Introduction

Une nouvelle année commence, une nouvelle décennie même. Alors que epoch atteint maintenant ses cinquante années, 2020 se lance comme je
referme une page: j'ai terminé la série Mr. Robot. Si d'ordinaire ce blog ne contient pas beaucoup de références ou de revues de feuilletons (c'est comme ça qu'on appelait les séries il n'y a pas si longtemps encore) malgré le fait qu'il m'arrive d'en apprécier régulièrement, je me dois de faire une exception, pour une fois, tant j'ai été marqué par cette oeuvre.

Je ne vais pas refaire ici le pitch de la série. D'autres le font beaucoup mieux que moi et ça n'aurait pas vraiment de sens que je rédige un résumé. Car, quand on aime, on ne peut se résoudre à résumer. Cette partialité serait forcément trop réductrice. Non, je vais plutôt parler de ce qui m'a marqué, ce qui m'a apporté émotion et plaisir.

Evacuons d'abord quelques critiques sur la série

D'ailleurs, je vais évacuer ici toutes les critiques qu'on peut faire sur Mr. Robot. De ce que j'ai glané ici et là, les principaux reproches qu'ont peut faire à cette série se situent au niveau de la longueur de l'intrigue. Certains vont même jusqu'à dire qu'on aurait pu tout faire tenir en une seule saison. Mon avis sur ce point c'est que même si certains épisodes pouvaient être raccourcis, pratiquement aucun ne pourrait être supprimé car tout converge au maintien de l'histoire et de l'ambiance.

Un des autres reproches que j'ai pu capter réside au niveau de la complexité de l'histoire. En effet, sur de nombreux points, le spectateur doit s'accrocher pour ne pas perdre le fil. Pour le binge watcher courant c'est assez difficile alors que tant d'autres sources de visionnage sont plus fluides. Mais pour le geek passionné, pas de problème. Au contraire, c'est ce qui est recherché: les détails sur lesquels on peut revenir sans cesse et se rendre compte que oui, ils avaient un sacré intérêt.

Enfin, et pour terminer sur le plan des reproches, j'ai entendu dire que Mr. Robot surfait sur une sorte de vague du moment (en 2015) qui mélangeait intégration de l'autisme et autres troubles du comportement (ça me fait mal de mettre ça dans la même phrase) et revanche du nerd de service. De mon point de vue, je n'ai pas vraiment capté cette vague car, dans mon coin, il n'y a bien que Mr. Robot qui proposait cette approche singulière. D'ailleurs singulier signifie, entre autres, pas courant. Et puis, pour une fois qu'on peut rentrer dans la technique informatique sans réduction stupide ou télégénique, autant en profiter non ?

Ok pour les critiques, passons maintenant à ce qui fait l'intérêt de consacrer environ 40 heures de sa vie à visionner Mr. Robot.

Une série en phase avec moi

Ce qui m'a tout de suite plu c'est que le personnage principal me parle immédiatement. Pour la 1ère fois de ma vie, une série s'exprime dans mon langage, avec mes codes, mes repères et c'est très rare, surtout sur un ensemble aussi long d'épisodes. Dès le pilote, j'ai été scotché. Voilà un type qui présente les mêmes centres d'intérêts que moi et qui semble également être atteint des mêmes symptômes de désordre et d'anxiété sociale; qui a un rapport aux autres complexe, en retrait, introverti. L'anti héros typique, loin de la réussite immédiate, un personnage qui lutte au quotidien, sans tomber tout de suite dans le pathos ou la froideur pâle de la maladie mentale.

Et puis il y a le côté hacker justicier qui essaye de sauver le monde grâce à ses talents informatiques, en opposition frontale et assumée avec le monde corporate, avec l'argent qui réduit les rapports humains à ce qu'ils ont de plus dégueulasses. C'est l'idée positive que tout geek qui a appris l'informatique dans les années 80 conserve au fond de lui: les ordinateurs vont changer le monde; ceux qui sauront s'en servir pourront transformer la société dans l'intérêt général, dans l'intérêt du commun.

Dans tous les cas, en tant que libriste, ça me parle directement et ça va dans le sens de mes idées et idéaux, même si je n'ai pas du tout ce côté cracker dans la vraie vie (je n'en ai ni le temps, ni la compétence, ni l'éthique). Pourtant, quand je vois un type qui réalise un crack, prend possession d'une machine distante et trompe son adversaire, je reste toujours ébahi par la beauté technique du geste. Tous les cracks aussi illégaux puissent-ils être contiennent tous cette part de magie qui défie les limites de l'être humain.

Des exploits de qualité

Restons donc un moment sur la pratique des cracks d'Elliot et de Darlene (ou du reste la fSociety). Comme de nombreux nerds, j'ai effectivement pris le temps de faire des arrêts écrans sur un grand nombre de scènes où l'on voit défiler des commandes (dans une fenêtre de terminal en mode texte bien sûr, sinon, tu n'es pas crédible fiston, simplement parce que même en 2020, le texte reste le moyen le plus efficace de dire à un ordinateur ce que toi, tu veux faire de lui). Dans certains cas, on voit le hack du début à la fin ce qui me permet de dire qu'ils sont hyper-réalistes.

Preuve s'il en est de leur justesse, les adresses IP qu'on retrouve dans les scènes de hack sont des IP qui ne peuvent pas exister (car elles sont réservées). Je crois que mettre en place la précaution d'utiliser des classes d'IP impossibles à utiliser indique que les auteurs des hacks ont eu peur que des personnes reproduisent les commandes bêtement sur des machines distantes accessibles, ce qui indique que les exploits indiqués ont une portée réelle s'ils sont joués tels quels.

Sinon, on voit passer tout un tas de trucs courants, allant de scripts maisons en Python3, à John the Ripper, des trucs pour péter du WPA sur du wifi, des scripts pour faire des comparaisons en SQL, etc. Toute la panoplie du parfait petit hacker paranoïaque, confortablement calé avec son ordinateur portable tournant sous la distribution de sécurité Kali.

C'est très réaliste, y compris au niveau de la sécurité quand on voit qu'Elliot cache des machines virtuelles de taille réduite dans des images JPEG de haute définition qui cachent elles-mêmes d'autres images JPEG, le tout gravé sur un DVD caché dans un sac, lui-même planqué sous un meuble. Même les certificats RSA qu'on peut capturer en entier sont valides.

De ce côté technique, je crois qu'il y a assez peu à redire. C'est bien la première fois que je vois tant de code et de ligne de commande dans une série et, ça fait du bien !

Des codeuses et hackeuses

Pour rester dans le côté hacking ce que j'ai aussi adoré, c'est que la série est assez inclusive. Bon, ok, c'est la tendance du moment d'avoir un panel assez représentatif de personnes issues de minorité mais dans Mr. Robot, ce qui est bien, c'est qu'il n'y a pas que des hommes hétérosexuels blancs de moins de 30 ans qui codent ou qui ont un niveau pointu en informatique.

Le troisième rôle de la série qui est Darlene, la soeur d'Elliot (jouée par Carly Chaikin m'a assez bluffé. En effet, c'est souvent elle qui se tape les cracks massifs ou ceux sur la téléphonie mobile. On la voit d'ailleurs agir directement dans la plupart des scènes et son impact dans les exploits est au moins aussi important que la part d'Elliot, le personnage principal. C'est aussi le cas pour un autre personnage: Trenton, une hackeuse musulmane. Rien que cette partie vaut le détour de s'intéresser à la série.

Et puis, c'est le rêve de tout geek de savoir qu'il existe des femmes qui s'intéressent à un haut niveau à leurs centres d'intérêts. Pour résumer, les geeks de sexes masculin accueillent favorablement l'idée qu'il existe des geeks de sexes féminins avec lesquelles ils vont pouvoir partager leur savoir, leurs compétences, leurs problèmes, leurs centres d'intérêt, tout simplement. C'est du moins ma vision depuis très longtemps et je remercie Mr. Robot d'être allé dans ce sens, d'avoir osé sortir du cliché du mec qui code pendant que la fille se paluche les trucs sociaux.

Tout est dans les détails

J'ai déjà parler de la précision et du souci du détail sur les hacks et les exploits informatiques mais j'ai également remarqué que la série regorge de détails qui comptent. Pour le spectateur moyen, ce serait sans doute trop mais le jeu scénique fait que même en capturant 10% des détails, vous vous en sortirez quand même. Pour les autres, ceux qui creusent, ceux qui hackent, ils trouveront tout ce qu'ils voudront en analysant chaque trame de chaque épisode de la série et trouveront tout un tas de points de référence.

Voici quelques exemples qui m'ont marqué:

  • Le tableau moche binaire de l'appartement d'Elliot est présent très souvent, mais généralement placé dans des endroits différents.

  • Il y a une corrélation ultra-forte entre la scène de l'épisode 4 de la saison 1 et celle de l'épisode 12 de la saison 4 (la fin). C'est la scène où avec la musique de fond de Perfume Genius: Queen. En revoyant les deux scènes, on se rend compte que dès la 1ère saison, il y a avait les ingrédients de la dernière (ou bien sans doute l'inverse). Oui, quelle joie de mettre les scènes en parallèle sur 2 écrans et se rendre compte qu'elles sont quasiment similaires.

Tout ceci me laisse penser qu'il faut voir puis revoir (sans doute plusieurs fois) Mr. Robot pour essayer de saisir toute la nuance et avoir une vision exhaustive de l'oeuvre (ou alors c'est mon côté autiste qui me pousse à vouloir absorber l'intégralité du sujet).

Du graphisme digne de ce nom

Mais, au delà des détails, je vous invite aussi à vous laisser emporter par la simplicité et la constance de la "charte graphique" comme on dit. Oui, graphiquement, Mr. Robot, ça balance grave.

On va commencer par la police de caractères. Hé oui, ça en jette tellement c'est atypique. Ca fait très années 80/90, ça dérange l'oeil juste pour faire en sorte que le regard se pose plusieurs secondes pour déchiffrer ce qui est écrit. Et puis cette gamme de rouges, si dérangeante, si sanglante, posée un peu partout, ça réveille la conscience.

Sur d'autres registres, la construction graphique des scènes me semble être une leçon de composition. On passe par de nombreux plans monumentaux, complètement centrés soit sur une position, soit sur les personnages qui sont statiquement déposés comme décor. Visuellement, ça en jette. Très souvent, chaque scène ou chaque titre de la série possède une image de ce type en guis d'introduction. C'est un code de la série.

Par exemple, les scènes qui se jouent dans le métro et qui sont nombreuses tout le long de la série s'amusent à marier quelques effets de style avec une composition très symétrique, comme un point de vue central, fixé sur la barre centrale où peuvent se tenir les passagers du milieu. Mélangé avec les lumières fades qui tirent un peu sur le jaune, on a inévitablement quelque-chose de métallique, sorti d'une scène réelle mais sublimée par la composition et le jeu de couleurs.

Ou encore, ce fameux banc du métro de New-York où se tiennent souvent Elliot et Mr. Robot et qui, placé du côté gauche de l'écran, avec ces nuances de jaune fluo des bandeaux d'indication de danger, les néons blafards dont la lumière se reflète sur une mosaïque de carrelages muraux blancs et la bouche d'escalier en contrepoint de fuite amènent une espèce de solennité à un instant important où tout peut revenir en arrière vers le point de départ.

J'ai aussi adoré les introductions d'épisodes sous forme de présentation directement dans la télé, où l'on voit les mires colorées de l'époque, suivies par des reportages qui prennent tous les codes graphiques des années 90: les lignes d'entrelacement, les couleurs blafardes, l'image bombée, pas carrée, une certaine dose de flou.

Je pourrais encore vous citer pleins d'autres exemples. Le mieux est que vous les visualisiez vous-même.

Un bande son qui sort de l'ordinaire

Au niveau des émotions, j'ai été fortement marqué par la bande son. En général, quand un film ou une série me plaît vraiment, je me mets la bande son en fond sonore pendant plusieurs jours/semaines, histoire de bien m'en imprégner. Celle de Mr. Robot n'y a pas fait exception même si, dans ce cas, j'ai du faire une adaptation.

Car en fait, il y aurait plutôt deux bandes sons au lieu d'une seule. En effet, la série embarque une bande originale (composée par Mac Quayle) mais invite également de nombreuses musiques et chansons d'époques diverses et variées, tout au long de l'intrigue. Ça va des Beach Boys à des trucs de rap (que je n'aime pas trop) en passant par de la musique électronique que je qualifie de moderne (car jouée après 1995).

J'ai donc d'un côté les CD officiels de la série et de l'autre côté, tout un tas de pistes (80 environ, ce qui n'est pas négligeable) qui ont été jouées dans les épisodes. Même si mes goûts musicaux sont assez marqués et peu éclectiques, j'ai quand même été absorbé par la bande son au point de prendre le temps de retrouver tous les morceaux entendus, tant leur choix me plaisait. C'est d'ailleurs assez différent d'une série comme Twin Peaks par exemple, que j'ai adorée mais dont la bande son tient en un seul CD et qui semble plus minimaliste de ce côté.

Je ne sais pas qui a géré cette partie de la réalisation mais, c'est assez rare que je trouve des musiques que je connaisse déjà dans une série. Car, tout y va: on trouve des trucs ultra-durs de rap, au générique de K-2000, en passant par du Nancy Sinatra. Et pourtant, malgré ces différences de registre, tout passe toujours bien avec les images. Je vous invite donc à ne pas négliger la bande son de Mr.Robot car je crois qu'elle fait partie de la foultitude de détails qui forment la série.

Une rencontre avec M83

Dans toute cette musique, j'ai trouvé un groupe qui sort de l'ordinaire et que je ne connaissais pas du tout: il s'agit de M83. C'est comme ça, il ne faut pas réfléchir, ça te tombe dessus et même s'il y a uniquement trois morceaux du groupe dans toute la série, j'ai quand même été suffisamment attiré par la proposition musicale pour faire l'étude intégrale des productions du groupe.

Car, on retrouve les trois morceaux de M83 à des moments clefs de l'intrigue qui font qu'on ne peut pas passer à côté. Il s'agit des pistes suivantes:

  • "Gone", la piste 11 de l'album "Dead Cities, Red Seas & Lost Ghost" de 2003 qui vient illustrer la fin de l'épisode 7 de la saison 1, lorsqu'Elliot se rend compte que Mr. Robot est son père.
  • "Intro", la piste 1 de l'album "Hurry up, We are Dreaming" de 2011 qui vient illustrer la fin de l'épisode 10 de la saison 3, où Elliot retrouve les clefs RSA de déchiffrement de 9/5.
  • et enfin, "Outro", la dernière piste de l'album précédent qui vient clôre, avec beaucoup d'émotions, la série dans le dernier épisode de la saison 4.

Ce qui est particulier, c'est que j'ai eu un temps de latence entre le visionnage de la saison 3 et de la saison 4. J'ai dû terminer la saison 3 en septembre 2018 pour terminer la saison 4 en janvier 2020. Entre temps, j'avais déjà repéré M83 et, en bon autiste, je me suis plongé dans l'intégralité de leur production.

Hier, en écoutant la fin de Mr. Robot, j'ai été frappé, saisi quand j'ai reconnu, au bout de quelques hésitations tant l'introduction du morceau était allongée, le fameux morceau "Outro" qui ne pouvait être que celui de clôture de la série. Encore une fois, je dois dire que toute cette résonance était impressionnante sur le plan des émotions. Dans ces moments là, tu as l'impression d'être complètement en phase avec l'équipe de réalisation de la série, dans une forme de synchronisation quasi parfaite. Je crois que ça ne m'est jamais arrivé auparavant.

Mr. Robot, le père idéal de tous les enfants de ma génération

Pour terminer, et c'est sans doute ce qui m'a le plus ému dans la série, il y a le personnage de Mr. Robot lui même. Même si ce dernier est empli de travers liés au fait qu'il n'est qu'une projection des idées d'Elliot vers le personnage d'un père protecteur, il n'en reste pas moins attachant. La relation parfois conflictuelle, parfois complice, toujours complexe entre les deux personnages fait la série (elle en fait également le titre principal).

Le plus troublant c'est que cette relation évolue avec le temps, au fur et à mesure des épisodes et on finit par apprécier l'attitude de Mr. Robot, qui passe du rôle de sale pirate informatique à celui de bouclier psychiatrique contre la triste réalité en passant par une étape d'incarnation du père. Le côté le plus intéressant du personnage tient au fait que Mr. Robot est le nom d'une société unipersonnelle de réparation de matériel et de logiciel informatique comme on a pu en connaître dans les années 90 et dont certaines persistent encore aujourd'hui. Ce type d'activité incarne nécessairement une espèce de mythe de l'époque pour tous ceux qui l'on connue dans cette composante.

Je crois que les enfants des années 80 qui appréciaient l'informatique à cette époque auraient tous rêvé d'avoir Mr. Robot comme père. Quelqu'un qui a la même passion qu'eux, qui essaye d'en vivre, dont c'est même le métier. Mais aussi quelqu'un qui essaye de partager les codes de cette époque avec ses enfants, sans bannir d'un revers de la main ce côté novateur et un peu en contradiction avec la mode du moment (du moins en France). Bref, le père geek, en phase avec une certaine vision des choses, plutôt innovante, pionnière et à contre courant de la culture de l'époque.

Je dois dire que la scène du dernier épisode de la saison 3 où Elliot cherche des clefs de chiffrement pour annuler 9/5 et qu'il fini par trouver dans une photo numérique de lui et de son père a été un moment d'apothéose. Bien sûr les photos sont emblématiques de l'époque, toujours avec un zeste de nostalgie que les quadras de 2020 ne pourront pas éluder. Celle que je préfère est sans doute l'image de Christian Slater et de Aidan Liebman (respectivement Mr. Robot et Elliot enfant) qui jouent ensemble avec des manettes de NES. Quand le tout est servi par la musique de M83, tu ne peux que te retrouver au bord des larmes...

En guise de conclusion

Me voici arrivé au moment des conclusions. Vous l'avez sans doute compris si vous êtes arrivés jusqu'ici, j'ai vraiment passé un moment extraordinaire à regarder cette série. D'ordinaire, je ne suis jamais vraiment un grand fan de quoi que ce soit, je laisse ce rôle aux extravertis qui ont besoin de faire éclater leur joie au grand jour. Mais dans le cas de Mr. Robot, je dois dire que je suis conquis.

J'ai beaucoup d'admiration pour le personnage d'Elliot dans lequel je retrouve beaucoup de moi-même (et oui, c'est terrible à dire mais je ne peux pas le nier) avec tous les travers qui sont les miens. Parfois, dans les moments où j'ai besoin de m'atteler à un truc complexe dans mon métier, je repense à certaines scènes de code de Mr. Robot et ça me donne du courage.

Je ne me suis jamais ennuyé une seule fois en regardant la série et pourtant j'ai allègrement binge watché les épisodes par paquets de 5 ou 6 à la fois (avant une indispensable pause pour digérer les émotions).

Enfin, c'est sans doute la première fois où j'ai l'impression d'être réellement en phase avec le réalisateur (Sam Esmail). Je comprends ses choix comme si je les avais fait moi-même. Je note que nous avons des repères culturels proches voire identiques, tant au niveau informatique, graphique mais aussi musical. J'y vois aussi une certaine forme de nostalgie partagée d'une époque où l'informatique n'était pas si courante et où les nerds et geeks de l'époque étaient sévèrement ostracisés ou mis à l'écart car considérés comme trop différents. Le fait d'avoir une série qui a cartonné m'apparaît comme une sorte de revanche sur cette époque et cela me laisse croire que j'ai bien fait de m'accrocher aux choix que j'ai pu faire enfant. Au final, je n'apparais plus si différent que ça et cela mérite qu'on rende hommage à ceux qui ont su insuffler ce discours de changement et de clarification. Moi, ça m'a fait un bien dingue...

...et pour ne pas l'oublier, j'emporte toujours un petit bout de Mr. Robot avec moi quand je pars travailler !

Mon sac avec le logo de Mr. Robot

Posted lun. 06 janv. 2020 08:27:32 Tags:

Le mois sans alcool: dry january

A partir du lundi 06/01/2020, je fais le mois sans alcool. C'est dit !

L'objectif semble assez simple de prime-abord: ne pas boire une seule goutte d'alcool pendant un mois. Ça semble à la portée de tous... ... Mais je vous invite à vous méfier car, croyez-le ou non, ce n'est pas si facile que ça.

Je me suis déjà lancé plusieurs fois dans cette pratique par le passé et j'ai déjà remarqué que l'abstinence alcoolique, c'est à dire boire zéro goutte d'alcool pendant une période donnée, ce n'est pas de tout repos.

Car, en France, vous allez être souvent sollicité pour "boire un coup":

  • au bureau avec vos collègues (genre les voeux ou la galette).
  • à la maison en voulant finir les stocks du réveillon.
  • chez des amis que vous allez voir le soir ou le week-end et qui vont vous proposer de continuer sur l'ambiance de la fête.
  • en allant travailler en regardant les panneaux de pub qui vont vous inciter à acheter des produits alcooliques.
  • dans les magasins qui doivent écouler leurs invendus des fêtes et qui sauront vous allécher avec moultes promotions.

En conséquence, vous allez souvent devoir dire non et vous verrez que ce n'est pas si facile.

Mais alors, me direz-vous pourquoi faire le mois sans alcool ?

Simplement pour voir si vous en êtes capable ! Comme je l'ai dit, ce n'est pas si simple que ça. Si vous pensez que ce sera sans aucun problème, je vous invite à essayer, vous n'allez pas perdre grand chose. Si vous aussi vous êtes un adepte de la "convivialité" alcoolique, vous devriez donc être capable de vous en passer assez facilement pendant un petit mois (4 semaines, ce n'est rien) et voir ce que ça vous fait, quite à conclure que ce n'est pas pour vous qui n'avez pas de problème avec l'alcool.

Mais dans l'ensemble, le dry january alias le mois sans alcool est plutôt orienté pour les personnes qui n'ont pas encore réalisé qu'elles étaient alcoolo-dépendantes. Car, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ça va assez vite. Le cas le plus typique étant sans doute le type adepte du bon verre de pinard de temps en temps, sauf que le temps en temps a tendance à être tous les jours et, qu'invariablement, avec le temps qui passe, le cerveau finit par réclamer sa petite dose d'ivresse. A ce stade, vous êtes sur le fil du rasoir et vous pouvez chuter assez rapidement et ce, malgré votre bonne volonté ou votre mental soit disant en acier, vers une alcoolo-dépendance forte, celle qui a des répercussions graves sur votre santé et sur vos interactions sociales.

Car n'oubliez pas que l'alcool est un produit psychotrope qui, par définition, altère vos capacités cognitives et ce, même à faible dose. C'est d'ailleurs ce qu'on retrouve dans la "convivialité" alcoolique: le cerveau est un peu ramolli, ce qui lève partiellement le contrôle sur les inhibiteurs sociaux et donne l'impression que la pression sociale se relâche un peu. Quand c'est fait de manière ponctuelle, ça ne pose généralement pas trop de problème, c'est quand ça se répète souvent que les ennuis peuvent survenir.

D'une manière générale, en ce qui me concerne, j'ai renoncé depuis longtemps à boire la moindre goutte d'alcool quand je travaille, quand je suis au bureau. Ça ne m'empêche pas d'être convivial avec mes collègues mais je me suis rendu compte que, à faibles doses, l'alcool a tendance à ralentir mes fonctions cognitives, à me faire faire des erreurs, à m'endormir. Il m'est alors assez difficile de me concentrer et de rester efficace. Mon travail étant consacré à 50% à des tâches qui impliquent de mobiliser mon intellect et 50% à gérer du relationnel humain, je ne peux pas vraiment me permettre de débrancher mon cerveau pendant plusieurs heures. Si j'avais un travail plus physique, plus isolé, je n'aurais sans doute pas la même approche (quoique ?).

Comme en plus, je me cogne trois heures de déplacement domicile-travail par jour, ce n'est pas pour végéter au bureau en attendant que mon corps métabolise l'alcool pour que je puisse enfin être efficace, autant rester à la maison pour ça !

L'autre intérêt du dry january s'adresse aux personnes à forte dépendance alcoolique. Le mois sans alcool constitue alors un exemple, un évènement de référence qui leur montre qu'ils ne sont pas seuls dans leur lutte personnelle contre leur maladie; que même les gens soit disant normaux peuvent aussi être concernés par ces problèmes, qu'ils ne sont plus tout à fait seuls, mis à l'écart de la société avec leur encombrant problème d'alcool. Je pense que Dry January apporte sans doute une aide morale aux alcoolo-dépendants en leur montrant que des actions sont entreprises pour prendre cette dépendance à bras le corps et que le combat qu'ils mènent peut être gagné.

Car, de mon point de vue, la lutte contre l'addiction alcoolique est très déstabilisée par le lobby des alcooliers qui ont finalement beaucoup de pouvoir. Déjà, si vous faîtes attention un peu autour de vous, vous verrez souvent de la pub pour du pinard ou des alcools forts un peu partout dans l'espace public et je ne parle même pas de la presse et des magazines. Et pourtant, il y a eu la loi Evin . Apparamment, avec le temps elle a pris un peu d'usure...

Pour autant, j'estime que cet affichage, cette propagande positive sur l'alcool, car il faut bien appeler un chat un chat, a un impact réel sur les personnes alcoolo-dépendantes et que pour protéger ces dernières ont devrait être beaucoup plus stricts. Pour les gens sans addiction, pourquoi pas, ils peuvent gérer. Mais quand tu es alcoolo- dépendant, je te garantie que ces publicités sont de véritables vecteurs de rechute. En effet, il suffit que ta journée soit pas terrible pour que ces nombreuses incitations à boire te mette la puce à l'oreille suivante: "Ok, aujourd'hui, je fais une exception, car c'est vraiment pourri ce qui m'arrive et tellement d'annonces me donnent le signal que ça va aller mieux en passant un moment convivial en buvant un coup... que je le fais !". Pour ma part, très régulièrement, il m'est arrivé de me voir imposer trois panneaux publicitaires les uns à la suite des autres qui vantent les mérites de tel ou tel Whisky irlandais, de tel ou tel alcool fort ou de vin. Si j'arrive à le remarquer, quelqu'un qui a un problème de dépendance sera forcément beaucoup plus impacté.

C'est un peu comme si les gens qui sont en proie à une addiction aux opiacés devaient se taper 4 ou 5 panneaux de pub pour de la codéïne en allant travailler. La replonge me semble inéluctable dans ces conditions. Ces personnes ont besoin d'aide, pas qu'on les enfonce en les incitant à prendre un truc qu'il ne savent pas gérer (le terme gérer n'est sans doute pas approprié: on ne gère pas une maladie, on fait avec), juste, soi-disant pour préserver un éventuel aspect "convivialité" du produit.

Je crois que c'est surtout pour ça qu'on devrait être plus strict sur la publicité, essentiellement pour protéger les personnes dépendantes de ces substances qui ont vraiment besoin qu'on les soutiennent et qu'on leur facilite la vie sans les aguicher régulièrement. Ils ont déjà un combat assez lourd à gérer comme ça. Des gens qui se déclarent "conviviaux" devraient pouvoir comprendre ça sans trop de difficulté, s'ils sont assez conviviaux pour accueillir avec bienveillance les besoins différents et plus exigents des personnes qui souffrent de la maladie de l'alcoolo-dépendance.

Par ailleurs, je crois que le combat est inégal car il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes ont un emploi qui vise à valoriser les produits alcooliques. On a donc des gens payés pour bosser huit heures par jour pour inciter d'autres personnes à boire. Ces gens sont payés par la taxe de publicité. La publicité est payée par tous les clients qui achètent le produit, elle s'apparente donc à une espèce de taxe pour l'intérêt privé. Alors qu'en face, les associations rament pour trouver des sous ou ne vivent que de dons et de subventions dont les sources sont par définition précaires.

Me viens une idée que certains trouveront forcément stupide: pour ré-équilibrer les forces entre ceux qui veulent aider les alcoolos dépendants et ceux qui veulent récupérer leur argent: mettre une taxe sur la publicité alcoolique et la redistribuer aux organismes de lutte contre l'alcoolo-dépendance ou l'hopital public dans ce domaine. Ah merde, ça avait déjà été proposé en dès 1991 dans la loi Evin... mais retoqué par le conseil constitutionnel, sans doute sur la forme plutôt que le fond (enfin j'espère qu'on a une constitution qui nous permet de gérer l'équilibre des forces, sinon, on est foutu).

Dans mes voyages au Royaume-Uni et en Irlance, j'ai vite compris que, malgré leurs très nombreux problèmes sociaux non gérés (va voir la tronche du NHS par exemple), les citoyens britanniques et irlandais s'étaient mobilisés pour endiguer les problèmes d'addiction alcoologique. Le premier truc qui frappe tout le monde, c'est le prix de la moindre bouteille d'alcool fort ou même du vin. Compter à peu près deux fois plus cher qu'en France. Dans un pays avec une tradition néo-libérale de 40 années qui lutte avec beaucoup de ferveur contre les taxes, c'est assez surprenant, non ?

A mon sens, ca va plutôt dans la bonne direction car ça éloigne le public à problème avec la sanction monétaire qui, même si elle n'est pas une solution absolue, a le mérite de limiter l'achat impulsif, simplement par la limitation du pouvoir d'achat (qui ne fait pas tout mais un peu).

Bien sûr le marché s'adapte: les bouteilles de 37.5Cl sont très courantes au Royaume-Uni, celles de 70Cl beaucoup moins. La taxe réduit le risque d'alcoolisation forte (si tu cherches l'ivresse, ça va te coûter cher) et permet quand même l'effet convivialité (l'alcool n'est pas prohibé mais comme il coûte cher, on a tendance à le consommer plus facilement avec modération).

Même le fameux pub irlandais et la Guiness qu'on y sert ont suivi la tendance. En Irlande, la bière Guiness est moins alcoolisée que le moindre cidre français (et irlandais aussi). Ça permet sans doute de rester plus facilement du côté "convivial" de la chose.

Pour terminer sur cette soit-disant histoire de "convivialité" alcoolique, je dirais que c'est un terme assez hypocrite, pour le coup. En effet, qui est le plus convivial ? Le type qui souhaite absolument garder les esprits clairs quand il entre en communication avec les autres, afin de maximiser la relation, le discours et le langage corporel où bien la personne qui a besoin d'une petite dose d'alcool pour ramollir son cerveau et lever les barrières sociales de son appréhension à communiquer avec autrui ? Je vous laisse trouver la bonne réponse...

Dans tous les cas, je vous invite à faire l'expérience du mois sans alcool en France, avec ou sans (en fait ce sera sans) le soutien de Santé Publique France:

  • Ça ne peut pas vous faire de mal.
  • Ça vous fera une expérience de contrôle de soi, à raconter aux autres.
  • Si vous réussissez le défi, vous pourrez être fier de vous car il n'est pas si simple.
  • Ça vous fera faire des économies.
  • Si vous en bavez ou que vous ne réussissez pas, ça peut vous mettre la puce à l'oreille sur un problème que vous n'avez pas identifié auparavant.

Rendez-vous dans un mois pour la conclusion...

Posted mar. 07 janv. 2020 08:27:34 Tags:

Introduction

En général, on rencontre un artiste musical par son actualité. C'est parce qu'il vient de sortir un nouvel album ou parce que le buzz se fait sur lui que sa production finit par parvenir à nos oreilles et à marquer notre cerveau.

Dans mon cas, n'étant pas réceptif aux vibrations de buzz, ne suivant pas du tout l'actualité musicale et n'ayant pas terminé d'explorer le registre musical des années 50 à 90, les artistes ont beaucoup de mal à parvenir à mes oreilles.

Et pourtant, c'est à l'occasion de la diffusion d'un reportage sur Kate Bush et son histoire sur Arte.tv que j'ai eu l'opportunité de véritablement rencontrer cette artiste accomplie et ce, près de 40 ans après ses débuts. J'en avais déjà entendu parler et j'avais sans doute assisté à quelques clips de Kate Bush dans le Top 50 ou encore quelques tubes à la radio quand j'étais enfant dont l'ultra-classique "Wuthering Heights". J'en avais gardé plutôt un bon souvenir et, après avoir visionné le reportage, j'ai eu envie d'en savoir plus, beaucoup plus.

Il y a quelque-chose de magique aujourd'hui dans le fait que la production quasi-intégrale d'un artiste est disponible en quelques clics sur Internet à un coût que certains qualifieraient de marginal.

En bon autiste que je suis, je me suis dit qu'il fallait que j'explore la totalité de la production musicale de Kate Bush. Après quatre ou cinq mois d'écoute, j'en ressort marqué, ému mais heureux. C'est cette rencontre que je souhaitais décrire dans cet article qui sera sans doute un peu long pour toi lecteur. Mais que m'importe ?

Et je ne te parlerai uniquement que de ce qui m'a marqué parce que, il faut bien le reconnaître, j'écris essentiellement pour moi, pas pour toi. Et moi, ce qui m'importe, c'est ce qui me fait du bien...

Alors, lecteur (je fais aussi partie de ce groupe quand je relis ce blog, pour ne pas oublier), voici ce que j'ai trouvé en écoutant l'intégrale de l'oeuvre de Catherine Bush.

The Kick Inside (1978)

Ah, je trouve que ce titre est vraiment "self explicit" car cet album forme vraiment une espèce de coup de pied mais à l'intérieur de l'être, si si, tu verras !

Sur ce premier album, tu trouveras à peu près tout ce qui fait et qui va façonner Kate Bush et son univers artistique. Il faut dire qu'à l'époque, Catherine Bush est une jeune artiste d'à peine 20 ans et c'est vraiment incroyable d'avoir développé autant de choses à cet âge. Moi, ça m'épate complètement.

Wuthering Heights

C'est sur cet album que tu trouveras l'emblématique et ultra-connu (et adoré) "Wuthering Heights" que tu pourras traduire approximativement par les Hauts de Hurlevent. Bon si tu ne connais pas "Wuthering Heights" de Kate Bush, tu as raté ta culture musicale. Mais je te donne ici le moyen de te rattraper. Oui, en 2020, j'ai décidé d'aider le monde à aller dans le bon sens (qui est forcément le mien vu que c'est moi qui écrit ;-)) alors je te donne de quoi te rattraper.

Bon alors, "Wuthering Heights" est sans doute la chanson la plus connue de Kate Bush. Très haut perchée, sa voix de soprano rossignol avec une teinte de profondeur que tu sens poindre à chaque "ho ho ho ho" du refrain est assez particulière sur ce morceau. Oui, Kate Bush a une voix aigue mais pas que. Sur cette piste elle semble d'ailleurs plus aigue qu'à la normale. Car c'est là un de ses premiers singles, sorti avec un peu d'avance par rapport au reste l'album.

Si tu ne l'as jamais vu, je te conseille de voir le clip de "Wuthering Heights". Il vaut son pesant de cacahuètes. Oui car Kate Bush, ce n'est pas que de la musique et de la chanson, c'est aussi de la chorégraphie et qui en jette. D'ailleurs, sache que régulièrement, un tas (une foule devrais-je dire) de gens se réunissent dans le monde entier pour célébrer le "Most Wuthering Heights Day Ever". A cette occasion, tu pourras voir ces mêmes gens tous habillés d'une fine robe rouge (les femmes comme les hommes) mimer les gestes de Kate Bush sur cette chanson. Sur ce point, on peut remercier Internet d'avoir su populariser cette pratique si bénéfique pour le moral.

Mais revenons à la chanson. Un mélange de mélancolie, de verve, de rythme dans une balade bien équilibrée, le tout sublimé par ce ton si haut perché. Tout semble harmonieux, léger et à la fois dramatique. C'est le tube assuré dès le départ. Surtout avec ce refrain lancinant "It's Me Kathy, I am Comin' Home". La conclusion de guitare électrique avec les violons vient t'emporter ton cerveau dans la folie du vent qui souffle sans cesse.

Une fois que tu l'as écoutée jusqu'à la fin, tes hémisphères cérébraux sont marqués à jamais. Tu ne pourras pas t'empêcher de siffloter cet air entêtant. Tu feras bien...

Même si c'est la chanson la plus connue de Kate Bush et qu'elle est effectivement digne d'intérêt, ça ne doit pas occulter le reste de sa création. Kate Bush a fait aussi d'autres choses bien et ce, dès cet album. A moins de 20 ans, être capable de composer, chanter et chorégraphier ça, ça mérite mon profond respect.

Feel It

C'est une bonne introduction à l'album. Ça commence par un accompagnement du piano, sans rien d'autre, tout de suite assisté par la voix suave, en mode rossignol (des gammes plutôt dans les aigus avec une grande variabilité de tons, comme un rossignol quoi).

Dans l'ensemble, on retrouve une grande douceur dans l'expression sauf pour le refrain avec quelques dièses et une vocalise puissante. Le tout déborde sur une déclaration que je qualifierais de passionnée (et passionnante bien sûr).

Cette piste, une des meilleures de l'album, s'écoute facilement et tu prends beaucoup de plaisir. Mais, si tes oreilles ne l'avaient pas remarqué, tu verras qu'il n'y a que deux instruments ici: essentiellement une voix (et pas n'importe laquelle) et un piano. Quand tu t'appelles Kate Bush, tu n'as pas besoin de plus pour faire quelque-chose de bien...

Retiens bien cette composition car, tu trouveras que j'en parle tout au long de cette intégrale. C'est une des marques du style "Kate Bush", du début à la fin.

L'Amour looks like something like you

Dans cette piste, on a quelques cordes en plus du piano, un bout de batterie mais toujours cette voix extraordinaire. Le ton est très doux et ça fait du bien d'entendre cet ensemble. On se sent rassuré, en confiance, sur une piste sérieuse.

C'est bien le ton de la chanson, bien rythmée, pleine d'energie qui fait le job. Sans être un hit de fou, c'est vraiment une très bonne piste pour un premier album.

Moi j'aime bien et toi ?

Strange Phenomena

Celle-là, elle change un peu des autres. Tu y verras ce que Kate Bush fera dans d'autres futurs albums. Car elle y délaisse un peu plus le côté rossignol pour composer des sonorités plus graves. A mon sens, c'est ce qu'il y a de mieux pour une voix féminine: être capable de passer du ton du rossignol vers une espèce de profondeur un peu plus brute et grave. C'est un signature incontestable.

En plus de cet effet de style, le refrain est une composition riche. Et oui, tu l'auras remarqué, Kate Bush, c'est riche, c'est complexe musicalement et même si les morceaux ont des éléments de répétition, tu noteras, du moins dans cette piste, qu'il y en a de nombreux:

  • L'introduction inquiète au piano.
  • Un temps d'évolution de la base piano vers la voix seule.
  • Un temps de crescendo.
  • Le refrain composé d'un phase grave qui monte dans les tours.
  • Puis du couplet central tout en hauteur.
  • Et enfin, une conclusion de refrain plus simple.

Tu remets le couvert de cette série 2 fois et tu as le plat principal. Tu t'en lèches les babines hein !

On est loin du goût simpliste du tchaktchakboumboum du rap que tu écoutais en 1997 hein !

The Kick Inside en résumé

Pour te faire un résumé, tu auras compris que cet album est déjà extraordinaire dans son ensemble. Quand tu auras retenu que tu n'étais même pas né lorsqu'il est sorti (moi non plus d'ailleurs), tu comprendras à quel point il est en avance sur son temps, à quel point Kate Bush avait déjà compris des choses avant tout le monde et ce à à peine 20 ans. Des fois, il ne faut pas lutter et accepter quand quelqu'un est plus fort que toi, c'est comme ça.

De mon côté, en dehors de "Wuthering Heights", j'ai vraiment bien apprécié de prendre du temps pour découvrir l'album. C'est une chose fragile qui met du temps à murir dans ta tête, pas une machine à tubes. Plus tu passeras du temps à l'écouter, plus il te plaira, ne serait-ce que du point de vue de cette voix suave et cet harmonieux ajustement musical. C'est d'ailleurs un peu la marque de Kate: pas une usine à tubes mais des albums qui méritent qu'on leur donne leur chance en laissant ton cerveau s'y glisser. Et, comme on est tous faiblement réceptifs à la beauté non immédiate, ça prend du temps...

Lionheart (1978)

Ok, un premier album à 20 ans, suivi d'un autre avant la fin de l'année. Un exploit ? Sans doute. Mais tu me permettras de penser qu'en fait Kate Bush avait déjà préparé du travail en amont. Autrement je pense qu'il eu été impossible de fournir autant de matériel en moins d'une année.

Bon, tu me diras qu'on s'en fout et tu me demanderas ce que vaut cet album. Oui, tu es pressé de passer à la suite mais ce n'est pas là que je vais t'emmener tout de suite. Car tu vois, l'univers de Kate Bush est riche et il faut prendre un peu de temps pour faire une analyse, sinon, c'est un peu comme quand tu voyages sur l'autoroute ou en TGV: tu vois un paysage qui semble uniforme de ta vitre mais qui en fait regorge de trésors juste cachés dans les premiers bosquets en lisière de la route ou de la voie ferrée. De là où tu es, tu ne verras rien. Ne compte-donc pas sur moi pour t'emmener sur cette autoroute.

Allez, il est temps de s'intérresser au côté audio de la chose...

In search of Peter Pan

Ah, là on a une piste innovante à mes yeux. Elle se compose comme une balade qui t'emmène d'abord sur une base simple mais efficace. Musicalement et mélodiquement, c'est très bien entre le piano et la voix. Et puis le refrain arrive comme une sorte de numéro de cirque qui fait moins sérieux au début. Mais comme toujours, on se calme avec une voix chuchotée et quelques choeurs avant de repartir sur le chemin du début.

Je te préviens, ce n'est pas courant comme style, ça peut même te faire peur mais dans l'ensemble tu garderas un très bon souvenir. Sans doute la piste que je préfère de l'album.

Oh England My Lionheart

C'est la piste de balade mélancolique de l'album, sans pour autant verser dans le pathos et la froideur. Non, juste un regard planté vers le passé. Le rythme est simple et ici, l'instrument principal est vraiment la voix de Kate Bush. Les quelques accompagnements aux instruments à bois sont assez légers.

C'est là que tu prends encore une fois la mesure que quand tu as une belle voix, tu n'as pas besoin de grand chose pour faire un bon morceau. Un peu d'air, des cordes vocales, du souffle et des vibrations qui viennent du coeur, ça suffit...

Moi j'aime bien cette piste.

Full House

C'est la piste la plus dynamique de l'album. Elle a des côtés rassurants par moments quand les aigus s'envolent avec l'impulsion de voix. Mais elle a également des côtés plus inquiétants avec son jeu de piano et de basses assez dramatiques.

Résumé de "Lionheart"

C'est un album plutôt dans la même veine que "The Kick Inside". La voix de Kate Bush évolue peu par rapport à l'album précédent et c'est très bien comme ça. Bon, peu de hits absolus, plus un registre musicalement intéressant qui s'apprécie avec le temps. Plus je l'écoute et plus je découvre de choses dedans.

Un petit regret seulement (il en faut toujours un tu me diras) c'est qu'à la fin, on a un petit sentiment de déjà vu entre toutes ces pistes. C'est sans doute que la voix est le truc essentiel de chaque piste et sur cette album elle n'est pas forcément très contrastée (on ne passe pas du supra aigu au bariton).

Mais, dans l'ensemble tout s'écoute bien. Si tu as aimé "The Kick Inside", tu ne seras pas déçu du tout. Et puis, il faut se rappeler que nous sommes encore en 1978 et tu trouveras aisément que ces albums sont très innovants, pas du tout dans les canons de l'époque. Un style un peu à part.

Never For Never (1980)

Ah, ne jamais dire jamais ! A peine deux ans après les deux premiers albums sort "Never For Never". Il est un peu plus commercial que les autres, plus innovant au niveau des sons et du style.

Commercial signifie simplement plus accessible avec plusieurs hits ou tubes et plus de moyens. Moins d'expérimental ou d'artistique avec un message plus trivial pour le commun des mortels, quelque-chose qui frappe au coeur directement. Même si sur ce dernier point, tu verras que c'est l'inverse qui est la marque de fabrique de Kate Bus: faire de la musique pour soi, pour ce qu'on veut dire et pas pour renflouer les caisses d'une maison de disques.

Army Dreamers

C'est une des pistes qu'on peut qualifier d'abordable, de commerciale. Mais moi je l'aime bien. D'ailleurs va voir le clip, il respire les années 80 à plein nez. Moi qui vient de là-bas, je sais que c'était le bon temps: avant Reagan et que la mère Tatcher fasse trop de dégats mentaux aux citoyens britanniques.

Ce que je capte, c'est le côté chinoiserie du truc. Des sonorités asiatiques, un poil répétitives sur des dièses et des tonalités à l'harmonie décalée. Pour autant, l'accompagnement reste sobre et, comme toujours, la superbe voix de Kate Bush fait agréablement son effet, surtout que le ton est très doux contrairement à d'autres chansons comme Babooshka par exemple. C'est lumineux et tendre et moi, ça m'apaise.

Breathing

L'introduction semble t'emmener vers un morceau dur parce qu'elle est rythmée, que la voix de Kate devient plus grave, que le piano se marque, que le crescendo va inévitablement t'enfouir dans ses profondeurs. Mais au moment où tu crois que tu vas faillir, tu es emmené dans un monde de douceur absolue qui te demande de "respirer" ! Et ça te fais du bien. Quel refrain...

Mais, on te relâche à nouveau dans ce monde inquiétant, pour mieux t'en sortir, cette fois avec quelques choeurs plus criards (dans le volume, pas dans la forme).

Pourtant, à la fin, alors que tu croyais la chanson terminée, endormi dans l'espace, tu reviens sur terre et tout le monde te crie de fuir. C'est à ce moment que tu es réveillé par la voix de Kate, si rauque, si dure que tu en es surpris.

J'adore cette piste qui propose ces alternances très bien conçues et si mélodiquement harmonieuses, malgré les contrastes. Et bien sûr, la voix de l'interprètre atteint une aura magique en explorant tous les registres possibles. C'est proche de la perfection. Une de mes pistes préférées de Kate Bush, dans toute sa carrière.

Babooshka

Celle là, tu as déjà du l'entendre au moins une fois dans ta vie (sinon tu l'as loupée). Ah, Babooshka, parfaitement dynamique, souvent moquée mais qui reste d'un niveau extraordinaire et, sans conteste un des hits de Kate Bush.

Sur cette piste, tu vas commencer à entendre une voix de Kate Bush moins fluette, moins perdue dans les aigus. Du rythme, une voix marquée et puissante; un refrain un peu entêtant avec quelques sonorités de verre brisé. Tels sont les ingrédients du hit.

Et puis bien sûr, tu n'oublieras pas d'aller voir la vidéo et admirer le jeu de jambes et la chorégraphie. A la fin toi aussi tu finiras par crier "Oh last Babooshka Babooshka Babooshkiya iya!"...

Résumé de Never for Never

Cet album sent davantage la maturité. La voix de Kate a progressé dans le bon sens, plus riche, capable d'attaquer plus d'octaves. De mon côté ce que je préferre, c'est ce côté un peu dur, un peu déchiré que peut prendre sa voix dans certaines situations, surtout lorsqu'elle sort du mode rossignol. Il en ressort une profondeur qui me semble infinie où je crois que mon cerveau pourrait se perdre tant il est séduit.

Il y a également d'autres pistes d'intérêt comme l'inquiétante et répétitive "Delius" avec ses voix d'hommes bizarres ou encore l'innocent et profond "The Infant Kiss" que je trouve proche de "This Woman's Work" de l'album "The Sensual World". Mais je n'avais pas le temps d'écrire sur toutes les pistes. Tu vois, je dois faire un choix sinon tu finirais par te lasser de lire et d'écouter.

De toutes les façons, tu trouveras plus de hits sur cet album que le précédent. Il marque, selon moi une réelle progression, à seulement 22 ans. C'est dingue cette richesse créative à cet âge. Moi ça me laisse par terre.

Pour terminer, ce qui me frappe avec ce troisième album, c'est qu'on retrouve toujours ce mélange de suave et de grave, d'assurance et de doutes, de mélancolie et de rage. Le contraste, ça doit être ça Kate Bush.

The Dreaming (1982)

Ah, "The Dreaming" ! C'est sans doute l'album incompris, l'album qui s'est le moins vendu. Mais cette fois, je crois que Kate Bush, après le succès de "Never for Never" a dû se dire qu'il était temps de faire un truc plus complexe, qui place la barre plus haut en termes de recherches musicales.

De ce point de vue, c'est tout à fait réussi comme tu vas pouvoir le constater. Attention, prépare ton cerveau, on est parti...

All The Love

Une piste d'un ton dramatique qui nous fait craindre le pire. Des voix et des instruments un peu mystiques.

Mais c'est encore une occasion d'apprécier une performance vocale, un peu classique pour Catherine Bush: on passe du chuchotement aux cris, de la pointe d'un rossignol à une gravité d'apprenti bariton. Le contraste, toujours le contraste !

Comme d'habitude, l'accompagnement musical est très léger: piano mais surtout des claviers électriques. La post-production sonore est d'un niveau assez recherché pour 1982. On aurait pu sortir ça en 1992, ça n'aurait choqué personne.

Une des pistes les plus respectables de l'album.

The Dreaming

Bon, ce n'est pas parce que j'adore cette piste que j'en parle ici. Toutefois, c'est sans doute celle qui incarne le mieux l'album.

On y trouve d'abord pléthore d'effets électroniques dans la mélodie et la musique. C'est très riche. Je ne sais pas combien il y a de samples et de canaux mais, à l'oreille, ça rend épais. Plus tu écoutes, plus tu découvres.

Au niveau vocal, Kate Bush occupe l'espace sur au moins trois registres:

  • Les voix de fonds et les choeurs artificiels.
  • La chanson principale.
  • Les envolées sonores de refrain.

Au niveau mélodique, on est sur du presque mécanique, du rythme bien posé. Mais ça a un côté assez burlesque: on a l'impression que la piste ne fait pas très sérieux. Ne serait-ce qu'à cause de ce mécanisme si bien rodé mais aussi en partie à cause des voix de fonds un peu agaçantes.

Pas mal de pistes sont basées sur ce registre et donc je ne t'en parlerai pas.

Night of The Swallow

Au lieu de ça, je vais te faire écouter deux petites pistes bien plus intéressantes. "Night of the Swallow" est très opposée à "The Dreaming". Au contraire du comique ou du burlesque, elle reste dans un registre dramatique qu'on aime bien chez Kate Bush. Même si à certains moments, on pourrait croire qu'on part vers de la dérision.

Non, on est sur une balade plus conventionnelle bien servie par une ligne musicale d'instruments gaéliques. Moins de fioritures électroniques, plus de classicisme et, tout de suite, ça rend mieux à mon oreille.

Et puis quelle voix ! Comme d'habitude, quand une chanson met en lumière un contraste vocal de ce niveau, on ne peut être que séduit.

Pull Out The Pin

Et celle-là, elle incarne mieux le mélange entre la production plus accessible de Kate Bush et la proposition musicale de "The Dreaming".

D'abord, on retrouve une grande diversité musicale avec foison de claviers, de canaux, de samples. Mais ça reste contenu et surtout, ça ne part jamais dans le burlesque. On reste toujours tenu sur un registre sérieux avec une pointe de cynisme musical. Oui, j'insiste, une chanson peut exprimer une forme de cynisme: elle semble dramatique mais une légère inflexion te fait comprendre que ce n'est pas si grave que ça.

De plus, c'est sur cette piste que tu entendras le plus fidèlement la voix de "The Whitch" Kate Bush. Quand je l'entends "I love to lie" aussi fort et avec cette voix rapeuse, je finis par être totalement envouté.

Si la mélodie reste simple, elle sert finalement assez bien la cause de cette piste: rester abordable pour l'écouteur moyen de Kate Bush. Rien que ça, ça en fait une piste d'une excellente qualité.

Peut-être le meilleur compromis de "The Dreaming".

Résumé de "The Dreaming"

Ah, cet album, si tu veux l'apprécier, je te conseille de l'écouter après tous les autres des années 80. En effet, il est franchement moins abordable mais diablement complet. Sans cet album, la carrière de Kate Bush n'aurait pas pu être complète.

Pourtant, il est vide de hit ou de tube. Pour autant, il est d'une richesse musicale digne de ce nom avec quelques années d'avance dans la proposition technique et musicale par rapport à la production britannique de cette année 1982 (excepté Peter Gabriel sans doute).

De mon point de vue, les pistes de cet album, au delà de leur richesse sonore sonnent justement moins sur des tons dramatiques ou spirituel et davantage sur ce que je qualifie de comédie. On a l'impression d'écouter de la musique de cirque, burlesque sur une grande partie des pistes comme "There goes a Tener", "The Dreaming" ou "Suspended in Gafa". On a souvent ces petites voix agacantes qui donnent un air entêtant pendant une demi-journée.

Et moi, ce genre me plaît beaucoup moins. Voilà pourquoi j'ai un peu du mal avec "The Dreaming". Néanmoins, j'ai pris quand même le temps de donner sa chance à cet album. Ne serait-ce que pour mieux comprendre l'origine de Kate Bush comme représentation de la sorcière du son; ce qu'elle incarne tout à fait dans cet album novateur.

Si tu fais comme moi, tu sauras aussi en extraire ce qui te fera le plus plaisir...

Hounds of Love (1985)

Ah cet album ! Je pourrais t'en parler pendant des heures tellement je l'ai écouté, en boucle. A croire que mes hauts-parleurs de casque en ressortiront complètement usés. Et pourtant ce n'est pas le cas car ce genre de prouesse de mélancolie n'est jamais si rapeux.

And Dream of Sheeps

Dans ce monde de brutes, on se demande souvent qu'elle peut être la définition de la tendresse. Pour ma part, je ne cherche plus: c'est "And Dream of Sheeps". C'est la quintessence des pistes qui incarnent le mieux la douceur de la mélancolie (rien que ça).

C'est simplement la chanson qui sublime le plus la voix de Kate Bush: un accompagnement hyper-simple au piano et quelques extraits sonores parlés. Le reste, c'est la voix. La Voix et uniquement elle, dans une forme de pureté quasi absolue. Tantôt douce, tantôt grave, tantôt puissance, tantôt triste, tantôt chuchotée, tantôt clamée, tantôt haut perchée. La voix universelle.

Si je devais écouter une musique en m'éloignant de la Terre pour toujours, c'est celle là que j'écouterais. Je crois que c'est sur cette piste que la performance vocale de Kate Bush est la plus extra-ordinaire...

Dommage que la piste soit si courte. Mais tu peux la mettre en boucle comme je le fais souvent.

Running Up That Hill

Un peu plus commerciale et dans la mouvance du temps, "Running Up That Hill" donne un caractère bien synthétique mais relevé par une forme d'esthétisme proche de la perfection.

Non sérieusement, tu verras que pour toi aussi il y aura un avant et un après "Running Up That Hill". Car c'est une musique qui marque...

L'intro fait un peu répétitive et nue mais elle ajoute au côté solennel des choses qui vont suivre. Le rythme te fait prendre conscience qu'un truc extra-ordinaire va se produire. D'abord tout en tendresse avec une voix grave et posée, sans doute plus que dans le reste des albums, avec les houhous qui t'appellent.

Puis les paroles vont te révéiller, surtout lorsque Kate s'exclame "If I only could I'd make a deal with God", avec l'accès au refrain.

Et enfin, ce refrain empli d'une énergie folle: "Be running up that Road, Be running Up That Hill, Be Running up That Building" où tu te vois essayer d'arpenter tous ces défis, transporté par cette voix implacable, comme par magie. Puis tu te fais déposer par l'injonction "Say If I only Could". Tu passes de l'énergie pure au repos en quelques strophes.

Après le deuxième refrain, tu vivras des explosions de chaleur lors des différents éclats de voix de Kate qui martèlent cette magnificence qui te fera s'envoler aussi loin que ta volonté requinquée te permettra d'aller.

Enfin, la conclusion decrescendo et sa basse, les choeurs simples font s'éloigner tout ça au loins, chanson dispersée comme les nuages après la pluie. Parce que tu ne peux pas éteindre une force aussi puissante, sans avoir un temps ou tu laisses aller.

A la fin, quand tu auras compris la forme extraordinaire de cette chanson, tu pleureras quand tu regarderas le côté mystique et sensuel de la chorégraphie sur Internet. Tu verras que c'est extra-ordinaire, une espèce de composition, de mouvement de corps et de gestes posés qui subliment une musique. Moi ça me donne envie de répéter ces mouvements devant ma glace.

Tu l'auras compris, "Running Up That Hill" est ma piste non mélancolique préférée de toute la production de Kate Bush.

Hello Earth

Une balade comme Kate Bush sait en faire depuis plusieurs albums: une voix, un piano, un soupçon de batterie et quelques claviers (synthétiques pour la plupart). Pourtant une piste longue éclatée en plusieurs moments avec des tempos assez différents.

Une intro tendre et un refrain solennel comme tout. Des choeurs de chants grégoriens pour le côté grave du moment. Une espèce de spiritualité, adressée à notre bonne vieille planète.

Ensuite, tu seras surpris par l'arrivée de cornemuses et de sonorité plus gaéliques mais qui s'harmonisent très bien avec un côté élévation spirituelle.

Enfin, tu te demanderas pourquoi tu te sens coupable quand les choeurs et Kate scandent "Murderer!" lorsqu'on parle de planète. Et tu comprendras que dès 1985, il fallait la protéger et pas la cradosser et la tuer comme maintenant, notre Terre, le seul corps céleste qui nous accepte.

Pour terminer, deux dernières minutes, toutes en mystères. Là où tu comprends qu'un poème récité par Kate Bush a valeur d'incantation magique.

Mélange de puissance, de spiritualité, de moments calmes, "Hello Earth" saura te faire du bien et croire dans l'avenir.

Waking the Witch

Ah, si tu veux connaître le niveau de créativité de Kate Bush, c'est cette piste que tu dois écouter. Au niveau sonore, c'est juste génial. Il y a tellement de choses différentes, de voix différentes qui t'attirent vers elles. Tu as l'impression d'être dans un rêve.

En 1985, c'est presque révolutionnaire tout en restant accessible. Et puis quand tu as une belle voix, tu peux faire un peu ce que tu veux. Dans cette piste, je retrouve des bribes de ce que j'ai pu découvrir sur "Don't Loose Your Head" de l'album "A kind of Magic" du groupe Queen (qui date de 1986). Ce sont sans doute les voix graves et les cris maléfiques, le tout mélangé avec les cloches qui forment cette ressemblance.

Je note un côté un peu dérangeant dans l'écoute mais je crois que c'est le but. Dans tous les cas, j'y trouve une grande énergie qui ne demande qu'à être absorbée.

Résumé de "Hounds of Love"

Bon, j'aurais pu presque commenter toutes les pistes car elles ont toutes un intérêt certain. Comme par exemple "Jig of Life", une jigue endiablée qui donne la pêche ou encore "Cloudbusting", une piste à la sonorité directive et d'un classicisme parfait. Mais, je sais que ton temps est conté et que parler de tout serait too much !

Alors, que retenir de Hounds of Love ? Que c'est un des meilleurs albums de Kate Bush. Qu'il est plein de sensualité, de douceur mais aussi d'énergie et que tu vas passer beaucoup de bon temps à l'écouter. Toutefois, fais quand même attention car, comme je l'ai écouté au moins 50 fois, mon cerveau est déjà formatté à cette performance alors que je suis sûr que le tien a besoin d'entraînement.

The Sensual World (1989)

Bon, tu te doutes bien qu'après un hit comme "Hounds of Love", il va être un peu compliqué de faire aussi bien. Mais c'est sans compter sur les ressources internes de Catherine Bush pour son nouvel album (enfin de 1989 soir il y a plus de 30 ans). A cette période, Kate Bush chante déjà depuis un peu plus de 10 ans. 10 ans, ce n'est pas rien, ça peut changer un artiste ou même l'épuiser.

Quatre ans après l'excellent "Hounds of Love", que vaut "The Sensual World" ? C'est ce que je te propose de découvrir sans plus attendre.

This Woman's Work

Ah, celle-là, elle mettra du temps à arriver à te convaincre que c'est un tube mais une fois que tu seras parvenu à la vérité, tu ne pourras plus te défaire de cette déclaration d'amour.

L'introduction est ultra-douce. On entend la voix aigue bien connue monter dans la puissance. De chuchotements, on passe à quelque-chose de plus affirmé, un peu triste, un peu mélancolique.

Puis on arrive sur le refrain qui monte en crescendo en quelques secondes, marqué par un ton répétitif et qui se conclut sur une explosion de chant lyrique. Celle où tu écartes les bras vers le ciel et où tu crois que tu vas t'envoler vers l'infini, vers un monde meilleur.

La deuxième partie repart sur la même route mais se sublime avec des choeurs féminins un peu plus graves. A la fin de la piste, tu finis par avoir les larmes aux yeux de cet élan.

Sans conteste, c'est la piste que je préfère le plus de l'album. Assez bizarrement, j'étais passé à côté à la première écoute... Comme quoi, apprécier une musique demande du temps et de la concentration.

Reaching Out

Cette piste va te surprendre. Son introduction, tout en douceur et en chuchotements saura disparaître pour faire entendre une puissance vocale qui sied si bien à Kate Bush. Le contraste mec, toujours le contraste.

Quand elle scande "Reaching Out for the Stars...", tu as l'impression que l'oiseau ouvre ses ailes, s'envole et, à chaque battement d'aile s'élève de plus en plus vers le soleil et la félicité.

Et puis, à la fin du refrain, tout redevient calme, tout recommence dans une naissance, une éclosion discrète. Avant de reconnaître l'envol vocal vers l'infini.

Pour ma part, j'adore cette différence entre la mélancolie du corps de la chanson et cette détermination du refrain. Tu as l'impression que les coups de violons vont te servir à prendre appui pour grimper vers les étoiles.

Une superbe piste bien composée et bien jouée.

Never Be Mine

Voici un morceau avec une composition musicale multiple. On y trouve le classique piano, les cordes, une léger son de batterie, le (devenu de nos jours) classique "synthétiseur" mais aussi cette cornemuse entêtante. Une grande richesse, le tout mis en accord.

Pour résumer, plus j'écoute "Never be Mine", plus je l'aime. Surtout le refrain, toujours d'une grande qualité, ponctué de cette expression: "Never Be Mine" sur un ton presque caverneux. Il est plein d'énergie mais d'une énergie pleine de douceur parce que tu sais que Kate quand elle l'ouvre vraiment, elle peut te décoller les oreilles. La cornemuse vient encore arrondir les angles. Je retrouve des tons de "Fields of Gold" de Sting qui sortira quelques années plus tard.

Enfin, j'aime bien la fin, tout en apaisement où les vocalises très variées de l'interprète finissent par te calmer. Parce que c'est aussi ça la voix de Kate Bush: le calme et la volupté.

Résumé de The Sensual Work

Tu vois, c'est toujours un peu pareil. Encore un album qui vient à maturité dans ton cerveau si tu laisses le temps au temps. C'est au final assez difficile de dire si cet album est supérieur ou inférieur à l'excellent "Hounds of Love". Ma conclusion consiste à dire qu'ils sont au moins aussi bons l'un que l'autre.

Ce qui fait la marque de fabrique de l'album tient à l'utilisation d'instruments à vent "oldschool" comme la cornemuse et les flutes celtiques (le truc aigu). Une place importante a également été donnée aux choeurs qui accompagnent souvent la voix de Kate Bush. Je trouve que ça rend vraiment bien. Et toujours, n'oublie pas que l'auteur des chansons reste Kate Bush.

Il reste des pistes très sympathiques à explorer. Comme "Between a Man and a Woman", dynamique mais soft. "The Fog" est également assez atypique (et donc elle vaut le coup), surtout pour la richesse d'instruments et au dialogue avec une voix de l'au-delà ("Just put your feet down child! Cause you're all grown up now!").

Arrivé à la fin de l'album, tu dois te dire qu'il est complet et que tu auras aimé prendre le temps de le découvrir. Sinon, ça veut dire que tu dois recommencer jusqu'à ce que ça s'ouvre dans ton cerveau.

The Red Shoes (1993)

Ah, celui-là, il est un peu différent des autres. Un peu moins bien je dirais, même s'il y a des choses bien dessus. Mais, on entre dans une autre époque: celle des nineties. Avec "The Red Shoes", Kate Bush tente de faire rentrer des nouveautés dans son style. Bon, quand tu essayes, des fois ça marche, des fois ça ne fonctionne pas forcément. Néanmoins, voilà mon analyse sur quelques pistes qui te permettront de comprendre mon point de vue.

Rubberband Girl

Une petite chanson bien niaise avec ses airs répétitifs qui viendront agacer, non, titiller ton cerveau. J'ai eu un peu peur tu vois en écoutant l'intro mais, dans l'ensemble, elle n'est pas si mal.

Tu écouteras le déluge d'instruments. Mais moi, je crois qu'il y en a trop. De la gratte électrique, des cuivres, du synthé, de la batterie. Complètement différent de ce qui se faisait avant. Mais au moins, l'air est, comment dire, charmant tout au plus.

Mais assurément, on change d'époque et de concept sur cette piste.

The Red Shoes

La chanson éponyme de l'album. Bon, elle est riche mais on est dans un style carrément différent à d'habitude: plus d'instruments, une durée plus longue, une mélodie plus simple. Moi j'ai un peu du mal. On est moins dans le lyrique plus dans la répétition d'un air en-têtant.

La voix de Kate Bush fait encore effet mais, ce n'est plus du tout la même chose. Elle a tendance à disparaître derrière le morceau et comme tu sais que je suis amoureux de cette voix, forcément je reste sur ma fin.

The Song of Solomon

Heureusement, que pour se rattraper au niveau voix et mélodie, la piste "The Song of Solomon" nous replonge dans quelque-chose de plus connu auprès de Kate. Moins d'instruments, une voix plus nue, plus douce mais qui joue de sa volupté et de sa puissance. Même si l'air est simple et moins grandiose qu'à l'accoutumée, la piste s'apprécie assez.

Tu vois, je crois même que c'est celle que je préfère dans tout l'album.

And so is Love

Sur celle-là aussi, on trouve un erzats du style intemporel Kate Bush. On pourrait croire que cette piste sort de l'album précédent, "The Sensual World". Si je ne te l'avais pas dit, tu ne te serais même pas douté du truc !

Bon, un peu de choeurs, un peu trop de guitare électrique mais reste la voix de l'interprète qu'on peut parfaitement reconnaître et apprécier à sa juste valeur, notamment lors de nombreuses "envolées", puissantes, aigues sans écorcher tes oreilles.

Le tout dans une atmosphère posée. Moi j'ai bien aimé ce côté à la fois sage et sauvage. Tu vois, c'est toujours le contraste qui fait du bien.

You're the One

Ah, une petite pépite, moins forte que les autres; avec une pointe d'orgue (enfin de synthé) mais une bonne berceuse, une bonne déclaration.

C'était doux, c'était reposant même si c'était différent.

Résumé de The Red Shoes

Dans cet album, la voix de Kate Bush perd un peu de cette innocence pour rentrer plus dans les tons graves. Le rossignol semble s'être envolé. Après 15 années de travail et l'âge faisant, la voix finit sans doute par changer. Mais personnellement ce n'est pas forcément ça qui me pose problème.

Bon, cet album est un poil en deça des autres, je trouve. On a quelques éléments qui me semblent trop commerciaux, pas assez travaillés. Par exemple "Eat The Music", avec ses sonorités tropicales fait assez niais. Moi, j'ai pas aimé et toi aussi tu as le droit. Mais, dans l'ensemble ça me fait mal de dire ça car, tu vois, jusqu'à présent je n'avais encore trouvé aucune piste pas terrible. Au pire, c'était du normal, un truc intéressant mais qui ne me faisait pas vibrer. Là, c'est "j'aime pas". Bon, faut faire avec...

Les sonorités fleurent bon les nineties. Mais, tu vois, moi les nineties, je n'aime pas ça ! A certains moments, sur cet album tu as l'impression d'écouter Cindy Lauper tant il y a du décalage musical ou une gentillesse sucrée (attention, j'aime bien aussi Cindy Lauper). Tout ça pour dire que même au niveau de la voix et du style, il y a une inflexion.

Dans l'ensemble, j'ai accroché à la moitié de l'album. Les autres pistes ont un côté toujours un peu répétitif à mon goût et les mélodies sont trop rythmées. Et pourtant, je lui ai laissé sa chance. Bon après, tu ne peux pas toujours être à 100% en accord avec un artiste...

Aerial (2005)

1993-2005, douze ans. Douze ans sans album. Kate Bush a fait une pause et une bonne. Moi j'aurais cru qu'elle aurait arrêté pour de bon. Mais non, elle est revenue.

Douze années, ça transforme une vie, une vision, un cerveau. Que s'est-il passé dans la tête de l'artiste ? Rien de tel que de décortiquer son nouvel album pour le savoir...

A Coral Room

Ouah, dès la première piste on se prend le choc du nouveau style de Kate Bush. Un style plus dans la maturité, plus posé.

D'abord, tout est plus lent. Le rythme de toutes les mélodies est moins scandé, moins dynamique. Une vraie rupture avec l'énergie des eighties.

Mais tu me demanderas précipitemment ce qui est arrivé à la voix de l'interprète ? Car c'est là son atout principal n'est-ce-pas, le truc dont je parle depuis le début ? Ah, pauvre naïf ! Que crois-tu qu'il se soit produit ? Les gens ne changent pas de voix comme ça.

Oui, Kate Bush, garde la même voix atypique. Néanmoins, on sent un peu le vécu. Son expression est plus grave, elle monte moins dans les aigus et, je dois dire que c'est une surprise, elle semble être passée d'un véhicule d'énergie à un vecteur d'apaisement. C'est du moins ce que tu pourras ressentir sur cette piste.

Sinon pour le reste, même si évolution il y a, on retrouve les classiques de Kate Bush: la voix et l'accompagnement minimaliste au piano; avec peut-être plus de silences et une mélodie plus présente du piano.

Sinon, "A Coral Room" est un poil mélo-dramatique. Elle est plus longue en temps que les productions précédentes même si certaines pistes d'autres albums l'étaient. Mais combiné ave un rythme plus calme, tu as l'impression que la piste est allongée. Arriver à maîtriser le temps, le raccourcir ou l'allonger, serait-ce une nouvelle prouesse de la sorcière du son ?

Bertie

Un souvenir des précédents albums. Sur cette piste, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un monde parallèle à "Hounds of Love" et la piste "Jig Of Life".

D'abord, on retrouve une voix qui a à peine évolué: plus aigue, aussi pleine d'énergie qu'avant. Tu vois que ça n'a pas changé. Le contraste vocal est aussi présent: ça passe par tous les niveaux sonores.

Ensuite, on retrouve aussi nos instruments gaéliques. Ce qui a évolué, c'est le rythme, plus médiéval et moins énervant qu'avant.

Mais clairement, avec une telle construction, on n'est pas dans le hit pop. Et pourtant je perçois quelque-chose de moins fragile dans cette proposition.

How to be invisible

Un morceau qui fait dans le sérieux, dès l'introduction. La musique de début fait pratiquement peur à elle seule. Les paroles sont prononcées sur un ton quasi-monocorde, sans vraiment d'explosions souvent rencontrées chez l'artiste dont nous parlons depuis le début.

Beaucoup plus plat que pour les productions antérieures de Kate Bush, cette piste reste quand même bien équilibrée. Sans être trop ambitieuse, on passe un moment agréable à l'écouter avec une présence sonore riche.

Pour résumer, c'est plutôt lent, voire un peu mou, surtout avec les quelques temps d'arrêt. Elle me fait penser à la musique de Thimbleweed Park.

Résumé de Aerial

Avec Aerial, on est plus dans l'expérimentation musicale, moins dans l'accessible immédiat. Il faut plus de temps pour apprécier la construction. Je crois que tout le travail de Kate Bush va dans ce sens depuis le début. On l'a vu avec "The Dreaming" par exemple.

Mais ici, l'énergie a été canalisée; on trouve une plus grande source d'apaisement qu'il y a 12 ans. Mieux ou moins bien alors ?

Ah, tu est bien pénible avec cette question ! Je dirais que c'est simplement différent. Ça ne peut pas se comparer facilement. Je crois que ça ne s'écoute pas de la même manière, que c'est plus exigeant. Tu dois avoir plus de temps devant toi, sortir de l'immédiateté, de la culture de l'instantanné. Sinon tu ne parviendras pas à apprécier l'ensemble.

Je pense que ce n'est pas un hasard si c'est l'album le plus long qu'a jamais produit Kate Bush pour le moment (près d'1h20 vs 50 minutes en général), même si une piste occupe près de 45 minutes à elle seule.

Pour ma part, personnellement, c'est une proposition qui me va moins bien. J'apprécie les évolutions que j'ai trouvées. Pourtant, je dois l'avouer, je reste plus attaché aux productions passées, simplement parce que la forme me touchait davantage.

Director's Cut (2011)

Sorti en mai 2011, "Director's Cut" est un album de reprises des chansons de Kate Bush par Kate Bush en personne, une ré-interprétation des anciennes versions, prises sur la majorité des albums de la période 1985-1993.

Tu te dis que c'est un challenge. En effet, une fois que tu as frolé la perfection, est-il possible d'offrir le même niveau de qualité avec un style différent. De nombreux artistes s'y sont cassé les dents (et la voix aussi). Qu'est-ce-que Kate Bush a su sortir ?

Flower of The Moutain

Pour commencer cet album de reprises, commençons donc par écouter la seule piste qui a un titre inconnu. Après analyse, "Flower of the Mountain" est un titre alternatif pour "The Sensual World" de l'album éponyme.

Et bien, on est sur du très bon. Dans le même style qu'"Aerial", Kate Bush nous persuade que sa nouvelle proposition est la bonne (de toute manière, c'est bien elle qui décide non ?).

On retrouve tout ce qui fait Kate Bush: la voix, les instruments gaéliques, les instruments électriques, une mélodie simple qui tire sur le grave et le dramatique. Le seul truc qui est plus en nuance, c'est le contraste. Mais j'y vois un signe de l'âge, de sagesse. Plus besoin de passer du givre au brasero pour communiquer de l'énergie. Il suffit de poser la voix avec assurance.

Je dois affirmer que c'est une bonne piste, même si l'originale en vaut autant.

This Woman's Work

En 1989, cette chanson était déjà extraordinaire et proche de la perfection. Pourquoi se mettre en danger et la réinterpréter ?

Je l'ai déjà dit, avec les années, Kate Bush a infléchi son style vers "du plus posé". Alors, que vaut "This Woman's Work" en 2011 avec ce nouveau style ?

Pour te répondre tout de suite et te rassurer, sache que tout est préservé et que Kate Bush a su très bien gérer la transformation et l'adaptation. On est clairement dans un registre complètement différent. Je dois avouer que certaines évolutions donnent même un meilleur aspect.

Car si tu te souviens bien, "This Woman's Work", si elle était une chanson pleine d'énergie, elle était également une chanson avec une touche de magie, une touche d'incantation. Et comme le style Bush de 2011 est plus proche du mystique, ça a renforcé ce côté, ce qui se révèle très bien au final.

Ainsi, les mots "All the things we should've done And we never did", sonnent de manière encore plus terrible qu'il y a 12 ans, comme plus significatifs. Avec cet apaisement de rythme, le côté d'expression dramatique de la première version laisse place à une expression plus mélancolique qui donne une nouvelle signification aux termes employés.

Je crois que la version de "This Woman's Work" de l'album "Director's Cut" est d'ailleurs supérieure à celle de "The Sensual World". Je l'avais remarquée en premier par rapport à celle de 1989. Car si le style est plus triste, elle devient alors plus accessible au commun des mortels: elle devient une chanson qui incarne la mélancolie mélangée au mysticisme. Pour moi, c'est la meilleure piste de l'album.

Never Be Mine

J'aurai pu explorer toutes les pistes mais je me suis arrêté à celles que je préférai dans les albums précédents. Alors, j'ai choisi "Never Be Mine".

Pour celle-là, je préfère celle de "The Sensual World" qui me parle plus. Je crois que cette musique a besoin d'une énergie forte pour affirmer son message.

La version de 2011 est très proche de celle de 1989. On retrouve les choeurs, les mêmes mélodies pratiquement copiées-collées, les mêmes instruments, les mêmes moments toniques, les mêmes moments d'élévation de la voix. Mais le style plus posé, posé sur du velours explose moins en volume et en cris.

C'est un résultat assez différent de ce que j'ai pu dire pour "This Woman's Work", mais la réalité de ma perception est bien là et je ne vais pas la nier.

Résumé de Director's Cut

Résumer cet album en trois pistes ne suffit pas. Pour autant, "Director's Cut" est plutôt une bonne reprise. Les chansons prennent une forme assez différente malgré des sonorités très proches.

Dans l'histoire, avec un peu de recul, la majeure partie des pistes se subliment (This Woman's Work mais aussi Top of the City et So is Love) alors que bien peu ne parviennent pas à éluder la version initiale (Never Be Mine, Song of Solomon).

C'est comme ça. Quand tu reprends un truc tu fais des choix et tu fais avec ce que tu as ou ce qui te reste.

Ce que je retiens c'est que Kate Bush, à plus de 50 ans, sait encore m'impressionner avec sa voix et ça, c'est l'essentiel.

50 Words for Snow (2011)

Six années après "Aerial" et quelques mois après "Director's Cut", Kate Bush sort un nouvel album original. Beaucoup plus personnel et très différent du reste de sa production. Voyons-donc ce qu'il vaut, ce qu'il a dedans.

50 Words for Snow

Cette piste, éponyme de l'album, est finalement assez proche du contenu global de "Aerial", un peu comme ce qu'on peut retrouver sur "How to be invisible".

On est sur un ton moderno-dramatique qui fait assez sérieux, voire rigide. D'ailleurs, les mots suivent une progression: un chanteur masculin lit chaque mot qui signifie "Snow" pendant que Kate Bush égrène le décompte. On parvient bien à 50 mots. D'où le titre de la chanson.

Mais, dans l'ensemble, je la trouve trop froide pour susciter mon intérêt. Pourtant, la voix de Kate Bush sur le décompte numérique a quelque-chose de quasi-magique, une espèce d'incantation qui lui va si bien.

Snowflake

La piste la plus longue de l'album. Elle est dans le même registre que "Among Angels" mais comme sa durée est plus importante, elle s'exprime de manière différente.

La mélancolie est moins affirmée avec des ambiances solennelles. La musique est plus allongée, un poil monotone. La voix de Kate est plus effacée mais c'est lié au registre du morceau.

C'est une chanson loin des cannons du hit ou du tube. Quelque-chose qui s'écoute quand tu as besoin de te calmer pendant dix minutes. Sans doute une bonne chanson pour coder.

Wild Man Segment

Tiens, j'ai l'impression de reconnaître David Bowie dans l'introduction du morceau. Rien que ça, ça vaut son pesant de cacahuètes.

Pour le reste, la chanson est assez plate et monocorde. Elle n'est pas sans intérêt car elle est à la fois une nouveauté dans le style mais aussi une inspiration du reste de la carrière de l'artiste.

Among Angels

La dernière piste du dernier album de Kate Bush. Il faut y voir une espèce de signe parce que c'est franchement la meilleure piste de tout l'album et sans doute la meilleure depuis "The Sensual World".

Dès le début du morceau, on retrouve cet air de piano dépouillé qu'on reconnaît maintenant tout de suite et qui a su accompagner "the voice" depuis ses débuts. C'est en règle générale l'indicateur d'une chanson mélancolique. Ce qu'est à l'évidence "Among Angels". Elle serait parfaite pour une cérémonie de départ, pour dire que rien n'est fini et que le lendemain sera forcément meilleur...

Et si je suis naturellement sensible à ce sentiment, je ne peux m'empêcher de penser que ce registre est sans doute ce que peut faire de mieux la Kate Bush de 2011. Celà lui sied tout à fait, réflexion faîte. C'est là que sa voix s'exprime maintenant le mieux. Loin des envolées rossignolesques de ses débuts, mais avec ce timbre plus grave, plus profond qui porte si bien cette mélodie et ces paroles.

Au niveau musical, j'ai aussi trouvé que c'était pas mal. J'ai eu alors une idée: on aurait pu croire que c'était le groupe Sigur-Ros qui avait fait les arrangements musicaux. Dans tous les cas, l'idée d'une collaboration géniale a émergé du fin fond de mon cerveau. Sigur-Ros, les maîtres trolls de la mélancolie musicale et Kate Bush, la sorcière à la voix de méduse. Ça sonnerait comme rien d'autre au monde !

C'est là qu'on peut encore trouver le meilleur de cette artiste accomplie. Autant j'ai pu douter sur d'autres pistes que Kate Bush avait vieilli, autant je trouve que sur ce morceau, elle renaît totalement, sa voix n'a pas pris une seule ride. Sans conteste, la piste la plus extra-ordinaire de tout l'album. J'avoue, en écoutant jusqu'à la fin, j'ai pleuré...

Résumé de 50 Words for Snow

On est dans le mélancolique, le calme, la voix posée et l'étouffement des sons dans la neige. C'est vraiment ça qu'on ressent.

Forcément le côté mélancolique me plaît mais je crois qu'il y a quelque-chose en moins dans la voix de Kate Bush. Sans doute pas l'innocence de la jeunesse mais probablement plus une forme d'énergie qui n'est plus là. Et cette différence compte.

Pourtant certaines pistes sont vraiments extraordinaires à l'image de "Among Angels" ou "Snowflake".

Au delà de cette analyse, je crois que cet album aurait très bien pu faire une bande originale de film, ça lui conviendrait très bien. Peut-être une autre possibilité pour Kate Bush après le très réussi "Birdy" de son collègue Peter Gabriel ?

Conclusions

De cette écoute sur plusieurs mois, il me restera, sans aucun doute, un amour profond pour la voix de Kate Bush. Quand j'écoute ce timbre si particulier, je ne peux pas l'expliquer mais mon esprit est capturé par ces vibrations.

Cette voix si extraordinaire, emplie de ce grain de mélancolie qui te fais fondre en larmes, de ces aigus emplis d'une douceur qui vient apaiser tes tympans et calmer ton esprit. De ce contraste entre force, puissance et tendresse, douceur, le meilleur a été mis en mélodie. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est comme ça.

Pour d'autres, Kate Bush a cette voix trop aigue, presque criarde qui fait mal dans les oreilles. Pour moi, c'est littéralement l'inverse. J'aime me faire bercer par ces ondes vocales que je trouve riches à l'infini et pour lesquels je suis en complète admiration...

Avec un dernier album original sorti en 2011, je crois pourtant que la carrière de Kate Bush est derrière elle. Neuf années (en 2020) sans rien sortir, ça fait long. Et puis tout le monde ne peut pas être aussi fringuant et productif que David Bowie dans la soixantaine.

Mais, de mon point de vue, elle n'a vraiment plus rien à prouver. Dès 1989 elle était déjà une artiste complète. C'est sans doute dans cette décénnie qui l'a vu presque naître artistiquement qu'elle a su donner le meilleur d'elle-même. C'est dans cette époque que j'ai entendu le top du top de Kate Bush même si j'ai reconnu l'éclat extra-ordinaire de quelques pistes plus récentes.

Peut-être que c'est moi qui suit aussi sur-sensible aux sonorités de cette période, celle de mon enfance perdue. Je n'ai bien sûr qu'un seul regret: quand j'étais gamin, je suis sûr que j'aurais adoré me plonger dans l'univers de Kate Bush. Si seulement j'avais eu accès à cette matière, je crois que ça aurait conduit ma vie d'une manière forcément différente.

Dans tous les cas, j'ai été heureux de rencontrer Kate Bush en 2019 et 2020. Si je n'ai pas pu le faire à l'époque de ses débuts, je crois que j'ai quand même bien rattrapé mon retard. J'ai vécu une espèce de révélation, un truc auquel je ne m'attendais pas du tout. Qui aurait pu parier qu'à plus de quarante ans je me retrouverais ému par cette voix parfois si légère, si fragile et la plus extra-ordinaire qu'il m'ait été donné de pouvoir écouter ? Certainement pas moi-même...

Quant à toi lecteur, si tu es parvenu jusqu'au bout de cette lecture, c'est que j'ai réussi à te persuader, pour un temps du moins, à te communiquer mon enthousiasme. Je te souhaite, toi aussi, de prendre le temps de ré-écouter Kate Bush en 2020. Cela fait plus sens que ce que tu peux imaginer. Puisse-tu y trouver ou retrouver toutes les bonnes choses que j'ai pu rencontrer...

Posted sam. 18 janv. 2020 08:10:33 Tags: