Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour mai et juin ce sera Bruce Springsteen. Car, en effet, je n'ai pas réussi à condenser l'écoute de l'intégralité de son oeuvre en moins de deux mois.

Je ne vais certainement pas présenter l'homme, Wikipédia fait ça mieux que moi.

Comment j'ai découvert Bruce Springsteen ? Mes premiers souvenirs remontent aux années 80, avec sans doute la sortie de "Born in the USA", album sorti en 1984 avec la chanson mythique éponyme. Comme ce titre est resté à la radio pendant quelques années, j'ai nécessairement eu l'occasion de l'écouter en étant enfant. J'en ai toujours été fan, jusque dans les années 90.

Pendant mon adolescence, je n'avais pas accès facilement à la musique. La seule possibilité était d'écouter la radio mais, pendant cette période, à part pour le hit "Streets of Philadelphia", Bruce Springsteen n'était pas vraiment diffusé sur les ondes françaises (rappelez-vous pour ceux qui le peuvent, c'était le règne de la musique "techno" et les débuts en force du "rap"). Autant dire que très peu de chansons accrochaient mon oreille. Pourtant, je n'ai jamais oublié cet artiste si particulier dans le paysage musical. Il représentait une certaine image de l'amérique, affirmée, un peu glorifiée, mais bien réelle.

Quand j'ai enfin touché la première paye de mon premier job d'été, j'ai acheté un album de Bruce Springsteen; c'est peut-être la première chose que j'ai faite avec d'ailleurs. C'était le best-of de 1995 qui faisait la synthèse de l'époque. J'ai tout de suite accroché et j'ai ajouté quelques albums à ma collection musicale par la suite. Mais je n'avais jamais fait l'intégralité de l'artiste. Cet article tente d'y remédier...

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu des productions de Bruce Springsteen et de son groupe, The E-Street Band. Autant le faire, comme d'habitude, en ordre chronologique non ?

Les albums du début

Quoiqu'en disais la critique de l'époque, les débuts de Bruce Springsteen produisent des albums de qualité, frolant souvent l'excellence.

En 1973 sort "Greetings from Asbury Park" qui vient chambouler le monde du rock'n roll. Comme le style est assez disruptif pour l'époque et qu'il est encore en train de murir, sa sonorité est particulière et on ne peut pas forcément apprécier depuis la première écoute. Il faut lui laisser un peu de temps dans les oreilles pour finir par l'apprécier à sa juste valeur.

Mais dès la première piste "Blinded By the Light", on est dans le rythme, dans le thème, dans le son Springsteen. Ce style va connaître quelques évolutions dans l'avenir mais il forme la structure des productions de Springsteen jusqu'à ses derniers albums.

"Greetings from Asbury Park" alterne les ballades rythmées telles que celle sus-citée mais également "Spirit in the night" et les mélodies plus nostalgiques comme les chansons "Growin' Up" ou "Mary Queen of Arkansas" ou encore "The Angel", sans doute la plus triste de l'album, dans une certaine forme de complémentarité. L'ensemble forme un substrat complet pour les voyages sur les highways, au volant d'une Ford Galaxy des années 60.

Dans tous les cas, "Greetings from Asbury Park" est réellement un bon album de début. Pour ma part, je m'y réferre régulièrement comme étant la source initiale, une référence de démarrage. Pour mois, ça n'a pas pris une ride et dieu, que j'aurais aimé écouter cet album à sa sortie, avec le contexte de l'époque (sans doute ne l'aurais-je peut-être pas remarqué).

Mais l'année 1973 voit également sortir le deuxième album studio de Bruce Springsteen, intitulé "The Wild, The Innocent and the E-Street Shuffle", sans doute un de ses meilleurs albums de tous les temps (enfin, moi je trouve).

On y retrouve une série de chansons mythiques qui représentent l'archétype de l'oeuvre dans sa globalité, alors qu'il s'agit simplement du deuxième album:

  • "4th of July, Asbury Park" est une référence née.
  • "Kitty's Back" a une introduction de solo de guitare électrique tout simplement géniale.
  • "Incident on 57th Street", également excellement bien introduite et rythmée est un incontournable, une ode, une histoire et le tout dure près de 7 minutes. Sans doute une des meilleurs chansons de Springsteen (elle est dans mon top ten).
  • "Rosalita" pour son rythme endiablé.
  • et pour finir, la cultissimme et mélancolique "New York Serenade", encore une fois également une des meilleures chansons de Bruce Springsteen. Calquée comme "Incident on 57th Street", sur une histoire, une durée de 9 minutes sans aucun moment à rejetter. On approche de la perfection...

Nous n'en sommes qu'au deuxième album mais déjà, Bruce Springsteen a révolutionné le Rock'n Roll américain comme jamais.

2 ans plus tard, sort le très connu "Born to Run", encore une fois un titre majeur de l'artiste. Il est sans doute plus mûr au niveau du style, introduit des sonorités plus douces, un peu moins brutes mais il reste l'essentiel: la voix grave et cassée, la classe prolétaire américaine, la fierté d'une nation, la réalité triste et grise des usines et en même temps, un espoir infini, une énergie à toute épreuve, le soleil de la Californie qui brille tous les jours...

Tout démarre avec "Thunder Road", une piste qui invite à l'accélération du glouglou d'un V8 de Detroit (un small block 350ci chevy, of course!). Très dynamique, elle est rejointe dans ce sens par la piste suivante: "Tenth Avenue Freeze-Out".

"Born to run" est aussi le titre éponyme de l'album, la seconde meilleure piste selon moi. La chanson qui trouve toute sa place dans l'autoradio d'une Corvette du milieu des années 70. Pleine de détermination, elle impose un rythme soutenu mais si mélodieux. Sans conteste une référence.

"Meeting Across the River" est une ballade mélancolique, calme, comme un mélange de shoots de jazz avec les empreintes de saxophone mais aussi, le piano qui vient rythmer l'ensemble. Un titre à écouter le soir sur la plage, en attendant que le soleil se couche.

L'apothéose de l'album "Born to run" vient sans doute avec la dernière piste, la plus longue (près de 10 minutes). Intitulée "Jungleland", elle forme une sérénade dans la même veine que "New York Serenade" en apportant un excellent solo de guitare électrique en plein milieu, dans un style d'épopée.

"Born to Run" est encore une référence majeure de Sprinsteen et ce n'est que le 3ème album de l'artiste.

En continuant dans sa lancée et toujours avec le même style, Sprinsteen revient en 1978 avec l'album "Darkness on the edge of town". Il ne trahit pas tout ce qui fait maintenant l'identité affirmée de l'artiste mais offre une approche un peu plus brute, plus sombre. "Badlands" permet d'effectuer une excellente introduction. La troisième piste est, à mon humble avis, la meilleure de l'album. Intitulée "Something in the night", c'est sans doute la plus sombre de l'album, la plus morbide mais aussi la plus mélodieuse, par les cris déchirants de Springsteen qui viennent conclure le morceau.

Qui n'a pas écouté "Something in the night" au volant sur une route déserte la nuit, n'a probablement jamais vraiment roulé la nuit... En forme de traversée crescendo, "Racing in the street" et ses sifflets sur-aigus sont dans la même veine.

Pour les amateurs d'harmonica, "The Promised Land" forme une bonne approche mélodieuse mais rythmée. Alors que les amateurs de solos déchirants de gratte électrique trouveront leur bonheur sur "Streets of Fire".

Enfin, le titre éponyme de l'album: "Darkness on the edge of town" tente de faire la synthèse de l'album. On y retrouve le côté sombre, le côté rythmé, la mélodie, les solos, les cris déchirants.

Dernier album de la décénnie 70, "Darkness on the edge of town" se veut l'accomplissement du style de Bruce Springsteen, de ses débuts vraiment intéressants à cet album plus consolidé et plus affirmé que jamais.

Alors, que dire sur ces quatre albums, sur ces 7 années de production ? A mon sens, c'est une période de référence pour Springsteen. Ce type (et son groupe) avait clairement quelquechose qui tenait du génie. J'ai écouté ces chansons comme si elles faisaient partie intégrale de l'hymne Springsteen et, sans savoir sur quel album elles proviennent, je peux facilement les classer dans le best-of. Pour résumer, ces 4 premiers albums forment clairement l'esprit et la marque Springsteen et, chose surprenante, comme ils sont clairement en dehors des canons musicaux de l'époque, ils sont indémodables...

Avec un résumé comme ça, on peut se demander comment vont être abordées les années 80 par cet artiste un peu à part ?

Les années 80

En effet, le premier album de cette nouvelle décennie, intitulé "The River", qui est un double album marque un changement certes loin d'une ruptude mais plus une adaptation du style de l'artiste aux nouvelles sonorités de l'époque.

Néanmoins, "The River" reste assez proche des dernières productions. On y retrouve notamment des sons plus légers et rythmés beaucoup plus rapidement comme avec "The Ties that Bind" ou encore "Two Hearts"; la plus emblèmatique et celle que je préferre étant "Hungry heart" (quand j'étais encore étudiant, j'ai rêvé emmener mon amour de l'époque dans une Corvette jaune de 1969 vers Lacanau)..

Mais des choses restent et ne changent pas car on retrouve aussi cet album la marque du E-Street band, notamment avec le saxophone qui restera présent assez longtemps dans le répertoire instrumental de Bruce Springsteen (on le retrouve dans "Independance Day" notamment). La dernière piste du premier album, éponyme du titre de l'album est une des références absolues de l'artiste. "The River" reste un emblème du style Springsteen: de la mélancolie, de la difficulté matérielle, du prolétaire, une histoire de famille, quelques solos d'harmonica. Un classique...

Le deuxième disque commence avec une perle nommée "Point Blank", dans la même veine que "The River", un truc vraiment bon, qu'on écoute sans fin. On y trouve d'autres pistes plus légères mais aussi davantage de trucs graves comme "Fade Away", "Stolen car", "The Price you pay" (qui est très bien) et enfin "Drive All Night" dont le titre vous indique quand l'écouter dans les meilleures conditions.

En 1982 sort l'album "Nebraska", sans doute l'emblème d'une amérique qui glisse dans la crise de confiance. Cet album est bien plus sombre au final que "The River". La première piste "Nebraska" donne tout de suite le ton: morne, calme, un peu triste, basique, quasi-nue avec peu d'instruments. Elle est suivie par une excellente piste intitulée "Atlantic City" qui reste du même accabit avec plus d'instruments accoustiques comme l'harmonica et la guitare sèche. Springsteen y déclame un peu de plus de nostalgie.

Mais c'est également le cas pour "Johnny 99", autre chanson mythique de la classe prolétaire des USA de l'époque.

D'une manière générale, Nebraska est une parenthèse plus sombre, plus primaire mais reste l'essentiel: la voix grave et le discours dénonçant des situations médiocres et difficiles à vivre.

Tout change avec la sortie en 1984 de "Born in the USA" dont la chanson éponyme qui est d'ailleurs la première piste deviendra une espèce d'hymne national repris, y compris par les détracteurs de Bruce Springsteen qui est politiquement engagé aux côtés des Démocrates depuis quelques années. Mais, pour l'amérique patriote, n'importe quelle chanson à succès qui a USA dans son nom est forcément un hymne ! Car Born in the USA dénonce la situation des vétérans du Vietnam, rien à voir avec le soutien inconditionnel à la patrie. Musicalement, on retrouve plus de sonorités, plus d'instruments, plus d'électricité avec un soupçon de quelquechose qui a changé dans la voix de l'interprète et qui, de fait, devient la nouvelle marque de Springsteen, moins grave, moins rauque et sans doute plus agréable.

Le rythme revient à quelquechose de plus marqué, plus scandé que sur les productions antérieures de l'artiste. On s'en rend compte avec "Cover Me" qui fait la part belle à une avancée en fluidité avec des sonorités un peu plus électriques qu'avant.

Une autre bonne piste reste "Downbound Train" qui reprend le style de "Born in the USA". Une des meilleures pistes de l'album qui en comprend un paquet. Elle raconte la tombée dans l'abime d'un jeune homme qui perd son travail et pour qui, les malheurs s'enchaînent.

Elle est suivie par une autre chanson extraordinaire qu'on adore écouter la nuit sur la route au volant de n'importe quelle voiture; "I'm on Fire"... J'ai vu le clip de cette piste et c'était vraiment très bon. On y voit Springsteen en rôle de mécano (toujours chez les prolos) qui répare la Corvette 1956 d'une femme de riche et qui reconduit la dite voiture directement chez la propriétaire. Trois mythes de l'amérique dans un seul titre !

Bon, il semble que "Born to Run" soit mon album fétiche car il regorge de hits et de pistes que je qualifie d'excellentes. On peut citer à la suite "Bobby Jean", "I'am Going down", "Glory Days" et "My Hometown". Tout sonne bien dans ces musiques...

Pour conclure l'album, on retrouve l'indémodable "Dancing in the Dark" dont le clip nous montre une Courtney Cox débutante mais si touchante (même si le clip est un poil niais, avouons-le). J'ai tellement usé cette piste que je la connais par coeur depuis les années 2000.

On peut se dire qu'après un tel carton, l'album suivant serait sans doute moins bon ou, complètement différent. Et c'est la deuxième hypothèse qui se trouve vérifiée. En 1987 sort "Tunnel of Love", également un de mes albums préférés.

Le style s'avère un peu moins ronflant et patriotique que "Born in the USA", plus en mélodies travaillées et avec un style plus relâché et sans doute plus doux. La tonalité est souvent plus grave que sur l'album précédent et la nostalgie est également de la partie.

Cela se retrouve dès la deuxième piste ("Tougher than the rest") mais également avec "All That Heaven Will Allow" (une des meilleures pistes), suivie de "Cautious Man", "Walk like a Man", "Tunnel of Love", le majestueux "One Step Up" et le tristounet "Valentine's Day" qui conclut l'album.

Le reste des autres pistes est plus léger et rompt avec les précédentes. Sans doute pour atténuer l'effet "sans espoir" et "depressif" du sujet.

Mais pour une fois, Springsteen aborde des thèmes un peu plus universels tels que le passage à l'âge adulte, les relations père-fils, l'amour, etc.

Même si ça reste de la musique commerciale, "Tunnel of Love" reste pour moi une référence des années 80. Près de 30 ans plus tard, je ne lui trouve aucune ride, aucun reproche, pratiquement aucun défaut. En le réécoutant dans son intégralité, je suis effectivement tombé sur des pistes nouvelles, jamais encore entendues mais qui m'ont pourtant touché en profondeur. Toujours les années 80, il faut croire que je ne saurais jamais m'en échapper.

Néanmoins, ça va se gater car on aborde les années 90 qui, avec le recul, ont été une époque de grosse bouse musicale (oui, j'assume totalement, c'était déjà ce que je pensais à l'époque).

Les années 90

Bon, en 1987, Springsteen est encore au top. Il produit près d'un album tous les 3 ans depuis 1973 quand s'amorce, sur ce même rythme, les années 90. Tout commence avec "Human Touch" en 1992.

Pour résumer, c'est un des seuls albums à peu près écoutable de ces années maudites. Car Springsteen n'a pas encore tout à fait plongé dans les rythmes et les sons basiques de la musique techno. Il poursuit avec son style classique même si, quoiqu'il puisse arriver, il ne peut trahir une certaine adaptation par rapport aux sonorités de l'époque.

On voit bien cet antagonisme avec le titre éponyme de l'album "Human Touch" qui est très soft et qui aurait pu figurer sur "Tunnel of Love" sans problème. Mais dès la deuxième piste, on assiste à quelquechose de différent de d'habitude: "Soul Driver" reste écoutable mais apporte de nouveaux rythmes plus électroniques et plus mécaniques. Moi, j'aime moins...

"Gloria Eyes" est du même type, on dirait qu'il y a un mélange de ZZTop commercial et de heavy metal du type gonzesse roses (The Guns'n Roses, guimauve de l'époque). C'est dommage car, la majorité des titres sont du même accabit et malgré de nombreuses écoutes, je ne parviens pas à accrocher. Pourtant, la voix est la même qu'avant, le contexte quasi-identique; c'est juste la musique.

Le pire de tout étant sans doute "Real Man" qui a franchement vieilli comme pas possible. Ce titre aurait pu trouver sa place sur n'importe quel blockbuster hollywoodien ringard des années 90 sans problème. Ah, j'ai du mal...

Conclusion, sur "Human Touch", seule la piste "Human Touch" est écoutable.

Le même jour que "Human Touch" (donc toujours en 1992 pour ceux qui suivent), sort "Lucky Town". En effet, Springsteen avait tellement de titres pour "Human Touch" qui aurait dû sortir plus tôt, qu'il a lancé un deuxième album (plutôt que de faire un double). Forcément, c'est très proche de "Human Touch". La première piste commence bien avec "Better Days", qui swingue fort, qui crie profondément, qui rythme bien, comme le Springsteen d'avant.

La deuxième piste est franchement moins bonne même si elle reste écoutable. Il s'agit de "Lucky Town". L'intro est très années 90 mais le corps et la structure sont clairement issues de "Born in the USA".

Mais, après, on peut clairement tout jeter. Les chansons semblent hyper-niaises avec ces choeurs insupportables qui respirent une fausse joie de vivre. "Leap of Faith" est sans doute la plus représentative de toutes. Bordel de Nineties !

Mais, alors que je croyais que tout était fini, une perle ressort de cette morbidité artistique. En 1995 sort "The Ghost of Tom Joad" qui rompt complètement avec les deux albums précédents (et c'est tant mieux). On y retrouve plus de solennité, plus de mystère, moins de glorification, de gospel, de trucs mielleux, plus de profondeur d'ailleurs.

La première piste avec son introduction d'harmonica ramène enfin un peu de calme dans le foutoir des années 90. Le reste reste dans la même douceur. La piste n°4, intitulée "Youngstone" est l'une des meilleurs de l'album. L'autre est "Across the Border".

D'une manière générale, l'album est une bonne moyenne, les chansons suivent à peu près le même rythme calme et doux et restent toutes dans la même enveloppe qui, finalement, n'est pas si mal.

En 1996, sort un ensemble de quelques pistes intitulé "Blood Brothers" qui reprend quelques pistes d'intérêt dont le très connu "Secret Garden" qui a illustré un film comme il se doit. Une sortie de la décennie maudite plutôt tout en rock.

L'après 11 septembre 2001

Springsteen surfe sur la vague patriote depuis "Born in the USA". Forcément après l'évènement de 2001, ce credo reprend du nerf. Et sur ces éléments sort "The Rising" en 2002. Le premier titre un peu tonitruand reste pas trop mal foutu, avec une dose des premiers styles des années 2000 (vous vous souvenez de Moby par exemple ?).

Je trouve que cet album reste équilibré. On y retrouve tout ce qui compose du Springsteen traditionnel: des ballades comme "Nothing Man", un subtil mélange de Born to Run avec Secret Garden; du rythme avec "Contin' on a miracle" ou le titre éponyme de l'album; du rock avec "Empty Sky" et son introduction en fondu de piano qui est "so y2k" ou encore "Further Up on the Road" qui rappelle "Pink Cadillac".

Malheureusement, on a quelques niaiseries comme "Worlds Apart", "The Fuse" avec trop de synthé pas terrible ou "Let's Be Friend" qui fait trop dans le "tout le monde est gentil". J'y range dedans, mais avec un poil d'intérêt quand même, la chanson patriote type: "My city of ruins" qui appelle à l'unité et à la reconstruction (come on, rise up).

Au final, l'album est plutôt un bon début pour les années 2000 car il reste fidèle au style Springsteen tout en tentant un pas dans les sons de ce début de millénaire (qui n'étaient pas forcément les meilleurs).

Dans le reste de la décennie, Springsteen reste particulièrement productif avec pas moins de 4 autres albums. Le premier de cette série sort en 2005 et s'intitule "Devil and Dust" qui s'annonce plus sombre que "The Rising". Le titre éponyme constitue plutôt une bonne introduction. Mais même si le style se veut plus grave, on retrouve du bon gros son de rock dès la deuxième piste avec de faux airs de country par moment (il s'agit de "All the way home").

Une autre bonne chanson est formée par "Long Time Comin'" qui, toujours avec un zeste de music country s'accorde vraiment bien avec le style de Bruce Springsteen. Je la trouve proche de "This Hard Land". Dans tous les cas, elle tranche avec la piste qui suit (Black Cowboys), plus calme, plus mélancolique et nostalgique.

En revanche je trouve la mélodie de "Maria's Bed" franchement niaise (on ne peut pas être parfait). C'est bien dommage car la piste qui suit "Silver Palomino" est très intéressante, dans la même veine que "Jesus was an only son" qui vient juste après. Les deux peuvent s'écouter assez bien dans une Pontiac Firebird des années 80 en longeant la route côtière, la nuit tombée...

Dans l'ensemble, on reste loin des premiers albums de l'artiste mais, après quelques écoutes, "Devil and Dust" s'insère assez bien dans votre tête. Il manque de gros hits dessus mais il n'y a rien de mauvais dedans. Je dirais même que la moyenne est plutôt haute.

Décidément, cette décénnie 2000 est bien prolifique pour Springsteen qui sort un album bien spécial en cette année 2006. Il s'intitule "We shall overcome" et il est composé de 13 pistes de folk/country. Comme j'ai franchement du mal avec ce style (sans le détester), je n'en parlerai donc pas du tout. A vous de vous faire votre opinion.

De toute manière il reste encore de la matière, car en 2007 sort "Magic". Même s'il reprend (à mon grand damne) des sonorités électroniques des années 2000, il reste un assez bon album dans les dernières productions de Springsteen. La première piste après une introduction bien rock, se contente de mimer le style des Rembrandts (ceux de la musique de la série Friends) donc, on zappe vite.

Pour la deuxième piste, malheureusement, on retrouve les mêmes ingrédients mais le refrain rattrappe pas mal les choses. Au contraire, "Livin' in the Future" semble complètement sortie de Born to Run tant elle ressemble à Tenth Avenue Freeze-Out. Elle est donc plutôt pas mal du tout !

"Your Own Worst Enemy" est assez novatrice même si elle est une ballade. Le refrain et la mélodie centrale en font une bonne chanson, sans doute la meilleure du disque. C'est un peu la même recette avec "I'll Work for your Love" qui pourrait être sortie de Born in the USA (sans rivaliser avec les hits de l'époque).

En revanche, la piste éponyme, "Magic" reste peu convaincante. Même si Last to Die qui suit tente de la rattraper mais sans y parvenir vraiment. Heureusement que "Long Walk Home" s'inscrit dans la tradition des ballades épiques Springsteeniennes qu'on écoute sur la route. La deuxième meilleure piste de l'album, à mon avis.

"Magic" se glisse finalement pas trop mal dans votre esprit mais il lui faudra du temps pour le remarquer. Donnez-lui sa chance !

Pour le dernier album que j'ai écouté, il s'agissait de "Working on a Dream", sorti en 2009, pour clore la décénnie. Que dire dessus ? Pour résumer, comme avec tous les albums de cette décennie, ce n'est pas mauvais mais pas sensationnel du tout.

La piste éponyme est plutôt bonne, suivie de "Queen of the supermarket" qui s'assemble bien et respecte la tradition sans avoir la pêche des premiers albums.

C'est un peu la même chose avec "This Life". C'est pas mal mais moyen. J'aime mieux Life itself, y compris avec ses accents de guitares saturées des années 2000. Ca fait le job...

"Kingdom of Days" est un cran au dessus avec du piano rythmé, de la gratte en solo et une mélodie assez correcte.

Encore une fois, il faut du temps pour apprécier l'album mais je ne l'ai pas trouvé parce que j'ai été franchement bien secoué par celui qui a suivi !

Ça reste du Bruce Springsteen

En 2010 sort the Promise, un album remasterisé de rushs issus de la période "Darkness on the edge of town". Et c'est vraiment très bon.

On y retrouve le meilleur de Springsteen. C'est un de mes albums préferrés. Il fait une bonne synthèse. On y retrouve des pistes connues mais avec une interprétation différente. Par exemple la première piste "Racing in the Streets" est vraiment excellente. Cette version inclus davantage d'harmonica et moi j'aime vraiment beaucoup.

La piste suivante "Gotta Get That Feelin" est également d'un grand intérêt avec ses airs de saxophone qui évoque Jungle Fever. "Outside Lookin In" rappelle forcément le premier album de Springsteen.

La piste suivante "Someday" frole le parfait: une ballade assez longue avec de la mélancolie et des choeurs qui s'assemblent parfaitement. Une de mes préférées. J'aime beaucoup également la reprise de la chanson "Because the Night" de Patti Smith et bien sûr "Rendez vous", déjà interprétée en live sur "18 tracks", ainsi que "Candy's Boy", à ne pas confondre avec "Candy's room" !

Le deuxième disque démarre fort avec "Save my Love", une ballade bien rythmée qui fait la part belle à tout ce qui fait le E-Street Band: une gradation, des guitares, du piano, etc.

J'y ai retrouvé une version d'intérêt de "Factory" avec "Come On", sans doute moins noire mais tout aussi passionnante.

La conclusion "The Promise" tient également ses promesses même si d'autres pistes sont bien meilleures. D'une manière générale, le double album est un bon ensemble. Il n'y a quasiment rien à jeter.

Ce que je retiens de Bruce Sprinsteen

Il m'a bien fallu deux mois pour faire le plein de Bruce Springsteen. C'est un artiste marquant et finalement très généreux. Il y a du très bon, du moins bon (90's) et du mieux. Dans tous les cas, c'est un artiste qui m'a tout de suite plu même si je ne l'ai pas sérieusement écouté avant les années 2000.

Mon analyse, forcément simpliste, c'est que les débuts de Bruce Springsteen sont intemporels. Ils représentent une génération, un état d'esprit, une époque bien ciblée d'une culture américaine qui se développe une histoire, un sens commun, une vision... rien de moins.

Quand tu veux voyager en voiture sur une route, il te faut nécessairement un album de Bruce Springsteen, sinon, tu ne sais pas vraiment ce qu'est de voyager en voiture. Tu peux prendre n'importe lequel jusqu'à Human Touch, tu ne seras pas déçu. Une dose de "The Promise" si la route est vraiment longue permettra un voyage dans une autre dimension, sur une route 66 de l'imagination...