Arretons de mettre des poissons dans des aquariums ! đź”—

Posted by MĂ©dĂ©ric Ribreux 🗓 In blog/Blog/

#social issues #cat

Depuis le début du grand confinement (soit le 16/03/2020), j'héberge tant bien que mal des poissons rouges, enfin 2 guppies et 1 poisson rouge. Je les ai récupérés par un collègue de bureau, il y a quelques mois et je suis leur nouveau responsable officiel.

Les voici dans un coin de leur aquarium du moment:

Mes poissons

Assez rapidement je me suis senti concerné par leur bien-être. Je me suis documenté et j'ai acheté un aquarium plus grand, un système pour leur apporter de l'oxygène, des plantes aquatiques, etc. J'ai vu un mieux dans leur comportement même si ce n'était pas parfait. Comme ils sont au bureau, je pouvais les voir tous les jours et les nourrir correctement (c'est-à-dire pas trop).

Mais, au soir du grand confinement, alors que je savais qu'il y allait avoir des difficultés pour les alimenter en continu, je me suis empressé de les ramener chez moi (dans des bocaux, dans un sac et dans le train pardi), histoire d'assurer leur survie et de pouvoir m'en occuper de manière satisfaisante.

Avoir un aquarium au bureau, ça peut sembler sympa de prime abord mais, avec le temps, je constate qu'ils ont une vie assez pénible, surtout à cause de leur confinement à eux. Et je dois dire que les avoir à portée de vue me désespère de jour en jour. Typiquement, je vois bien qu'ils n'ont pas assez d'espace et qu'ils se font chier un max. C'est assez facile à constater: le "gros" poisson rouge fait le tour du bocal, dans un sens puis dans l'autre toute la journée, aussi longtemps qu'il y a de la lumière. Les guppies passent leur temps à le fuir (imagine te retrouver en prison dans la même cellule qu'un Grizzly qui certes ne va pas te manger mais qui a besoin de se défouler toute la journée). Le soir je les vois essayer de se réfugier dans un coin de l'aquarium pour se poser et c'est assez difficile à cause de l'autre. Pour résumer, ils n'ont pas une vie facile malgré tous les soins que je peux leur prodiguer (qui sont forcément limités en cette période de confinement).

Avec le temps et le recul, j'en viens à me convaincre que la place de ces animaux n'est pas dans un aquarium mais plutôt dans un environnement naturel. Même si ce dernier est beaucoup plus risqué, ils ont au moins la capacité de se déplacer correctement dans un milieu qui change au lieu de subir une espèce de continuité qui finit par devenir insupportable. Alors que je suis confiné depuis à peine plus d'un mois et que je finis par rêver d'aller me taper un 16 km de course à pied le long des berges de la Maine, je me rends plus facilement compte de l'effet "enfermement" et de ses conséquences sur mon corps et aussi mon esprit. Et pourtant, je sais que mon environnement extérieur est beaucoup plus risqué que le confort de mon lieu d'habitation. Et pourtant encore, l'introverti que je suis sait très bien gérer l'absence de contacts humains (qui ne me manquent pas du tout pour le coup).

Certains vont me dire qu'il ne faut pas extrapoler aux animaux ce qu'un être humain peut ressentir, que des poissons ne sont pas des humains, qu'il ne faut pas faire d'anthropomorphisme, etc. Pourtant, on est en 2020, on sait que les animaux pensent, ressentent, agissent et, encore plus génial qu'ils peuvent communiquer avec nous. Et tout ça me laisse un goût amer dans la bouche.

Je vois bien que le matin, avant que je leur donne à manger, ces poissons ont un comportement spécifique: ils ont compris ce qui allait leur arriver. J'observe aussi qu'ils comprennent quand je vais me coucher (ils se calment et vont se poser dans un coin plus tranquille) et quand je reste devant la vitre de l'aquarium, ils viennent me voir. Pour résumer, ils inter-agissent avec moi. Rien que ça m'incite à vouloir leur bien-être: j'ai toujours considéré que la relation inter-espèce était précieux car c'est un lien qui sort de l'ordinaire.

En conclusion, élever des animaux dans le seul but de les avoir sous les yeux à certains moments pour faire beau, pour distraire, en leur offrant des conditions de vie non adaptées à leur espèce, (en gros, en dehors de toute recherche scientifique) me semble malveillant. La place de ces animaux n'est pas dans cet univers confiné mais dans quelque-chose de plus spacieux qui reste bien souvent hors de portée du particulier. Je crois qu'il me faudrait un vrai bassin de plus de 500L avec plein de plantes, de pierres, de sol, de trucs artificiels qui ne finiraient que par reproduire une illusion de liberté.

C'est pourquoi, par rapport Ă  ces constats, je me promets de ne jamais acheter de poisson d'aquarium pendant le reste de ma vie.