Après seulement un an et demi passé dans la capitale française de l'avion, j'ai fait mes valises pour retourner auprès de ma famille qui m'a tant manqué. C'en est donc fini pour moi du CERI, le datacenter du Ministère de L'Agriculture. A cette occasion, j'ai même quitté le Ministère pour rejoindre la collectivité de Nantes Métropole en tant que chef de projet géomatique. A moi de goûter à nouveau aux joies de QGis/postGIS et autres réjouissances de ce pan de l'informatique si particulier.

A l'heure de mon retour, il est temps de faire un bilan de mon expérience toulousaine. Je dois avouer que mon retour sur ce sujet est assez mitigé voire négatif dans sa globalité. Pour résumer, j'ai eu beaucoup de mal à me faire à cette nouvelle vie et ce sur de nombreux points. Je peux d'abord annoncer sans sourciller que j'en ai bien bavé des aller-retours Angers-Toulouse tous les 15 jours. J'y ai consacré une grande partie de mes congés, simplement pour pouvoir faire un trajet composé d'un train, d'un bus, d'un avion, à nouveau d'un bus, un métro et un bus pour terminer. J'ai assez rapidement perdu pied loin de mes proches. Jamais je n'aurai cru le vivre aussi difficilement. Je me console en me disant que j'ai appris que le travail et la famille sont complémentaires. Il n'y a pas d'épanouissement dans l'un sans l'autre.

J'ai également appris que je suis incapable de vivre en ville. Les centres urbains ne sont tout simplement pas adaptés à ce que je peux supporter comme bruit et comme promiscuité. J'ai essayé de m'adapter pendant de longs mois mais je n'ai pas pu, même en redoublant d'efforts. Pour vous donner une idée, j'ai déménagé près de 4 fois en 1 an pour finalement aller m'isoler à la campagne où j'ai pu me reconstituer un semblant de chez moi, dans tout le calme et la sérénité proposée par une distance finalement plus importante avec ses voisins. Je n'arrivais tout simplement plus à supporter le bruit généré par mes voisins. Je vivais cela comme une sorte d'intrusion dans ma vie privée. Mon coeur s'accélérait et l'adrénaline coulait à flots dans mes artères dès que j'entendais discuter les gens qui habitaient près de moi. Ces bruits parasites m'ont fait perdre le sommeil que je n'ai toujours pas réussi à retrouver sans prendre de médicaments.

Le constat est bien amer et jamais je n'aurais cru tomber si bas ! Pendant près de trois mois, j'ai été confronté à un véritable problème d'insomnie carabinée où je dormais entre deux et quatre heures par jour. Le manque de sommeil affecte fortement le moral de l'individu. Du moins, c'est ce que j'ai pu constaté sur moi. À la fin, j'avais des phases d'angoisse que je ne pouvais absolument pas maîtriser et j'ai vraiment commencé à déprimer. Je me suis mis à considérer tous les petits accrochages de la vie comme des épreuves insurmontables: rien ne me paraissait abordable, tout semblait impossible à faire, tout me semblait trop compliqué. Finalement, sur les conseils de ma femme, je me suis fait aider par un médecin et ça m'a permis de tenir un peu mieux le choc. J'ai finalement retrouver un sommeil grâce à la chimie et je dois encore apprendre à m'en passer, ce qui est loin d'être gagné semble-t-il.

J'ai aussi perdu beaucoup de ma motivation initiale. Lorsque je relis l'article intitulé "Ce sera Toulouse...", je constate que mon enthousiasme des prémices a fondu comme neige au soleil, en très peu de temps. En effet, je voyais ce déplacement de ma vie professionnelle comme l'occasion de prendre un nouveau départ, de tenter de nouvelles expériences. J'ai tenté de me construire une espèce de nouvelle vie en appliquant, avec beaucoup de ferveur, quelques-uns des principes fondateurs que je croyais alors faire partie de moi. Je me suis sérieusement cassé les dents... Je ne vais pas lister ici tout ce que à quoi j'ai du renoncer mais j'ai dû réviser ma position sur tout un tas de facteurs que je croyais acquis (comme ce qui touche à l'habitat, à la ville, aux transports en commun, aux voisins notamment). En commençant mon travail à Toulouse, j'avais une TODO-Liste assez impressionnante et je rêvais de pouvoir en réaliser quelques pans. Au bout de seulement trois mois, je l'ai abandonnée complètement: je n'avais plus aucune motivation pour rien. Une seule chose comptait: rentrer chez moi à Angers pour trouver un semblant de vie normale, pour tenter de trouver un abri face à ma pénible situation de tous les jours. Durant cet intervalle, j'ai notamment laissé tomber la publication d'articles sur mon blog: je n'avais plus aucune inspiration. J'ai essayé juste une fois de faire de la randonnée dans les Pyrénées qui étaient assez proches alors que j'aurai très bien pu m'investir dans la suite de mon parcours sur la HRP. Alors que ce sport aurait pu constituer une espèce de soupape de libération, j'ai complètement abandonné les activités sportives...

Au niveau professionnel, c'est plus positif. En effet, pour la première fois de ma vie, j'ai eu le temps de faire de l'informatique pure et de ne faire que ça. Mon cadre de travail consistait à maintenir en production des applications métiers. J'ai beaucoup appris de la manière dont on gère un centre serveur assez conséquent. J'ai également pu vivre l'application d'une organisation de personnes dont l'activité était clairement tournée vers la gestion d'un datacenter. Je dois avouer que je m'y suis un peu perdu et que j'ai bien regretté la fluidité de l'application des projets que j'ai mis en oeuvre avant de travailler à Toulouse. En revanche, j'ai eu le temps de progresser techniquement sur un grand nombre de sujets techniques d'informatique de production. Ce fut très positif même si je ne suis resté qu'un an et demi. Mais pendant ma phase d'insomnie et sur toute la période qui a suivi, j'avais beaucoup de mal à me concentrer longtemps. C'est plutôt difficile pour un métier dont l'outil de production est essentiellement un cerveau.

Finalement, je reviens à Angers avec une vision bien différente de celle que j'avais auparavant. Je me suis vu plonger et je sais que je peux ressombrer un jour. C'est une perspective qui me fait peur et je sais qu'il me faudra beaucoup de temps avant que ces doutes se lèvent définitivement, si tant est possible qu'ils puissent disparaître. Mais au moins, je connais ce point faible et je peux apprendre à le gérer. Ça me permet également de me focaliser sur l'essentiel: ma famille, ma vie en couple. Pour le reste, j'ai repris la TODO-List que j'avais abandonnée à Toulouse. Après en avoir fait une dernière lecture, j'ai complètement supprimé le fichier et j'ai redémarré un fichier todo.org vierge que j'ai vite complété, aidé de ma compagne. Ma liste de projets est à nouveau longue comme le bras mais ils reflètent mieux mon nouveau départ. Je sais aussi que les principes sont faits pour être mis au jugement de la réalité, de la vie de tous les jours. C'est une étape indispensable pour savoir s'ils peuvent être utilisés comme de véritables guides ou s'il faut simplement les mettre à la poubelle pour ne plus y revenir.

Depuis le 1er avril 2014, je vis de nouveau à Angers, juste pour le meilleur. Je souhaite modestement y retrouver tout ce que j'ai failli perdre et dont j'ai besoin, simplement pour exister vraiment...

Posted lun. 28 avril 2014 19:16:00 Tags: