Ce que je fais quand le carburant devient trop cher... 🔗

Posted by MĂ©dĂ©ric Ribreux 🗓 In blog/Vintage-Velo/

#bike

Depuis maintenant plusieurs mois, le carburant pour automobile atteint des prix records. Tout le monde y va de sa solution ou de son contournement alors, à mon tour de vous présenter comment j'ai réagi face à ce problÚme.

Sans chercher Ă  faire compliquĂ© ou dans le suspense insoutenable, et en une phrase: je prends mon vĂ©lo pour aller au boulot ! Je suis certain qu'Ă  cette simple lecture, beaucoup s'arrĂȘteront. Mais en fait, je les invite Ă  continuer Ă  lire parce que je fais une petite rĂ©trospective de ces derniers mois et vous pourrez constater que ce n'est pas si trivial ou si limitĂ© en portĂ©e.

Un peu de contexte

Dans mon cas, ça fait dĂ©jĂ  bien longtemps que je me suis remis au vĂ©lotaff, bien avant que les prix de l'essence montent. Et je ne le regrette pas du tout. À la base, j'en avais marre de perdre du temps le matin Ă  garer mon foutu tacot le plus prĂšs possible de la gare. Ça me stressait, ça m'arrivait de devoir courir comme un dĂ©ratĂ© pour ne pas louper mon train. Et puis un jour, j'ai pris le temps de faire un aller-retour vĂ©lo entre mon domicile et la gare et je me suis rendu compte que c'Ă©tait tout simplement plus rapide qu'en voiture !

Pour faire simple, mes conditions de trajet-travail sont les suivantes:

Si j'en suis les statistiques de l'INSEE sur la population, je peux constater que 50% de mes concitoyens sont dans les mĂȘmes conditions de trajet domicile-travail (la moitiĂ© sont Ă  moins de 9km de leur travail), ce qui est loin d'ĂȘtre nĂ©gligeable.

Combien j'Ă©conomise au final ?

Au final, je n'Ă©conomise pas grand-chose sur l'aspect carburant:

En termes de bilan carbone, j'Ă©vite de rejeter 0.441 T de CO2 (brĂ»ler 1L d'essence = 2.3Kg de CO2). J'ai pris soin de nĂ©gliger les calories consommĂ©es par mon corps car elles seraient de toute maniĂšre ingĂ©rĂ©es quand mĂȘme (je suis Ă  environ 2000kCal par jour, comme recommandĂ©) et c'est un effort trĂšs abordable, pas un marathon ou 100km de vĂ©lo, juste un peu moins de 20km par jour.

Et pour votre information, je ne compense pas cette Ă©conomie par plusieurs trajets en avion par an (j'ai abandonnĂ© l'avion depuis 2014) ou des road-trips de 10000km en SUV (j'ai une voiture qui fait moins de 5000km par an en moyenne) ou en augmentant ma consommation de produits carnĂ©s ou de vĂȘtements de fast fashion ou de produits high tech qui viennent de loin (mon PC actuel a dix ans).

Donc, oui, aller au travail en vélo n'est sans doute pas suffisant pour avoir un bilan carbone à 2T/an/hab. Néanmoins, ça joue et ça n'est pas négligeable. D'un point de vue économique par contre, clairement, c'est presque marginal: le carburant n'est pas assez cher pour ça !

Quelques retours d'expérience

Quelques conseils pour faire en sorte que ça se passe bien

Aller moins loin tout en ayant l'impression d'aller plus loin

Depuis ce dĂ©but d'annĂ©e, et c'est liĂ© au fait de prendre le vĂ©lo plus rĂ©guliĂšrement, je me suis mis dans la tĂȘte de voir quelle distance j'Ă©tais capable de parcourir en une journĂ©e de voyage. Bien entendu, mon objectif n'est pas de dĂ©passer ou de me mettre au mĂȘme niveau que la voiture, je sais que ce combat est Ă  peu prĂšs perdu, Ă  moins d'avoir un super-vĂ©lo et toute une Ă©quipe d'ingĂ©nieurs derriĂšre moi.

Non, je souhaitais savoir ce qu'un corps humain partiellement entraßné était capable de fournir en distance. Dans cet objectif, je me suis mis à faire des ballades entre mon domicile et un point de destination précis, puis à refaire le chemin en sens inverse.

Pour l'instant, j'en suis Ă  environ 60km dans un sens (soit 120km en total) et ça me permet de vĂ©ritablement voyager, au sens courant du terme, c'est-Ă -dire diffĂ©rent d'effectuer une distance entre un point A et un point B. De temps en temps, je reviens aussi du bureau Ă  la maison, sans prendre le train (ça fait 95km quand mĂȘme). Je vois des choses sympathiques sur la route, des choses insolites, le tout Ă  deux pas de la voie ferrĂ©e que je prends tous les jours ouvrĂ©s.

Ce qui est bien avec le vélo c'est que c'est à la fois lent et à la fois rapide.

Rapide parce qu'Ă  40km/h dans une lĂ©gĂšre descente, ramassĂ© sur le guidon pour faire le moins d'obstacle possible au flux d'air, sur un vĂ©lo non amorti (l'amorti, ça mange une partie des 300W que mes jambes peuvent fournir), on peut dire que la route, tu la ressens bien. La moindre aspĂ©ritĂ©, trou, bosse, pente est captĂ©e par le corps. MalgrĂ© ça, ton cerveau a du mal Ă  se concentrer sur cette foutue route. Si je devais aller plus vite, je crois que je serais en mode pilotage aveugle, donc en danger. À cette vitesse en voiture, on s'ennuit. En vĂ©lo, on est dans un Ă©tat d'attention intense, le temps passe trĂšs vite, je peux vous le garantir.

Lent parce qu'en dehors de ces pointes, en restant Ă  20-25km/h, on a le temps de regarder le paysage, de noter des choses insolites, de voir des animaux. ConjuguĂ© Ă  l'effort physique qui accroche le cerveau dans un registre de souffrance, on a l'impression que le temps passe lentement, qu'on a bien le temps de ressentir la douleur et la fatigue. Ça passe lentement.

Dans tous les cas, c'est une sensation bien différente de ce qu'on peut vivre en voiture ou en train, protégé des éléments, du flux d'air, des températures extérieures, etc. Mais avec le temps, j'ai appris à aimer cette sensation. On a l'impression de se sentir vivant, d'avoir un corps qui est sollicité par de nombreux capteurs, d'avoir un cerveau qui est capturé dans son attention par une foule d'évÚnements qui demande une validation, une réflexion, un réflexe physique parfois. Bref, on ne s'ennuie jamais.

En revanche, je retrouve ce sentiment d'isolation que j'ai en voiture, quand je voyage seul: je suis seul avec moi-mĂȘme et je peux me parler, rĂ©flĂ©chir Ă  tout un tas de trucs. Je suis en communion avec mon ĂȘtre intĂ©rieur. Rien que ça, c'est dĂ©jĂ  une Ă©vasion.

Depuis que je fais ces ballades, je n'ai jamais autant voyagĂ© vers des villes ou des villages qui n'auraient eu aucun intĂ©rĂȘt de les visiter. Pensez-vous, les villes paumĂ©es de la Sarthe: La FlĂšche, SablĂ©-sur-Sarthe, Le Lude, Saumur, etc. Ça ne m'aurait jamais pris un matin de me dire, allez, je prends la caisse et j'y vais. Et puis toutes ces routes de campagne, perdues au milieu de nulle part que je peux parcourir allĂšgrement sans me poser de question de savoir si je vais en rĂ©chapper ou si je vais ĂȘtre griĂšvement blessĂ©. Moi j'aime la campagne, ses paysages, le fait qu'il n'y a personne autour, le fait que ce soit isolĂ©, paumĂ©, c'est toujours beau Ă  regarder, Ă  ressentir, Ă  sentir aussi (le parfum des pins sur une route de forĂȘt, ça n'a pas d'Ă©quivalent en voiture). Ça, enfermĂ© dans une boĂźte en tĂŽle et en verre avec plein d'isolant et du plastique, ça n'est pas du tout accessible.

Bien sûr, au bout de 5h30 de trajet, on est fatigué. Le lendemain aussi. Mais on a l'impression d'avoir accompli quelque-chose.

Un truc que j'aimerai bien faire depuis plusieurs années et qui sera mon aventure de l'année, c'est de remonter dans ma famille rien qu'avec mon vélo, en un minimum de temps (et aussi en un minimum de kilomÚtres partagés avec les voitures). J'en ai pour 500km. J'aimerais bien faire ça en 2 jours seulement. Pas sûr que ce soit possible mais dans tous les cas, je m'entraßne pour ça.

Conclusions

Faire du vĂ©lo me rend plus fort, indĂ©niablement. Le fait de faire un effort physique constant et mesurable donne l'impression d'accomplir quelque-chose. Ça m'aide aussi psychologiquement Ă  me dire qu'en fait, peu importe le prix du carburant, je pourrais toujours me dĂ©placer pour aller travailler comme avant et, qu'au pire, je serais toujours mobile pour gĂ©rer une partie du reste.

Faire des ballades Ă  vĂ©lo ça m'aide aussi Ă  voyager. Ces derniĂšres annĂ©es, avec le confinement, je me suis un peu encroĂ»tĂ©, habituĂ© Ă  rester Ă  la maison (mais c'est bien aussi hein). Le vĂ©lo, c'est le tourisme sans arriĂšre-pensĂ©e, sans culpabilitĂ© et ça me fait beaucoup de bien. L'idĂ©e que je peux aller Ă  peu prĂšs oĂč je veux quand je veux, peu importe les conditions climatiques ou les horaires, sans avoir Ă  sortir le porte-feuille et devoir m'arrĂȘter tous les x km pour faire le plein de carburant, ça s'approche de ma dĂ©finition de la libertĂ© absolue.

Pour terminer, refaire beaucoup de vĂ©lo me rassure aussi en me faisant prendre conscience que passer de la voiture automobile au vĂ©lo, ça n'est pas une rĂ©gression technique ou sociale, bien au contraire, c'est simplement diffĂ©rent. Ça ouvre la voie Ă  une mobilitĂ© diffĂ©rente et pas rĂ©gressive comme on aurait pu s'y attendre. Quand je reviens du travail sur mon vĂ©lo, je n'ai pas l'impression de revenir au siĂšcle dernier parce que je sais notamment qu'en voiture, j'arriverai 5 ou 10 minutes plus tard.

Et puis d'un point de vue du rĂ©chauffement climatique et de l'angoisse qui va avec (moi qui viens du nord de la France dans les annĂ©es 80 je ne sais pas gĂ©rer la chaleur), ça me fait du bien de savoir que j'arrive Ă  m'adapter un peu Ă  un changement de pratique qui va de toute maniĂšre finir par s'imposer Ă  tous (ou au plus grand nombre), Ă  plus ou moins court terme. Ça me fait du bien de me dire que j'Ă©conomise presque une demi-tonne de CO2. C'est peu mais c'est mieux que rien et c'est ma contribution.

Évidemment, je ne demande pas Ă  ce que tout le monde fasse pareil que moi. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, si on donne un conseil on trouve toujours des gens qui vont faire un effort intense pour essayer de dĂ©montrer le contraire en invoquant plein de paramĂštres diffĂ©rents. En fait, je ne demande jamais rien Ă  personne (parce que je n'aime pas ça). Si je devais avoir une autre configuration avec d'autres paramĂštres, je crois que j'Ă©tudierais basiquement toutes mes options et prendrait la meilleure solution.

Si je devais ĂȘtre un prolĂ©taire (au sens premier du terme, c'est-Ă -dire celui qui ne possĂšde que sa force de travail) au SMIC Ă  l'usine Ă  50km de lĂ  oĂč j'habite, je crois que j'essaierais de foutre mon vĂ©lo dans le coffre et de faire 8km Ă  par jour entre un parking gratuit et le lieu de mon travail (ou l'inverse entre chez moi suivant la position du parking). Ça me ferait Ă©conomiser 1/3 de SMIC et faire du sport en mĂȘme temps. Sauf si l'usine me met physiquement dedans (ce qui serait assez probable), que le prix du logement m'empĂȘche de me rapprocher de mon travail, auquel cas, oui, je crois que je n'aurais pas le choix et que je serais obligĂ© de prendre ma putain de caisse et de subir jusqu'Ă  ce que je ne puisse plus et que je sois forcĂ© d'aller occuper les ronds-points pour que les gens en "charge" rĂšglent un problĂšme insolvable individuellement.

NĂ©anmoins, si la lecture de cet article peut vous donner quelques astuces et vous faire prendre conscience que le vĂ©lo vous est abordable, ça aura servi Ă  quelque-chose de l'Ă©crire. Si vous avez moins de 9km de trajet domicile-travail (vous avez une chance sur deux d'y ĂȘtre d'aprĂšs le recensement de la population) et que vous vous demandez si vous devez prendre votre vĂ©lo pour y aller, je vous invite Ă  essayer. Je crois que vous ne serez pas déçu...