Dans les forêts de Sibérie est un livre écrit par Sylvain Tesson. L'auteur est un habitué des voyages au long cours, en pleine Nature.

L'expérience qu'il nous relate dans le livre sus-citée est bien différente: l'auteur s'enferme durant six mois dans une cabane située au bord du lac Baïkal, au nord d'Irkoustk. Cette cabane dite des deux cèdres est un lieu complètement éloigné de toute habitation humaine: les personnes les plus proches vivent à plus d'une dizaine d'heures de marche.

Je vous conseille fortement ce livre: ça se lit sans fin, le style est très léger et c'est un vrai régal. Le livre idéal des insomniaques qui ont besoin de lire cinq pages d'une histoire qui les rassure pour mieux les bercer et les endormir.

Ce livre m'a particulièrement parlé. J'y ai retrouvé des traits de sentiments qui m'ont traversé durant mes modestes périples en solitaire. A travers quelques mots-clefs, je vous invite à faire le tour de ces moments forts.

La cabane, le havre de paix: Un truc qui est assez génial et que de nombreuses personnes ont déjà connu c'est l'intensité et la force du sentiment de sécurité lorsqu'on est à l'abri dans sa cabane pendant la tempête. J'ai connu ça dans les pyrénnées et je dois avouer que c'est un sentiment intense qui procure une sérénité agréable, quasiment foetale !

Solitude: Visiblement, je n'ai pas relevé trace d'un ennui quelquonque. A aucun moment Sylvain Tesson ne relève un sentiment de lassitude dans ses écrits. D'ailleurs, ce qui est relaté est souvent un vrai condensat d'une journée et c'est assez court. On peut en déduire qu'il avait soit la flemme d'écrire, soit tout simplement, pas suffisamment de temps pour raconter sa vie.

Ce sentiment va même plus loin: Tesson se met à fuir toute relation avec autrui. Les visites deviennent dérangeantes, des troubles de l'ordre établi. Sans devenir associal, l'individu isolé, l'ermite, se remet à vivre sans le dialogue, sans ce bruit permanent auquel nous sommes tellement habitués et que nous avons du mal à supporter.

Alcool: Je ne sais pas si c'était relevé de manière éxagérée mais l'auteur semble souvent picoler sérieusement. Seul ou en groupe, il relate très souvent ses abus de boisson. Du moins, c'est ce que j'ai relevé et ce qui m'a marqué. Pourtant, c'est peut-être tout simplement dû au fait que l'ivresse est un fait marquant dans une journée (voir sur plusieurs journées suivant la cuite).

Tesson n'est pas hypocrite: il a clairement fait un stock pour se mettre des piles et il ne dit pas qu'il boit de la vodka pour le goût mais bien pour connaître l'ivresse. Un vrai amérindien ! Ça plus un petit cigare (ou une bonne pipe), et il ne manque rien...

Livres: Sylvain Tesson est écrivain et ça se sent: il dévore littéralement les livres. Son chargement était vraiment complet et bien fourni. Du policier aux essais philosophiques, il est tout le temps en train de lire et de vivre ce qu'il lit. Un jour c'est Thoreau (bien adapté à la situation non ?), l'autre c'est Nietzsche. A chaque fois, la citation est de circonstance. La solitude et la vie dans la forêt vous laissent finalement beaucoup de temps pour l'essentiel: les activités de l'esprit. C'est sans doute cela qui explique la résistance à l'ennui.

Auto-suffisance: Dans ces contrées de Sibérie, l'auto-suffisance ne passe pas par l'agriculture mais bien par la chasse-cueillette. La chasse étant interdite car la cabane est située dans une réserve naturelle, l'auteur se rabat sur la pêche des ombles. D'ailleurs pendant quelques mois, c'est quasiment sa seule nourriture. Ce régime carné a aussi une conséquence sur son corps qui change, devient plus pâle et plus ferme avec les exercices physiques que lui procurent le fait de couper son bois pour se chauffer.

Il fait remarquer, à juste titre, que l'individu qui souhaite se mettre en marge de la société ou qui souhaite la changer doit rompre complètement avec tout ce qui vient d'elle. Il cite l'exemple du révolutionnaire qui utilise le courant électrique produit par les capitalistes pour faire sa propagande et montre l'ambiguité du message. L'ermite, n'a pas se problème: tout ce qu'il a , tout ce qu'il fait, il le doit à lui même et à la Nature.

Déchirement amoureux: Au cours de l'histoire, il semble que Sylvain Tesson apprend qu'il s'est fait plaquer par un SMS de 5 lignes qu'il reçoit sur son téléphone cellulaire. Cette nouvelle le terrasse mais il semble remonter la pente grâce à quelques visites de la part de connaissances et, sans doute aussi, par la vie dans la cabane.

Bon, je ne me fais pas trop de souci pour lui: vu sa notoriété et le fait qu'il vive ce qu'il écrit, il ne devrait pas avoir trop de mal à trouver quelqu'un qui est passionné comme lui dans son groupe de fans... A moins que la vie soit vraiment mal faite !

Vision de la civilisation: J'ai particulièrement apprécié la vision du monde qu'offre Sylvain Tesson. Je constate que certaines personnes ont besoin de s'éloigner des autres et qu'ils arrivent très bien à vivre heureux comme ça, voire que cet isolement est nécéssaire.

PS: Si par hasard l'auteur lit cette page (probabilité proche de 10^-6), je tiens juste à lui dire qu'il ne faut pas confondre hacker et pirate informatique. Un hacker est une personne qui aime comprendre le fonctionnement interne d'un système, en particulier des ordinateurs et réseaux informatiques. Mais ses activités ne sont pas limitées à ces thèmes. Par exemple, je crois qu'on peut dire que Sylvain Tesson est un hacker du voyage au long cours et de la vie sauvage...