Wheezy Mutt and IMAPS SASL problem

Since six or more months, I had a real problem with my mutt configuration. One day, under my main homebox which runs Debian Wheezy, mutt failed to open a session on my IMAPS (dovecot) server, claiming "Error allocating SASL connection" ("Erreur lors de l'allocation de la connexion SASL" in french). I managed to repair it by freezing mutt, libsasl2-2, libsasl2-modules and promise to myself to report a bug on the BTS. On my EeePC (under Debian Squeeze), everything was fine !

Now that Wheezy has been frozen, I made a great update and grabbed the wheezy versions of mutt and the libsasl packets. And of course, mutt start to fail ! I finally found bug #664249 which pointed me to a workaround...

I just have changed my /etc/hosts file to include a "static" FQDN for my homebox in order to make mutt work again. Since then, everything is fine. You only see this bug if you use mutt (which reduces the number of users ;-) against a IMAPS server (which also decreases the number of users) on Debian Wheezy without a fully qualified domain name for the client computer. The solution to this bug is far from easy to find...

I hope it will be useful to somebody and that's why I wrote about it.

Posted ven. 20 juil. 2012 12:00:01 Tags:

Le peuple de l'Abîme

(cet article a été rédigé le 26 novembre 2011. Depuis, la classe politique a changé. Les propos à son intention s'adressent au précédent gouvernement).

Jack London est un auteur pour le moins versatile. On connaît très bien ses oeuvres "classiques" de l'exploration du Grand Nord telles que l'appel de la forêt (Call of the Wild) ou Croc-Blanc (White Fang). Mais cet auteur prolifique a d'autres cordes à son arc. On peut citer, en plus du roman d'aventure, la science-fiction (une invasion sans précédent) et le journalisme de terrain.

C'est sur ce dernier point que Jack London nous réserve une surprise. Cet auteur qui est mort il y a peine plus de 100 ans a vu de ses propres yeux la difficile condition ouvrière de l'Angleterre de la fin du XIXème siècle. Il nous relate cette expérience dans un livre nommé "le Peuple de l'Abîme" (The People of the Abyss). Le mot expérience est bien réel: London a pris la condition d'un pauvre bougre des quartiers de l'East End de Londres au cours de l'année 1902 pour y vivre pleinement ce qui arrivait à tout ce peuple.

Ce n'est donc pas ici un roman mais bien un rapport détaillé et très argumenté: un reportage de journaliste de terrain, au même titre que celui d'un reporter de guerre. D'ailleurs, il précise sa démarche dès l'introduction. Il loue une chambre dans un quartier pauvre (que nous appellerions populaire de nos jours alors qu'en fait, la caractéristique essentielle est bien le manque de richesses et pas la présence d'un peuple), achète des vêtements en guenilles et tente de vivre au jour le jour comme les personnes qui habitent dans ce lieu. Dès le début, il nous prévient: il ne va pas être tendre et il va relater la froide réalité...

... et c'est bien ce qui arrive. La lecture de certains passages est effectivement très difficile pour peu qu'on essaye de se mettre dans la peau des personnes concernées. Quelques histoires glacent le sang et d'autres vous remuent les tripes en profondeur, vous arrachant de l'intérieur ce sentiment d'indignation si chère à la jeunesse contemporaine qui va de l'avant.

Car la condition des pauvres de l'époque est effarante: le chômage est important et comme il n'y a que très peu d'aide sociale, les gens sont condamnés à mourir de faim et à vivre de manière totalement insoutenable, sans une once d'espoir d'amélioration ou d'évolution. Tous sont concernés: les femmes, les enfants, les vieillards, les jeunes, les travailleurs, les adultes, les érudits, etc. L'Abîme n'épargne personne. Je ne relaterai pas les exemples qui m'ont broyé les tripes: London fait ça très bien et je vous recommande, pour en faire votre propre expérience de lire ce livre qui est dans le domaine public et dont une traduction française est disponible en version numérique.

Ce qui m'a vraiment frappé c'est le côté proche de la réalité de London: les détails qu'il donne, les arguments qu'il expose, sont d'une grande clarté et il est très difficile de les mettre en doute. Si on compare un peu la vie telle qu'elle est décrite dans le livre et la réalité historique, on voit bien que le degré de vérité est proche de l'absolu. Les explications de London sur la cause de la pauvreté et les conséquences sur les êtres humains tiennent franchement la route. Dans mon esprit, et en faisant fi de mes préjugés d'homme de gauche, j'ai retrouvé tout un pool d'arguments qui permettent de défendre le combat contre la pauvreté et de démontrer que l'action de toute une partie de la classe politique va dans le mauvais sens.

Ce qui vous saisi également, c'est l'avis des notables, des hommes politiques, des bourgeois et de toutes les personnes de l'époque qui ne sont pas concernées par cette vie de misère. Ils avaient déjà les mêmes arguments que ceux qui sont encore évoqués de nos jours. On retrouve le classique: "s'ils sont dans cette situation c'est de leur faute !" ou encore le si souvent entendu: "ils n'ont qu'à se remuer pour trouver un travail.". La différence entre cette époque et maintenant c'est que la vie de misère moderne ne mène plus à la mort physique par épuisement. Ces propos de haine se retrouvent tout au long du livre et Jack London prend la peine de démontrer leur vacuité. Par exemple, il prend soin d'effectuer un travail statistique pour montrer que le taux de chômage de l'époque était très élevé et qu'il était dû à un manque d'activité et non à un manque de motivation et que ce peuple miséreux n'avait ni le pouvoir, ni même le droit (au sens juridique du terme), de se sortir de cette situation qui était sciemment entretenue par les membres des classes dirigeantes. Il dénonce également la situation sanitaire en reprenant les chiffres de mortalité du quartier publiés par les autorités de l'époque, en nous exposant que près de 80% des morts de Londres venaient de ce quartier à la mortalité explosive par rapport aux autres.

En lisant la biographie de Jack London, on s'aperçoit qu'il adhère très tôt (1896, il a 20 ans) au Parti Socialiste Américain. De fait, cette idéologie a nécessairement une influence sur ses récits et c'est, sans doute, ce qui l'a conduit à mener l'expérience décrite dans le "Peuple de l'Abîme" alors qu'il n'a que 26 ans et qu'il n'est qu'un écrivain débutant. On pourrait donc croire que c'est cette vision politique qui le mène à formuler tout ce que je viens de résumer. Toutefois, avant de lire le texte, je n'avais pas cette information sur cette facette militante et ce qui m'a vraiment frappé reste la force du constat, du rapport détaillé et proche d'une analyse quasi-scientifique. Aussi, certes Jack London est un socialiste, certes son récit n'en reste pas moins écrasant de vérité, de plausibilité plus que forte, même 110 ans après les faits.

Après avoir compris les récits de la vie de ce peuple de l'Abîme, on a un regard très différent sur nos situations sociales difficiles actuelles. Ce que je retiens des propos de Jack London, c'est que tout a une explication logique et rationnelle. Si tout une frange d'hommes deviennent alcooliques, ce n'est pas par hasard ou parce qu'ils sont mauvais: c'est parce que la société, l'ensemble des forces économiques et sociales, les poussent à ce dernier retranchement. Car pour survivre dans un monde qui abrutit les gens de travail tout en ne leur permettant pas de vivre décemment et de manger à leur faim, l'alcool reste un refuge, surtout lorsque c'est la boisson la plus disponible et la plus "hygiénique". Si des enfants traînent toute la journée dans la rue et se livrent à toute sorte de vandalisme, ce n'est pas parce que leurs parents sont incompétents ou indigents: c'est parce que ces derniers passent toute la journée à gagner leur miséreuse pitance qui ne suffit pas à nourrir leur famille et qu'ils habitent à 5 dans 15m2. Rien n'arrive par hasard dans les situations de pauvreté et de misère: la fainéantise n'est pas une explication qui tient la route. Elle fait partie, hélas, des conséquences: lorsque votre corps est à bout, vous n'avez pas d'autre choix que de vous reposer sinon, c'est l'accident, avec comme funeste conséquence: la mort qui se rapproche.

J'adore la conclusion de l'auteur. Elle vaut vraiment son pesant de cacahuètes, si je puis hasarder cette expression. Il fait remarquer que les Inuits n'ont pas eu le même progrès technique que la civilisation occidentale et que, malgré cela, ils ne connaissent pas la pauvreté, ils disposent d'habits, de lieu pour s'abriter et dormir et disposent de temps libre et de moment de vie commune, le tout, dans un environnement très difficile. Certes, ils connaissent parfois la famine mais c'est une conséquence qui les dépasse et ils n'y peuvent rien: c'est la Nature qui en est responsable, pas leur société. A l'inverse, l'ouvrier anglais des quartiers de l'East End est miséreux. Il n'a pas d'espoir de s'en sortir, il connaît le manque permanent de nourriture, a de vrais problèmes pour se loger. Je ne parle même pas de l'éducation et de la culture qu'il peut transmettre à ses proches ou à ses enfants. Pourtant, toute cette situation inadmissible se déroule dans un monde qui connaît un progrès technique sans précédent: nous sommes en plein cœur de la révolution industrielle. Et pourtant ce progrès ne profite pas à certains, pire, il affecte très négativement leur condition sociale...

Voilà qui nous amène à réfléchir sur le progrès social. D'abord, on peut, et ce n'est un secret pour personne, affirmer que le progrès technique n'est pas synonyme de progrès social. Il est tout à fait possible d'avoir, en même temps, des choses aussi modernes que des accès à Internet chiffrés à partir d'appareils qui tiennent dans la main (les smartphones), même dans des endroits les plus inaccessibles, tout en ayant des gens qui meurent de faim, qui perdent leur emploi et qui vivent difficilement. Parfois, on constate quand même que le progrès technique permet le progrès social. Mais ce n'est pas automatique. On voit bien qu'il faut autre chose, une force qui travaille sur un autre registre pour pousser le progrès social vers l'avant. Cette force est celle de la gestion et elle est du ressort de tous (dans une démocratie directe) ou de la classe politique (dans une démocratie de représentation comme la nôtre).

Alors que le progrès technique ne connaît aucun revers (on ne revient jamais en arrière), le progrès social est attaqué: ma génération connaît une existence plus difficile que celle de mes parents. J'entends des discours qui tentent de nous faire croire que travailler plus longtemps est un progrès social, faisant revenir la durée du temps de travail à un niveau proche de la condition des salariés de 1936. Bravo, j'ai beau fouiller, je vois bien que ça ne va pas de l'avant ! Mesdames messieurs les dirigeants d'un certain projet politique, je m'adresse à vous: si vous n'arrivez pas à améliorer le progrès social et la condition humaine, si vous considérez que nous n'avons pas le choix, qu'il faut revenir en arrière, alors laissez, je vous prie, la place à des personnes qui seront capables de faire correspondre tous les progrès ensemble. Nous avons tous grand besoin de travailler sur le progrès social et faire en sorte qu'on ne puisse pas revenir en arrière, au même titre que le progrès technique. Pour des êtres humains qui sont capables d'aller sur la Lune, je pense que ça devrait être possible !!!

Maintenant que l'East End de Londres a bien changé, puissions-nous être la mémoire du peuple de l'Abîme et faire en sorte que les écrits sur cette vie de misère nous guident. Dans tous les cas, je vous recommande la lecture de ce livre de Jack London: le Peuple de l'abîme. Il est maintenant dans le domaine public depuis quelques années et vous pouvez en obtenir une copie numérique en français via ebookgratuits ou en version originale via le projet Gutemberg.

Posted sam. 28 juil. 2012 15:15:17