

Tu vois, c'est toujours un peu pareil. Encore un album qui vient à maturité dans ton cerveau si tu laisses le temps au temps. C'est au final assez difficile de dire si cet album est supérieur ou inférieur à l'excellent "Hounds of Love". Ma conclusion consiste à dire qu'ils sont au moins aussi bons l'un que l'autre.

Ce qui fait la marque de fabrique de l'album tient à l'utilisation d'instruments à vent "oldschool" comme la cornemuse et les flutes celtiques (le truc aigu). Une place importante a également été donnée aux choeurs qui accompagnent souvent la voix de Kate Bush. Je trouve que ça rend vraiment bien. Et toujours, n'oublie pas que l'auteur des chansons reste Kate Bush.

Il reste des pistes très sympathiques à explorer. Comme "Between a Man and a Woman", dynamique mais soft. "The Fog" est également assez atypique (et donc elle vaut le coup), surtout pour la richesse d'instruments et au dialogue avec une voix de l'au-delà ("Just put your feet down child! Cause you're all grown up now!").

Arrivé à la fin de l'album, tu dois te dire qu'il est complet et que tu auras aimé prendre le temps de le découvrir. Sinon, ça veut dire que tu dois recommencer jusqu'à ce que ça s'ouvre dans ton cerveau.

The Red Shoes (1993)

Ah, celui-là, il est un peu différent des autres. Un peu moins bien je dirais, même s'il y a des choses bien dessus. Mais, on entre dans une autre époque: celle des nineties. Avec "The Red Shoes", Kate Bush tente de faire rentrer des nouveautés dans son style. Bon, quand tu essayes, des fois ça marche, des fois ça ne fonctionne pas forcément. Néanmoins, voilà mon analyse sur quelques pistes qui te permettront de comprendre mon point de vue.

Rubberband Girl

Une petite chanson bien niaise avec ses airs répétitifs qui viendront agacer, non, titiller ton cerveau. J'ai eu un peu peur tu vois en écoutant l'intro mais, dans l'ensemble, elle n'est pas si mal.

Tu écouteras le déluge d'instruments. Mais moi, je crois qu'il y en a trop. De la gratte électrique, des cuivres, du synthé, de la batterie. Complètement différent de ce qui se faisait avant. Mais au moins, l'air est, comment dire, charmant tout au plus.

Mais assurément, on change d'époque et de concept sur cette piste.

The Red Shoes

La chanson éponyme de l'album. Bon, elle est riche, mais on est dans un style carrément différent à d'habitude: plus d'instruments, une durée plus longue, une mélodie plus simple. Moi j'ai un peu du mal. On est moins dans le lyrique plus dans la répétition d'un air entêtant.

La voix de Kate Bush fait encore effet mais, ce n'est plus du tout la même chose. Elle a tendance à disparaître derrière le morceau et comme tu sais que je suis amoureux de cette voix, forcément je reste sur ma faim.

The Song of Solomon

Heureusement, que pour se rattraper au niveau voix et mélodie, la piste "The Song of Solomon" nous replonge dans quelque-chose de plus connu auprès de Kate. Moins d'instruments, une voix plus nue, plus douce mais qui joue de sa volupté et de sa puissance. Même si l'air est simple et moins grandiose qu'à l'accoutumée, la piste s'apprécie assez.

Tu vois, je crois même que c'est celle que je préfère dans tout l'album.

And so is Love

Sur celle-là aussi, on trouve un erzats du style intemporel Kate Bush. On pourrait croire que cette piste sort de l'album précédent, "The Sensual World". Si je ne te l'avais pas dit, tu ne te serais même pas douté du truc !

Bon, un peu de choeurs, un peu trop de guitare électrique mais reste la voix de l'interprète qu'on peut parfaitement reconnaître et apprécier à sa juste valeur, notamment lors de nombreuses "envolées", puissantes, aigües sans écorcher tes oreilles.

Le tout dans une atmosphère posée. Moi j'ai bien aimé ce côté à la fois sage et sauvage. Tu vois, c'est toujours le contraste qui fait du bien.

You're the One

Ah, une petite pépite, moins forte que les autres; avec une pointe d'orgue (enfin de synthé) mais une bonne berceuse, une bonne déclaration.

C'était doux, c'était reposant même si c'était différent.

Résumé de The Red Shoes

Dans cet album, la voix de Kate Bush perd un peu de cette innocence pour rentrer plus dans les tons graves. Le rossignol semble s'être envolé. Après 15 années de travail et l'âge faisant, la voix finit sans doute par changer. Mais personnellement ce n'est pas forcément ça qui me pose problème.

Bon, cet album est un poil en deça des autres, je trouve. On a quelques éléments qui me semblent trop commerciaux, pas assez travaillés. Par exemple "Eat The Music", avec ses sonorités tropicales fait assez niais. Moi, j'ai pas aimé et toi aussi tu as le droit. Mais, dans l'ensemble ça me fait mal de dire ça car, tu vois, jusqu'à présent je n'avais encore trouvé aucune piste pas terrible. Au pire, c'était du normal, un truc intéressant mais qui ne me faisait pas vibrer. Là, c'est "j'aime pas". Bon, faut faire avec…

Les sonorités fleurent bon les nineties. Mais, tu vois, moi les nineties, je n'aime pas ça ! À certains moments, sur cet album tu as l'impression d'écouter Cindy Lauper tant il y a du décalage musical ou une gentillesse sucrée (attention, j'aime bien aussi Cindy Lauper). Tout ça pour dire que même au niveau de la voix et du style, il y a une inflexion.

Dans l'ensemble, j'ai accroché à la moitié de l'album. Les autres pistes ont un côté toujours un peu répétitif à mon goût et les mélodies sont trop rythmées. Et pourtant, je lui ai laissé sa chance. Bon après, tu ne peux pas toujours être à 100% en accord avec un artiste…

Aerial (2005)

1993-2005, douze ans. Douze ans sans album. Kate Bush a fait une pause et une bonne. Moi j'aurais cru qu'elle aurait arrêté pour de bon. Mais non, elle est revenue.

Douze années, ça transforme une vie, une vision, un cerveau. Que s'est-il passé dans la tête de l'artiste ? Rien de tel que de décortiquer son nouvel album pour le savoir…

A Coral Room

Ouah, dès la première piste on se prend le choc du nouveau style de Kate Bush. Un style plus dans la maturité, plus posé.

D'abord, tout est plus lent. Le rythme de toutes les mélodies est moins scandé, moins dynamique. Une vraie rupture avec l'énergie des eighties.

Mais tu me demanderas précipitamment ce qui est arrivé à la voix de l'interprète ? Car c'est là son atout principal n'est-ce pas, le truc dont je parle depuis le début ? Ah, pauvre naïf ! Que crois-tu qu'il se soit produit ? Les gens ne changent pas de voix comme ça.

Oui, Kate Bush, garde la même voix atypique. Néanmoins, on sent un peu le vécu. Son expression est plus grave, elle monte moins dans les aigus et, je dois dire que c'est une surprise, elle semble être passée d'un véhicule d'énergie à un vecteur d'apaisement. C'est du moins ce que tu pourras ressentir sur cette piste.

Sinon pour le reste, même si évolution il y a, on retrouve les classiques de Kate Bush: la voix et l'accompagnement minimaliste au piano; avec peut-être plus de silences et une mélodie plus présente du piano.

Sinon, "A Coral Room" est un poil mélo-dramatique. Elle est plus longue en durée que les productions précédentes même si certaines pistes d'autres albums l'étaient. Mais combiné à un rythme plus calme, tu as l'impression que la piste est allongée. Arriver à maîtriser le temps, le raccourcir ou l'allonger, serait-ce une nouvelle prouesse de la sorcière du son ?

Bertie

Un souvenir des précédents albums. Sur cette piste, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un monde parallèle à "Hounds of Love" et la piste "Jig Of Life".

D'abord, on retrouve une voix qui a à peine évolué: plus aigüe, aussi pleine d'énergie qu'avant. Tu vois que ça n'a pas changé. Le contraste vocal est aussi présent: ça passe par tous les niveaux sonores.

Ensuite, on retrouve aussi nos instruments gaéliques. Ce qui a évolué, c'est le rythme, plus médiéval et moins énervant qu'avant.

Mais clairement, avec une telle construction, on n'est pas dans le hit pop. Et pourtant je perçois quelque-chose de moins fragile dans cette proposition.

How to be invisible

Un morceau qui fait dans le sérieux, dès l'introduction. La musique de début fait pratiquement peur à elle seule. Les paroles sont prononcées sur un ton quasi-monocorde, sans vraiment d'explosions souvent rencontrées chez l'artiste dont nous parlons depuis le début.

Beaucoup plus plat que pour les productions antérieures de Kate Bush, cette piste reste quand même bien équilibrée. Sans être trop ambitieuse, on passe un moment agréable à l'écouter avec une présence sonore riche.

Pour résumer, c'est plutôt lent, voire un peu mou, surtout avec les quelques temps d'arrêt. Elle me fait penser à la musique de Thimbleweed Park.

Résumé de Aerial

Avec Aerial, on est plus dans l'expérimentation musicale, moins dans l'accessible immédiat. Il faut plus de temps pour apprécier la construction. Je crois que tout le travail de Kate Bush va dans ce sens depuis le début. On l'a vu avec "The Dreaming" par exemple.

Mais ici, l'énergie a été canalisée; on trouve une plus grande source d'apaisement qu'il y a 12 ans. Mieux ou moins bien alors ?

Ah, tu es bien pénible avec cette question ! Je dirais que c'est simplement différent. Ça ne peut pas se comparer facilement. Je crois que ça ne s'écoute pas de la même manière, que c'est plus exigeant. Tu dois avoir plus de temps devant toi, sortir de l'immédiateté, de la culture de l'instantané. Sinon tu ne parviendras pas à apprécier l'ensemble.

Je pense que ce n'est pas un hasard si c'est l'album le plus long qu'a jamais produit Kate Bush pour le moment (près d'1h20 vs 50 minutes en général), même si une piste occupe près de 45 minutes à elle seule.

Pour ma part, personnellement, c'est une proposition qui me va moins bien. J'apprécie les évolutions que j'ai trouvées. Pourtant, je dois l'avouer, je reste plus attaché aux productions passées, simplement parce que la forme me touchait davantage.

Director's Cut (2011)

Sorti en mai 2011, "Director's Cut" est un album de reprises des chansons de Kate Bush par Kate Bush en personne, une ré-interprétation des anciennes versions, prises sur la majorité des albums de la période 1985-1993.

Tu te dis que c'est un challenge. En effet, une fois que tu as frôlé la perfection, est-il possible d'offrir le même niveau de qualité avec un style différent. De nombreux artistes s'y sont cassé les dents (et la voix aussi). Qu'est-ce-que Kate Bush a su sortir ?

Flower of The Moutain

Pour commencer cet album de reprises, commençons donc par écouter la seule piste qui a un titre inconnu. Après analyse, "Flower of the Mountain" est un titre alternatif pour "The Sensual World" de l'album éponyme.

Eh bien, on est sur du très bon. Dans le même style qu'"Aerial", Kate Bush nous persuade que sa nouvelle proposition est la bonne (de toute manière, c'est bien elle qui décide non ?).

On retrouve tout ce qui fait Kate Bush: la voix, les instruments gaéliques, les instruments électriques, une mélodie simple qui tire sur le grave et le dramatique. Le seul truc qui est plus en nuance, c'est le contraste. Mais j'y vois un signe de l'âge, de sagesse. Plus besoin de passer du givre au brasero pour communiquer de l'énergie. Il suffit de poser la voix avec assurance.

Je dois affirmer que c'est une bonne piste, même si l'originale en vaut autant.

This Woman's Work

En 1989, cette chanson était déjà extraordinaire et proche de la perfection. Pourquoi se mettre en danger et la réinterpréter ?

Je l'ai déjà dit, avec les années, Kate Bush a infléchi son style vers "du plus posé". Alors, que vaut "This Woman's Work" en 2011 avec ce nouveau style ?

Pour te répondre tout de suite et te rassurer, sache que tout est préservé et que Kate Bush a su très bien gérer la transformation et l'adaptation. On est clairement dans un registre complètement différent. Je dois avouer que certaines évolutions donnent même un meilleur aspect.

Car si tu te souviens bien, "This Woman's Work", si elle était une chanson pleine d'énergie, elle était également une chanson avec une touche de magie, une touche d'incantation. Et comme le style Bush de 2011 est plus proche du mystique, ça a renforcé ce côté, ce qui se révèle très bien au final.

Ainsi, les mots "All the things we should've done And we never did", sonnent de manière encore plus terrible qu'il y a 12 ans, comme plus significatifs. Avec cet apaisement de rythme, le côté d'expression dramatique de la première version laisse place à une expression plus mélancolique qui donne une nouvelle signification aux termes employés.

Je crois que la version de "This Woman's Work" de l'album "Director's Cut" est d'ailleurs supérieure à celle de "The Sensual World". Je l'avais remarquée en premier par rapport à celle de 1989. Car si le style est plus triste, elle devient alors plus accessible au commun des mortels: elle devient une chanson qui incarne la mélancolie mélangée au mysticisme. Pour moi, c'est la meilleure piste de l'album.

Never Be Mine

J'aurai pu explorer toutes les pistes, mais je me suis arrêté à celles que je préférai dans les albums précédents. Alors, j'ai choisi "Never Be Mine".

Pour celle-là, je préfère celle de "The Sensual World" qui me parle plus. Je crois que cette musique a besoin d'une énergie forte pour affirmer son message.

La version de 2011 est très proche de celle de 1989. On retrouve les choeurs, les mêmes mélodies pratiquement copiées-collées, les mêmes instruments, les mêmes moments toniques, les mêmes moments d'élévation de la voix. Mais le style plus posé, posé sur du velours explose moins en volume et en cris.

C'est un résultat assez différent de ce que j'ai pu dire pour "This Woman's Work", mais la réalité de ma perception est bien là et je ne vais pas la nier.

Résumé de Director's Cut

Résumer cet album en trois pistes ne suffit pas. Pour autant, "Director's Cut" est plutôt une bonne reprise. Les chansons prennent une forme assez différente malgré des sonorités très proches.

Dans l'histoire, avec un peu de recul, la majeure partie des pistes se subliment (This Woman's Work mais aussi Top of the City et So is Love) alors que bien peu ne parviennent pas à éluder la version initiale (Never Be Mine, Song of Solomon).

C'est comme ça. Quand tu reprends un truc tu fais des choix et tu fais avec ce que tu as ou ce qui te reste.

Ce que je retiens c'est que Kate Bush, à plus de 50 ans, sait encore m'impressionner avec sa voix et ça, c'est l'essentiel.

50 Words for Snow (2011)

Six années après "Aerial" et quelques mois après "Director's Cut", Kate Bush sort un nouvel album original. Beaucoup plus personnel et très différent du reste de sa production. Voyons donc ce qu'il vaut, ce qu'il a dedans.

50 Words for Snow

Cette piste, éponyme de l'album, est finalement assez proche du contenu global de "Aerial", un peu comme ce qu'on peut retrouver sur "How to be invisible".

On est sur un ton moderno-dramatique qui fait assez sérieux, voire rigide. D'ailleurs, les mots suivent une progression: un chanteur masculin lit chaque mot qui signifie "Snow" pendant que Kate Bush égrène le décompte. On parvient bien à 50 mots. D'où le titre de la chanson.

Mais, dans l'ensemble, je la trouve trop froide pour susciter mon intérêt. Pourtant, la voix de Kate Bush sur le décompte numérique a quelque-chose de quasi magique, une espèce d'incantation qui lui va si bien.

Snowflake

La piste la plus longue de l'album. Elle est dans le même registre que "Among Angels" mais comme sa durée est plus importante, elle s'exprime de manière différente.

La mélancolie est moins affirmée avec des ambiances solennelles. La musique est plus allongée, un poil monotone. La voix de Kate est plus effacée mais c'est lié au registre du morceau.

C'est une chanson loin des canons du hit ou du tube. Quelque-chose qui s'écoute quand tu as besoin de te calmer pendant dix minutes. Sans doute une bonne chanson pour coder.

Wild Man Segment

Tiens, j'ai l'impression de reconnaître David Bowie dans l'introduction du morceau. Rien que ça, ça vaut son pesant de cacahuètes.

Pour le reste, la chanson est assez plate et monocorde. Elle n'est pas sans intérêt, car elle est à la fois une nouveauté dans le style mais aussi une inspiration du reste de la carrière de l'artiste.

Among Angels

La dernière piste du dernier album de Kate Bush. Il faut y voir une espèce de signe parce que c'est franchement la meilleure piste de tout l'album et sans doute la meilleure depuis "The Sensual World".

Dès le début du morceau, on retrouve cet air de piano dépouillé qu'on reconnaît maintenant tout de suite et qui a su accompagner "the voice" depuis ses débuts. C'est en règle générale l'indicateur d'une chanson mélancolique. Ce qu'est à l'évidence "Among Angels". Elle serait parfaite pour une cérémonie de départ, pour dire que rien n'est fini et que le lendemain sera forcément meilleur…

Et si je suis naturellement sensible à ce sentiment, je ne peux m'empêcher de penser que ce registre est sans doute ce que peut faire de mieux la Kate Bush de 2011. Cela lui sied tout à fait, réflexion faîte. C'est là que sa voix s'exprime maintenant le mieux. Loin des envolées rossignolesques de ses débuts, mais avec ce timbre plus grave, plus profond qui porte si bien cette mélodie et ces paroles.

Au niveau musical, j'ai aussi trouvé que c'était pas mal. J'ai eu alors une idée: on aurait pu croire que c'était le groupe Sigur-Ros qui avait fait les arrangements musicaux. Dans tous les cas, l'idée d'une collaboration géniale a émergé du fin fond de mon cerveau. Sigur-Ros, les maîtres trolls de la mélancolie musicale et Kate Bush, la sorcière à la voix de méduse. Ça sonnerait comme rien d'autre au monde !

C'est là qu'on peut encore trouver le meilleur de cette artiste accomplie. Autant j'ai pu douter sur d'autres pistes que Kate Bush avait vieilli, autant je trouve que sur ce morceau, elle renaît totalement, sa voix n'a pas pris une seule ride. Sans conteste, la piste la plus extra-ordinaire de tout l'album. J'avoue, en écoutant jusqu'à la fin, j'ai pleuré…

Résumé de 50 Words for Snow

On est dans le mélancolique, le calme, la voix posée et l'étouffement des sons dans la neige. C'est vraiment ça qu'on ressent.

Forcément le côté mélancolique me plaît, mais je crois qu'il y a quelque-chose en moins dans la voix de Kate Bush. Sans doute pas l'innocence de la jeunesse mais probablement plus une forme d'énergie qui n'est plus là. Et cette différence compte.

Pourtant certaines pistes sont vraiment extraordinaires à l'image de "Among Angels" ou "Snowflake".

Au-delà de cette analyse, je crois que cet album aurait très bien pu faire une bande originale de film, ça lui conviendrait très bien. Peut-être une autre possibilité pour Kate Bush après le très réussi "Birdy" de son collègue Peter Gabriel ?

Conclusions

De cette écoute sur plusieurs mois, il me restera, sans aucun doute, un amour profond pour la voix de Kate Bush. Quand j'écoute ce timbre si particulier, je ne peux pas l'expliquer mais mon esprit est capturé par ces vibrations.

Cette voix si extraordinaire, emplie de ce grain de mélancolie qui te fais fondre en larmes, de ces aigus emplis d'une douceur qui vient apaiser tes tympans et calmer ton esprit. De ce contraste entre force, puissance et tendresse, douceur, le meilleur a été mis en mélodie. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est comme ça.

Pour d'autres, Kate Bush a cette voix trop aigüe, presque criarde qui fait mal dans les oreilles. Pour moi, c'est littéralement l'inverse. J'aime me faire bercer par ces ondes vocales que je trouve riches à l'infini et pour lesquels je suis en complète admiration…

Avec un dernier album original sorti en 2011, je crois pourtant que la carrière de Kate Bush est derrière elle. Neuf années (en 2020) sans rien sortir, ça fait long. Et puis tout le monde ne peut pas être aussi fringuant et productif que David Bowie dans la soixantaine.

Mais, de mon point de vue, elle n'a vraiment plus rien à prouver. Dès 1989 elle était déjà une artiste complète. C'est sans doute dans cette décennie qui l'a vu presque naître artistiquement qu'elle a su donner le meilleur d'elle-même. C'est dans cette époque que j'ai entendu le top du top de Kate Bush même si j'ai reconnu l'éclat extra-ordinaire de quelques pistes plus récentes.

Peut-être que c'est moi qui suis aussi sur-sensible aux sonorités de cette période, celle de mon enfance perdue. Je n'ai bien sûr qu'un seul regret: quand j'étais gamin, je suis sûr que j'aurais adoré me plonger dans l'univers de Kate Bush. Si seulement j'avais eu accès à cette matière, je crois que ça aurait conduit ma vie d'une manière forcément différente.

Dans tous les cas, j'ai été heureux de rencontrer Kate Bush en 2019 et 2020. Si je n'ai pas pu le faire à l'époque de ses débuts, je crois que j'ai quand même bien rattrapé mon retard. J'ai vécu une espèce de révélation, un truc auquel je ne m'attendais pas du tout. Qui aurait pu parier qu'à plus de quarante ans je me retrouverais ému par cette voix parfois si légère, si fragile et la plus extra-ordinaire qu'il m'ait été donné de pouvoir écouter ? Certainement pas moi-même…

Quant à toi lecteur, si tu es parvenu jusqu'au bout de cette lecture, c'est que j'ai réussi à te persuader, pour un temps du moins, à te communiquer mon enthousiasme. Je te souhaite, toi aussi, de prendre le temps de ré-écouter Kate Bush en 2020. Cela fait plus sens que ce que tu peux imaginer. Puisses-tu y trouver ou retrouver toutes les bonnes choses que j'ai pu rencontrer…