Rétrospective de 10 ans (et plus) de blog 🔗

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#life #web #auto-hébergement #nostalgie #writing

Introduction

Avec mon changement de moteur de blog, j'ai eu l'occasion de prendre du temps pour corriger tous les articles que j'avais publiés depuis le début que je publie des choses sur Internet, c'est-à-dire vraisemblablement depuis 2005. A force de relire, de corriger les fautes d'orthographe et de grammaire, de reformuler mes phrases en anglais dans un style plus britannique que français, j'ai fait un certain nombre de constats.

Je crois qu'il est grand temps que je fasse l'exercice d'une rétrospective sur mon activité de rédaction de ces 10 dernières années.

De l'obsolescence des techniques informatiques

Ce qui m'a d'abord frappé c'est que la très grande majorité des articles techniques sur l'informatique que j'ai pu écrire sont maintenant tous obsolètes. Avec le recul, je me rends compte que c'est assez dingue d'avoir consacré autant de temps pour expliquer des choses, rentrer dans les détails, essayer de démontrer des effets ou des hypothèses, fournir des exemples fins de configuration ou de code source, etc. tout ça pour que 80% (au moins) de ces éléments ne soient plus applicables dès aujourd'hui !

Rétrospectivement, tout n'est pas à jeter. Je crois que les logiciels qui ont été conçus il y a plus de 20 ans et qui sont maintenant confirmés comme étant des "piliers" d'infrastructure; des trucs comme Bind ou Emacs ou encore Exim sont suffisamment stables pour que ce que j'ai pu écrire dessus puisse encore s'appliquer.

Pour les autres, sans doute 80% de ce que j'ai écrit reste valable. Mais, de toute manière, si quelqu'un souhaite vraiment appliquer les configurations que j'ai décrites, il devra se palucher le manuel de référence pour confirmer et aussi prendre du temps pour vérifier si tout est toujours d'actualité. Au final, je me demande si ça reste rentable pour le lecteur et pour moi de passer autant de temps à lire/écrire des choses pour finir par devoir lire encore plus de choses.

Même mes articles de code sur QGIS de 2015 sont complètement à jeter tant les API ont pu évoluer. Leur durée de vie n'a pas excédé 3 ans. Et pourtant, j'y ai passé un temps infini, dans un secteur informatique qui ne bouge pas tant que ça et qui reste une niche.

Mon constat c'est que l'informatique est un système vivant: tout bouge tout le temps. Tous les logiciels qui continuent à être utilisés au quotidien connaissent des évolutions incessantes. Tant que je continuerais à m'intéresser à ces techniques, je serais condamné à faire avec ces changements permanents. Il n'y a guère que des auteurs comme Ken Shirrif, par exemple, qui peuvent se targuer de faire des articles qui sont toujours vrais même dix ans après leur publication.

Que faire pour gérer ce sujet ?

D'abord, il faut rappeler que ce n'est pas forcément gênant d'avoir des articles obsolètes; ça finit par arriver à tout le monde. Non, ce que je dois sans doute améliorer pour avoir l'impression d'être moins frustré, c'est le rapport intérêt du sujet/temps passé à écrire et donc, sans doute y consacrer beaucoup moins de temps. Et puis, sans doute se concentrer sur quelques points d'intérêts plutôt que d'essayer de faire le tour d'un sujet. Une autre idée consiste à simplement donner la référence vers le manuel de l'outil pour les explications des commandes ou des fonctions.

Je vais également ajouter quelques mentions pour dire que le contenu des articles peut être obsolète.

Sur le long terme, ma "plate-forme" se concentre

L'autre point important que j'ai relevé, c'est que près de la moitié des articles décrivent des outils que j'ai testés et adoptés au fur et à mesure du temps. Mais, après toutes ces années, je me rends compte que je n'utilise finalement très peu de ces outils. Pour résumer, j'ai consacré du temps libre (la chose la plus précieuse au monde) pour des parler de choses que je n'utilise pas.

Si je fais la liste de ce que j'ai abandonné, c'est assez explicite:

Si je fais la liste de ce que je continue à utiliser, voici ce que j'ai:

En conclusion, je crois qu'il faut que j'arrête d'essayer de parler du dernier truc à la mode que je viens de tester et que j'arrêterai d'utiliser dans moins de deux mois, simplement parce que c'est le temps qu'il me faudra pour voir qu'il n'est pas adapté à mes besoins.

Il faut laisser le temps aux logiciels de se faire une place dans mon activité. Ça ne peut pas se faire en 5 minutes !

10 ans d'auto-hébergement, ça donne quoi ?

Autre point sur lequel j'ai envie de revenir: l'hébergement à la maison !

Assez rapidement, je dirais vers 2007, j'ai auto-hébergé ce blog. A l'époque, je trouvais ça techniquement intéressant. Avec le recul, je ne regrette absolument pas, bien au contraire.

À la base, si j'ai commencé comme ça, c'est bien parce que je voulais faire du vrai Internet: un réseau de réseau où toutes les machines sont des clients/serveurs et pas du Minitel 2.0 avec des gros serveurs centralisés. Ça reste encore vrai aujourd'hui, sans doute encore plus vrai à cause des grandes plate-formes (les GAFAM) qui ont capté 99% des ressources. Devant cette puissance d'ingénieurs, de managers et de commerciaux zélés, le fait d'être à part, d'être indépendant et donc libre, fait toujours du bien.

Ensuite, d'un point de vue technique, ça me permet d'avoir une plate-forme sous GNU/Linux, exposée à Internet et qui rend des services privés et publics. J'y suis l'administrateur, je suis en charge et j'applique les choix que je fais. Cela me permet de rester à peu près à la pointe de la technique mais également d'éviter la frustration de devoir mettre en oeuvre des solutions ou des logiciels que j'exècre. C'est un bol d'air qui me permet de réconcilier l'informatique avec mes choix éthiques. Mine de rien, c'est une bouée de sauvetage que je ne suis pas prêt de lâcher.

Avec le temps, comme déjà cité plus haut, je constate qu'une fois en place, la plate-forme ne bouge plus beaucoup et c'est tant mieux. D'abord parce que je n'ai pas forcément un temps infini à y consacrer et en plus parce que ça me rassure sur ma capacité à gérer les choses. Car, je n'oublie pas que le responsable de la plate-forme, c'est moi, avec mes forces et aussi mes limites.

J'ai eu quelques hébergements externes en 2010 et en 2018 mais ça n'a pas fondamentalement changé ma vision des choses. Tous les hébergeurs externes que j'ai pu tester ont toujours été une source de limites que je ne rencontre pas en gérant ma propre machine: tantôt c'est lié à leur réseau (non, ce sera uniquement de l'IPv4 ou encore, certains ports sont bloqués), tantôt à des choix techniques (non, tu ne peux pas utiliser ton propre noyau ou alors que ces modules-là). Pour résumer, ces expériences externes m'ont toutes démontré qu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Et puis, de nos jours, avec la fibre optique et ses débits, héberger une machine sur Internet capable de gérer assez de trafic devient chaque jour de plus en plus abordable.

Ici, je suis chez moi, je publie ce que je veux (dans le respect de la loi de mon pays, bien entendu). C'est moi qui détermine la politique de publication: je suis indépendant et libre. Au bout de 10 ans, je crois que je ne pourrais plus faire autrement...

Si c'était à refaire de quoi parlerais-tu ?

Franchement, si j'avais exclu tous les logiciels que j'ai finis par ne pas utiliser, ça aurait libéré du temps et de l'espace pour parler de choses un peu différentes.

Par exemple, je me rends compte que je n'ai rien raconté sur mon expérience professionnelle de SCRUM Master alors que ça fait maintenant près de 3 ans que je fais ça à temps plus que complet et que ça a complètement transformé ma vie professionnelle et également ma vie tout court ! Je crois qu'il faut vraiment que je prenne du temps pour parler de ça: c'est sans doute le truc le plus marquant qui m'est arrivé depuis ces dix dernières années...

Ensuite, j'aurais pu prendre plus de temps pour faire du C. Quand je suis pressé, j'utilise Python pour prototyper rapidement et pousser du code jetable a durée de vie limitée. C'est sans doute ce qu'il y a de plus rationnel si je prends en compte ce que j'ai évoqué plus haut: que tout ce qui peut être produit en informatique a une durée de vie moyenne de moins de 6 mois. Pour autant, je vois bien qu'il y a des choses qui bougent moins vite et le langage C en fait partie. Comme je l'ai déjà dit dans un article, je reste fasciné par ce langage depuis que j'ai commencé à l'apprendre quand j'étais encore adolescent. Peut-être que faire plus de C me permettrait de palier obsolescence de publication et travailler avec un langage que j'apprécie ?

Enfin, je n'ai pas trop parlé de FlightGear. Pourtant, j'ai fait plein de trucs autour de ce simulateur d'avion libre: une console de vol (qui vaut ce qu'elle vaut) et aussi des choses qui combinent mes compétences en SIG et qui permettent d'avoir un rendu plus réaliste. Ça serait bien d'en parler plus.

Et puis, avec l'âge, je me rends compte que j'ai de plus en plus de mal à ne pas aborder des sujets du quotidien qui me posent des questions à la fois politiques ou philosophiques. Mais j'avoue avoir très peur de prendre du temps pour me lancer dans des polémiques stériles en mode vieux con. Peut-être que si je parlais de réalisations, d'actes ou de choses accomplies, ça vaudrait plus le coup ?

Finalement pourquoi j'écris sur ce blog ?

J'ai bien aimé relire un de mes premiers articles. Avec le temps, je dirais que les objectifs sont globalement atteints sauf pour un seul d'entre eux: être une collection de billets utiles pour le projet Debian. Certes, la section Debian du blog est fournie mais ça ne concerne pas le projet Debian en lui-même, plus l'utilisation de la distribution (du sysadmin pour faire simple) que la manière dont est fabriquée cette distribution.

C'est d'ailleurs un de mes seuls regrets sur ces années: ne pas avoir pris le temps de devenir un développeur Debian. Je conserve toujours une certaine forme d'admiration pour ce projet qui, de mon point de vue, représente la quintessence de ce qu'on peut faire de mieux en matière d'organisation sociale et en termes d'excellence technique (même si tout n'est pas parfait). Néanmoins, c'est plus fort que moi, je n'arrive pas à y consacrer du temps, sans doute par appréhension de faire des erreurs ou de ne pas y arriver. Parfois, je me dis que je devrais prendre un congé sabbatique d'un an pour pouvoir devenir un vrai contributeur Debian.

Par rapport à ce premier article de blog, et à l'aune de ces 10 années, je dois quand même apporter un certain nombre d'ajout sur les objectifs ce blog.

Avec le recul, je me rends compte que j'écris essentiellement pour moi, pour me souvenir de ce que j'ai fait, pour laisser une trace du temps que j'ai pu consacrer à faire fonctionner un logiciel pour qu'il puisse répondre à mes besoins. C'est ça l'essentiel en fait.

Je ne suis pas du tout intéressé par le nombre de lecteurs ou par un projet participatif ni même par des retours externes. Si au début, j'ai essayé de mesurer ou de tracer qui venait consulter ce blog, je me suis vite rendu compte que non seulement, ça prenait du temps de faire des stats mais qu'en plus, je n'en avais rien à carrer. Je n'écris pas pour les autres, juste pour moi. Si ça peut être utile à d'autres tant mieux mais ça s'arrête là. C'est mon espace de liberté, d'expression publique. Si quelqu'un souhaite réagir, qu'il monte son propre espace d'expression publique pour dire que je me trompe !

Rétrospective sur les blogs en général

Quand j'ai commencé à bloguer, c'était la mode des weblogs. C'était avant l'arrivée des trucs qu'on appelle des réseaux sociaux informatisés. J'ajoute le terme informatisé, car ma grand-mère (qui a 92 ans quand même) a entretenu un réseau social dans la vraie vie depuis son enfance et il continue à fonctionner correctement, sans avoir de compte Facebook (même si le nombre de membre à tendance à baisser avec les années).

Je me souviens aussi d'une phrase de Benjamin Bayart qui m'avait enthousiasmé à l'époque (vers 2007): "Gutenberg a permis aux gens de lire, Internet va permettre aux gens d'écrire !". C'est bien parce que j'ai cru en ce concept que je me suis mis à écrire ce blog, sur Internet. Depuis 13 ans, de l'eau est passée sous les ponts et effectivement, la prophétie de Benjamin Bayart s'est réalisée: grâce à Internet, les gens se sont mis à écrire en masse. Mais ce que je n'avais pas su voir à l'époque, naïf et innocent que j'étais, c'est que les gens se sont mis surtout à écrire de la merde !

Ce n'est pas parce qu'on donne un moyen d'expression simplifié que ce moyen est auto-magiquement vertueux ! Effectivement, du point de vue des pionniers du web, on peut être choqué, mais je dirais que c'est juste l'éternel recommencement du phénomène de l'éternel Septembre.

On voit donc des gens qui s'insultent en ligne, propagent des idées rétrogrades, des mensonges, tentent de pervertir les esprits, de menacer aussi différents groupes, etc. Bref, on a à peu près une forme de reflet de la société qui nous entoure: tout est vraiment loin d'être parfait. Avant la démocratisation d'Internet, on était entre-soi, entre gens de la technique, entre geeks introvertis et autistes; un groupe assez homogène finalement. Et dans ce groupe, on finit par un peu penser la même chose, à se fédérer autour de règles tacites, de pratiques qu'on juge bonnes et dont on fait la promotion. Et puis un jour, arrive l'enfer: les autres ! C'est toujours comme ça, à un moment, il faut sortir de la bulle et ça fait toujours mal.

Mais tout espoir n'est pas perdu grâce... aux réseaux sociaux informatisés ! Hé oui, avec le temps et le succès, ces plate-formes web ont réussi à capter toute la merde produite par tous les acteurs malveillants. Et c'est vraiment tant mieux. Imaginez une fédération de blogs bourrée de bullshit, de faux articles masquant du placement de produits, de mensonges, de propagandes foireuses, d'infox, de dédain de groupes humains, de racisme, etc. Je ne sais pas vous mais pour moi, si ça avait été comme ça, j'aurais tout simplement arrêté de bloguer !

Au lieu de ça, je peux encore aller sur Hacker News et constater que quand quelqu'un à quelque-chose d'important ou de technique à dire, il le fait toujours par un article publié sur un blog. Que ce web indépendant soit resté de qualité et qu'il puisse continuer à promouvoir, dans l'ensemble, un esprit de partage et d'entraide, tout cela me rassure sur l'avenir de l'humanité.

Même si j'ai appris avec le temps que ça n'est pas parce que quelqu'un écrit un article sur Internet que ce qu'il dit est vrai ou constitue une référence. C'est aussi valable pour mes productions, bien entendu !

Conclusions

Bon, pour rester dans l'idée de la rétrospective, c'est-à-dire en restant synthétique, voici une liste de choses à faire pour les 10 prochaines années: