Introduction

Dans mes résolutions de 2017, il y a marqué "Écouter l'intégralité d'un artiste musical par mois"... Pour avril ce sera Pink Floyd.

Un groupe ultra-connu... mais en fait pas tant que ça ! Mon approche de Pink Floyd est assez sommaire: mon père avait un album du groupe, un de leur plus fameux: "Wish you were here" de 1975. Quand j'étais gamin, personne ne l'écoutais. Ce n'est que bien plus tard, dans la fin de mon adolescence, que j'ai pris le courage de mettre le 33 tours dans la chaîne hifi pour écouter, alors que tout le monde était parti. Et quelle révélation: j'ai complètement adoré.

L'autre moment où j'ai reconnu le groupe a été lors de la publication de son dernier album (de l'époque, c'est à dire en 1994): The Division Bell. La chanson phare passait en boucle sur les stations de radio: High Hopes. Je l'ai écouté en boucle, tout en lisant quelques romans de Stephen King (Cimetière dans mes souvenirs).

Avec le temps, j'ai laissé pourrir le contenu et je n'ai pas poussé plus loin l'aventure. Avec "la révolution" du MP3, j'ai juste récupéré ce que je connaissais du groupe, c'est-à-dire l'album Wish you were here mais c'est tout.

Pour le mois d'avril, j'ai donc décidé d'aller à l'étude complète du groupe et voici mes conclusions.

Origine et membres du groupe

Bon, je ne vais pas vous refaire la page wikipedia du groupe, ça n'a pas d'intérêt. Juste pour faire un résumé simple, il faut d'abord retenir qu'il s'agit d'un groupe britannique (et oui, s'il y a bien un truc que les british font bien, c'est la musique et surtout le rock), fondé en 1965 et qui lance sa carrière studio en 1967.

Les membres originels sont, pour les citer rapidement:

  • Syd Barrett: fondateur qui arrête au bout de deux albums à cause de trop de drogues (pour faire archi-simple). Il arrête rapidement la musique.
  • David Gilmour: le gratteux du groupe qui finit par chanter et composer.
  • Nick Mason: le batteur
  • Roger Waters: le bassiste et grateux et surtout chanteur/compositeur
  • Richard Wright: le piano-man, chanteur/compositeur.

Par ailleurs, Pink Floyd ne veut pas dire Flamand Rose (qui serait Pink Flamingo), contrairement à ce que bien des personnes m'ont raconté.

A l'origine, Pink Floyd fait du rock psychédélique. C'est l'époque qui veut ça (les Doors sont sur les rails aussi). Mais leur style musical a complètement été modifié au cours des différentes années qui ont suivi leur prolifique carrière qui commence en 1967 pour se terminer en 2014 avec pas moins de 16 albums studios.

Mon analyse de l'oeuvre du groupe

Bon allez, disons-le, j'avais de grandes attentes sur Pink Floyd. Je me disais qu'avec les deux albums que j'avais entrevus, il y aurait forcément des pépites que j'avais ratées, que j'allais, comme le mois dernier avec Sigur Ros, tomber sur des monuments...

...Mais avec un tel parti pris, difficile de retomber sur la réalité finalement assez triste. Dans tous les cas, j'ai été sacrément déçu et voici pourquoi et dans l'ordre chronologique, comme à mon habitude.

Le premier album du groupe, "The Piper At the Gates of Dawn" de 1967 se présentait pourtant assez bien avec sa première piste, certes très psychédélique mais aussi tournée vers l'espace, un peu à la David Bowie. Mais le reste de l'album est clairement à jeter: c'est un mélange de Beatles, de Beach Boys mais qui auraient pris de la mauvaise drogue. C'est lent, assez mou, trop cru, trop répétitif, trop d'instruments, trop de sons discordant, trop de LSD vraisemblablement. Certaines pistes sont clairement à vomir comme "Take Up Thy Stethoscope And Walk" ou encore "Interstellar Overdrive" qui est ennuyeuse au possible (seule l'intro de guitare a un intérêt, 30 secondes sur 9 minutes d'exploitable). Bref, j'ai eu du mal; clairement l'album a vraiment mal vieilli et je n'arrive pas à retrouver l'effet "mythique son d'avant".

Pas grave, voyons ce qu'il y a sur la suite: en 1968 sort "A Saucerful of Secrets". Même topo que l'album précédent: la première piste est potable mais le reste est aussi à jeter. Le titre éponyme de l'album est à proscrire: ce n'est pas de la musique mais du son discordant sans réelle mélodie, un peu au hasard. Sans doute plein d'effets pour l'époque mais simplement passé de mode et sans harmonie aucune. Bref, aucun intérêt pour le deuxième album. Les intros sont assez soignées mais le corps de la chanson est vraiment à la ramasse.

Bon, il paraît que Syd Barret n'a fait que deux albums, peut-être qu'une fois qu'il se sera barré, ce sera mieux ! En fait, pas vraiment. En 1969, l'album "More" se fait sans Syd Barret mais finalement pas pour le meilleur. Il est pourtant plus varié dans ses sonorités car on y retrouve de la ballade/folk (avec Crying Song), du métal (avec The Nile Song). Mais ça se gate dès Up The Khyber qui est encore inécoutable sans prendre un grosse dose de LSD. Il paraît que l'album est une BO d'un film. Bof, moi ça ne passe toujours pas.

Prenant mon courage à deux mains, je saute vers l'album qui suit et qui sort en 1969 aussi et qui est nommé "Ummagumma". Mais mon analyse est la même que pour les autres albums: la première piste est potable "Sysyphus part one"; les intros des morceaux sont correctes mais ça ne passe toujours pas bordel ! C'est trop psychédélique, trop expérimental, trop sans cohérence, sans forme, trop liquide. Toujours en train de vomir.

Pourtant les choses s'améliorent très légèrement pour l'album qui suit. Sorti en 1970 (on est à plus de un album par an mais franchement, pourquoi faire ?), "Atom Heart Mother" semble commencer à forger un peu plus le caractère propre du groupe. La première piste éveille un peu plus la curiosité. On y retrouve le style de guitare, de basse, de clavier qui fait la signature du groupe. Mais encore une fois, trop de psyché/psycho et d'expérimental: le morceau dure 24 minutes ce qui est trop. A la fin (enfin, au bout de 15 minutes), on en a marre, ça devient insupportable et c'est vraiment dommage car tout commençait bien. Néanmoins, dans les pistes d'après, le renouveau du groupe apparaît enfin. Par exemple, j'ai assez apprécié la piste 3 intitulée Summer'68. Ça reste bien psychédélique mais, au moins, il y a une cohérence musicale et bien que déroutant, ça s'écoute assez bien. En dehors de cette piste, fuyez !

Allez, je me dis qu'on va enfin s'améliorer avec l'album qui suit (on en est déjà au 6ème en moins de 5 ans) en 1971: Meddle. Bon, on reprend les mêmes et on recommence. Comme d'habitude, la première piste est pas mal: One of these days commence à ressembler à du Pink Floyd. Une bonne intro et ça tient bien sur la durée du morceau. De la gratte élec, du piano, du bon rythme avec juste une pointe d'effets de synthés, ça passe vraiment bien. Mais le reste de l'album est beaucoup trop calme, trop folk. La dernière piste intitulée "Echoes" est d'intérêt mais, comme pour Atom Heart Mother, elle est bien trop longue (près de 24 minutes) et elle finit par s'essoufler. Comme quoi, le progressif c'est bien mais on peut aussi se brûler les ailes. C'est pas trop mauvais comme album mais ce n'est vraiment pas ce à quoi je m'attendais. Passons au suivant... on ne sait jamais.

Avec "Obscured by clouds" de 1972, on se dit qu'à force de travail, ça va finir par payer. C'est un peu le cas mais en fait, pas vraiment. On retrouve encore une fois un peu plus la signature du groupe mais l'ensemble forme un moment assez peu concret. Ce n'est pas encore ça... Sauf avec une seule piste qui vaut vraiment le détour selon moi. Il s'agit de Mudmen, la piste n°6. Très bonne intro, très bon son, très bon solo de gratte au milieu sans trop de guimauve; complètement progressif mais aussi complètement dans le progrès. C'est à peu près le seul élément de qualité du disque. Le reste est pas mal mais, je ne sais pas, ça n'arrive pas à marquer mon cerveau.

Enfin, en 1973, après 7 albums de mauvais à moyen (enfin, selon mon analyse car à l'époque, les disques se vendent assez bien, Pink Floyd étant même n°1 en France avec son dernier album), sort "The Dark Side of The Moon". Et là, on est vraiment dans du vrai Pink Floyd. Dès la première piste, que je ne connaissais pas, je retrouve mes petits. C'est mélodieux, c'est progressif mais abordable, c'est très musical mais la voix de Gilmour plus grave vient bien nous égayer. Du très bon. Trois morceaux crèvent l'album: la première piste (Speak to Me/Breathe), la quatrième (The great gig in the sky) et l'ultra-connue "Money". Enfin, je découvre un album de Pink Floyd pour lequel je ne suis pas déçu !

En 1975 sort "Wish you were here" qui est une vraie tuerie comparé au reste des productions du groupe. Déjà, la jacquette du 33 tours vaut son pesant de cacahuètes avec deux gars en train de se serrer la main alors que l'un d'entre eux prend feux. Pour le contenu musical, il n'y a, selon moi, que des hits:

  • Shine on you crazy diamond est d'une beauté stupédiante. C'est un univers étrange mais j'arrive à l'écouter d'une traite avec un plaisir infini malgré ses presques 14 minutes.
  • Welcome to the machine est un titre qui me parle beaucoup, moi qui ne suit qu'un geek qui utilise des machines tous les jours. C'est progressif, avec des sons bizarres mais qui s'organisent bien et surtout la mélodie qui fait peur, qui inquiète me laisse toujours penser que l'homme doit rester maître et possesseur de la machine, et non l'inverse.
  • Have a cigar, s'écoute avec un réel plaisir. Moi ça me fait penser à un voyage dans le temps. Et j'adore ça.
  • Wish you were here: la piste ultime de Pink Floyd. Tout est bon, de l'intro de radio avec le solo de gratte qui sifflote au rythme. Les paroles sont tout bonnement géniales et vous pouvez les chanter en karaoké sans aucun problème. Pas mal pour chanter dans la rue, de bon matin pendant que tout le monde va travailler dans le matin gris..
  • La fin de Shine on you crazy diamond avec son intro de gratte électrique interminable mais vraiment bien pensée est vraiment une conclusion qui s'impose.

Bon, je ne pourrais jamais avoir d'avis objectif sur cet album. Il reste, sans consteste, le meilleur du groupe; un monument à lui seul. Un truc qui ne pourra jamais vieillir (contrairement aux productions antérieures du groupe).

Forcément, après ça, l'album suivant est retombé trop bas. Je ne parlerai donc pas de "Animals", sorti en 1977 qui n'a rien de charmant. Passons directement à The Wall, sorti en 1979 qui s'étale sur deux albums. Un peu moins bon que Wish you were here mais bien meilleur que Animals. Quelques morceaux qui en font la synthèse:

  • "In the Flesh?", l'intro des intros.
  • "Another Brick in the Wall, part 1".
  • The happiest day of our lives suivi de son naturel
  • "Another Brick in the Wall, part 2", le truc le plus connu de l'album.
  • "Hey You" sur le deuxième album, vraiment très bon.

Pour la suite, le groupe fait une petite pause: il ne produit rien avant 1983. En cause, la fin des bonnes relations dans le groupe avec la fin du lead de Roger Waters. Dénommé "The Final Cut", il aurait pu être le dernier album du groupe, tellement il change du reste. On entre dans la décénnie 80 et ça se ressent dans le son. L'album est plus calme, moins progressif. Il n'y a majoritairement que la voix de Roger Waters (que j'aime moins). Du saxo, du synthé, du piano brut, on est plus dans la pop que dans le son habituel de Pink Floyd. L'ensemble s'écoute assez bien mais il n'y a rien de perçant, qui sorte de l'ordinaire. Il n'y a guère que "Not now John" qui sorte du lot monotone de l'album.

En 1987, le groupe n'est plus le même. Roger Waters l'a dissout en 1985. Mais David Gilmour le relance en 1986 et il gagne le droit de ressortir un album avec le nom du groupe. C'est ce qu'il fait avec "A Momentary Lapse of Reason" qui sort en 1987. Roger Waters ne participe pas à l'album et c'est sans doute pas plus mal. Il sonne mieux Pink Floyd que jamais et il a su clairement s'adapter aux codes des années 1980 sans trahir tout le reste, toutes ces années de forge musicale qui ont fait le groupe. Le meilleur morceau de l'album reste sans doute "Learning to Fly", un classique ultra-connu et vraiment très bon. Ce qui me laisse retenir que la meilleure voix de Pink Floyd est sans doute celle de Gilmour.

Enfin, en 1994 sort "The Division Bell", toujours sans Roger Waters et qui laisse les voix toujours à Gilmour. J'aime beaucoup cet album qui est sorti quand j'étais encore ado et que j'ai pu entendre à la radio et qui était vraiment très bon. Je ne peux forcément pas être objectif mais je dirais qu'il constitue pour moi le deuxième meilleur album du groupe après "Wish you were here". La première piste, est, comme toujours pour le groupe et ce depuis 1967, une excellente introduction (on ne peut pas leur retirer ça). Quasiment toutes les pistes de l'album sont bonnes. Si je devais en extraire le top, voici ce que je prendrais:

  • "A Great Day For Freedom": piano, gilmour, complainte, mélancolie: excellent.
  • "Coming back to life": pour vivre dans l'espace.
  • "Keep Talking": avec son robot monocorde, progressif, fidèle.
  • "High Hopes": la meilleure de toutes après Wish you were here.

Pour terminer, en 2014, sort "The Endless River" qui sera le dernier album du groupe car deux des membres originels du groupe sont morts (Syd Barret et Richard Wright) et Roger Waters ne fait plus parti du groupe. Cet album est basé sur des enregistrements de "The Division Bell" et de productions antérieures. Bon, il s'écoute pas trop mal, à la suite de "The Division Bell" notamment. C'est un album assez moyen qui sent un peu trop les années 90. Moi, j'aurai arrêté en 1994. Franchement, sans The Endless River, ça l'aurait aussi bien fait ! Néanmoins, ce n'est pas un mauvais album et ça s'écoute assez bien quand même...

Ce que je retiens de Pink Floyd

Mon analyse, forcément simpliste, c'est que le rock psychédélique de Pink Floyd a vraiment mal vécu. Les efforts des années 60 et 70 sont vraiment dépassés. Seuls restent les morceaux impérissables du milieu des années 70. Après le groupe part en sucette et finit par revivre sur un pari de David Gilmour, mais pour un album et demi (celui de "The Division Bell" et un demi "A Momentary Lapse of Reason".

Vu le nombre d'albums, il ne faut pas se voiler la face, il reste quand même de nombreux morceaux dignes d'intérêt, de quoi occuper quelques heures d'écoute. Mais ce n'était pas vraiment ce à quoi je pouvais m'attendre. Parfois, quand on commence avec l'album de l'apogée d'un groupe, on ne peut qu'être déçu quand on regarde l'intégralité de la production. C'est sans doute ce qui m'est arrivé.

Conclusions

Pour ce mois, ce fut un peu la déception. Même en laissant sa chance au produit, pendant un vrai mois complet, je n'ai pas du tout accroché aux premiers albums du groupe. Seuls quelques morceaux remontaient de temps en temps mais, c'est moins d'un par album et d'ailleurs, sans aller jamais très loin dans la notation (1 à 2 étoiles sur 5). J'ai même été jusqu'à vouloir mettre des notes négatives tellement certains morceaux me posaient un problème lors de l'écoute.

Ce que j'ai gardé se résume finalement à ce que je connaissais assez bien. S'il faut retenir un seul album, ce sera "Wish you were here". On peut y ajouter "The Dark side of the Moon" et sans doute "The Division Bell" ainsi que quelques pistes de "The Wall". En dehors de ça, on peut pratiquement tout jeter... C'est dur, brut mais c'est mon expérience.

Espérons que pour le mois prochain, ce sera mieux !

Posted lun. 01 mai 2017 16:40:23 Tags:

Introduction

Comme au mois de mars, je continue mon périple littéraire et pour le mois d'avril, j'ai finalement pris le temps de lire 2 livres complets dont voici mes impressions...

"Passer par le Nord" d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Pour résumer ce livre publié en 2014 (donc assez récent), je dirai qu'il s'agit d'une approche synthétique et généraliste de l'évaluation de ce que représente les différentes routes maritimes de l'Arctique aujourd'hui, ainsi que leur probable avenir.

Isabelle Autissier et Erik Orsenna essayent d'abord de nous faire vivre une partie de leur voyage dans l'arctique, à travers les différents lieux qu'ils ont visité en bateau, en commençant de la Norvège pour se terminer dans le détroit de Béring.

Cette introduction nous permet de nous remettre en perspective la géographie des lieux qui reste souvent méconnue, même dans ses grandes lignes. Connaissez-vous les îles situées au nord de la Sibérie, à l'Est du Svalbard ? Pour ma part, je n'avais qu'une vague notion d'où était située la Terre François-Joseph ou encore qu'il y avait des îles de Nouvelle-Sibérie. Et pourtant, j'ai lu Jean Malaurie ! Le livre nous trace également leur histoire, de leur découverte à nos jours et c'est très instructif.

Après cette présentation, vient le sujet du livre, dans ses détails sur la mise en place d'une route maritime dans le Nord. On y apprend qu'elle existe déjà en fait, et ce, depuis les années 60, organisée par l'URSS et ses brise-glaces nucléaires (dont l'un d'entre eux a vraisemblablement perdu un réacteur défaillant en pleine mer dans les années 60). J'ai également compris qu'en ce moment, à cause du réchauffement climatique, l'accès à l'Arctique devient plus facile et cela a un impact économique majeur pour les régions isolées comme la Sibérie. En effet, la volonté nationale russe est de ré-équipper et ré-ensemencer en hommes ces territoires tombés dans l'oubli de la chute du communisme dans le début des années 1990. Des voies sont ouvertes, des flottes sont recréées, des villes repoussent, des mines s'agrandissent, une vraie Telegraph Road.

L'autre route qui intéresse aussi le camp d'en face est celle du passage du Nord-Ouest, point d'intérêt de l'ancien gouvernement canadien et de son ex-premier ministre si buté et si centré sur la connerie économique avec son plan Grand Nord. Le foisonnement y est moins intense que du côté russe à cause principalement des effets moindres du réchauffement climatique sur cette partie du globe, où la route n'est pas encore ouverte mais les appétits économiques sont complètement ouverts, eux.

Par la suite, les auteurs s'intéressent à la vie animale si particulière de ces milieux à la fois pauvres car les conditions y sont difficiles mais également foisonnants grâce à certaines singularités dans les alternances de courants chauds comme le Gulf Stream et par le rôle finalement protecteur de la glace. Mais dieu, qu'il doit être difficile pour un être animal qui a des milliers d'années d'adaptation au froid, de se retrouver dans un monde qui se réchauffe si vite qu'une seule génération d'êtres humains est capable de le ressentir à l'aune de leur courte existence...

La conclusion semble assez sombre quoique malheureusement réaliste. L'histoire se répète: certains hommes se révèlent suffisamment cupides et assoiffés de ressources naturelles qu'ils pourront transformer à loisirs en monnaie sonnante et trébuchante pour mieux satisfaire leurs besoins non vitaux. Peu importe les risques sur les autres humains qu'ils soient les esclaves travailleurs des systèmes d'exploitation ou les autochtones des lieux, sachant exploiter l'harmonie si rare de nos jours entre le milieu géographique et la culture humaine; peu importe la pression sur le reste de la Nature, la résiliente flore et la robuste faune qui paraissent si fragiles en face de cette forme de prédation implacable; seul le fric compte !

D'une manière générale, le livre est assez facile à lire, parfois même attirant. Mais la réalité qu'il dépeint fait froid dans le dos. On finit par se rendre compte qu'il n'existera bientôt plus de lieux vraiment préservés de l'action néfaste de l'être humain sur cette planète et c'est vraiment dommage que cette conquête soit aussi exhaustive.

"La billebaude" de Henri Vincenot

Mon histoire avec ce livre commence il y a près de 30 ans. Il était tout simplement dans la bibliothèque de mes grands-parents et il avait une couverture assez intéressante pour un enfant: il y avait une représentation d'animaux sauvages dessinés avec des couleurs vives. J'avais à l'époque demandé à ma grand-mère si je pouvais le lire mais elle m'avait répondu que ce n'était pas un livre de mon âge. Le titre imprononçable pour un enfant mais si intriguant ne pouvait que rester ancré dans un recoin de ma mémoire.

Et il y est resté pendant plus de trente années, jusqu'à ce que je retombe dessus, un peu par hasard. Mais cette fois, j'ai considéré que ce devait être un livre plus de mon âge et je me suis lancé dans l'aventure. Et j'ai été extraordinairement surpris.

J'ai eu un grand moment de doute lors de la lecture du premier chapitre. En effet, je lisais bien que le sujet était orienté autour de la chasse, sujet qui ne m'intéresse guère (je n'ai jamais eu la fibre ni l'éthique à ça, comme nombre de mes contemporains). Mais après m'être accroché un peu, j'ai vraiment apprécié les écrits d'Henri Vincenot.

Pour faire le résumé, Vincenot est un auteur "franco-français" dont le sujet principal d'écriture est la ruralité dans son aspect transversal et comme modèle de société. La Billebaude est un terme qui qualifie le mode de chasse dans le patois bourguignon. Dans ce livre, Henri Vincenot nous compte une partie de sa vie d'enfant à jeune adulte dans la France rurale de l'époque (de 1927 aux environs de 1936). Il y dépeint sa réalité de l'époque, dans toute son intimité d'enfant, dans le modèle familial de ce moment. Publié en 1978, "La Billebaude" était un best-seller des années 80 et voilà sans doute pourquoi, avec le sujet, l'époque qui correspondait en tout point à celle que mes propres grands-parents ont connue, ce livre s'est retrouvé sur leur bibliothèque.

L'histoire raconte l'évolution de la vie d'Henri Vincenot, enfant dans un village assez reculé, situé en Bourgogne dans les années 30. Il y vit avec son grand père (le père Tremblot), sa grand-mère, sa mère (son père étant, un grand classique, décédé pendant la guerre de 1914) et nombre de ses aieux. Son grand-père est compagnon bourrelier (la personne qui s'occupait de gérer tout ce qui était en cuir à l'époque, notamment, les colliers de travaux des chevaux) mais c'est aussi et surtout un fin chasseur et, bien entendu, il fait partager cette passion à son petit-fils qui apprécie vraiment cette activité et qu'il nous décrit avec force de détails. Vincenot raconte, en plus des épisodes de chasse, l'organisation de la société rurale de l'époque et nous livre, au passage, de courtes analyses de comparaison entre la période de publication du livre (la fin des années 1970) et celle de l'époque de son enfance.

A lire ce livre en 2017, avec pratiquement un siècle de recul, on peut aborder l'oeuvre sous une forme de documentaire du passé, un reportage de l'intérieur, un témoignage d'intérêt. Malgré moi, c'est comme ça que je l'ai abordé et cette étude s'est finalement révélée d'un grand intérêt. Sans en prendre conscience, ce livre m'a permis de faire l'analyse du fonctionnement de notre société actuelle avec le regard des anciens et j'avoue que cet exercice est vraiment passionnant.

Car même si l'époque est assez ancienne (près de 90 années nous sépare), on retrouve un très grand nombre de similitudes par rapport aux problèmes actuels qui tend à nous montrer que, finalement, l'Histoire ne semble qu'être une répétition infinie d'étapes toutes identiques mais dont le souvenir s'efface génération après génération. Car c'est bien de cela qu'il s'agit...

Commençons par parler du cercle familial. Ce dernier est extrèmement large à l'époque. Dans la famille de Vincenot, les personnes âgées ont toutes un grand âge. Il vit avec la majorité de ses arrières-grands-parents qui approchent tous les 90 ans. Ce qui tend à montrer, sans généraliser, que l'espérance de vie dans les villages de l'époque était sans doute d'un très bon niveau et que ce n'est pas une "invention" si moderne que ça. Bien entendu, ces "vieux" étaient tous capables d'avoir une activité physique minimale, ce qui leur permettait de compter au sein de la famille, d'avoir une vraie place, de faire partie du système et d'avoir un rôle véritable et pour lequel on peut avoir de la reconnaissance. Car les aieux n'étaient tout simplement pas mis en maison de retraite comme aujourd'hui, à dépérir et à s'ennuyer. Ils s'occupaient des enfants et des menus travaux mais sans eux la vie aurait été bien plus complexe. Dans ce monde, pas de nounous, pas de baby-sitter, pas besoin de payer des gens pour garder des enfants et pas besoin de payer des retraites et des maisons de retraite. L'avis de Vincenot semble se prononcer plutôt en faveur de cet ancien système qui lui semblait plus avantageux et avec lequel je suis sans doute d'accord. Moins de solitude, moins de remise au rebut de la société, moins de gérontophobie dans la société, c'est sans doute mieux que maintenant même si tout le monde n'a pas la chance d'avoir une santé de bourguignon de l'époque. Car cette santé est bien relative puisque Vincenot nous parle d'une jeune femme de l'époque qui se meurt à petit feu (la petite Kiaire) de la tuberculose ou d'une pneumonie.

Sur le sujet de la santé, il y a un élément qui m'a frappé, c'est la connaissance par les personnes de l'époque d'un très grand nombre de plantes destinées à soigner. C'était à la fois un élément culturel important et une discipline à part qui semble s'être perdue, au moins pour le commun des mortels (par rapport au docteur en pharmacie). En effet, il semble que les femmes de l'époque se transmettaient des ensembles de recettes à base de nombreuses plantes dont la culture et la récolte faisait partie du processus de vie courante, au même titre que les cultures de céréales, la gestion des fumures, les opérations liées à l'élevage. C'est quelque-chose qui a disparu aujourd'hui: à part l'acide salicylique du saule, plus personne à part les spécialistes n'a de connaissance sur les propriétés des plantes. Le fait d'avoir arrêté de les cultiver ou de les ramasser est également un indicateur de cette disparition. Il y avait à mon avis, une véritable discipline qui s'est effacée avec le temps et c'est bien dommage.

Toujours sur le sujet de la santé, quand on lit la description des menus des repas de l'époque, on a l'impression que tout le monde devait être obèse. Franchement, plusieurs plats principaux qui se terminent avec une omelette en supplément, le tout accompagné d'une bonne dose de crème (maison et utilisée même pour les repas maigres), sans compter les desserts, on doit facilement taper dans les plus de 3000kCal par repas ! En plus les produits de l'époque étaient sans doute d'une meilleure qualité nutrionnelle qu'ajourd'hui et le gras était vu dans ce qu'il y avait de meilleur (c'est bon le gras !). Néanmoins, je veux bien croire que l'obésité n'était sans doute pas un fléau à l'époque. Qu'est-ce-qui peut expliquer la différence ? Sans doute l'activité physique je dirais. A l'époque, il y a avait peu de métiers de bureau qui imposaient de poser ses fesses sur une chaise pendant plus de huit heures par jour. Il fallait se bouger physiquement et pas qu'un peu. C'est mon facteur d'explications.

Un des autres passages qui m'a marqué est l'histoire du monument aux morts. De nos jours, quelle commune n'a pas son monument aux morts ? Ces élévations sont tellement courantes pour nous que nous avons cessé de nous interroger sur leur origine. Vincenot raconte qu'en 1927, il n'y avait pas de monument aux morts dans son village et que les gens n'en voulaient simplement pas. Près de 10 ans après la fin de la guerre, ça peut faire beaucoup. Les habitants finissent enfin par se décider à implanter le monument, non pas en raison de leur patriotisme mais simplement parce que tous les autres villages sont déjà équipés et qu'on ne sait pas si on aura droit à la subvention lors de la prochaine loi de finance ! Qui aurait cru qu'un village profond de la Bourgogne n'ait cure de cet ensemble symbolique d'une époque ?

Mais même si Henri Vincenot, dans une sorte d'esprit vieille France ne fait pas vraiment de politique, je retiens néanmoins certains éléments qui sont véritablement emprunts de sens et d'une vision qui mérite analyse, dans ces premières décénnies du 21ème siècle. Cette analyse concerne l'emploi en France, sujet essentiel de l'entre-deux tours de cette élection présidentielle de 2017 (et aussi de celles des 30 dernières années).

Car dans les années 30, en Bourgogne du moins, et dans le village de Vincenot particulièrement, c'est le plein emploi ! Tout le monde a une activité rémunérée, personne n'est au chômage ! Ça peut paraître invraisemblable de considérer que dans un milieu rural assez fermé, il n'y ait pas au moins un seul problème de manque d'activité mais c'est bien le cas. Vincenot cite le seul cas de pauvreté qu'il connaît et qui est celui d'une famille trop nombreuse (une dizaine d'enfant dans un couple, ça laisse des traces). Selon Vincenot, la cause de cette pauvreté est bien directement liée au nombre d'enfants. Néanmoins, ce plein emploi est bien particulier: tout le monde est, à quelques exceptions près, agriculteur. Et c'est là une différence de société importante. Par ce moyen, chacun dispose d'un moyen de subsistance digne de ce nom, personne n'est obligé de faire la manche, de vivre de l'assistance publique ou de la charité. Personne ne crève la faim, tout le monde a un toît pour s'abriter, tout le monde a une activité qui empêche de s'ennuyer et tout le monde a un rôle reconnu dans la société.

Mais effectivement, comparer avec l'année 2017 serait un trop gros décalage temporel. Car le niveau de vie était sans doute beaucoup plus faible que l'actuel: pas de high-tech, beaucoup d'activité manuelle, beaucoup de travail physique, très peu de dépenses, une économie plutôt informelle, pas souterraine mais en tout cas, pas du tout axée sur le grand capital. Et tout le monde semble s'accomoder de ce modèle assez simple, robuste, résilient qui offre une place à chacun. C'est vrai que pour ma part, mon jugement biaisé d'ingénieur agricole a tôt fait de trouver dans ce modèle rural quelque-chose de rassurant: avec la terre, tout va bien. L'agriculture permet de s'affranchir de l'asservissement de l'homme par l'homme et contribue a forger la liberté. C'est un point de vue qui peut paraître subjectif et dépassé en 2017 mais force est de constater qu'il y a moins d'un siècle, c'était la norme et ce, depuis au moins la dernière réforme agraire de partage des terres agricoles. Et dire qu'aujourd'hui, le secteur agricole est continuellement en crise depuis les années 80 ! Je ne dis pas que la solution est le retour à la terre mais, dans tous les cas, il constitue un modèle éprouvé, sans doute adapté à certains membres de notre société; aussi ne faut-il pas le rejeter d'un trait en le qualifiant de vision passéiste.

Un autre point d'intérêt politique est la vision du monde sur le progrès. En 2017, cela reste toujours une question: de plus en plus de métiers disparaissent et de moins en moins d'humains ont un emploi. On a l'impression que c'est quelquechose d'assez récent, compte tenu des dernières années qui ont connues un sacré effort de robotisation et d'automatisation de l'activité, particulièrement dans l'industrie et dans les services. Mais, dans les années 1930, ça l'était déjà. En effet, comme je l'ai décrit plus haut, la France des années 30 est fortement rurale mais c'est également au cours de ces années que le monde agricole commence à se moderniser fortement, notamment avec l'arrivée des premières faucheuses et des moisonneuses (lieuses aussi), à cheval ou à cheval vapeur. Cela a une conséquence assez importante sur l'emploi agricole: là où il faut 10 faucheurs pour faucher un hectare de prairie, un seul conducteur de faucheuse fait le même travail en moins de temps grâce à une faucheuse automatique. De fait, et assez rapidement, les ouvriers agricoles qui étaient légion à l'époque, se retrouvent sans travail et sont obligés de fuir dans les villes où, à cette époque là, certes il y avait plus de travail que maintenant grâce à une industrie plus en forme respectivement que celle de 2017, mais où les conditions de subsistances étaient bien plus rudes, surtout à la suite de la crise de 1929.

J'ai aussi été touché par la vision de ces disparitions et cette prise de conscience des travailleurs de l'époque: ils voyaient bien que leur métier disparaissait, que leur art allait s'arrêter pour être remplacé par un travail automatique, standardisé et cela les frappaient, les rendaient tristes, nostalgiques, moins confiants dans l'avenir qu'auparavant et surtout, sans espoir de transmettre leur vision du monde par leur activité artisanale. Dès les années 30, ils avaient déjà conscience que tout cela allait s'arrêter un jour et qu'apparaîtrait alors des problèmes insoupsonnables à l'époque. Et encore, pouvaient-ils se reposer sur leur modèle robuste d'économie agricole de subsistance... ce qui n'est plus le cas de nos jours. Je finis par croire que finalement, toutes les générations depuis la révolution industrielle ont connu, de leur vivant, la fin de leur époque de travail, de leur modèle, sans cesse remplacé par un autre mais qui a toujours besoin de moins en moins d'êtres humains pour fonctionner. Difficile de continuer l'adage moyen de subsistance=emploi dans ces conditions...

Enfin, ce qui m'a beaucoup frappé, reste la promesse de Vincenot de revenir au pays. En effet, au cours de ses promenades dans les territoires aux alentours de son village d'enfance, il tombe sur un lieu isolé: un ancien hameau, abandonné depuis quelques années , qui le frappe par la beauté de son isolation. Il fait la promesse d'y revenir un jour...

Car Henri Vincenot doit partir, quitter le village qu'il a décrit comme une espèce de jardin d'Eden pour rentrer dans ce siècle de modernité, juste entrecoupé par une deuxième guerre mondiale, en étant poussé à devenir ingénieur, le type planqué dans un bureau qui "modernise" à tout va mais ne sait rien faire de ses dix doigts. Il finira par intégrer l'école HEC à Paris et à s'éloigner des lieux de son enfance.

Mais la beauté de l'histoire se termine par son retour, dans le dit hameau, toujours abandonné, qu'il rachète grâce à ses économies, bien plus tard, pour y vivre.

Qui n'est jamais tombé sur un endroit enchanteur en se disant qu'il y vivrait bien un jour ? Ça m'est déjà personnellement arrivé plusieurs fois mais pour l'instant, je n'ai jamais concrétisé. Pour combien de personnes, cela reste un rêve, qui finit par se faner à force de torpeur d'un quotidien fade qui consumme toute lumière d'espoir ? Pour combien d'âmes cela devient une fuite, une douceur imaginée, où le pas à franchir n'arrive pas à dépasser le stade de la conclusion d'une analyse de risques qui dit que ça ne vaut pas le coup, que c'est trop complexe ? Un jour forcément, je n'aurai plus le choix, il faudra bien que je respecte cette promesse. Sinon, j'aurai vraiment gaché une partie de mon temps...

Voilà, je pourrais passer encore plus de temps à parler de "La Billebaude" et, en guise de conclusion, je dirais que j'ai été vraiment transporté par cette oeuvre. Le sujet principal de la chasse n'a pas vraiment d'intérêt pour moi, même si après la lecture, je conçois que son exercice était fondammentalement différent de celui de maintenant. Reste toute l'ambiance de l'époque, le sentiment d'une enfance assez paradisiaque dans un monde plus simple, plus résilient, plus accueillant, plus maîtrisé. A moins que ce ne soit l'âge qui veuille ça et que ma grand-mère avait finalement raison...

Conclusions

Pour ce quatrième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais revenir à davantage de SF: il n'y a que ça de vrai dans un monde dominé par l'être humain ! J'ai aussi encore quelques ouvrages sur les méthodes de productivité à ingérer.

Posted lun. 01 mai 2017 19:18:27 Tags:

Introduction

Comme au mois d'avril, je continue mon périple littéraire et pour le mois de mai, j'ai finalement pris le temps de lire 3 livres complets dont voici mes impressions...

"Chroniques martiennes" de Ray Bradbury

Ah, les fameuses "chroniques". Je les ai déjà lues il y a plus de vingt ans et j'en suis toujours fan même si, avec le temps, certaines certitudes s'envolent et laissent place à la fiction pure.

Pour résumer de manière trop sommaire, les chroniques martiennes racontent une histoire de la conquête de la planète Mars par les terriens du début de leurs simples tentatives à la fin probable de l'humanité. Mais, cette période se révèle finalement relativement courte, à peine une centaine d'années.

Le récit a été écrit dans les années 50 et, malheureusement pour tout ce qui a trait à la science-fiction, parfois, on part plus dans la fiction que dans la science. C'est le cas des chroniques qui présentent la planète Mars comme une planète habitée d'êtres de métal ou de fluides d'énergie (alors que ça fait quelques années qu'on sait que ce n'est pas le cas). Mais, on pardonne volontiers à Bradbury cet écart car cela donne une vision plus romantique aux récits, plus en accord avec la conquête du territoire des natifs américains par les colons anglais, hollandais et français.

Car, en effet, au bout de quelques années, les martiens disparaissent, leur milieu transformé et détruit par les êtres humains qui y établissent un ensemble de colonies qui devient par la suite une deuxième terre, pas encore formée complètement à l'image de leur planète d'origine.

Les premières tentatives se concluent par des échecs car les martiens font tout pour que les premiers terriens ratent leur arrivée. Certains dégomment les fusées à coup de canons, d'autres essayent les manipulations mentales, à plusieurs reprises. Mais finalement, les humains ont le dessus et finissent par s'installer pour de bon.

Bradbury mentionne ensuite les flots des migrations d'origine terrienne vers Mars, en mode pionnier: les terriens partent à l'aventure et quittent une planète Terre condamnée aux vices, aux problèmes, à l'absence de rêves.

On voit bien que le récit a été rédigé dans les années 50, un peu avant la médiatisation du racisme envers les afros-américains. En effet, l'auteur narre une grande vague d'émigration des états du Sud des USA de la part des populations noires qui, en cette seconde moitié du 21 siècle (dans l'histoire) vit encore dans les mêmes conditions pré-droits civiques. A moins que ce ne soit un effet de style ?

La fin des chroniques est quand même intéressant: après des vagues continues de départ, une guerre importante car elle est visible depuis la planète Mars finit par éclater sur Terre. Après cet épisode, Mars connaît alors un reflux de ses habitants humains vers la Terre car des messages de cette dernière leur intimait l'ordre de revenir.

S'en suit l'histoire d'un type perdu, le dernier habitant de Mars qui cherche tant bien que mal l'âme soeur, qui croit la trouver en la présence de la dernière femme mais qui, au final, comme tout homme de la Terre, finit par se barrer en courant... Mais, finalement, la Terre finit par mourir et quelques pionniers en réchappent et reviennent s'installer sur Mars.

Dans tous les cas, l'ensemble des histoires forment un recueil assez solide, assez cohérent. La structure chronologique se tient bien et renforce l'impression de sérieux du récit, même si la fiction dépasse ici fortement la science. Mais Ray Bradbury n'a jamais prétendu le contraire: pour lui, les chroniques martiennes sont de la fantasy et non de la science-fiction.

A l'heure des robots qui vivent réellement sur Mars depuis quelques années; au moment ou des peuples de la Terre souhaitent s'installer sur Mars, je vous conseille de relire les "Chroniques martiennes": ça vous donnera quelques idées pour la suite et, dans tous les cas, cela vous fera passer un moment agréable.

"Un dimanche tant bien que mal" de Ray Bradubury

Dans mon élan sur les chroniques martiennes, je me suis posé sur un petit recueil de nouvelles de Ray Bradbury, intitulé "Un dimanche tant bien que mal".

Dans l'ensemble, ce n'est pas vraiment de la science-fiction mais plus du "surnaturel". De nombreuses questions et sujets sont abordés dans cet ensemble finalement assez bien posé.

On y trouve l'abord de thèmes variés qui vont de la mort à l'homosexualité en passant par le retour à l'enfance...

Ici encore, il s'agit plus de fantasy que de science-fiction. Dans l'ensemble, on passe un bon moment à lire ces nouvelles: ça ne mange pas de pain; ça occupe quelques voyages en train ou quelques soirées plutôt que s'abrutir devant la télé, Youtube ou 9Gag.

"Get Everything Done and Still have time to Play" de Mark Foster

J'ai déjà lu "Do it Tomorrow" de Mark Foster, comme je l'avais déjà indiqué pour le mois de mars et j'applique cette méthode depuis maintenant 5 mois avec succès, je dois le dire.

Pour rappel, Mark Foster est un coach professionnel et travaille sur les méthodes de gestion du temps et du travail. Après avoir été impressionné (et toujours d'ailleurs) par Do It Tomorrow, je me suis dit qu'il fallait sans doute voir ce que l'auteur avait déjà proposé auparavant. De fait, Get Everything Done a été écrit en 2000. Néanmoins, cela peut toujours être intéressant de voir ce qu'écrivait Mark Foster à l'époque.

Aussi, je me suis plus concentré sur son propos que sur la méthode. En effet, "Do it tomorrow" est une méthode plus récente et plus aboutie, à l'aune de l'expérience professionnelle de l'auteur (c'est d'ailleurs indiqué dans la préface du livre).

Que retenir de "Get everything done" ?

D'abord, je ne sais pas pourquoi, mais lire un livre sur les méthodes de gestion du temps est quelquechose qui rassure profondément. Sans doute le fait de voir que tout problème a une solution, de pouvoir compter sur une aide, un ensemble de techniques ?

Pour commencer, Mark Foster rappelle à quel point sa vie était un enfer, avant qu'il décide d'y mettre de l'ordre et de travailler sur les techniques de gestion du temps. Déjà, un bon point: il nous parle de son expérience vécue et pas d'un hypothétique bullshit cas de derrière les fagots.

Il fait ensuite le point sur les méthodes de gestion du temps et relève, avec pertinence, leurs défauts et comment y remédier. Il nous l'explique sous la forme d'une fable, ce qui permet de relativiser un peu les éléments techniques.

Par la suite, il dessine un ensemble de techniques qui permettent de répondre aux problèmes courant de la gestion du temps, notamment le besoin de fixer son attention de manière régulière et suffisante, de lutter contre la résistance à l'action et la procrastination, de disposer d'un système de gestion simple et robuste mais qui permet de gérer les interruptions et les urgences.

Dans l'ensemble, on retrouve les mêmes thèmes que dans Do It Tomorrow, preuve que les problèmes sont bien identifiés. Mais le système présenté par Get Everything Done est un peu moins bien élaboré que la méthode Do It Tomorrow, dans le sens où la méthode n'est pas vraiment systémisée.

Dans l'ensemble, Get Everything Done est assez direct: le style est simple et sobre, particulièrement explicite et luttant contre l'ambiguité. Par ailleurs, il est toujours abondamment illustré d'exemples rencontrés dans la vie courante et bien expliqués. On y trouve également de nombreux exercices à pratiquer.

Dans la dernière partie du livre, Mark Foster présente une théorie simple mais sans doute juste: nous résistons le plus à ce qui est le plus important pour nous (parce que, forcément, l'enjeu est important) et, justement, en plus d'être un signe de ce que nous devrions traiter en premier, c'est principalement ce sur quoi il faut se concentrer si on souhaite vraiment gérer son temps correctement. C'est plutôt un bon principe même si, dans la pratique, il faut savoir gérer cette résistance. C'est là l'enjeu de toute méthode de gestion du temps qui se veut efficace et robuste.

Attention, comme d'habitude, Get Eveything Done n'est pas une méthode qui va vous permettre de venir à bout de n'importe quelle charge de travail. Car, si vous avez chroniquement trop de travail, aucune méthode ne permettra de le gérer. Vous devrez, quoiqu'il arrive, faire des coupes et vous focaliser sur ce qui compte vraiment pour vous. Le plus simple sera d'utiliser les précieux conseils de ce livre.

Pour ma part, je souhaite conserver la méthode Do It Tomorrow car elle est rodée chez moi. Mais Get Everything Done donne de bons conseils qui viennent étoffer la méthode précédente, notamment, sur la résistance à l'action. Dans tous les cas, je vous recommande vivement de vous imprégner de ces éléments, ces exemples, cet ensemble, il ne peut que en sortir du bon. Libre à vous de l'adapter à vos besoins.

Conclusions

Pour ce cinquième mois, le challenge est toujours relevé, je tiens toujours la barre de lire au moins un livre par mois. Pour le mois prochain, je vais continuer avec Mark Foster et tenter quelquechose de plus scientifique.

Posted lun. 29 mai 2017 21:12:27 Tags: