Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois de septembre, ce sera une légende de plus: Marvin Gaye.

De quand date ma rencontre avec Marvin Gaye ? Ça remonte forcément à longtemps car cet artiste majeur est mort en 1984 alors que je n'avais que 6 ans. Mais j'ai toujours le souvenir d'avoir entendu "Sexual Healings" à la radio, même si la fréquence de diffusion a fortement baissée ces dernières années.

Avec le temps, j'ai fini par acheter l'album du best-of qui date de 1994. Je l'ai écouté plutôt vers 1998-1999 et j'ai vraiment adoré.

Je vais donc prendre le temps de décrire un peu mieux ce que j'ai compris et retenu de la production de Marvin Gaye et, comme à mon habitude, je vais le faire dans l'ordre chronologique. Néanmoins, j'ai aussi inclus les quelques albums en duo sur lesquels Marvin Gaye a posé sa voix.

Un début sous les couleurs d'un chanteur playboy noir

The Soulful moods of Marvin Gaye (1961)

Pour ce premier album, Marvin Gaye impose un style de chanteur "à femmes". Les mélodies sont plutôt douces avec un soupçon de rythmique, la voix se fait de velours.

Dès la première piste "The Masquerade is Over", qui est très bonne, on voit quelle va être la destinée de ce chanteur à la voix plutôt perchée. Nous sommes bien loin des productions de la même époque comme les Beach Boys. N'oublions pas non plus que le Rock'n Roll commence à percer près de 6 ans plus tôt. Arrive donc Marvin Gaye et son style, sans doute en accord avec ce que pouvais faire un Nat "King" Cole ou les années crooners de Frank Sinatra.

Comme le titre de l'album l'indique, on aura un répertoire crooner avec un zeste de musique Soul. Ce qui rend vraiment bien.

Si l'on observe les titres des pistes, on retrouvera un grand nombre des classiques interprétés depuis quelques années par d'autres interprètes. C'est le cas de "My Funny Valentine" et de "Witchcraft", par exemple. Mais ce ne sont pas les interprétations les plus réussies, il faut quand même le dire: on est loin de ce que pouvais faire Frank Sinatra quand même (bon, il n'avait pas les mêmes moyens limités que Marvin Gaye, le débutant de l'époque).

Cet esprit de douceur se retrouve sur la piste "Easy Living" plus travaillée à mon sens. C'est aussi avec surprise qu'on se rend compte que la piste 5 "How Deep is the Ocean" a le même rythme que la première (et quasi la même mélodie).

Mais en dehors de "The Masquerade is Over" et "Let Your Conscience Be your guide" qui sont les deux pistes qui percent vraiment dans cet album, le reste est assez moyen, calqué un peu sur les productions guimauves de l'époque.

Reste quand même, à la lumière de ces deux pistes, un potentiel qui ne demande qu'à se découvrir dans de prochains albums.

That Stubborn Kinda Fellow (1962)

Avec ce nouvel album, Marvin Gaye impose un style plus dynamique, plus soul, plus funk, plus rythmé à son public, pas encore trop formaté.

Dès la première piste, intitulé "Stubborn Kind of fellow", le dynamisme prend la tête et nous en met plein les oreilles. Bien distante du précédent album, on y retrouve une source quasi infinie d'énergie et ce, dès l'introduction. Les choeurs finissent par nous faire chanter avec eux. Cette piste symbolise à elle seule, l'intégralité de l'oeuvre de Marvin Gaye: du dynamisme, des choeurs féminins, une vois plutôt perchée, des onomatopées, des cris, du velours feutré, de la sensualité.

Cette forme continue dans la deuxième piste "Pride & Joy", avec un succès moindre mais avec cette même forme de dynamisme. On retrouve la même recette sur "Hitch Hike".

Le summum de cette fraîcheur explose avec "Wherever I lay my hat". Mais après cette piste, la douceur mielleuse revient et les pistes sont quand même moins bonnes.

Loin d'atteindre la perfection, "That Stubborn Kinda Fellow" est très nettement un cran au dessus du premier album de Marvin Gaye. Certaines de ses pistes sont d'un très bon niveau. Elles préfigurent ce qui suivra dans la carrière de cet interprète.

Hello Broadway (1964)

Avec un titre pareil, on peut se dire qu'on s'éloigne de l'album précédent et qu'on se rapproche du premier. Et effectivement, c'est ce qu'on retrouve: du crooner, de la musique grave, avec, il faut bien l'avouer, un zeste de Soul music pour l'agrément.

L'ensemble se révèle effectivement un peu mou mais quelques pistes finissent par percer:

  • "People", grave, résonnante et fugitive.
  • "What Kind of Fool Am I".
  • "Walk on the wild side", la plus dynamique de tout l'album.

Pour résumer, "Hello Broadway" fait un peu mieux que "Soulfull moods". On peut l'écouter un soir, tranquille, ça ne rend pas si mal. On se rend compte que Marvin Gaye a quand même une voix agréable. Les arrangements sont de la grande époque crooner et de qualités, en tout cas, mieux que sur "Soulfull moods". Pour le reste, l'album a quand même quelques relents sirupeux...

When I'm alone, I Cry (1964)

Le titre de l'album préfigure quelquechose de triste, de calme et de mélancolique. Et il s'agit bien du contenu que vous trouverez sur cet album.

Marvin Gaye persiste et signe dans son registre crooner noir. Quand on sait ce qu'il a fait plus tard dans sa carrière, ça fait toujours un peu bizarre de se dire qu'on va mettre un disque de Marvin Gaye comme on mettrait un disque de Sammy Davis Junior !

Mais reste cette voix si particulière qui tance les meilleurs de l'époque. Ainsi quelques pistes finissent par émerger de ce tas de miel: * "I Wonder" qui est poil plus dynamique. * "I'll be around" certes nostalgique mais plutôt tonique.

Mais le reste est trop en décalage avec un album comme "That Stubborn Kinda Fellow" par exemple. Donc finalement, j'aime assez peu cet album. Peut-être un soir d'automne, pourquoi pas ?

Together (en duo avec Mary Wells) (1964)

En règle générale, je n'aime pas les duos. Mais, les duos de Soul Music sont généralement très bons et très emblèmatiques d'une époque, surtout celle de la fin des années 60. Mais là, on est plus dans la première partie des années 60. Voyons ce que ça donne...

Eh bien, on peut dire qu'au moins "Together" est plus du même genre que "That Stubborn Kinda Fellow". L'album est plus tonique et plus dynamique. Dès les premières pistes, on s'en rend compte et ça rend plutôt pas mal. Ainsi "Once Upon a Time" sonne plutôt bien et donne le ton dès le départ. C'est aussi ce qui se passe pour les quelques pistes qui suivent. Le duo est assez complémentaire.

Mais j'ai pourtant du mal à accrocher. C'est trop plat, trop mou rétrospectivement. C'est trop moyen. Même la chanson phare de l'album, "Together" ressemble à une ballade trop légère et trop niaise.

En dehors de la première et de la dernière piste, le disque reste assez décevant même s'il annonce sans doute une amélioration du style de Marvin Gaye pour les prochains albums.

A tribute to the great Nat "King" Cole (1965)

Bon, il s'agit d'un disque de reprises et, vous savez ce que je pense des reprises (pour résumer, c'est MAL).

Et bien là aussi, je pense que rien ne vaut l'original. Marvin Gaye essaye de se transformer en Nat "King" Cole tout en faisant l'effort de poser sa voix, de faire quelques modifications sur le rythme mais l'ensemble reste vraiment trop proche de l'original pour réellement succiter l'intérêt.

Autant mettre le best-of de Nat "King" Cole, ce sera aussi bien...

Un début d'affirmation avec les années soul

How Sweet it is to be loved by you (1965)

Après de nombreux albums sur le thème crooner, Marvin Gaye semble amorcer une nouvelle période avec cet album, sorti en 1965. On y retrouve beaucoup de la formule de "That Stubborn Kinda Fellow" ce qui en fait forcément quelquechose d'intéressant.

La première piste "You're a wonderful one" sonne déjà très bien. Mais c'est le titre éponyme de l'album qui marquera plus les esprits. C'est la meilleure piste de l'album.

Pour le reste, l'album est calqué sur les recettes de "That Stubborn Kinda Fellow": une voix haute perchée, quelques choeurs, un rythme dynamique, des cuivres marqués. Mais cette recette n'est pas garantie de succès. Je note quelques pistes qui sortent de "l'ordinaire":

  • "Try it baby".
  • "Baby don't you do It".
  • "Need Somebody".

Le reste est un cran en dessous. Mais, dans l'esprit, il y a du mieux sur cet album.

Moods of Marvin Gaye (1966)

Attention, tout change avec "Moods of Marvin Gaye" qui est l'écho non crooner de "The Soulfull Moods of Marvin Gaye" et qu'il ne faut pas confondre avec, tant il n'a rien à voir.

Dès la première piste, tout est neuf: "I'll be Doggone" s'affirme comme un nouveau genre pour Marvin Gaye: du rythme, une mélodie simple, quelques percussions, des choeurs dynamiques, des cuivres qui viennent ponctuer les paroles pour mieux les mettre en valeur... et toujours cette voix, moins chaleureuse, plus directe, presque éraillée.

"Little Darlin, I Need You" est une bonne ballade avec des choeurs puissants et un air entraînant qui s'écoute facilement; un hit, à coup sûr. Dans le même genre "Hey Diddle Diddle" sonne dans les mêmes tonalités avec une mélodie encore plus binaire et réduite. Mais c'est pas mal non plus.

"Ain't That Peculiar" est sans doute la meilleure piste de l'album, dans tous les cas, la plus emblèmatique: elle vient supprimer l'esprit crooner de Marvin Gaye, en lui permettant de trouver une nouvelle manière de faire de la musique et de la chanson sans renier les thèmes comme l'amour, la joie, la transcendance. Si les sujets restent les mêmes, les chansons ont bien changées depuis "The Soulfull moods of Marvin Gaye".

"You've been a long time coming" reste sur la ligne séduction, avec une chanson plus douce mais, comme sur les autres pistes, c'est un autre style, plus contemporain, plus intemporel, plus Soul. La piste qui suit "Your Unchanging Love" adopte les mêmes codes, en plus dynamique et c'est vraiment très bon à écouter.

"One for my baby (and one more for the road)" qui termine l'album vient vraiment affirmer le nouveau Marvin Gaye. Le thème de l'amour est y présent, le rythme est plus lent mais, plus de crooner, plus de miel, plus de colle, tout ça, c'est terminé, place à la Soul, la vraie...

Un an près "How Sweet It is to be loved by you", "Moods of Marvin Gaye" est un album d'accomplissement. C'est enfin le premier album produit par Marvin Gaye qui s'écoute dans son intégralité. Il n'y a rien à jeter dessus. Mais est-ce-que cette qualité va perdurer ? Réponse dans un an pour l'album suivant !

I heard it through the grapevine (1967)

On sent qu'on est désormais dans un univers à part. Marvin Gaye a trouvé son rythme dans le dernier album, va-t-il poursuivre ce miracle ?

La réponse est oui ! "I Heard It Through The Grapevine" démarre d'ailleurs très fort avec le titre "You" qui interpelle tout le monde dans un rythme endiablé.

"Tear It Down" démarre comme une ballade innocente mais trouve une mélodie bien plus complexe que de prime abord, une surprise qui ne s'apprécie pas forcément à la première écoute.

"Chained" s'affirme comme la piste Soul de l'album, on y retrouve tous les codes, du rythme, de la mélodie ponctuée par les cuivres, des voix en ruptures et des choeurs puissants.

Vien ensuite LA piste de référence, celle que tout le monde connaît, un des hits les plus puissants de Marvin Gaye: "I Heard It Through The Grapevine", l'indémodable et unique morceau qui pourrait qualifier Marvin Gaye à lui seul.

Mais ce n'est pas la seule bonne piste de l'album qui en est littéralement truffé. "At Last (I Found a Love)" très dynamique et très Soul voire Funky est d'un très bon niveau.

C'est la même chose pour le morceau qui suit: "Some Kind of Wonderful" qui est dans un registre plus calme, plus complexe, avec une gradation jusqu'au refrain.

Vient ensuite "Loving You is Sweeter Than Never", une piste à succès de l'album, sans doute la meilleure après "Grapevine", un peu bâtie comme une chanson de duo (dans les albums qui suivront).

Les pistes qui suivent sont toutes de bonne facture, assez sérieuses, assez Soul, finalement savoureuses même si elles ne constituent pas de hits. Dans tous les cas des choses comme "It's Love I Need" sonnent vraiment bien.

Au final, comme pour l'album précédent, il n'y a rien à jeter sur ce nouvel album. Bienheureuse, l'année 1967 (on y faisait de bonnes Ford Mustang d'ailleurs) !

En guise de conclusion, "I Heard It Through The Grapevine" est un évènement dans la carrière de Marvin Gaye. C'est l'un de ses albums principaux de la fin des années 60, majeur. Si tu ne l'as pas écouté, tu ne sais pas vraiment ce que chante Marvin Gaye.

United (1967)

United est le premier album de collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Pour l'histoire, ils ont fait trois albums mais en 1967, Tammi Terrel s'effondre sur scène. A l'issue du concert, on lui découvre une tumeur au cerveau. La jeune interprètre meurt en 1971 et Marvin Gaye en est profondément affecté, il y a de quoi le comprendre.

Bon, nous avions vu que le duo avec Mary Wells était assez moyen. Donc, que vaut cet album ? Eh bien, c'est tout le contraire ! Les chansons figurent parmi les meilleures chantées par Marvin Gaye et on peut dire que sa voix se marrie à la perfection avec celle de Tammi Terrel. On a donc un album rempli de tubes: pas mal pour un premier album de collaboration.

La première piste "Ain't No Mountain High Enough" est un monument de la musique Soul, rien que ça. Elle a d'ailleurs été reprise par Diana Ross quelques années plus tard. Je le cite car la version de Diana Ross vaut vraiment le détour, ce qui est assez rare pour une reprise et donc ça vaut le coup de le faire remarquer, à croire que la chanson est naturellement destinée à être excellente...

Une autre piste d'intérêt est "If I could Build My World Around You" qui sonne un peu comme la première piste de l'album. Sa structure est moins dynamique, plus déclarative et posée mais les voix sont très concordantes, très harmonieuses. La mélodie compte aussi beaucoup.

"Two can have a party" est une réussite: la mélodie est dynamique et entraînante et la voix de Marvin Gaye sonne fort bien dans ce rythme soutenu. J'avoue que c'est une piste un peu moins connue mais qui est vraiment majeure dans cette collaboration.

"If this world were mine" est une déclaration d'amour tout en douceur au début mais qui monte crescendo. Une piste excellente également.

Au menu des ballades un peu enjouées, je vous recommande d'écouter "Give a little love" qui viendra égayer votre promenade.

Un seul bémol pour cet album: la reprise de "Somethin' Stupid" (seule celle de Frank Sinatra vaut vraiment le détour), comme toutes les reprises est franchement un cran en dessous. Marvin Gaye a baissé d'un octave sur cette piste et ce n'est pas une réussite (il est inaudible comparé à Tammi).

"United" est un accomplissement: on découvre deux artistes complets dessus. Marvin Gaye a une voix excellente sur cet album. Elle est sublimée par celle de Tammi Terrel et réciproquement. Un duo excellent s'est composé, c'est pourquoi ils persisteront et signeront deux autres albums avant la mort de Tammi.

You're all I need (1968)

Attention, cet album est du lourd ! D'abord par le nombre de morceaux. On en compte pas moins de 22 sur certaines éditions même si j'en dénombre 12 originales. Ensuite, par la qualité de la production. Sur ces 12 pistes, je dirais qu'il y en a au moins 9 qui sont excellentes.

Dans le top de ces pistes, il y a le haut du panier, celles qui sont des références à jamais, immédiates:

  • "Ain't Nothing Like The Real Thing".
  • "Keep On Lovin' Me Honey".
  • "You're All I Need to Get By".
  • "You Ain't Livin' Till You're Lovin'"
  • "I'll Never Stop Loving You Baby"

Puis les pistes moins connues mais qui valent le détour:

  • "Baby Don't Cha Worry".
  • "Give In, You Just Can't Win", la dynamique.
  • "Memory Chest".
  • "That's How It Is".

Je vous laisse écouter tout ça à l'occasion, vous allez vous régaler si vous apprécier Marvin Gaye ou Tammi Terrel (ou les deux). Je comprend pourquoi cet album est une référence.

Encore une fois, le duo est magnifique, la qualité est encore un cran au dessus de United. J'aime vraiment cette collaboration qui est décidément très fructueuse. Marvin Gaye sans Tammi Terrel, n'est plus vraiment Marvin Gaye.

M.P.G. (1969)

Pour 1969, il y a un peu de changement chez Marvin Gaye. Il a repris les recettes apprises dans les 2 albums produits avec Tammi Terrel, sauf que cette fois, il chante seul (enfin avec des coeurs). Ce faisant, il poursuit également ce qui a déjà été entrepris quelques années plus tôt avec les albums "Moods" et "Grapevine".

Pour information, "M.P.G." signifie: "Marvin Pentz Gay", le nom complet et véritable de Marvin Gaye (avec un e à la fin).

"Too Busy Thinking About My Baby" ressemble effectivement à une chanson de duos mais Marvin chante seul. Néanmoins, la chanson est vraiment excellente car elle s'approche plus de l'ADN de Marvin Gaye avec un rythme plus enjoué et une voix moins crooner, qui reste chaleureuse et plus sensuelle.

"This Magic Moment", plus innocente, plus simple, reprend les codes du monde crooner de Marvin Gaye mais, cette fois, son interprétation change tout et finit par faire oublier le côté un peu niais initial. Mais c'est la rare piste à faire ça sur l'album.

La troisième piste, "That's the way love is", change du tout au tout, on a l'impression d'avoir un mélange de "Grapevine", de "Stubborn Kinda Fellow" et de "United" mélangé dans une chanson un peu grave, avec une mélodie sérieuse. L'ensemble est excellent et bien en rupture avec les anciennes productions de Marvin Gaye. Elle sonne comme une volonté de s'émanciper, de casser les codes... Sans doute pour donner ce qu'on verra plus tard dans l'album qui suivra.

Assez bizarrement, "The End of Our Road" reste un peu dans le même registre: des paroles un peu sombre, une mélodie sérieuse mais plus mal servie par des riffs de guitare un peu trop léger à mon goût. Heureusement, les cordes viennent sauver un peu le tout, sans oublier la voix de Marvin Gaye.

"Seek And You Should Find" représente un bon mix entre un Marvin Gaye crooner et un Marvin Gaye eveillé aux duos. Ce morceau est un tube, ne l'oublions pas: rapide, enjouée, elle est vraiment très bonne.

De ce côté, "It's a better pill to swallow" vient réveiller les esprits, un peu comme sur les albums "Moods" et "Grapevine". Très bonne coupure ! Dans le même genre, et juste à la suite, on trouve "More than a heart can stand" qui est aussi dynamique et rythmée et avec une mélodie bien sympathique.

Par ailleurs, le reste des pistes sonnent maintenant comme dans l'album "Grapevine". Elles sont d'ailleurs très bonnes: "Try My True Love", "I Got to Get to California" et "It Don't Take Much To Keep Me" sonnent bien, rythment bien et chantent bien. L'album est donc terminé en apothéose.

"M.P.G" reste un album dans la digne lignée de "Grapevine". De nombreuses pistes qui sont des hits, ou d'un très bon niveau, peu de pistes sans intérêt. On y trouve un peu de mode crooner dans quelques morceaux, mais ce n'est pas l'essentiel. Au contraire "M.P.G." vient plutôt clore une lignée d'album de la deuxième moitié des années 60 dont on peut dire qu'elle a permis à Marvin Gaye de trouver son style propre: plus engagé, plus sérieux, moins crooner, un peu moins mélancolique avec un style musical propre mais non figé. En quelques années, Marvin Gaye a su montrer qu'il était capable d'évoluer profondément. Et c'est bien aussi ce qui nous attends avec les albums de la décénnie 70.

Easy (1969)

En 1969, et après M.P.G. paraît le dernier album de la collaboration entre Tammi Terrel et Marvin Gaye. Disons-le tout de suite, il est également excellent.

Dès la première piste le ton est donné: "Good Lovin' Ain't Easy To Come By" est un morceau mémorable, rythmé, dynamique, vraiment très bon. Il est immédiatement suivi de "California Soul", lui aussi un tube.

"The Onion Song" propose également un air entraînant sur un tube.

En dehors de ces trois morceaux majeurs, les autres pistes sont également très intéressantes et s'accordent assez bien mais je ne vais pas toutes les citer, je vous laisse les découvrir.

Pour résumer, "Easy" reste dans la continuité de la collaboration entre Tammi et Marvin: du très bon. Pour la petite histoire, c'est assez surprenant d'avoir autant de qualité alors que Tammi Terrel est littéralement mourante. Je pense que les sessions d'enregistrement ont été compliquées pour elle et c'est tout à son honneur d'avoir physiquement pu mener l'album jusqu'à ce niveau, même si de nombreuses pistes ne comportent vraisemblablement pas la voix de Tammi.

Quel dommage de devoir tout arrêter d'un coup, à 24 ans... J'aurais bien aimé voir ce que cette voix prodigieuse aurait pu produire dans ces années prolifique. Mais cela ne se fera jamais et cela fait plus de 50 ans maintenant. Les curieux de la Soul music se font maintenant vieux comme moi...

La rupture consécrationnelle d'un artiste engagé

What's Going On (1971)

Après quelques années d'affirmation de son style, Marvin Gaye finalise un élément majeur de sa production, sans doute le plus important de toute sa carrière.

En 1971, après une série de troubles sociaux envers les communautés afro-américaines, Marvin Gaye prend clairement la résolution de l'engagement ce qui rompt totalement avec son image de chanteur playboy du début des années 60. En moins de 10 ans, la transformation est totale. Ceci se voit directement sur l'aspect physique de Marvin Gaye, présent sur la pochette de l'album: il porte maintenant la barbe et pose sous la pluie.

Mais c'est surtout au plan musical que cet album est une extraordinaire percée. Il ne contient presque que des tubes (enfin, c'est mon avis). J'ai aussi remarqué que malgré le thème et les mélodies différentes des musiques, il reste une espèce de trame propre et commune à l'ensemble de l'album, une trace musicale perceptible sans forcément être descriptible en détails. Ce sera sans doute, les rythmes de basses assez proches, les mélodies proches entre "What's Happening Brother" et "Mercy Mercy Me", je ne saurais le dire en détails.

La noirceur s'explique aussi par la mort de Tammi Terrel, moins d'un an avant. Marvin Gaye en est profondément affecté et trouve dans ce malheur, la source d'inspiration sombre qui fait l'essence même de l'album.

On retrouve une floppée de titres majeurs dans cet album de référence, sans doute le meilleur de toute la carrière de Marvin Gaye. Le titre éponyme, "What's Going On" est un tube complet: du rythme, de la Soul music à plein nez, des textes réellements engagés, la description d'un problème sociétal et des pistes de solutions par l'amour, le tout sur une mélodie finement ciselée et très musicalement parlante. Un must !

La deuxième piste intitulée "What's Happening Brother" reste sur le même ton que la première piste, sans doute sur la même mélodique que les pistes majeures de l'album. Une grande part de l'espace musical est laissé à un ensemble de cordes qui façonnent la mélodie de manière sublime. Les textes sont également très engagés. Elle est extrèmement proche de "Mercy Mercy Me" à tel point que j'ai cru qu'il s'agissait d'une pré-version de "Mercy Mercy Me". Mais non, les paroles de cette dernière sont bien différentes et sont plus axées sur l'écologie, la survie de la Nature dans un monde pollué par l'activité humaine. Pour 1971, voici un thème bien précoce, dans les prémisses de l'activisme écologique.

La piste "Flyin High" s'accorde bien avec "What's Happening brother", même si elle est très différente dans sa mélodie. On reste sur un peu de sombre, un peu de mélancolie et toujours cette voix perchée si typique.

Mais la palme de la piste la plus sombre est sans doute à accorder à "Save The Children". On y trouve un duo de voix de Marvin Gaye: la première, grave, énonce un ensemble de paroles désespérées, d'un ton monocorde, et la seconde, reprend ces paroles avec un octave au dessus avec un brin de mélodie. Quand on les écoute avec attention, les paroles sont assez pessimistes (c'est pour ça quelles sont indispensables): Marvin Gaye pose la simple de question de savoir si ce monde dans lequel nous vivons a encore une raison pour laquelle il faudrait le sauver. La conclusion "Save the children" n'est pas si affirmée que ça: le dernier refrain repose encore et toujours la question de savoir si quelqu'un souhaite vraiment sauver un monde destiné à mourir !

Dans le registre de la douceur et de la réconciliation, intervient la piste "Wholy Holy". Une bénédiction complète de la part de Marvin Gaye qui vient nous sauver de la grâce de sa voix si chaleureuse et si transportante. Il est aidé toujours par ces cordes un peu lancinantes mais si mélancoliques. L'ensemble forme un très bon morceau qu'on prend plaisir à écouter plusieurs fois pour calmer son esprit et son stress (enfin, c'est que je fais parfois).

Enfin, pour terminer l'album, on trouve une piste un peu inquiétante dans son rythme: "Inner City Blues". Tout est ici un peu mécanique, binaire, comme un marteau piqueur qui taperait très lentement. Elle reste néanmoins une piste essentielle de l'album.

Pour résumer, "What's Going On" est vraiment très complet. Le thème un peu sombre de l'avenir en danger laisse transparaître un nouveau style de Marvin Gaye, plus en retrait des chansons "à femmes", plus en adéquation avec les thèmes sociétaux de son époque, voire carrément en avance sur la critique du système économique occidental. "What's Going On" est un incontournable, si on ne devait retenir qu'un seul album de toute la carrière de Marvin Gaye, ce serait, sans discussion, celui-ci.

Trouble Man (1972)

Après "What's Going On", Marvin Gaye se lance dans la réalisation d'une bande originale de film avec "Trouble Man", du titre éponyme. Ce film, que vous n'avez sans doute jamais vu, est un film de blacksploitation: une production de cinéma 100% afro-américaine, un mouvement assez populaire dans le début des années 70 qui a vu sortir des choses assez bien réussies comme "Shaft" ou "Superfly" ou encore "Black Caesar". Une des caractéristiques de certains de ces films est d'avoir une bande originale écrite par un super chanteur de Soul music. Pour Superfly, c'est Curtis Mayfield, pour Black Caesar, c'est carrément James Brown. Pour "Trouble Man", ce sera Marvin Gaye.

Cette fois, Marvin Gaye produit un album assez particulier. Car la bande originale du film est surtout composée de pistes entièrement musicales, là où Black Caesar laisse plus entrevoir la voix de James Brown.

Pour Trouble Man, la musique est plutôt bien placée sans être quelquechose d'extraordinaire. Je pense qu'il faut voir le film pour mieux comprendre.

Le seul morceau vocal qui sort vraiment de l'album est le titre éponyme qui est une vraie réussite. C'est d'ailleurs la seule piste vraiment vocale de tout l'album.

Sans être un hit majeur, "Trouble Man" se débrouille plutôt pas mal. Mais clairement, il est en retrait par rapport à une excellence comme "What's Going On". Mais rien n'empêche de l'écouter avec plaisir.

Let's Get It On (1973)

Pour l'année 73, Marvin Gaye nous refait le coup de "What's Going On", en moins sombre, en plus passionné mais avec les mêmes recettes musicales dans toutes leurs grandeurs.

Ce début des années 70 est sans conteste le meilleur de la production de Marvin Gaye. Il a enfin réuni tous les éléments qui font son style si particulier. La voix est restée fidèle mais les rythmes sont enfin trouvés et ajustés, les mélodies percutent l'âme, les cordes et les percussions entraînent l'esprit et laissent transpirer les émotions brutes, qu'elles soient mélancoliques, tristes ou joviales et triomphantes.

Disons le clairement, il n'y a absolument rien à jeter dans "Let's Get it On". Toutes les pistes sont écoutables et même vraiment très bonnes. Au contraire de "What's Going on", on ne retrouve pas vraiment de trame musicale, ce qui montre que pour exceller, Marvin Gaye peut employer n'importe quelle mélodie.

C'est un vrai plaisir d'écouter cet album, plus charnel, plus joyeux, plus rassurant, plus doux aussi. La première piste "Let's Get it On", respire la légèreté de l'amour entre deux êtres qui semble être le fil conducteur de l'album.

"Please Stay" présente une introduction un peu marginale mais son coeur est vraiment passionné, cette passion étant croissante jusqu'à la fin de la piste, on est vraiment surpris par cette gradation de près de 3 minutes 30 secondes.

"If I Should Die Tonight", plus grave dans son thème, plus douce dans son approche est un vrai régal d'amour avec un brin de nostalgie mais savamment dosée.

"Keep Gettin'On" ressemble fortement le refrain mélodique de "Let's Get it On" pour mieux le compléter. C'est vraiment très bon aussi.

"Come Get To This" avec ses cordes en trame de fond et son saxophone entêtant, son rythme saccadé et les trémolos de la voix de l'interprète est également une piste excellente.

"Distant Lover", plus simple, avec moins d'instruments mais plus de choeurs est fondammentalement différente des autres pistes, elle semble reprendre plusieurs des codes de l'ancien Marvin Gaye. Elle reste pourtant très bonne, très sensuelle avec un peu plus de douceur.

"You sure love to ball" est moins immédiate que les autres, il faut l'écouter pour en apprécier la saveur.

Enfin, "Just to keep you satisfied" vient conclure à la perfection et en douceur l'album.

Oui, "Let's Get it On" est sans doute le meilleur album de Marvin Gaye après l'explosion "What's Going On"...

Diana & Marvin (1973)

En cette même année 1973, Marvin Gaye nous refait le coup d'un album duo. On va oublier celui des débuts avec Mary Wells pour ne retenir que ceux avec Tammi Terrell qui étaient extraordinaires.

Que vaut donc le duo avec Diana Ross ? Et bien, il est d'une excellente qualité et ce, dès la première piste: "You Are Everything" qui est une véritable déclaration d'amour. Les voix de Diana et de Marvin se complètent à merveille; les paroles sont simples mais percutantes, la mélodie d'une douceur absolue. Un hit assurément.

"Love Twins", sans atteindre le niveau de "You are everything" sonne bien, même si l'introduction est un poil étrange. C'est aussi le cas de l'introduction de la piste qui suit "Don't Knock My Love", bien plus rythmée.

Mais, une autre chanson plus en phase avec l'album, reste, sans conteste "You're a special part of me" qui ressemble davantage à "You Are Everything". C'est plus une chanson de duo. C'est la même chose pour la chanson "Pledging My Love", plus douce, plus ballade.

La longue piste "Just Say, Just Say", introduit longuement "Stop, Look, Listen", un autre hit de l'album.

Deux hits, c'est bien mais peut-on aller plus loin ? Oui, je dirais, si l'on en prend en compte "My Mistake" qui sonne immédiatement bien aux oreilles. Sur ce morceau, on remarque bien que les chanteurs ne sont pas en studio en même temps car les voix sont bien séparées, malgré le mixage.

Que dire sur "Diana & Marvin" ? Sans égaler la puissance d'un "United", on trouve de belles pistes sur cet album. La style a évolué car nous sommes dans des années Soul et que Diana Ross a une voix bien particulière. Le ton est plus doux, plus passionné. Cet album voit quand même un ensemble de chansons d'un vrai intérêt, d'un genre presque nouveau (pour Marvin Gaye).

Sachez que Marvin a longuement hésité avant de faire cet album car toutes ses collaborations féminines se sont révélées négatives pour ses partenaires, soit du point de vue du succès post-album, soit d'un point de vue de santé pour Tammi Terrel.

Mais il est bel et bien réussi...

I Want You (1976)

Après les hits de "What's Going On" et de "Let's Get it On", que peut-on bien faire qui reste excellent ? Marvin Gaye y pourvoit avec "I want you".

Ça commence très fort: la première piste, intitulée "I Want You" est une véritable ode sexuelle, chaleureuse, langoureuse et rythmée comme jamais. Une véritable déclaration explicite d'une beauté à tomber par terre. L'image qui me reste imprégnée de cette musique, c'est un Bill Murray assis sur son canapé en train de boire une coupe de champagne, seul, en robe de chambre sur le fond de "I Want You" (dans le film Broken Flowers). Ce morceau vaut vraiment son pesant de cacahuètes. J'adore l'écouter, juste pour la beauté de la réalisation.

Évidément, après un carton aussi fort, le reste de l'album tente de retomber sur ses pattes. "Come Live With Me Angel" qui vient juste après redevient un peu plus sérieuses malgré les appels incessants de Marvin Gaye à le rejoindre. Encore teinté de "sex appeal", le morceau reste un peu plus sage mais d'un grand intérêt.

"After The Dance" avec son introduction qui fait un peu peur, finit par intéresser le public. Entièrement musical, ce morceau sans parole est un bon détournement après les deux premières pistes, sans doute trop "chocking" pour l'époque.

Marvin reprend la parole pour "Fell All My Love Inside", encore une ode sensuelle, moins enveloppante que "I Want You" mais très forte avec des cris de femmes, un soupçon orgasmiques. Mais même si l'enveloppe semble scandaleuse pour l'époque, la voix de Marvin et la mélodie permettent de transcander tout ce débalage, ce qui en fait une chanson finement ciselée qui ne tombe pas du tout dans la vulgarité.

Pour se calmer, on enchaîne avec "I Want To Be Where You Are". Moins chaleureuse et sensuelle, elle présente une mélodie bien rythmée, de bons coups de saxos. Comme elle dure moins d'une minute et trente secondes, le plaisir de l'écoute s'envole...

"All the way 'Round" vient compléter la piste précédente avec ses solos de saxos, son rythme endiablé, ses cuivres fous et toujours la voix d'un Marvin Gaye, champion de l'amour ! Une belle réussite entraînante et qui n'en finit pas.

Pour terminer l'album, comme un clin d'oeil assurément, Marvin Gaye propose "Soon I'll Be Loving You Again" qui est egalement excellente. Son introduction reprend les mimiques de "I Want You", la mélodie est proche de cette première piste, sauf que la voix est plus aigue et que le rythme est moins langoureux, plus dynamique. Un bon complément à "I Want You".

En résumé, après les deux excellents albums "What's Going On" et "Let's Get it On", "I Want You" reste largement dans le niveau. Aucune piste n'est à jeter dessus et elles sont pratiquement toutes extraordinaire. Clairement, on est encore dans le meilleur de la carrière de Marvin Gaye. Rien ne semble lui aller mieux que ce début des années 70, sa meilleure période.

Bon, si vous ne l'avez pas encore compris, "I Want You" est le disque que vous devez mettre si vous voulez conclure ce soir ;-) Après si l'être en face n'apprécie pas cette musique, peut-être est-il encore temps de changer de partenaire ?

Here My Dear (1978)

La fin des années 70 pour les musiques afro-américaines rime avec Disco ! C'est le cas pour cet album qui sans être du vrai Disco, ressemble à un mélange entre Soul music, Funk et Disco. Ça reste du vrai Marvin Gaye et c'est plutôt une réussite de ce côté.

La première piste, éponyme de l'album, est vraiment très bonne, sans doute la meilleure de l'album. Elle s'enchaîne d'ailleurs très bien avec la suivante "I Met a little girl", qui est un peu son empreinte négative.

Vient ensuite une piste assez sombre mais déterminante dans l'oeuvre de l'artiste: "When Did you Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You" est une piste d'une longue durée (plus de 6 minutes) qui raconte l'histoire personnelle de la rupture de Marvin Gaye avec sa première femme, la soeur de Berry Gordy (le fondateur de l'illustre Motown). Mélancolique, pleine de reproches, elle n'en reste pas moins d'une grande beauté. Moi j'aime bien l'écouter, sans chercher à comprendre les paroles, juste pour la mélodie qui s'accorde bien avec la musique de la fin des années 70.

"Time To Get Together" fait la part belle aux synthés et aux boîtes à rythmes, prémisses des années 80. Mais l'ensemble n'est pas si craignos que ça. Ça s'écoute même si l'introduction rebute un peu; sans doute la voix de Marvin Gaye.

"Sparrow" après une introduction catastrophique relève un peu la barre, encore une fois c'est la voix de l'interprète qui fait tout même si les cuivres rythmés viennent également emporter la partie.

"Falling in Love Again" est résolument plus funky que le reste avec ses cuivres endiablés, son orgue "bontempi". On aurait pu retrouver cette musique sur Trouble Man par exemple. Ce n'est pas un tube, un truc immédiat mais quelquechose qu'on parvient à écouter en prenant son temps.

Pour résumer, "Here My Dear" reste un cran en dessous des trois derniers albums de musique non réservée au cinéma (donc en excluant "Trouble Man"). Mais il reste d'une bonne qualité. Concrètement, je crois qu'il est difficile d'assurer de l'excellence sur plusieurs années. De plus les codes musicaux avaient évolué avec l'époque et je crois que Marvin Gaye a toujours cherché à s'adapter aux modes, que ce soit en partant de ses origines de crooner, en passant par la musique Soul puis par son engagement des années 70. Il n'y a jamais rien de stable trop longtemps chez Marvin Gaye et c'est tant mieux.

"Here My Dear" finira surement par vous plaire si vous prenez le temps de l'écouter et de vous imprégner de cette voix si chaleureuse.

In Our Lifetime (1981)

Attention, on arrive directement dans les années 80, souvent synonymes de production pas terrible, jetable, aux sonorités si formatées. On a vu plusieurs fois que le style de l'interprète/compositeur a su évoluer au fil des années, il va donc logiquement y avoir du changement...

Pour le premier morceau de l'album, on n'y coupe pas: "Praise" démarre sur les chapeaux de roues avec des synthés, du rythme 80's, des répétitions, de la légèreté. Mais alors qu'on pouvait s'attendre au pire, la voix de Marvin Gaye transcende cette mélodie simpliste. Il a également su ajouter quelques cuivres bien placés qui laissent penser à des relents de Soul music (faut pas déconner, c'est Marvin Gaye quand même). Ce morceau d'introduction est donc vraiment excellent.

Si les pistes qui suivent sont toutes formattées aux codes des années 80, on n'aurait pas pu imaginer qu'elles ne sont pas si mal réalisées que ça. Car ça et là, Marvin Gaye reprend les formules qui ont fonctionné dans les années 70. Par exemple, "Funk Me" aurait très bien pu être une version années 80 d'un morceau situé sur "Let's Get It On".

"Ego Tripping Out" est un mélange d'un morceau qui aurait pu se trouver sur "I Want You" et sur "Let's Get It On", avec une orgie de synthétiseurs. Mais le résultat, assez déroutant au départ s'avère assez savoureux. Une autre des meilleures pistes de l'album.

"In Our Lifetime" vient un peu paraphraser l'excellente "Praise" mais dans un registre un peu différent. Elle dure plus longtemps et possède une trame un peu plus dans la durée.

Dans le même genre "Life is a game of Give And Take", dans un registre plus Soul que les autres se démarque toujours un peu des autres musiques même si les synthés sont de la partie. On y entend un "lament" de Marvin Gaye dans la lignée de "I Want You".

Le deuxième CD de ce double album contient quelques perles mais également beaucoup de reprises ou de versions différentes des pistes énoncées ci-dessus.

Au final, sans être excellent comme les derniers albums, "In Our Lifetime" est la traduction d'un style vers celui des années 80 pour Marvin Gaye. Effectivement, tout changement impose une certaine hésitation, un travail supplémentaire avant d'atteindre la perfection. Même s'il en adopte les codes, "In Our Lifetime" est d'un bon niveau, sans être une bombe. Je vous conseille de prendre de l'écouter plusieurs fois avant de le juger trop hativement (laisser sa chance au produit).

Midnight Love (1982)

Voici le dernier album de Marvin Gaye. Il sera tué par son père en 1984. Cet album contient sans doute la chanson la plus populaire de Marvin Gaye qui s'intitule "Sexual Healings".

Mais attention, nous sommes maintenant dans les années 80 qui sont souvent synonymes de merdes sonores jetables. Et malheureusement, d'autant plus qu'il s'agit du dernier album de Marvin Gaye, cet album est trop marqué par les synthés et les boîtes à rythmes pourries. Seule s'extrait "Sexual Healings" qui surfe sur un mélange bien proportionné de recettes musicales des années 70 (pour le côté Soul) et 80 (pour les rythmes). La chanson est vraiment atypique du reste de l'album qui est pratiquement inécoutable.

On dirait un mauvais mix entre Michael Jackson sur "Beat It" et "Huey Lewis and the News" sur fond de LSD. Ça me fait vraiment du mal de l'écrire, mais j'aurais préférré que cet album ne sorte jamais. Il préfigure une évolution franchement pas terrible du style de Marvin Gaye qui, je pense, aurait été profondément défiguré par les années 80, pour notre plus grand malheur.

Nous ne saurons jamais ce qu'il serait advenu car Marvin Gaye n'aura pas l'occasion de produire un nouvel album. Reste toujours l'inaltérable "What's Going On"...

Ce que je retiendrai de Marvin Gaye

Chantre de l'amour et de la Soul, voici ce qu'on pourrait dire de Marvin Gaye. Si vous avez lu l'intégralité de cet article, vous avez pu voir la progression de cet artiste, de ses débuts de "crooner" noir jusqu'à sa notoriété accomplie de "Sexual Healer", en passant bien sûr par sa période la plus intéressante: 1967-1976.

N'oublions pas les duos avec Tammi Terrel et Diana Ross qui sont excellents et qui font vraiment partie de la vie de l'artiste. D'ailleurs à ce propos, il me manque un album dans la discographie de Marvin Gaye: Takes Two qui est un album de duo avec Kim Weston. Je n'ai malheureusement pas pu l'acquérir dans les temps nécessaires à cette intégrale musicale même si je sais qu'il dispose de hits comme "It Takes Two" par exemple.

Les albums les plus excellents restent, dans l'ordre chronologique et selon moi, "I Heard It Through The Grapevine", "What's Going On", "Let's Get It On" et "I Want You".

Encore une fois, en réalisant cette intégrale, j'ai trouvé des chansons peu connues qui m'ont remué les tripes. Elles ne seront jamais sur un Best-Of. Résumer un artiste qui a produit tant d'albums reste quasi impossible, surtout un artiste qui a su s'adapter comme Marvin Gaye.

Je n'ai absolument pas parlé de la vie de Marvin Gaye, en dehors de sa mort et de celle de Tammi Terrel, à dessein. Je n'ai pas à juger sur autre chose que la musique, même si je trouve que la mort de Marvin Gaye est tragique et difficilement expliquable. Dans tous les cas, même si je ne l'ai pas connu beaucoup de mon vivant, j'ai un réel plaisir à me replonger dans ces années 60 et 70 de Soul music qui fait vibrer mes sens et mon coeur comme jamais !

Allez, je vais aller repleurer sur "Save The Children" avant de rêver sur "I Want You"...

Posted lun. 09 oct. 2017 15:31:25 Tags:

Introduction

Tout bon administrateur système qui s'auto-héberge est souvent confronté à un problème d'intervention distante. En effet, il arrive parfois que votre machine hébergée tombe en panne ou qu'une configuration soit mal balancée et que vous vous en rendiez compte alors que vous n'avez pas accès physiquement à la machine.

Il est donc indispensable de disposer d'une solution technique qui permette cette intervention à distance. Le moyen le plus simple que j'ai pu trouver est de mettre en place un accès à un shell via un navigateur web. L'intérêt est de ne pas avoir à utiliser de machine ou de logiciel spécifique pour accéder à ce terminal spécifique. Ce n'est sans doute pas la méthode la plus sécurisée mais c'est le meilleur compromis que j'ai pu trouver entre facilité et rapidité d'accès et sécurité.

Jusqu'à présent, j'utilisais une solution hyper-légère nommée shellinabox. Elle faisait bien son job mais elle a un problème majeur: elle ne semble plus vraiment maintenue (disons, à ultra-minima). Et comme il s'agit ici de donner un accès au coeur d'un système à partir d'un simple accès Internet... autant ne pas rigoler sur la sécurité.

Je me suis donc tourné vers d'autres solutions d'administration à distance par navigateur web et je suis tombé sur un projet assez prometteur: Cockpit.

J'ai décidé de le tester pour voir s'il pouvait se substituer astucieusement à ShellInABox et voici mes conclusions...

A propos de Cockpit

Cockpit est un projet assez récent d'administration distante. Il est fortement lié au projet Fedora et donc en utilise les technologies les plus emblèmatiques, notamment en ce qui concerne systemd. Néanmoins, il est présent dans Debian, depuis la version stable Stretch, dans les dépôts backports.

La philosophie de Cockpit est de viser à un outil d'administration distante le plus léger possible, accessible par le web et qui repose le plus possible sur les outils déjà existants. C'est une philosophie qui me va très bien.

Par ailleurs, Cockpit étant assez jeune, il ne dispose pas encore de trop de modules et il ne nécessite pas encore trop de dépendances de paquets.

En conséquence, à la lecture de ce manifeste, il m'a semblé possible de le déployer sur mon SheevaPlug qui est un matériel assez limité.

Un cahier des charges réduit

Sur le papier, Cockpit épouse parfaitement ce que je cherche depuis des années comme outil d'administration:

  • Il est léger et modulaire.
  • Il est maintenu dans la distribution que j'utilise.
  • Il dispose d'un nombre limité de dépendances.
  • Il s'appuie sur les programmes existants.
  • Il épouse complètement le système sur lequel il repose.
  • Il offre une solution complète avec un shell web interne qui est indispensable.
  • Il semble correctement maintenu (par rapport au nombre de contributions mensuelles) et sans doute plus sécurisé que ShellInABox.
  • Il semble possible de l'héberger derrière un serveur mandataire inverse (reverse proxy).
  • Le système d'authentification semble robuste (car basé sur PAM).

Installation et configuration aux petits oignons

Bon, disons-le rapidement, j'ai un peu galéré pour faire ce déploiement à ma sauce. C'est surtout la partie serveur mandataire inverse qui m'a posé problème. Néanmoins, j'y suis parvenu et je vous livre ma méthode.

Installation

Vous devez activer les dépôts backports de Debian Stretch pour installer Cockpit.

Ensuite, vous devez savoir ce que vous voulez installer comme modules. Je vous laisse le soin d'étudier la liste dans les paquets Debian (tout ce qui commence par cockpit-).

Pour ma part, je n'utilise jamais NetworkManager et cette machine n'est pas un serveur de virtualisation. Ainsi, je n'ai vraiment besoin que du module "storaged" qui gère les espaces disques. Voici ce que j'ai utilisé pour l'installation à proprement parler:

apt-get install --no-install-recommends cockpit cockpit-storaged

L'ensemble, dépendances incluses, pèse moins de 15Mo, ce qui est très léger mais certes, plus gros que ShellInABox).

A partir de ce moment, Cockpit est disponible sur le port 9090 de votre machine. Mais, comme vous avez de bonnes règles de pare-feux, vous ne devriez pas pouvoir vous y connecter comme ça...

Principes de configuration de Cockpit

Sans rentrer dans les détails, voici comment est structuré la configuration de Cockpit:

  • D'abord, il existe un fichier de type INI nommé /etc/cockpit/cockpit.conf. Il possède peu de directives mais reste très important pour modifier le comportement web par défaut.
  • Si vous utilisez l'accès par HTTPS, le service utilise des certificats stockés dans /etc/cockpit/ws-certs.d/.
  • Cockpit est activé par systemd via une socket. On trouve donc la définition du service dans /usr/lib/systemd/system/cockpit.service et la définition de la socket dans /usr/lib/systemd/system/cockpit.socket. C'est la définition de la socket qui permet de définir les ports et adresses réseaux sur lesquels le service Cockpit est disponible.
  • Enfin, il y a la configuration Apache.

Accès depuis l'extérieur

Je souhaite pouvoir accéder à l'instance Cockpit depuis l'extérieur. Pour cela, je vais juste utiliser un reverse-proxy (ce sera Apache, comme à mon habitude). C'est une installation assez complexe à mettre en oeuvre et pas forcément bien documentée (car sans doute atypique). Néanmoins, je fais plus confiance à Apache qu'à Cockpit pour la sécurité de l'exposition à Internet.

J'ai pas mal galéré pour obtenir quelquechose de correct, aussi voici un résumé des opérations à mettre en oeuvre:

  • On va d'abord modifier l'adresse d'écoute par défaut de cockpit pour la faire pointer vers 127.0.0.1:9090 et non vers toutes les interfaces réseau. Cela permet de réduire l'exposition extérieure et de limiter l'accès par le serveur mandataire inverse.
  • Ensuite, nous allons indiquer à Cockpit d'utiliser un niveau d'arborescence web supplémentaire. En effet, je ne souhaite pas utiliser de VirtualHost dédié car c'est finalement assez lourd (oui, il faut rajouter une entrée DNS et surtout mettre à jour le certificat du site web). Ainsi le service cockpir sera disponible à l'emplacement /webadmin/ du domaine.
  • Cockpit est un service disponible en HTTP. En 2017 qui dit HTTP dit forcément HTTPS et donc certificats. Malheureusement de ce côté-ci, Cockpit impose d'utiliser un fichier regroupant clef privée/clef publique. Ceci n'est pas compatible avec un système basé sur l'AC LetsEncrypt qui met à jour très fréquemment et de manière automatique les certificats. Nous allons donc utiliser le flux non chiffré, ce qui ne pose pas de problème car l'accès ne sera pas direct.
  • Enfin, nous allons configurer une directive de reverse-proxy pour servir cockpit depuis l'URL /webadmin/, comme évoqué plus haut. En matière d'authentification, nous allons utiliser celle de Cockpit et non celle d'Apache car les deux ne sont pas compatibles.
  • Attention, Cockpit utilise fortement des connexions en mode WebSocket, il faudra le prendre en compte dans la configuration d'Apache.

Gestion des adresses et des ports

Cockpit utilise massivement les mécanismes systemd (ce qui est bien en 2017). Par défaut, il écoute sur toutes les IPv6 sur le port 9090. Dans notre cas, nous ne souhaitons uniquement le faire tourner sur l'IPv4 locale: 127.0.0.1. Ainsi, il ne sera, de fait, pas disponibles directement depuis l'extérieur de cette machine.

Pour ce faire vous devez créer un fichier /etc/systemd/system/cockpit.socket.d/listen.conf qui contiendra les lignes suivantes:

[Socket]
ListenStream=
ListenStream=127.0.0.1:9090

Un petit coup de systemctl daemon-reload suivi d'un systemctl restart cockpit.socket devrait mettre à jour cette configuration.

Arborescence et non chiffrement

Comme évoqué plus haut, nous devons indiquer à Cockpit qu'il doit utiliser un niveau d'arborescence supplémentaire et qu'il doit accepter des connexions non chiffrées. Pour cela, il faudra créer un fichier /etc/cockpit/cockpit.conf avec le contenu suivant:

[WebService]
Origins = https://example.com http://127.0.0.1:9090
ProtocolHeader = X-Forwarded-Proto
AllowUnencrypted = true
LoginTitle = "Remote Administration Service"
UrlRoot = /webadmin/


[LOG]
Fatal = criticals warnings

La directive Origins permet d'indiquer les domaines de requête accepté. Mettez-y le nom de votre domaine (et n'oubliez pas les URL en HTTP et en HTTPS). J'ai également ajouté l'URL localhost, au cas où.

La directive AllowUnencrypted permet d'autoriser le traffic en HTTP. Cela ne posera pas de problème car ce traffic sera uniquement entre le service Apache interne et Cockpit.

Enfin, la directive UrlRoot permet d'indiquer à Cockpit qu'il est disponible au niveau de l'emplacement https://example.com/webadmin/. Cette directive lui permet d'adapter les URL internes de Cockpit à cet emplacement.

Gestion des WebSockets

Cockpit utilise des websocket, notamment pour tout ce qui est "temps réel", vous devez donc autoriser votre serveur Apache à mettre en tunnel ces requêtes. Cela se fait de manière assez simple en activant le module proxy_wstunnel:

# a2enmod proxy_wstunnel

Serveur mandataire inverse

Voici le coeur du sujet ! Pour mémoire, l'application Cockpit ne sera disponible que sur un flux chiffré (via HTTPS) à l'emplacement /webadmin/.

  # Configuration pour Cockpit
  ## Reverse proxy pour Cockpit
  <Location "/webadmin">
    ProxyPass http://127.0.0.1:9090/sysadmin
    ProxyPassReverse http://127.0.0.1:9090/sysadmin
    RequestHeader set Front-End-Https "On"
    ProxyPreserveHost On
  </Location>
  ## Reverse proxy Websocket pour Cockpit
  <Location "/webadmin/cockpit/socket">
    ProxyPass "ws://127.0.0.1:9090/sysadmin/cockpit/socket"
  </Location>

Vous pouvez noter que je n'utilise pas, contrairement à mon habitude, le module d'authentification d'Apache. C'est une condition nécessaire car l'authentification de Cockpit réutilise celle d'Apache qui pose problème dans mon cas.

Par ailleurs, nous avons besoin de deux directives Location:

  • une pour l'emplacement de base de Cockpit.
  • l'autre pour la partie WebSocket.

Après cette étape et une relance de votre service Apache, Cockpit devrait être disponible correctement à l'URL indiquée.

Une revue rapide de Cockpit

Comme je n'ai pas installé beaucoup de modules, on ne voit pas grand chose et il faut dire que, pour l'instant, Cockpit ne dispose pas de beaucoup de choses.

L'écran d'authentification est assez basique mais vous pouvez noter qu'il permet également de rebondir via SSH sur d'autres machines disponibles par la première machine. Je peux donc accéder à mon parc de bécanes à distance ce qui est un vrai plus.

L'écran d'accueil affiche quelques stats en flux continu:

Il est possible de changer la langue de l'interface (tout n'est pas traduit).

Voici le module des journaux qui est assez bien fait tout en restant simple:

Le module des services est vraiment calqué sur Systemd et c'est tant mieux: on peut voir les services et également les timers, c'est plutôt bien foutu tout en restant léger.

Enfin, le module dédié au stockage permet d'avoir des informations sur les disques des machines. Si vous avez un compte administratif, vous pouvez même créer des partitions à distance.

Et pour terminer: l'arme absolue: le Terminal:

Ce dernier est pleinement fonctionnel. Il gère la couleur et semble plus rapide que celui de ShellInABox. Par ailleurs, je note moins de problème avec les touches spéciales que dans ShellInABox. Le copier-coller passe directement sous le contrôle du navigateur web ce qui permet de faire des copier-coller plus simple, que ce soit sur le terminal web ou du terminal web vers le poste local.

Conclusions

En dehors de la galère de serveur mandataire inverse (reverse proxy), Cockpit fonctionne plutôt bien et reste relativement simple à configurer.

Comparé à ShellInABox, c'est franchement plus graphique. Les différents modules que j'ai installé répondent plutôt au besoin même si, éducation oblige, je me tournerai forcément plutôt vers le terminal. Ce dernier est d'ailleurs très intéressant et plus complet, notamment au niveau des touches, comparativement à ShellInABox. On peut à peu près utiliser Emacs dessus sans trop de problème, sauf pour la sélection.

Dans tous les cas, j'ai rapidement adopté Cockpit et je l'ai déployé sur toutes mes machines internes: ça ne coûte pas grand chose, ça ne mange pas trop de performances et puis, on ne sait jamais !

Posted lun. 09 oct. 2017 21:34:05 Tags:

Introduction

Comme au mois d'août, je continue mon périple littéraire et pour le mois de septembre, je me suis rabattu sur trois livres que j'ai parcouru pendant ma randonnée.

"L'ours qui a vu l'homme" de Charlie Buffet.

Pour résumer, l'auteur étudie plusieurs histoires de relations entre l'ours et l'homme. Les histoires sont intéressantes, en passant par la découverte de la grotte de l'ours, en allant jusqu'à la chasse à l'ours de Knud Rasmussen. Le propos de l'auteur qui est plutôt un journaliste qui rapporte est de dire que l'ours est menacé, surtout par le manque d'espace vital et de territoire qui lui sont dédiés.

Car, c'est également ma théorie, l'être humain tend à occuper 100% de la surface de la planète, comme pour mieux maîtriser cette dernière. Mais chaque fois qu'on construit une barraque, un lotissement, un bâtiment, une route ou un putain de centre commercial à la con pour revendre des produits de merde venus du bout du monde fabriqués par des humains exploités, tout en supprimant les sources de revenus locales, on arrache aussi un pan d'un territoire pour certaines catégories d'animaux sauvages. Ces derniers essaient forcément de s'adapter (on ne leur laisse pas vraiment le choix) et profitant au maximum du nouveau milieu qu'il essaient tant bien que mal de tourner à leur avantage. Ce faisant, ils sont forcément plus au contact des humains, ce qui induit une certaine accoutumance et une réduction de la peur chez les ours pour l'homme (à force de nous voir, ils finissent par s'habituer). En conséquence, les hommes les butent car ils sont "trop proches" des hommes !

En dehors de ces propos qui reviennent souvent dans le livre, j'ai apprécié l'histoire de Grizzly Man que je ne connaissais pas. Apparemment un type nommé Timothy Treadwell s'est mis à vivre parmi les Grizzlys et les Kodiacs en essayant de s'intégrer à leur groupe. Il y est parvenu pendant de nombreuses années jusqu'à l'accident fatal où il se fait dévorer par un mâle nouvellement arrivé sur le territoire. J'avais déjà entendu parler de types qui vivaient avec une meute de loups mais avec des individus aussi dangereux que des Grizzlis, jamais. J'aime particulièrement la relation inter-espèce qui aura toujours un côté magique pour moi (deux êtres d'une espèce différente qui communiquement ou arrivent à vivre ensemble, c'est aussi beau et complexe que la rencontre du 3ème type). Il faudrait que je visionne quelques reportages sur Grizzly Man, cela doit être important.

En matière de style, le livre est très léger et se lit presque d'une traîte. Sans être un truc extraordinaire, "L'Ours qui a vu l'homme" vous permettra de passer un bon moment.

"Contes du Gévaudan" de Félix Remize (alias Lou Grelhet, le grillon)

Comme j'avais terminé les livres que j'avais emmené assez rapidement pendant ma randonnée, j'ai déniché dans la maison de la presse de La Bastide-Puy-Laurent une édition neuve du premier tome des "Contes du Gévaudan", aux éditions Lacour.

Pour information, cet éditeur indépendant qui date de la fin du 18ème siècle imprime des textes plutôt anciens en occitan. L'occitan étant la langue originelle des territoires de la Lozère (et bien plus), il n'était pas anormal que je le retrouve physiquement dans le Gévaudan !

Le livre dispose d'une introduction assez imposante, qui occupe près de 20% du contenu. Pourtant, je n'ai pas esquivé cette partie. En effet, elle présentait en détails l'auteur, Felix Remize, Lou Grelhet en occitan. Ce dernier, ecclésiastique, vivait à Mende au début du 20ème siècle et était le rédacteur de l'almanach de la Lozère. S'en suit une biographie courte de l'auteur par son neveu, une série de témoignages ainsi que des informations techniques sur l'occitan.

Même si je n'aime pas vraiment les langues, surtout celles du sud (trop chantantes à mon goût) j'ai tout lu. La vie de l'auteur est déjà un témoignage d'une grande importance: il permet de rappeler la vie de l'époque et c'était ce qui m'intéressait profondément: essayer d'imaginer la vie en Lozère entre 1850 et 1914. Car depuis, le pays n'a guère évolué que pour se vider encore un peu plus de ses habitants. Il devait donc rester des traces ancrées un peu partout dans le paysage.

La deuxième partie du livre contient les contes et ceux-ci valent leur pesant de cacahuètes. La première partie évoque la vie d'avant. Cette partie est une mine sur la vie rurale de l'époque. Elle constitue un vrai souvenir qui est maintenant devenu une archive. Elle évoque les bonheurs simples d'une vie rude dans un territoire plutôt inhospitalier (il faisait plus froid en Lozère à l'époque). Les enfants jouaient (en fait non, ils travaillaient) à faire les pâtres, une activité assez sympa qui consiste à surveiller les bovins/ovins/caprins dans les prés pour leur faire manger le meilleur de la prairie. Les fêtes racontées en détails semblaient être l'apogée d'un réseau social sans doute plus développé que ce qu'il est possible de faire aujourd'hui avec Facebook !

La seconde partie raconte la vie d'un garnement qui fait les 400 coups. Bon, si on comparait à ce que les jeunes de son âge font actuellement, ça ferait facilement rigoler. Mais à l'époque, ces farces, certes drôles, étaient punies physiquement, de manière assez sèche. Néanmoins les histoires sont sympathiques.

La dernière partie de ce premier tome est un recueil de fables populaires de l'époque (sans doute des adaptations de certaines traditions orales). Le ton est léger mais les histoires dignes d'intérêt car si anciennes qu'elles nous sont étrangères.

En plus, comme le livre dispose d'une page en occitan et de la traduction en français sur l'autre, c'est assez facile à lire allongé sur un côté, en randonnée.

Dans tous les cas, j'ai été assez surpris par ce livre. J'ai vraiment eu du plaisir à lire ces quelques pages, le soir avant de me coucher ou à la pause du midi, le temps que mon âne finisse son déjeuner.

L'auteur est mort il y a longtemps (plus de 70 ans), je me demande si les contes du Gévaudan sont dans le domaine public ou non... sans doute mais pas la traduction en français. Dans tous les cas, il me tarde de commander le tome 2.

"Voyages en Autistan", saison 1 de Josef Schovanec

Voici un livre que j'ai lu deux fois pendant ma randonnée tellement j'étais accroché et tellement ça me parlait.

Je ne présenterai pas Josef Schovanec. C'est sans doute l'autiste le plus connu de France. Il a déjà réalisé nombre d'interviews sur différents plateaux télés, malgré sa réticence naturelle (et qui fait partie de lui) à s'exprimer en public, à rencontrer des personnes inconnues.

Je suis sûr que vous avez déjà entendu cette voix fluette un peu monocorde mais si attachante qui exprime une pensée cohérente avec un ton pince-sans-rire plein d'humour fin.

J'ai abordé ce court ouvrage lors de ma randonnée sur le GR70 (en solitaire mais accompagné d'un âne). Le livre est bien écrit, très simple à lire, il offre de bons conseils et il aide à mieux comprendre qui sont les autistes et leur univers. Il souligne fortement les paradoxes de notre civilisation et de la société occidentale. Josef Schovanec étant assez à l'aise sur le registre de l'humour, on passe de bons moments. Très vite, on sait extraire la sagesse de ses propos.

Mais ce n'est pas vraiment ces constats ou conseils que je retiendrai du livre mais bien quelque-chose de plus personnel. Car, pour ma part, ce livre a fini de me convaincre que j'ai effectivement quelques "traits" autistiques (j'emploie traits et non troubles car pour moi, ce n'est pas un trouble, quelquechose de négatif mais bien une force). Voici quelques-uns de mes constats...

Dès la préface, on présente Josef comme étant une personne qui préfère marcher deux heures pour aller à l'aéroport plutôt que de prendre un taxi à qui il faudrait parler. Pour un non-autiste, ça paraît absurde et, à force de vivre dans une société non adaptée aux autistes, nous avons pris l'habitude de croire qu'il faut forcément entrer en contact avec autrui, que c'est le fonctionnement normal de l'individu normal, donc de tout le monde, qu'il en relève forcément une attitude de politesse, que c'est le principe de base. Pourtant, si j'analyse froidement les faits, voici ce que je constate: pour ma part, j'ai dû prendre deux fois le taxi dans ma vie (une sortie d'hopital à 2h30 du matin et une arrivée dans les cyclades à 2h du matin avec 15km de route à faire avant de rejoindre le gite). Je refuse toujours ce mode de transport et avec le temps, j'ai tellement pris l'habitude de faire sans que ce ne sera jamais un réflexe pour moi que d'appeler un taxi.

Moi aussi, j'hésite toujours à demander à quelqu'un. Je ferai toujours tout pour ne pas avoir à interagir avec un être humain. Je l'ai toujours fait et ça ne changera jamais. J'ai essayé de me forcer mais après 20 ans de pratique assidue, je n'aime toujours pas ça. Néanmoins, il faut bien avouer qu'avec de l'entraînement, ça passe mieux, surtout pour le camp d'en face (les non-autistes). Disons-le, pour une personne avec des traits autistiques, le truc de base, l'élement central, la coutume, le principe fondateur, c'est justement la discrétion, que le contact inter-être se fasse tout en douceur, dans le respect le plus profond d'autrui. D'où la non compréhension des personnes n'ayant jamais vécu en autistan où les zones de limites sociales sont plus étendues qu'ailleurs qui pensent que nous cherchons à les fuir ou que nous sommes des personnes impolies.

L'auteur évoque son intérêt pour les cimetières et je me surprends à faire la même chose depuis des lustres. Chaque fois que j'en ai l'occasion, souvent parce que je suis convié sur un lieu où il y a beaucoup de monde, je file toujours vers le cimetière le plus proche. Naturellement, je suis toujours attiré par cet endroit forcément calme, souvent à l'intérieur des villes. Un exemple flagrant: je travaille à Nantes mais habite à Angers depuis 3 ans et 6 mois. Je n'ai jamais pris ne serait-ce que 1h pour flaner dans la ville pendant tout ce temps, je préferre la cafétéria du bureau, plus calme, plus connue, plus maîtrisée. En revanche, j'ai déjà visité au moins 2 fois le cimetière de miséricorde (j'aime beaucoup le nom) situé non loin de la tour Bretagne à Nantes. Quand je le peux, j'essaye toujours de visiter les tombes des soldats. Dans le Nord/Pas de Calais (non, les hauts de france, je ne sais pas ce que c'est), il y a souvent des tombes de soldats britanniques (ou du commonwealth): leurs tombes sont immaculées, toujours bien entretenues, toujours impeccables avec leur style à part de toutes les autres tombes. Cela permet d'entrevoir un bout d'histoire bien concrète, dans un lieu de calme où personne ne parle trop fort. Dernièrement, sur le GR70, j'ai fait un détour au petit cimetière protestant de Cassagnas et j'y ai découvert la tombe d'un maquisard allemand anti-nazi mort en 1944, assassiné par les waffen SS. J'ai ainsi pu découvrir un pan d'histoire que je ne connaissais pas: oui, des allemands ont aussi été des résistants engagés, la preuve par la tombe !

Josef Schovanec parle souvent des endroits où il peut enfin être au calme, comme les bibliothèques (mais uniquement quand il n'y a plus personne, c'est-à-dire le soir tard ou le même jour que des évènements sociaux), l'intérieur des maisons calfeutrées les jours de fête de la musique. C'est là un des traits principaux des traits autistiques, du moins ce que j'ai pu en saisir: les autistes sont majoritairement introvertis. Ils ont énormément de mal à filtrer les bruits anthropiques, surtout les conversations entre individus. Je crois d'ailleurs que ce phénomène empire avec l'âge. Comme si notre cerveau ne pouvait filtrer les racontars qu'au pris d'un effort important ou que, naturellement, le cerveau ne puisse plus vraiment filtrer de manière inconsciente les paroles externes. A ce titre, les transports en communs sont généralement une plaie du quotidien car il faut toujours affronter les conversations multiples des "autres" qui ne nous intéressent pas mais qu'on ne parvient pas à éteindre dans notre perception. Au final, c'est très usant et très "aggressant" pour nous. Voilà pourquoi, dès que j'en ai l'occasion, je prends mon vélo ou ma voiture et évite comme la peste tout ce qui est bus/train/tramway/métro/randonnée en groupe. A décharge, ça fait trois ans et demi que je me tape 1h30 de train par jour et j'en souffre énormément. Mais je parviens à surmonter cet obstacle au pris d'un grand effort. Qui a dit que les autistes étaient forcément fragiles ? Une solution simple serait de prévoir des compartiments silence où la règle serait de ne pas parler et de véritablement éteindre son téléphone portable. Je suis sûr que ça doit exister dans d'autres pays plus respectueux des quelques 10% de personnes autistes en moyenne dans la population d'un pays. En France, je pense que ce n'est pas gagné mais cela faciliterait le quotidien de nombre de personnes, sans forcément coûter plus d'argent que d'apposer un panneau de règlement sur un compartiment de train, de tramway ou de métro.

Ce que j'aime aussi dans les propos de Josef, c'est d'ailleurs son respect pour le règlement. C'est également un point qui me pose souvent problème: je suis incapable de déroger à la moindre règle écrite (juridique, organisationnelle, sociétale). Cela me met toujours mal à l'aise. Par exemple, je paye toujours mes impôts le plus rapidement possible, dès que j'ai une minute de libre pour le faire. Je conduis comme un papy parce que je respecte tout simplement la règlementation à la lettre. Si c'est marqué 90, c'est la vitesse maximum donc, je roule un peu en dessous, pour être sûr. Effectivement, ça marche assez bien, dans toute ma vie de conducteur, je n'ai eu qu'un seul PV, quand j'étaid jeune conducteur. J'ai tous mes points de permis. Quand je suis en randonnée, je suis obligé de me faire violence pour faire du bivouac car je sais que camper sur un terrain privé ou dans une forêt domaniale est interdit. Du coup, je ne le fais que quand je n'ai vraiment pas le choix.

Enfin, autre point commun avec Josef: le voyage. Cela fait maintenant plus de 10 ans que j'essaie de voyager, pas forcément trop loin, le plus souvent seul et ça me fait un bien fou. Ma randonnée sur le GR70 en est le dernier exemple en date. Bien entendu, il n'y a pas de comparaison avec ce que fait Josef Schovanec qui explore des territoires franchement dangereux comme les régions tribales entre l'Iran et l'Afghanistan, où il y a la guerre et où les occidentaux ne sont pas forcément les bienvenus (enfin, c'est plutôt l'inverse qu'on constate dans les propos de l'auteur). Mais, comme le disait déjà Stevenson en 1878, on retrouve cette forme de solitude bienfaîtrice dans la randonnée qui permet d'épuiser son corps et de faire la paix avec son esprit, de renforcer son mental tout en abandonnant les problèmes du quotidien. C'est toujours ce que je cherche quand je marche seul et, je finis toujours par le trouver au bout de quelques jours. J'en reviens toujours plein de forces, ça me fait du bien.

Pendant la randonnée, à la lecture de ces messages venus de l'autistan, j'ai enfin achevé de comprendre que ces traits autistiques sont dans ma nature profonde: malgré tout l'entraînement du monde, malgré tous les efforts possibles et assidus, je ne serais jamais un extraverti qui se complaît au contact des autres. C'est comme demander à un loup sauvage de devenir un chat domestique ! C'est sans doute possible avec beaucoup d'effort mais ce n'est vraiment pas le truc le plus naturel du monde, sans compte que le loup sera toujours forcément malheureux.

Ce qui m'a bien rassuré dans la lecture de ce livre, c'est de moins me sentir seul et de moins me jeter la pierre. J'ai une différence qui me défini et je compte bien en faire un atout. Car en effet, la majorité des autistes sont souvent bien plus "productifs" ou meilleurs dans certaines activités que les gens "normaux":

  • nous sommes les seuls à pouvoir focaliser notre esprit pendant des heures sur un seul et même problème jusqu'à trouver la solution. Pas besoin de trop de pauses, de la pure efficacité cérébrale qu'aucun extraverti ne pourra jamais atteindre.
  • nous sommes capables de nous concentrer de manière passionnée sur un sujet donné et d'y consacrer le maximum de temps possible. Si vous devez embaucher un vrai expert sur un sujet, quelqu'un qui a le thème "dans le sang", embauchez un autiste, vous ne pourrez être que satisfait.
  • nous sommes les seuls à pouvoir vivre seuls pendant de longues périodes sans en souffrir réellement. A nous les postes isolés qui ont du mal à recruter.
  • nous respectons les règles écrites quasiment à la lettre, sans essayer d'en tirer avantage. Nous sommes plutôt des travailleurs dociles, il faut bien le reconnaître.

Ah, qu'est-ce-que ça m'a fait du bien de lire quelqu'un qui est comme moi ! Ça ne m'arrive pas vraiment souvent et c'est une source de sérénité et d'espoir incommensurable. En bon autiste, je crois que ce qui s'impose à moi maintenant est de lire l'intégrale de Josef Schovanec; ça ne peut que me faire du bien...

Conclusions

Ok, pour ce neuvième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. J'ai eu pas mal de nouveautés et d'imprévus dans ma liste de lecture mais c'est sans doute pour le mieux...

Posted dim. 15 oct. 2017 14:10:39 Tags:

Introduction

Comme au mois de septembre, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'octobre, je me suis rabattu sur un peu de lecture, certes américaine, mais bien de pure littérature avec "The Catcher in the Rye" de Jerome David Salinger, publié en 1951, plus connu sous le nom de l'Attrape-coeur en France.

L'histoire

Difficile d'aborder l'histoire de manière frontale. Un résumé vous paraîtrait sans doute fade. Mais il faut bien s'y coller.

Pour faire simple, c'est l'histoire d'un adolescent de 17 ans, nommé Holden Caulfield, interné dans un hopital psychiatrique de l'époque (donc, une institution pas forcément extra-ordinaire, notamment sur le plan des progrès de la psychiatrie moderne) qui raconte les 3 jours de liberté qu'il a pris, un peu avant Noêl, après s'être fait virer de son lycée avant de rentrer chez lui et interné, par la suite.

Ces 3 jours de liberté quasi-totale forment un périple assez riche pour tenir un peu en haleine le lecteur. Après avoir quitté le lycée, Caulfield prend le train pour rentrer à New-York, vers la maison familiale. Chemin faisant, au lieu de se rendre chez-lui, il décide de se louer une chambre d'hotel, de trainer dans des bars, d'aller danser, de boire du whisky (il est mineur donc c'est normalement interdit). Il tente de se taper une prostituée qui finit par l'arnaquer avec son proxénète. Le lendemain, il contacte une de ses ex-petites amies, l'emmène au théâtre puis patiner mais il finit par s'engueuler avec.

Il va se bourrer la gueule dans un bar et décide, après avoir erré dans le froid et fait le tour du lac de Central Park, de rentrer chez lui voir sa petite soeur Phoebe (qu'il semble adorer), âgée de 10 ans, le tout sans éveiller ses parents (il n'est censé rentrer que deux jours plus tard). Il parvient à la voir mais elle comprend qu'il s'est fait virer du lycée et l'engueule. Pour se défendre, il lui dit qu'il va se barrer d'ici.

Il appelle un ancien prof pour que ce dernier l'héberge à la dernière minute (toujours pour ne pas annoncer à ses parents qu'il s'est fait virer du lycée), ce qu'il fait. Mais, pendant son sommeil, il se réveille et trouve le fameux prof en question, en train de lui caresser les cheveux alors qu'il dors. Caulfield se barre de chez le prof et va dormir à la gare. Le lendemain, il essaye de contacter sa petite soeur Phoebe à l'école pour lui dire qu'il se barre de la maison des parents et qu'il va essayer de vivre de petits boulots. Sa condition physique semble se détériorer.

Au dernier moment, sa soeur le rejoint avec une valise lui annonçant qu'elle part avec lui. Mais devant ce rebondissement, le jeune adulte en quête d'émancipation, remet les pieds sur terre, reprend peur et ressent le besoin de retourner à une certaine forme de protection du cocon famillial: il abandonne ses projets de désertion et décide de rentrer au bercail. Il se surprend à adorer voir sa soeur s'amuser dans un manège...

A propos du livre

Je ne suis pas un littéraire de nature. Le style, les interprétations ne m'intéressent pas vraiment. Je préfère relever ce qui m'a vraiment parlé, ce qui a laissé une empreinte, au delà d'une analyse consciente. Je pense que c'est plus révélateur qu'une tentative d'explication ou une artificielle interprétation de la volonté d'un auteur qui aurait pu être mon grand-père mais qui avait dans les 30 ans lorsqu'il a rédigé son oeuvre. C'était une période trop différente de celle dans laquelle j'ai été élevée et le risque d'erreur est bien trop grand.

Bon, j'ai lu le livre en moins de 6h. Il n'est pas très long mais, ce fut le cas pour moi, il est assez "scotchant": une fois qu'on l'a commencé, on a bien du mal à le lacher. Le style est vraiment léger ce qui fait qu'on n'a aucune difficulté à le dévorer. Pas besoin de trop réfléchir aux expressions complexes: il n'y en n'a pas. D'ailleurs ce style est sans doute trompeur. Je suis sûr que si je lis le livre une deuxième fois, je porterais plus d'attention et finirais par prendre plus de temps pour interpréter des éventuels sens cachés.

Tout est écrit à la première personne. Il s'agit d'un monologue de Holden Caulfield qui parle, en continu, pratiquement sans pause, passant d'un sujet à l'autre, en respectant une certaine forme de chronologie. C'est un peu comme si on était dans sa tête car le narrateur donne toujours une tonne de détails sur ce qu'il pense. J'ai clairement ressenti ça dès le début; j'avais vraiment l'impression que mon cerveau s'était glissé dans la tête du personnage et qu'il lisait comme dans un livre ouvert, dans la pensée de Caulfield. Cela rend d'ailleurs la lecture ultra-facile et très abordable.

Le ton de Caulfield est d'ailleurs particulier: il parle comme un adolescent de son époque et, même si j'ai lu la traduction qui date des années 60, ce vocabulaire spécifique se retrouve bien pâtiné par rapport à l'argot de maintenant (que je ne maîtrise pas, ayant près de 40 années d'existence maintenant, je ne maîtrise que l'argot des années 90). Mais moi, j'aime bien ces expressions un peu désuèttes. Ça donne un certain genre. Avec le recul, ça fait presque nostalgique de parler de môme, de dire à tout de bout de champ: "ça me tue". Cela fait partie de l'âme même du livre, du narrateur, preuve que même si les écrits sont figés dans le temps, ils seront toujours vivants dans nos interprétations. C'est un peu comme si je disais que le contenu d'un fichier était différent selon le disque dur où il était stocké. Voilà donc la différence entre le numérique et le cerveau humain...

Autre élément important, Caulfield a une vision assez négative du monde. A l'écouter, il n'aime rien, il y a toujours un défaut et c'est toujours ce défaut qu'il mentionnera. D'ailleurs Salinger lui fait dire, par l'intermédiaire de sa soeur qu'il n'aime effectivement rien. Caulfield a bien du mal, en dehors de sa soeur et de son frère décédé, à marquer une certaine forme de joie. Mais, dans cette vision critique, il n'y a rien de vraiment noir. La nostalgie est vraiment très légère, la mélancolie présente sous forme de soupçons. Pour le coup, cette négativité quasi-permanente passe plutôt bien, elle fait le style de Caulfield et on finit par s'y attacher: on en vient quasiment à attendre la chute fatale de chaque propos.

Mais, au final j'interprète cette vision négative du monde comme un bon début de dépression; affection qui conduirait Caulfield à rentrer dans une institution psychiatrique. De plus, tout au long de son histoire, sa condition physique semble se détériorer: il devient plus faible, n'a plus faim, a des sueurs froides, etc. Sans doute le manque de sommeil, le froid, l'alcool, une certaine forme de solitude et, ce que je perçois comme étant un vrai début de dépression.

Pourtant, prenons des gants: à l'époque, on pouvait sans doute te foutre à l'hopital psy pour pas grand chose, surtout si tu ne respectais pas les règles pré-établies. Donc peut-être que Caulfield, n'a rien de psychotique. Peut-être s'est-il simplement laissé grisé par cette forme de liberté totale dans laquelle, il me semble qu'il ait trouvé une certaine forme d'épanouissement et de plaisir.

A propos de Salinger

Ah, Salinger ! Ce nom m'a toujours sonné aux oreilles et j'ai toujours été intrigué par cet auteur. Aussi, quand j'ai eu la possibilité de mettre la main sur son oeuvre principale et surtout trouvé le temps pour le lire, je n'ai pas hésité.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire de Salinger mais j'ai retenu que c'était quelqu'un d'assez discret. Il a eu du succès vers le début de ses 30 ans, donc assez vite et puis, il n'a pas publié grand chose après. Sa dernière nouvelle date de 1965, il avait 46 ans, loin de l'âge de la retraite donc.

On dit qu'il vivait reclus avec sa petite famille, n'accordant que peu d'interviews et étant complètement coupé du monde. Bon, avec la paye qu'il a engendrée avec "Catcher in the Rye" (qui continue à se vendre à plus de 200 000 exemplaires par an dans les années 2010), il était clairement à l'abri du besoin et comme il devait toujours toucher ses droits d'auteur, je dirais qu'il n'était pas vraiment si coupé du monde que ça, au plus, coupé du monde de la notoriété publique. Mais, après tout, il faisait bien ce qu'il voulait...

En tant qu'auteur à succès, il n'avaient plus vraiment de besoins matériels à couvrir par l'écriture, aussi, il paraît qu'il s'est mis à écrire de son côté, mais en refusant de diffuser ses écrits. Un peu à la manière d'un type qui publie des articles sur son site web mais qui sait qu'ils ne seront lus par personne et qui s'en tamponne: l'essentiel, c'est d'écrire, pas d'être lu !

Ce que je retiendrai de l'Attrape-coeur

J'ai passé un bon moment à lire ce livre. J'en suis encore un peu marqué émotionnellement, par un je ne sais quoi de particulier. Je ne suis pourtant plus un adolescent mais je crois qu'on a tous en nous une part de cet âge si particulier, qui fait qu'on quitte le monde si spécial de l'enfance pour celui plus brut mais plus libre de l'âge adulte. Donc, peu importe votre âge, vous finirez toujours par vous sentir concerné par les propos de Caulfield, c'est la grande force de Salinger d'avoir sû transmettre ces sentiments, au gré du temps qui passe...

Si je devais emprunter le style de Salinger et de cette nouvelle, je concluerais en disant: "Oui, je sais, résumé comme ça, ça ne fait pas forcément super mais, le plus simple serait que vous lisiez par vous-même, parce que comme c'est écrit là dans l'article, ça le fait pas trop; je veux dire, que ça me tue de me relire tout ce fratras de mots... mais bon, c'est comme ça: un bon bouquin, faut que tu le lises tout seul comme un grand et de préférence sur ton pageot, avant d'aller pioncer !"

Posted ven. 20 oct. 2017 23:10:39 Tags:

Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour le mois d'octobre, ce sera le groupe des "Eurythmics".

C'est un groupe des années 80, assez célèbre à cette époque, qui a marqué un peu son temps. C'est à cette période que je l'ai rencontré, enfant abonné au Top-50 sur Canal+.

Cela fait quelques années que j'écoute de temps en temps, par nostalgie, quelques pistes les plus célèbres des Eurythmics. J'ai toujours trouvé qu'Annie Lennox avait une voix extra-ordinaire.

Mais, je n'avais jamais pris le temps de voir tout ce qu'ils avaient produit pendant leur carrière assez courte qui a duré à peine un peu plus de 10 ans.

Allez, je vous ramène dans les "eighties", ça ne peut faire de mal !

In The Garden (1981)

Premier album du groupe "Eurythmics", composé d'Annie Lennox au chant et de Dave Stewart à la composition et à la guitare, "In The Garden" n'aura pas marqué les esprits.

En effet, l'album n'a pas très bien marché même si, pour ma part, je ne le trouve pas si mauvais. Il annonce assez bien ce que seront les futures productions du groupe.

On y retrouve beaucoup de sons synthétiques, électroniques, la voix bien posée d'Annie Lennox qui peut évoluer dans plusieurs octaves sans problème, une mélodie complexe et très instrumentalisée (avec de nombreux instruments différents). L'ensemble est un peu sombre pour ce premier album mais je trouve que c'est un bon début.

Les quelques pistes que j'ai remarqué sont les suivantes: * "English Summer": une ballade sombre avec une voix assez grave, des sons riches mais sur un registre un peu monocorde; des bruits d'insectes, une mélodie monotone. Mais ça reste pas mal. * "Belinda" est, de son côté plus musclée et plus rythmée. Annie Lennox continue a évoluer sur un registre grave qui lui va assez bien. La mélodie reste simple mais dynamique. * "Take me to your heart" est une ode aux sons synthétiques 8-bits dont le groupe est profondément marqué. Ça ressemble au générique de "The Legend of Zelda" avec une mélodie simple. Vraiment très années 80. A l'époque, cette musique devait passer pour avant-gardiste. Bon, ce n'est plus le cas aujourd'hui mais pour ceux qui ont été marqué par ces sons si typiques, ça s'apprécie. * "All the Young People", mélodie assez groovy et plate mais plutôt bien constituée. Assez calme et pleine de sérénité.

En revanche, "Sing Sing" est une merde méchante: les paroles sont en français sur une mélodie hyper-répétitive et abrutissante. On dirait une complainte de débile mental. Même en étant autiste, j'ai du mal !

Il faut du temps pour finir par apprécier cet album, son appropriation n'est pas immédiate et il n'a pas vraiment de tube. C'est sans doute ce qui a fait qu'il a été mis de côté assez rapidement. Néanmoins, je vous conseille de prendre le temps de l'écouter plusieurs fois avant de le jeter, ça finira par venir...

Sweet Dreams are Made of This (1983)

Enfin le début du succès avec cet album. C'est surtout la chanson éponyme qui a permis au groupe d'être enfin connu et reconnu. En effet, c'est presque la chanson qui représenterait à elle seule le groupe dans toute sa composition.

Pourtant, l'album débute avec "Love is a stranger", un single de l'année précédente qui n'a pas marché. Il est d'ailleurs un peu bâti sur la même structure que les morceaux de "In The Garden": du 8bits, de la répétition, du monocorde, du synthé en veux-tu, en voilà. Pourtant la chanson est plutôt pas mal, pas un carton mais un jalon, certainement.

Après ce bon début, il y a pourtant de quoi s'inquiéter: à part "The Walk" qui attire un peu mon attention et bien sûr, "Sweet Dreams", l'album est vide. Les pistes n'ont aucun intérêt. Elles sont soit trop niaises, soit trop électroniques, froides, avec une mélodie plate. Rien qui fait vraiment vibrer l'oreille ou le coeur.

Pour autant, qu'est-ce-qui peut expliquer le succès de "Sweet Dreams". Je dirais d'abord qu'il s'agit de la mélodie principale, un peu entêtante, simple mais percutante et harmonieusement liée à la voix d'Annie Lennox. On reste sur du son électronique, presque du 8 bits; la chanson est sur un registre assez grave mais plus dans les aigus, et le rythme change tout. Ce dynamisme fait toute la différence ainsi que les choeurs et les cris de l'interprète. C'est une recette finalement assez différente de ce que le groupe a produit pour l'instant même si les ingrédients sont tous issus de la même origine que les autres morceaux de l'album ou de l'album précédent.

Dans tous les cas, je crois qu'on peut résumer cet album par son seul hit qui a percé et qui marque le meilleur du savoir-faire de Eurythmics. Que va donc donner la suite ?

Touch (1983)

L'album commence assez bien avec un sacré hit: "Here Comes the Rain Again". On retrouve les mêmes choses que dans "Sweet Dreams": du rythme, des sons électroniques au service d'une mélodie percutante, une voix plus aigue pour la chanteuse, une certaine forme de dynamisme dans l'instrumentation. Pour cette occurence, on trouve en plus le son d'instruments plus classiques dont un couple de cordes qui servent assez bien le côté dramatique de la chanson. Dans tous les cas, voici une des meilleurs chansons du groupe.

Mais est-ce-que tout va se passer comme sur l'album précédent, à savoir qu'il n'y a qu'une seule piste d'intérêt. Et bien, pas tout à fait. D'abord, on trouve une peu de nouveauté avec "Right By Your Side" qui sans être un tube s'écoute plutôt pas mal. Le rythme est très rapide et la joie (un poil niaise) transparaît assez bien.

"Cool Blue" est également une évolution intéressante même si elle prend un peu plus de temps à s'apprécier. Encore une fois du rythme, des isntruments électroniques. Mais ce qui l'empêche de marquer l'esprit, c'est l'overdose de sons divers et variés qui dessert la mélodie un peu répétitive et agaçante mais pourtant digne d'intérêt. Dans tous les cas, ça sonne bien années 80.

On arrive enfin à l'autre tube de l'album, un peu en retrait par rapport à "Here Comes The Rain Again". "Who's That Girl" est effectivement taillée sur "Sweet Dreams" avec un rythme plus lent, plus monocorde, plus dans les graves mais la chanson est rehaussée par une mélodie plus travaillée avec laquelle la voix d'Annie Lennox s'accorde parfaitement. Clairement la deuxième meilleure pistes de l'album.

Pour terminer l'album, deux pistes ont retenu un peu mon attention. Il s'agit de "The First Cut" et de "Paint a Rumour". Elles sont construites un peu de la même manière même si les mélodies sont très différentes: on y trouve du 8 bits qui semble sorti tout droit du générateur synthétique d'une Nintendo NES, de la répétition, un air entêtant, voire abrutissant... Mais ça s'écoute plutôt bien.

Pour résumer l'album, on peut dire que comparativement à "Sweet Dreams", ça s'améliore globalement. Il y a plus de chansons qui valent le coup, sans atteindre un niveau extraordinaire.

1984 (For the love of Big Brother) (1984)

En 1984, l'année terrible dépeinte par Georges Orwell dans son roman éponyme, sort l'album 1984, destiné à fournir la bande originale du film éponyme. Que vaut donc cet album ?

Après l'avoir écouté de nombreuses fois, je dois avouer qu'il est plutôt bon. Les pistes sont vraiment entraînantes et me semblent bien en phase avec le récit d'Orwell, même si je n'ai pas vu le film de l'époque.

A part "Ministry of Love", toutes les pistes sont très intéressantes. Il n'y a rien à jeter, ce qui en fait plutôt un album très bon pour ce que les Eurythmics ont produit jusqu'à présent.

La meilleure piste est sans conteste "Sexcrime", la bien connue.

Dans tous les cas, tout reste cohérent dans cet album: les rythmes se valent d'une piste à l'autre. On a de la froideur bien servie par la musique électronique; un peu de mélancolie ("Julia" et "Winston Diary"); du rythme ("I Did Just The Same" et "Sexcrime"). Vraiment pas mal cette production.

En conclusion, 1984 est encore un cran au dessus de l'album précédent même s'il présente un titre majeur qui monte moins haut en valeur que la chanson "Sweet Dreams" ou "Here Comes The Rain Again". Néanmoins, c'est le meilleur album que le groupe ait produit depuis ces débuts, sans conteste. Je vous invite à le ré-écouter.

Be Yourself Tonight (1985)

Autre année, autre album... Que va donner "Be Yourself Tonight" ? Et bien je dirai que ça ressemble à du Eurythmics: il y a un hit qui casse tout et efface le reste de l'album même si les autres pistes sont plutôt pas mal.

En effet, "There Must Be An Angel" est un tube incontesté, assez atypique dans la production du groupe. En effet, c'est une chanson très pop, avec beaucoup moins d'électronique, des choeurs quasi-lyriques et très classiques et Annie Lennox chante comme un oiseau, ce qui permet au passage d'admirer sa voix extraordinaire. Le ryhtme n'a rien à voir avec ce qu'on peut trouver sur les autres albums. On pourrait presque dire que ce n'est pas une chanson du groupe tant il y a de contraste avec le reste de l'album. Cela reste une des chansons ultra marquantes du groupe, notamment avec son solo d'harmonica dans la deuxième partie de la piste qui vaut vraiment son pesant de cacahuètes. Pour la petite histoire, c'est Stevie Wonder qui l'interprète (c'est donc forcément super) !

Pour autant, les autres pistes s'écoutent assez bien. Pour cet album, je note que le groupe a quasiment abandonné les sons synthétiques 8-Bits ce qui donne une touche plus "sérieuse" à l'ensemble, plus pop et moins expérimental/électronique. Sans doute l'époque qui voulait ça.

Après quelques écoutes, on finit par apprécier la globalité de l'album qui semble vraiment plus mature avec cette évolution sonore.

Néanmoins, on remarque que Eurythmics a une production souvent centrée autour d'un tube central qui éclipse souvent le reste et ce, depuis de nombreux albums, serait-ce leur signature ?

Revenge (1986)

Décidément, le rythme de production du groupe est à bâtons rompus: nous sommes sur le 6ème album en 5 ans ! Qu'allons-nous trouver ici ?

Pour résumer, disons que le groupe reste davantage dans la maturité, le plus sérieux et plus dans la pop qu'auparavant. Il en résulte toujours un album déséquilibré mais qui progresse en qualité.

Car en effet, cet album héberge le hit absolu à mon goût des Eurythmics: "The Miracle Of Love", ode magique à l'amour, d'une tendresse absolue; décidément en contre-exemple du reste des productions du groupe. C'est la traditionnelle chanson atypique de chaque album ! Si vous ne deviez retenir qu'une seule chanson des Eurythmics, c'est celle-là ! Mais sachez qu'elle n'a rien à voir avec le reste...

On y trouve une Annie Lennox prophétesse, un Dave Stewart au jeu de guitare extraordinaire, une composition instrumentale très mature, capable de mélanger un erzats d'électronique avec des instruments classiques, servie par une mélodie très sentimentale qui impose le respect, à l'égal d'un chant religieux, transcandé par les choeurs aigus et artificiels d'Annie Lennox et par le solo de guitare électrique de Dave Stewart. Un pur bonheur sur près de 5 minutes...

Bien évidemment, après ça, difficile de trouver une piste qui crève l'oreille ! Comme pour l'album précédent, on a droit à une leçon de pop. Les pistes sont bien rythmées, assez cohérentes si on enlève "The Miracle Of Love". Encore une fois la production s'est améliorée.

Pour cette fois, j'ajouterai deux pistes d'intérêt: * "When Tomorrow Comes", introduite par des riffs électriques sympathiques et servie par un dynamisme à toute épreuve. La mélodie est également très bonne. * "I Remember You" qui fait crier la chanteuse dans une complainte rythmée.

Voilà, comme à leur habitude, le groupe sort une excellente piste et raccroche le reste comme il peut, même si encore une fois, le niveau de l'album progresse sans conteste par rapport au précédent.

Savage (1987)

Encore une année, un nouvel album pour les Eurythmics. Vont-ils continuer à progresser ? Il fallait bien que tout ça s'arrête à un moment donné.

Car en effet, cet album est une vraie régression, comparé aux autres. Les rythmes sont devenus très mécaniques ce qui casse un peu le côté pop de l'année précédente. Il est donc moins accessible au commun des mortels et la majorité des pistes n'ont pas un grand intérêt.

On retrouve quand même la traditionnelle piste de hit: "Shame" qui est intéressante sans atteindre le niveau des précédents hits. C'est néamoins une piste à garder car son refrain est vraiment entraînant, emblèmatique de ce qu'on pouvait faire dans les années 80, entremêlant synthétiseur à clavier et chanson populaire. Mais il est vrai qu'après avoir produit tant de hits extraordinaires dans les années précédentes, il était difficile d'atteindre la même perfection tous les ans.

L'autre piste d'intérêt est la piste éponyme de l'album, plus calme, plus douce avec son introduction mélancolique. Elle est pratiquement au niveau de "Shame", en étant sur un registre un peu différent. Elle est aussi la seule piste plus pop que mécanique. A force d'écoute, on finit par la trouver agréable.

Mais, l'album est franchement en déséquilibre et sur la pente descendante...

We Too Are One (1989)

Avant dernier album du groupe avant sa séparation, "We Too Are One" est le dernier album de la production non interrompue du groupe (qui se reformera en 1999 pour produire le dernier album).

Bon, c'est encore une fois la déception: je n'arrive pas à accrocher à l'album. Il y a trop de choses qui ont changé. On est plus dans le miel et dans la pop qui commençait à devenir franchement merdique à l'époque. On sent que le groupe est plus mature que jamais mais ce qu'il produit est vraiment trop commercial pour vraiment percer.

Je garderai "Don't Ask Why" à cause du jeu de voix d'Annie Lennox qui reste indestructible. J'ajouterai aussi "Angel" pour son calme olympien et sa bonne structure.

Mais tout le reste est bien fade avec ce que le groupe avait fait auparavant. C'est fini.

Peace (1999)

Ah, cet album, je l'ai entendu à la radio quand j'étais jeune adulte. Je le connais donc plutôt bien, surtout le hit de l'époque: "I Saved The World Again" qui sonne comme un "There Must be An Angel".

Encore une fois, et pour la dernière fois, le groupe fait ce qu'il a l'habitude de faire: un titre majeur entouré de pistes moins géniales mais à peu près cohérentes. La force de l'album reste d'avoir su s'adapter aux productions de l'époque sans tomber dans les merdes musicales de la période "Techno" qui était en plein boom (à mon grand désarroi, je dois dire).

"I Saved The World Again" est dans la même lignée que "The Miracle Of Love" et "There Must Be An Angel". Il est bâti de la même manière, atypique de tout le reste de l'album. Une grande réussite, qui marque les esprits.

Pour le reste, disons que le rythme est plus lent, plus posé que les débuts du groupe. Moins de musique électronique, plus de silences, moins d'instruments, ce qui fait forcément ressortir la voix d'Annie Lennox. Je dirais que pratiquement tous les morceaux sont très nostalgiques, sur un registre de regrets et des mélodies calmes avec un soupçon de pop. Plutôt pas mal pour cette fin des années 90. Car il ne fait pas oublier que plus de dix ans séparent les deux derniers albums des Eurythmics.

Pour conclure sur cet album, je dirai qu'il comporte assez d'intérêt pour le ré-écouter plusieurs fois, afin de bien s'en imprégner. Il est sans conteste bien meilleur que l'album précédent sans atteindre le niveau de "Revenge".

Ce que je retiendrai d'Eurythics

Pour résumer ce parcours musical, je dirais que Eurythmics n'est pas le genre de groupe qui est une usine à tubes. Sur chaque album, on peut extraire une ou deux pistes exceptionnelles. Mais elles sont surtout en décalage avec le reste de la production classique du groupe. Paradoxalement, c'est ce que le public dont je fais parti retiendra le plus: les hits atypiques comme "Sweet Dreams", "Here Comes The Rain Again", "Sexcrime", "There Must Be An Angel", "The Miracle Of Love", "Shame", "I Saved The World Again".

Cette découverte m'a donc permis de trouver un monde musical un peu différent avec de la musique électronique, du synthé 8 bits sympathique, des nouveautés.

Mais au final, peu de surprises et ma conclusion sera de rester aux pistes que je connaissais déjà. On peut donc condenser l'oeuvre du groupe dans un best-of de quelques titres, ça ne posera pas de problème... Les années 80 n'étaient pas si extraordinaires que ça finalement !

Posted sam. 28 oct. 2017 17:09:25 Tags: